vignette|Vue de l'entrée

L'église Notre-Dame-du-Désert est une chapelle sur la commune de Saint-Victor-et-Melvieu, dans le département français de l'Aveyron, en région Occitanie. C'est un monument référencé par le Parc naturel régional des Grands Causses.

La chapelle a été reconstruite à la fin du et au tout début du .

Elle dépend du diocèse de Rodez depuis 1822.

L'église Notre-Dame-du-Désert est emblématique du mouvement de construction d'églises partout en France, mouvement inégalé par son intensité pendant tout le .. Ce mouvement, largement impulsé par un clergé soucieux de répondre à la pression de la population, marque encore profondément les paysages de France, notamment les paysages ruraux. Ici, l'abbé Rolland, nommé curé de Melvieu en 1896, reçoit de Monseigneur Bourret, évêque de Rodez, la consigne : « vous avez dans votre paroisse une chapelle de dévotion, elle tombe en ruines, vous la relèverez ».

Le culte catholique dans les campagnes est marqué par un renouveau du culte des saints et du Sacré-Cœur, ainsi que des pèlerinages, des sujets qui sont au cœur de la reconstruction et de l'animation de cette chapelle au milieu des châtaigneraies, dans un environnement spectaculaire.

Description du site et localisation Notre-Dame-du-Désert est située à environ du village de Melvieu.

La chapelle est construite sur un éperon rocheux dominant de 180 mètres les Raspes du Tarn, le hameau de Verdale et le pont suspendu de Verdale.

Historiquement appelée Notre-Dame du Bosc ou Vors sur les cartes de Cassini, le nom de Vors, Bors, devenu Bosc, terme qui désignait une hauteur.. Elle est citée sur le cadastre de 1826 comme Notre-Dame-du-Désert.

On la retrouve aussi sous le numéro 8896 dans l'ouvrage de Jean-Louis Dardé, sous-chef de division à la préfecture de l'Aveyron, et qui reste la référence en matière de toponymie du département.

On y accède maintenant, depuis un parking le long de la route, par un chemin balisé qui rejoint les principaux chemins de randonnée vers Ayssènes. Mais, pendant des années, on y arrivait par un simple chemin de charrette. Le curé Albouy précise en 1933 : « un virage pour auto a été fait face à la statue. Les voitures ne seront plus obligées d'aller tourner jusque à La Fosse comme précédemment »..

Outre la chapelle, on trouve un chemin de croix, dont les stations ont été créées au moyen de dons des paroissiens. Le chemin de croix culmine en haut du promontoire avec une statue de la Vierge Marie, installée dans les années 1890.

Jouxtant la chapelle, se trouve un petit cimetière à flanc de coteaux.

Face à la chapelle, M. Carrière, habitant du pont de Verdale, a construit des gradins pour améliorer les confort des pèlerins.

Légende Ni Melvieu, ni La Romiguière, n'ont d'église. On décide d'en bâtir une au milieu des villages. Les travaux commencent. La légende raconte que les ouvriers qui arrivaient sur le chantier ne retrouvaient ni les pierres, ni les outils, ni les constructions réalisées la veille. La nuit, tout était transporté sur le site du Désert, site où un ermite ayant couru le monde s'était installé dans le passé. Les habitants comprirent alors que c'était là que Dieu et la Vierge Marie voulaient leur église, dans cet endroit impossible où "même une sauterelle ne tiendrait pas".

Historique En 1328, le site apparait sous le nom de Notre-Dame de Bosc dans le Pouillé du diocèse de Vabres, comme un prieuré cure, rapportant à l'évêque 60 livres.

Puis Notre-Dame du Bosc ou de Borse apparait dans les documents à partir du . On trouve trois actes rappelés par M.Hamon dans son ouvrage "Notre-Dame de France". Le plus ancien est en patois et date du . Un autre en latin est daté du . Le plus récent est en latin et date du . On parle alors parfois d'une chapelle, parfois d'un prieuré.

En 1472, sur le rôle des dons gratuits dus par le diocèse de Vabres au roi de France, le prieur de Notre-Dame de Bors est taxé de 1 livre et 19 sols. Ce niveau de participation permet de constater qu'il s'agit d'un des plus petits et plus pauvre prieuré du diocèse de Vabres.

En 1603 Messire Capel reçoit le prieuré de noble Scipion de Roquefeuil, abbé de Saint-Guilhem-le-Désert.

Notre-Dame-du-Désert était de 1675 à 1793 une église paroissiale.

En 1728, Pierre Fournier, prieur curé déclare à l'évêque de Vabres des revenus assez faibles, à savoir la dime du blé, vin, laine et agneaux, pour 200 livres, et le casuel pour 3 livres. Au niveau des charges, 12lt dépensés pour les ornements; et 14lt pour le louage d'une maison presbytérale. Il est précisé que les luminaire sont assurés par ailleurs, grace aux quêtes. Le revenu net de 191lt est faible pour le diocèse .

La chapelle est visitée le par Monseigneur Jean de La Croix de Castries, évêque de Vabres.Elle est aussi dès ce moment un lieu important de pèlerinage. Ainsi, selon Jean Delmas "en 1661 quarante à soixante pèlerins qui s'y rendaient depuis St Etienne de Meilhas, dans une grosse barque, faillirent périr dans le Tarn avec leur curé. Les évêques interdirent le pèlerinage à ceux de la rive droite, les orientant vers Notre-Dame de Plescamps".

