La bataille de Mirebeau se déroule le et oppose l'alliance entre la maison de Lusignan et le duché de Bretagne au royaume d'Angleterre. Elle survient alors qu'Arthur Ier de Bretagne assiège le château de Mirebeau où sa grand-mère Aliénor d'Aquitaine a trouvé refuge.
À l'issue d'un bref combat, le roi Jean Sans Terre remporte la victoire et capture Arthur. Cependant, elle marque le début de l'invasion française de la Normandie par le roi de France Philippe Auguste, qui a décidé de s'emparer des possessions continentales anglaises.
Contexte Après la mort de Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, à Châlus, le , sans héritier légitime, deux princes prétendent au trône de l'Empire Plantagenêt : d'un côté, Jean, le frère du défunt roi, dont la prétention reposait sur le fait d'être le seul fils survivant d', et de l'autre , âgé de , qui revendique le trône en tant que fils de , décédé en 1186, frère cadet de Richard et frère ainé de Jean..
Bien que Richard semble avoir reconnu Jean comme son héritier légitime sur son lit de mort, selon Roger de Hoveden, le droit médiéval donne peu d'indications sur la manière dont les revendications concurrentes doivent être tranchées. Cette affaire juridique est d'autant moins évidente que la loi normande favorise Jean en tant que fils du roi , tandis que la loi angevine favorise Arthur, en tant que descendant du frère aîné de Jean..
Le choix, qui revient à la reine Aliénor d'Aquitaine, se porte sur Jean, soutenu par la majeure partie de la noblesse anglaise et normande. Il est finalement intronisé duc de Normandie le , et couronné roi d'Angleterre à l'abbaye de Westminster, le .
Soutenu par les nobles d'Anjou, du Maine et de Touraine, qui refusent cette situation en invoquant le droit angevin., Arthur se met sous la garde du roi de France Philippe Auguste. Celui-ci reconnaît la légitimité de Jean Sans Terre, lors du traité de paix du Goulet en . Cependant, restant déterminé à diviser les territoires angevins, il rompt la paix en et mène une campagne militaire contre les possessions continentales anglaises, à laquelle se joint Arthur. Ce dernier, alors âgé de , après avoir été proclamé par le roi de France, comte d'Anjou, du Maine, de Touraine et de Poitou, se voit chargé d'aller en conséquence s'emparer de ces territoires..
Dans le même temps, Jean Sans Terre épouse, en , Isabelle d'Angoulême dont les terres sont une voie de communication stratégique entre le Poitou et la Gascogne, renforçant son emprise sur l'Aquitaine..
Cependant, Isabelle est déjà fiancée à , comte de la Marche, membre important d'une famille noble clé du Poitou et frère de , comte d'Eu, qui possède des terres le long de la frontière orientale de la Normandie. Ainsi, ce mariage menace les intérêts de la maison de Lusignan dont les propres terres constituent alors la route principale pour les marchandises et les troupes royales en Aquitaine. Sans compensation, la maison de Lusignan se soulève contre Jean mais ce soulèvement est écrasé par ce dernier. Cependant, si Jean est duc d'Aquitaine et comte de Poitou, et donc seigneur féodal des Lusignan, celui-ci est aussi le vassal du roi de France, auquel ils en appellent, s'estimant lésés. Les relations féodales entre Philippe et Jean s'effritent jusqu'à aboutir à une nouvelle guerre à laquelle les Lusignan prennent aussi part. Déroulé Le territoire occupé par Jean se caractérise par un important potentiel, dû à la présence de châteaux, comme Château Gaillard, établis à des points stratégiques, et construits et entretenus à grands frais.. Cette situation rend difficile pour un potentiel envahisseur d'y pénétrer sans avoir pris ces fortifications qui ralentissent la progression de toute armée. Cependant, ce territoire est grandement menacé par les armées d'Arthur et des Lusignan qui remontent la vallée de la Loire vers Angers, et par les forces de Philippe Auguste qui descendent la vallée vers Tours.
Jean adopte initialement une posture défensive en évitant les batailles rangées et en défendant soigneusement ses forteresses. Les opérations de Jean deviennent cependant plus compliquées à mesure que la campagne se déroule et que les armées du roi de France progressent à l'est.
En , Arthur, à la tête des troupes que le roi de France lui a confiées (environ ) pénètre dans le nord du Poitou, où il est rallié par les Lusignan et de nombreux barons de l'ouest de la France. Aliénor, ayant appris la concentration de l'ennemi à Tours, avait quitté l'abbaye de Fontevraud pour la sécurité de Poitiers. Vers la fin juillet, talonnée par les troupes d'Arthur, qui sont déjà à Loudun, elle doit s'abriter dans le village de Mirebeau aussitôt assiégé par Arthur qui entend bien capturer sa grand-mère, afin de pouvoir négocier à son avantage avec son oncle Jean. Ce dernier, prévenu par Aliénor, et accompagné de Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, accourt du Mans pour secourir le château et libérer sa mère, qui résiste encore dans le donjon. Au petit matin du , Jean et ses troupes s'introduisent par la seule porte non barricadée et surprennent leurs ennemis, encore endormisL'Histoire des ducs de Normandie d'un Anonyme de Béthune relate même que Geoffroy 1 de Lusignan ne daigna pas se lever pour s'armer avant d'avoir fini le pigeon qu'il était en train de déguster, dans et .. Arthur, ainsi que tous ses alliés, sont entièrement défaits et capturés après un bref mais rude combat. Le chroniqueur Raoul de Coggeshall en a fait un récit détaillé et vraisemblableRaoul de Coggeshall, Chronicon anglicanum, ed. J. Stevenson, Londres, 1875, p. 137, dans .
Les armées de Philippe, qui voit dans le même temps son flanc sud s'affaiblir, sont contraintes de se replier à l'est et de se diriger vers le sud pour contenir l'armée de Jean.
Conséquences Jean remporte la victoire sur Arthur (qui est probablement assassiné par Jean, le , selon les Annales de Margam), et la maison de Lusignan, et assure son trône en éliminant son principal rival, mettant fin à la ligne de succession de Geoffroy Plantagenêt.
Cependant, cet épisode qui a conduit à la chute et à la capture d'Arthur de Bretagne amène les seigneurs d'Anjou, du Maine et du Poitou à lui retirer leur soutien. Le sort particulièrement dégradant et inhumain réservé aux prisonniers par Jean incite Guillaume des Roches et Aimery VII de Thouars à passer au camp de Philippe Auguste. La sœur d'Arthur, Aliénor de Bretagne, qui est déjà sous la garde des Plantagenêts, devient la captive de Jean Sans Terre, principalement en Normandie et en Angleterre, puis de son fils , jusqu'à sa mort en 1241.
Enfin, si une victoire a été remportée, la guerre n'est pas terminée et le roi de France, , avec l'appui des comtes locaux, continue d'avancer progressivement, assiégeant les châteaux qui constituent la ligne de défense de Jean. Cette avancée culmine avec le siège de Château-Gaillard, qui tombe le , et qui marque la fin de la guerre et la victoire de .
Références
Bibliographie
David Balfour, « Triumph and Disaster : King John’s Victory at Mirebeau, 1 August 1202 », Medieval Warfare, Karwansaray BV, , , 2011, . Gaston Dubois-Guchan, « Recherches sur la vie de Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, du Maine et de Touraine (Suite) », Bibliothèque de l'École des chartes, , Paris, Alphonse Picard, 1871, .
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