vignette|Robe de réforme, 1910. Collection du Musée historique de Francfort-sur-le-Main. La réforme vestimentaire est un courant apparu au milieu du qui vise à proposer, aux hommes mais surtout aux femmes, des vêtements plus pratiques et confortables pour des raisons de santé ou d'émancipation. Les vêtements réformés pour les femmes visent à leur permettre de se déplacer plus librement et de participer activement à la vie professionnelle en éliminant les éléments gênants et restrictifs.
Le début des années 1880 est marqué par divers courants se réclamant de l'hygiène et du confort, on réclame une silhouette plus naturelle, le confort la santé.... Le mouvement naît aux États-Unis et au Royaume-Uni avec la revendication, pour les femmes, de ne plus porter de corsets et le souhait de porter des pantalons. L'un des premiers précurseurs des vêtements réformés est le bloomer, apparu aux États-Unis vers 1850. Bénéficiant d'une forte couverture médiatique, il est porté par des militantes des droits des femmes, mais échoue à convaincre une large popularisation. Au cours des décennies suivantes, de nouvelles tentatives de réforme sont menées aux États-Unis, et des mouvements réformateurs émergent également en Europe. Ce mouvement est soutenu par certains médecins qui, dès la fin du , dénoncent le corset comme extrêmement nocif pour la santé.
Le nom de « réforme » vient du mouvement allemand Reformkleidung, partie intégrante du mouvement global Lebensreform, pour, schématiquement, un mode de vie plus proche de la nature. Au Royaume-Uni, le mouvement est identifié comme Victorian dress reform.
Le mouvement de réforme vestimentaire
Contexte Les réformistes vestimentaires sont en grande partie des femmes de la classe moyenne impliquées dans la première vague de féminisme en Occident, des années 1850 aux années 1890. Bien que le vêtement ne soit pas une question primordiale dans le mouvement féministe, il n’est pas non plus ignoré. Catherine Barmby écrit dans The Demand for the Emancipation of Women (1843) . Florence Harberton milite pour une réforme vestimentaire respectueuse de la santé des femmes, de leur forme physique et de leur liberté de mouvement. Elle publie en 1894 Reasons for reform in dress, dans lequel elle met en exergue les robes longues, causes d'accidents et de nombreux inconvénients.
La réforme vestimentaire appelle à l'émancipation des « diktats de la mode », exprime le désir de « couvrir adéquatement les membres et le torse » et promeut une « tenue vestimentaire rationnelle » . Le mouvement connaît son plus grand succès dans la réforme des sous-vêtements féminins, qui peuvent être modifiés sans exposer la personne qui les porte au ridicule social. Les réformateurs vestimentaires encourage également les femmes à adopter des vêtements simplifiés pour les activités sportives comme le vélo ou la natation. Le mouvement s'intéresse beaucoup moins aux vêtements masculins, bien qu'il ait été à l'origine de l'adoption généralisée des combinaisons en laine tricotée ou des caleçons longs.
Certains partisans du mouvement créent des salons de réforme vestimentaire, ou des vitrines, où les femmes peuvent acheter des patrons de couture pour les vêtements, ou les acheter directement.
Artistes et créateurs de mode influencent également le vêtement réformiste, adoptant même partiellement ses nouvelles lignes. Cependant, leurs premières créations, appelées parfois « robes d'artiste », n'ont eu qu'une durée de vie extrêmement courte. Si elles rejettent les modes précédentes, elles ne sont pas nécessairement plus confortables que leurs prédécesseures et, de plus, sont inabordables pour la plupart des femmes.
Par ailleurs, la participation accrue des femmes aux activités sportives accroît naturellement la demande de vêtements appropriés. Parallèlement, le contexte sportif renforce l'acceptation sociale de ces vêtements, du moins dans certaines situations.
Controverses sur le corset L'ennemi commun de toutes ces actrices est avant tout le corset, conçu pour créer une taille de guêpe.
La mode des années 1850 à 1880 met l'accent sur les grandes crinolines, les tournures encombrantes et les bustes rembourrés à la taille fine lacée dans une « corseterie moulée à la vapeur ». Le Tightlacing (laçage serré ou corsetage) est au centre de la : les réformateurs vestimentaires affirment que le corset est motivé par la vanité et la bêtise, et qu'il est nocif pour la santé. Des médecins estiment que le port du corset peut léser les organes internes, compromettre la fertilité, provoquer une faiblesse et un épuisement général de la santé. Les partisans du corset soutiennent qu'il est nécessaire pour une tenue élégante.
La médecin Alice Bunker Stockham s'insurge contre le corset et déclare, à propos du corsage de grossesse, : Alice Bunker Stockham. Tokology 1898.. Une autre médecin britannique, Arabella Kenealy déduit d'expériences faites sur des singes que, pour les femmes, le corset est une cause, sinon toujours de mort, au moins de la plus affreuse déchéance physique et morale. En France, une certaine Madame Doria fonde la Ligue des mères de famille contre la mutilation de la taille par le corset. La réformiste et militante Catharine Beecher est l'une des rares à défier les normes de bienséance et à discuter des problèmes gynécologiques résultant de l'utilisation du corset tout au long de la vie, en particulier le prolapsus génital. L'historienne féministe Leigh Summers suggère que le corsetage pourrait parfois être utilisé pour provoquer une interruption de grossesse. Une revue française écrit dès lors, en 1898 :
En 1860, la corsetière britannique Roxey Ann Caplin publie Health and Beauty, or, Women and her Clothing, où elle s'inquiète des « corsets mal conçus » et condamne la mode du laçage serré. Elle met au point un « corset hygiénique » qui remporte une médaille à l'Exposition universelle de 1851.
