vignette|Sourate Al-Baqara, versets 282 à 286, d’un ancien manuscrit coranique écrit sur vélin, dont le support est daté du milieu ou de la fin du VIIe siècle apr. J.-C. Dans la tradition musulmane, le Coran est considéré comme la dernière révélation divine, le texte sacré de l’islam, transmis au prophète Mahomet par l’intermédiaire de l’ange Jibril (Gabriel). Selon cette tradition, les révélations reçues par Mahomet ont été consignées à la fois oralement et par écrit, par lui-même et ses compagnons, jusqu’à sa mort en 632 apr. J.-C.. Ces révélations auraient ensuite été compilées sous le califat d’Abou Bakr As-Siddiq et codifiées sous le règne du troisième calife, Othmân ibn Affân (r. 644–656), afin d’établir une version standardisée du texte, connue sous le nom de Muṣḥaf, aux alentours de l’an 650, selon les érudits musulmansCook (2000) : p. 6.

Cette version canonique a cependant été remise en question par certains chercheurs occidentaux, qui estiment que la canonisation du Coran serait intervenue plus tardivement. Leur position repose notamment sur la datation des sources narratives islamiques classiques (comme les hadiths), rédigées 150 à 200 ans après la mort de MahometBerg (2000) : p. 495, ainsi que sur la diversité textuelle constatée dans certains manuscrits, tel le manuscrit de Sanaa. Pour Dye, deux principaux modèles se dégagent : celui traditionnel d'une "collecte" précoce du texte coranique sous le calife Othmân ibn Affân, que Gilliot appelle « historiographie optimiste » à côté de celui qu'il défend d'une "rédaction" collective et progressive tout au long du ayant abouti à une forme quasi-définitive sous le califat d'Abd Al-Malik (646-705)Guillaume Dye, Pourquoi et comment se fait un texte canonique ? Quelques réflexions sur l'histoire du Coran, .. Le premier, autrefois dominant dans les études islamologiques, est devenu minoritaireG. Dye, Coran des historiens, t.1, Paris, 2019, « Le corpus coranique »,.

La recherche occidentale sur la naissance du Coran s'est concentrée sur les manuscrits, parfois au détriment des autres aspects comme la transmission orale ou les éléments de piétés coraniqueFr. Deroche, "Etudes occidentales sur le Coran", Dictionnaire du Coran, p. 286-289.. Selon le Corpus Coranicum, plus de 60 fragments, représentant plus de 2 000 feuillets (environ 4 000 pages), sont aujourd’hui connus comme témoins manuscrits du Coran antérieurs à l’an 800 (soit dans les 168 années suivant la mort de Mahomet)Le site officiel indique : « Mehr als 60 Fragmente mit insgesamt mehr als 2000 Blättern (4000 Seiten) sind als Textzeugen für den Koran vor 800 bisher bekannt. » https://corpuscoranicum.de/.

Aspects historiques

Difficultés méthodologiques Pour replacer les manuscrits coraniques à leur place dans l'histoire du Coran, il est nécessaire de les dater. Deux éléments peuvent être datés : la mise à mort de l'animal ayant servi à la création du parchemin et le texte. Pour Dutton, « Il y a nécessairement un retard supplémentaire dans la production du parchemin et dans son acquisition - peut-être de loin - et dans l'exécution effective de l'écriture et / ou de la décoration de celui-ci ».

Il est, en effet, aujourd'hui possible de dater par la méthode du carbone 14 le support du texte. Les études n'étant pas menées sur l'encre, il n'est pas impossible qu'un temps long se soit passé entre la production du support et sa rédaction. Ainsi, à propos du Codex de Birmingham, Rezvan explique qu'il y a un saut de 50 à 70 entre sa fabrication et son utilisation pour la rédaction. Pour l'auteur, ces parchemins, qui ont une importante valeur financière, ont été stockés dans des monastères ou des scriptorium avant d'être capturés et utilisés après la conquête arabe. Au-delà de cette différence datation/rédaction, Dye met en garde contre une trop grande confiance dans les datations au Carbone 14. « Il apparaît que les conditions qui légitimeraient une confiance extrême dans les datations au radiocarbone ne sont pas réunies, à l'heure actuelle, pour les manuscrits coraniques anciens. ». L'auteur cite comme exemple le « Coran de la nourrice » que l'on sait être copié en 1020 mais est daté de 871 à 986. Même la date la plus haute possède un saut de , ce qui peut être dommageable à l'échelle des quelques dizaines d'années que forment la fin du et le début du . Les raisons de ces défauts sont encore mal connu (problème de calibration, contamination…). Ainsi, « les datations au radiocarbone des manuscrits coraniques anciens doivent être prises avec précaution, même quand elles ne donnent pas des résultats aberrants »"Pourquoi et comment se fait un texte canonique : quelques réflexions sur l'histoire du Coran", in G. Dye, A. Van Rompaey & C. Brouwer (Eds.), Hérésies : une construction d'identités religieuses, Bruxelles, 2015, ..

S'il est possible de dater les peaux au Carbone-14, la datation de lécriture se fait par l'étude de la manière d'écrire les lettres et les signes diacritiques. L'étude d'un Coran ommeyade a permis de montrer que le style Hijazi est le plus ancien.. Néanmoins cette méthode connaît quelques limites, car, selon Fr. Déroche, des mouvements conservateurs pouvant maintenir une méthode d'écriture plus ancienne ou une réforme peut mettre du temps à se mettre en place.. Ainsi, une même datation peut faire l'objet de débat. Par exemple, le codex Parisino-petropolitanus est daté du troisième quart du par François Déroche, celui-ci considérant qu'il n'a pas été affecté par les réformes d'al-ḤaǧǧāǧF. Déroche, La transmission écrite du Coran dans les débuts de l'islam. Le codex Parisino-petropolitanus, Leyde, Brill, 2009, .. À l'inverse, Guillaume Dye, pour qui cette réforme reste encore obscure, pense que son format lié à une lecture publique serait lié à cette réforme. Il date donc le manuscrit du début du "Pourquoi et comment se fait un texte canonique : quelques réflexions sur l'histoire du Coran", in G. Dye, A. Van Rompaey & C. Brouwer (Eds.), Hérésies : une construction d'identités religieuses, Bruxelles, 2015, .. vignette|Codex Parisino-petropolitanus, feuillet, style Hijazi

Conclusions de l'étude des manuscrits Pour dater la rédaction du Coran, les chercheurs se sont penchés sur les manuscrits anciens. La datation et le contenu des premiers manuscrits du Coran ont été utilisés à la fois pour appuyer les positions traditionnelles de l’islam et, par les sceptiques, pour les remettre en question. Le grand nombre de manuscrits et de fragments datant des cent premières années après la prétendue canonisation du texte a fait du Coran un sujet de discussion académique intense. vignette|Feuillet de Sanaa, laissant transparaître un texte d'une couche inférieure effacée. Pour François Déroche, qui défend une mise à l'écrit othmanienne, « les plus anciennes copies du Coran s'avèrent d'une importance essentielle pour nous permettre d'approcher de plus près l'histoire du texte coranique. La plupart des hypothèses récentes sur la date et les conditions de constitution de la vulgate se signalent par l'absence de prise en compte de ce que nous savons de la tradition manuscrite la plus ancienne qui offre sur plusieurs points des arguments très forts pour les écarter ». L'auteur reconnait toutefois que l'exemplaire othmanien a disparu et que le travail de mise à l'écrit à cette période ne correspond pas à la tradition musulmane puisque les manuscrits anciens montrent l'écriture d'un rasm encore défectueuxDéroche Fr., La voix et le calame, Collège de France, 2007.. Pour François Déroche, ces manuscrits anciens « montrent un texte qui, si nous nous en tenons au rasm nu, correspond pour l'essentiel à la vulgate utmānienne. Les éléments constitutifs de cette dernière sont donc déjà présents, mais un certain nombre de points mineurs ne sont pas encore stabilisés. »François Déroche, La transmission écrite du Coran dans les débuts de l'islam, éd. Brill, 2009, ., ce qui contredit les récits traditionnels.