Alors que les partisans de la mode vestimentaire soutiennent que les corsets assurent une silhouette droite et « belle », structure physique nécessaire à une société morale et bien ordonnée, les réformistes vestimentaires affirment que les modes féminines sont non seulement physiquement préjudiciables, mais . Elles estiment qu'un changement de mode peut changer la position des femmes dans la société, permettant une plus grande mobilité sociale, l'indépendance vis-à-vis des hommes et du mariage, la capacité de travailler pour un salaire, ainsi que la mobilité physique et le confort.
La réforme des sous-vêtements vignette|Une tentative de réforme vestimentaire en 1891, mais en gardant une silhouette à la mode. gauche|vignette|Inès Gaches-Sarraute dans un corset droit datant d'environ 1892, devenu à la mode à l'époque édouardienne. vignette|« La taille de l'émancipation ». Extrait du « Catalogue de la réforme vestimentaire et autres sous-vêtements hygiéniques pour dames et enfants », George Frost and Co., Boston, Massachusetts, . alt=A diagram showing two women in turn of the century dress. The one on the left has a corset which creates a straight backed posture and bends inwards at the waist. The one on the right has a corset which creates a bent back, while the waist descends straight down from her torso.|vignette|Un schéma de 1900 du Ladies' Home Journal illustrant la différence entre les corsets victoriens et édouardiens. Les réformateurs vestimentaires prônent le comme alternative au corset. Il s'agit d'un corsage moulant sans manches, boutonné sur le devant, orné de rangées de boutons en bas, permettant d'y attacher des jupons et une jupe. Le poids des jupons et de la jupe est supporté par l'ensemble du torse et pas seulement par la taille (l'inconvénient de suspendre tout le poids des jupes et des jupons amples à une taille serrée, plutôt qu'aux épaules, étant un autre point souvent évoqué par les réformateurs vestimentaires).
Le « Emancipation union under flannel » est commercialisé aux États-Unis pour la première fois en 1868. Ce sous-vêtement d'une seule pièce en flanelle tricotée, associe une chemise et un caleçon en un seul vêtement, éliminant ainsi le besoin de bas longs, de jarretières et de jupons lourds. Initialement destiné aux femmes, son côté pratique et son confort ont conduit à son adoption par les hommes comme sous vêtement d'hiver et appelé « caleçon long ».
En 1878, Gustav Jaeger, un médecin allemand dénonce le pantalon pour hommes, dont les tuyaux de tissu laissent passer des courants d'air nocifs à la santé. Il préconise le port de tissus bruts, tels que la laine, proches du corps, et ne comportant aucune fibre végétale, ce qu'il appelle Die Normalkleidung c'est-à-dire l'habillement normal.
Parmi les adversaires du corset, on rencontre aussi des personnes de l'aile ethnico-nationaliste, voire raciste et antisémite, du mouvement Lebensreform qui ne se préoccupent pas de la libération des femmes ou de leur santé. Parmi ceux-ci, considère le corset comme une chose dépravée, faisant partie de la tenue des prostituées, et, pour cette raison, les femmes « allemandes convenables » ne doivent pas en porter.
Le corset hygiénique Le principal résultat du mouvement de réforme vestimentaire semble être l'évolution, plutôt que la disparition, du corset. Des médecins, non seulement aident leurs patientes à ajuster leur corset de façon plus sûre, mais certains conçoivent leurs propres corsets. Au Royaume-Uni, Roxey Ann Caplin crée des corsets qu'elle estime plus respectueux de l'anatomie humaine. En France, Inès Gaches-Sarraute conçoit le corset droit pour répondre aux problèmes gynécologiques de ses patientes, attribués au port du corset. Son modèle vise à réduire la pression sur l'abdomen et à améliorer la santé générale. Son corset et nombre d'autres sous-vêtements féminins innovants sont proposés à l'Exposition universelle de 1900 à Paris.
On ignore combien de femmes, que ce soit en Amérique ou en Europe, portent ces corsets dits « réformés ». Cependant, la photographie de portrait contemporaine, la littérature de mode et les exemples subsistants de ces sous-vêtements suggèrent que le corset est omniprésent chez les femmes et les jeunes femmes (et de nombreux hommes à la mode) jusqu'aux années 1920, époque à laquelle les gaines commencent à s'imposer.
Le Bloomer
Le vêtement le plus célèbre de l'ère de la réforme vestimentaire est le bloomer. En 1851, l'américaine Elizabeth Smith Miller, militante pour les droits des femmes et pour la tempérance, adopte ce qu'elle considère comme un costume plus rationnel : un pantalon bouffant et resserré aux chevilles, comme celui des femmes du Moyen-Orient et d'Asie centrale, surmonté d'une robe ou d'une jupe courte et d'un gilet. Il permet de bouger aussi librement qu’un homme tout en respectant la décence de ne pas montrer le galbe des jambes, et tout en conservant par dessus une sorte de jupe/tunique pour rester féminine. Elle présente son nouveau vêtement à Elizabeth Cady Stanton, militante féministe et abolitionniste, qui le trouve à la fois élégant et seyant, et l'adopte immédiatement. Dans cette tenue, elle rend visite à une autre militante, Amelia Bloomer, rédactrice en chef du magazine The Lily qui adopte également le costume et en fait la promotion avec enthousiasme dans son magazine, au point de lui donner son nom. De plus en plus de femmes adoptent cette mode et sont rapidement surnommées « Bloomers ».
vignette|Caricature de Punch de 1895. Gertrude : « Ma chère Jessie, à quoi sert ce costume de cycliste ? » Jessie : « A être porté, bien sûr. » Gertrude : « Mais tu n’as pas de vélo ! » Jessie : « Non, mais j'ai une machine à coudre ! ».