Pour l'auteur, « l'histoire de la vulgate coranique est donc à reconsidérer sur une plus longue durée. Si les bases en ont été jetées assez tôt, avant l'intervention du calife ʿUthmān, le rasm n'était pas encore stabilisé à l'époque où a été copié le Parisino-petropolitanus et ne le sera sans doute pas avant le . »F. Déroche, La transmission écrite du Coran dans les débuts de l'islam, Leyde, 2009, .. En effet, ce manuscrit contient encore des variantes au niveau du rasm « qui ne sont ni conformes à celles que reconnaît la tradition, ni réductibles à des particularités orthographiques. »François Déroche, La transmission écrite du Coran dans les débuts de l'islam. Le codex Parisino-petropolitanus. Brill, Leyde, 2009., et suiv. Disponible sur https://books.google.be/books. De même, pour Mohammad Ali Amir-Moezzi à propos des manuscrits de Sanaa., « En sus de quelques variantes orthographiques et lexicographiques mineures, 22 % des de fragments étudiés présentent un ordre de succession de sourates complètement différent de l'ordre connu »Michel Cuypers, Geneviève Gobillot, Idées reçues, le Coran, Éditions Le Cavalier Bleu, Paris, août 2007, . Pour Michael CookCook, M. (2004). "The Stemma of the Regional Codices of the Koran", Graeco-Arabica, 9-10 et Marijn van Putten, les variantes régionales des premiers fragments hiǧāzī partagent une origine commune (Stemma codicum) et descendent donc vraisemblablement d’un même archétype, à savoir le codex ʿuthmanien de la tradition islamique.

Au-delà même du fait que les conditions des Corans anciens ne permettent pas une confiance extrême dans ces datations, en l'état actuel de la recherche, « si l'existence de témoins manuscrits pré-marwanides [avant 684] ne peut être exclue […], elle n'est en tout cas […] absolument pas prouvée, contrairement à ce qui reste trop souvent affirmé. ». Pour Amir-Moezzi, rejoignant Gilliot, l'étude des manuscrits n'est, en effet, pas actuellement utile pour dater le texte puisque le premier Coran complet date du et que la datation des manuscrits de la fin du ne fait aucun consensus parmi les chercheurs »Kohlberg E., Amir-Moezzi M., Revelation and Falsification, Brill, 2009, et suiv.. {| class="wikitable" |+Quelques manuscrits anciens | |Datation du support |Datation de la rédaction |- |Coran de Birmingham |Entre 568 et 645 apr. J.-C« Research and conservation » archive, University of Birmingham, 2018 (consulté le 6 septembre 2018). |FD : Troisième quart du (650 à 675 apr. J.-C.)Samuel Bleynie, « Des fragments d'un des plus anciens Corans découverts à Birmingham », La Croix, 26 juillet 2015 (lire en ligne archive) |- |Codex Parisino-petropolitanus |  |FD : Troisième quart du (650 à 675 apr. J.-C.)Parisino-petropolitanus, Leyde, Brill, 2009,  GD : G. Dye, Pourquoi et comment se fait un texte canonique : quelques réflexions sur l'histoire du Coran in G. Dye, A. Van Rompaey & C. Brouwer (Eds.), Hérésies : une construction d'identités religieuses, Bruxelles, Ed. de l'Université de Bruxelles, 2015,  et suiv.

MT : 695-696 apr. J.-C<ref>« ''Le Coran d'Asmā », Les carnets de l'Ifpo, 2011 (lire en ligne archive)</ref>. |- |M a VI 165 (Tübingen)|Entre 649 et 675 apr. J.-CGuillaume Dye, Pourquoi et comment se fait un texte canonique ? En ligne page 66, note 34 archive

|Fragments de Leyde|Entre 650 et 715 apr. J.-C |Entre 770 et 830 apr. J.-C |- |Coran de Sanaa (DAM 01-27.1, inf.)|Entre 578 et 669 |Période marwanide

Manuscrits hijâziens

Les manuscrits en écriture hijazi comptent parmi les plus anciennes formes de textes coraniques, et se caractérisent par l’emploi de l’écriture hijazi. Celle-ci se distingue par une écriture arabe « informelle et inclinée ». Les exemplaires du Coran les plus largement diffusés à l’époque utilisaient ce style, antérieur à l’écriture coufique. Il se reconnaît à l’inclinaison vers la droite des hampes des lettres ainsi qu’à l’allongement vertical de celles-ci. Codex Parisino-petropolitanus