À la Révolution française, les cloches sont enlevées et jetées dans le Tarn. L'argenterie et les décors sont remis par le maire de Gozon aux autorités révolutionnaires. Le prieur est déporté en 1793, "Jean Louis Saysset, natif du Pouget près du Truel, curé de Notre-Dame de Vors, 55 ans, n'a pas prêté le premier serment, a prêté le 2eme hors du délai, arrêté le 29 brumaire, interrogé à Saint Affrique [...], conduit à Rodez par la gendarmerie, déporté à Bordeaux le , détenu au fort du Ha,[...]

Le propriétés attachées au prieuré sont vendues : "Un jardin, au tènement de la Balmarie, dépendant du prieuré de Notre-Dame del Désert, contenant 1 boisseau, entouré de grands murs ou maison, lesdits murs emportés en partie" est vendu à Gabriel Carrière pour 83 livres et 12 sols. On trouve aussi "un bois et ses appartenances au tènement de la Raspe [..], estimés 193 livres et 4 sous, contenant 6 setiers, adjugés à François Taillefer, La Portalière, homme de loi d'Ayssenes, vendu 205 livres"

Ainsi dépouillée, l'église s'abime voire tombe en ruine.

L'abbé Hebles indique "quand en 1898 on creusa les fondations de la nouvelle chapelle, on découvrit les restes de vieilles bâtisses cachées par un pavage plus moderne. On crut voir la les restes d'un petit oratoire, peut être le premier, celui de l'ermite de légende. Cette chapelle était orientée le cœur au levant et l'entrée à l'ouest, avec une porte latérale au midi. Deux ouvertures donnaient un peu de jour à l'intérieur. Aucun ornement sur les murs, ni colonnes ni arceaux. À l'extérieur, un campanile, élevé sur la voute portait une cloche. L'ensemble rappelait les ."

Lors du pèlerinage de Pentecôte 1894, on observe "ce sanctuaire menace de tomber en vétusté". Le R.P. Majorel, prédicateur de la fête a proposé sur l'heure une souscription pour sa reconstruction. Plus de ont été versés aussitôt". L'église est finalement rasée en 1894.

À partir de 1896, l'abbé Rolland, récemment nommé à Melvieu conduit le chantier de reconstruction de Notre-Dame-du-Désert avec l'aide de ses paroissiens et des paroisses voisines. La commune commence par élargir le chemin en faire un chemin utilisable par les chars, en 1896, qui permet d'arriver à du site. De 1896 à , des volontaires à coup de terrassements et de mines créent un passage suffisant pour apporter les matériaux.

Le , Lacombe, architecte de Rodez dresse un avant métré et un devis estimatif, qui s'élève à . Les plans définitifs sont établis en , et adressés à l'abbé Rolland.

Quand les travaux commencent, ils s'appuient sur une large participation de la population.

Les matériaux sont tous locaux, et transportés par des bœufs gratuits et des bénévoles : sable du Tarn, grès de Saint-Victor. Les ouvriers étaient nourris par les paroissiens.

À l'entrée de l'église on trouve sur la gauche un tableau d'honneur qui liste les contributeurs à la construction de la chapelle.

L'église est inaugurée le , en présence de l'abbé Ricard, archidiacre de Vabres. L'abbé Domiage de Broquiès a célébré une messe solennelle depuis l'autel des pèlerinages, au-dessus de la grande porte d'entrée. "Sur le devant de la chapelle se dresse une sorte de calvaire immense, sur cette estrade naturelle s'échelonnaient en amphithéâtre de 3 à ". "Monsieur le curé de Melvieu avait eu le soin de convoquer la fanfare et les tambours des Frères de Broquiès".

La bénédiction du clocher construit semble-t-il dans un second temps, de trois statues - une grande statue en pierre de la Vierge, deux petites statues de sainte Clotilde et de saint Rémy - et d'une chaire "sculptée en pierre" a lieu à l'occasion du pèlerinage de saint Roch, le . vignette

Description et architecture L'église est de style roman.

Le transept et les chapelles Le transept est étroit et constitué de 4 travées en voûte simple.

Le chœur et les deux chapelles sont chacun meublés d'un autel en marbre.

Le transept ouvre sur deux chapelles. Les autels des chapelles ont été sculptés par Roustan, sculpteur de Saint-Affrique.

À gauche de l'autel principal, une chapelle est dédiée à saint Roch, avec une statue et un tableau le représentant, surmontant un autel sculpté par Roustan, sculpteur de Saint-Affrique. Ce tableau est une réplique de celui sur saint Roch, qu'on trouve dans l'église de Ladepeyre, sur la commune du Viala-du-Tarn. La chapelle présente un reliquaire avec une relique de saint Roch.

À droite de l'autel, une chapelle est dédiée au Sacré-Cœur. Au dessus de l'autel, toujours sculpté par Roustan, on trouve un tableau représentant Notre-Dame du Carmel. Le tableau n'est pas signé mais est une copie d'une gravure très répandue à l'époque.

Le clocher Le clocher a été construit dans un second temps. On y accède par un escalier étroit en colimaçon en bois, depuis l'entrée.

Il a été construit par Honoré Conte, maçon de Melvieu, et Roucoules Jean Célestin, maçon du Sucailhou. Un contrat de construction a été établi entre eux et des habitants tous de Saint-Victor-et-Melvieu. On retrouve leurs noms sur le tableau des bienfaiteurs présenté à l'entrée de la chapelle : Louis Salson et Prosper Thomas de Melvieu, André Carcenac et Georges Bregou du Sucailhou, Philibert Arlès de la Fosse, André Blaquière de la Balmayrie Haute et Louis Fabre de la Salissière. Il versent ensemble "1180 francs pour les travaux de maçonnerie, charpente et couverture, ainsi que les deux planchers". Les maçons vont extraire la pierre de taille à Saint-Victor, et "faire six journées de burin pour extraire avec la poudre au rocher de Notre-Dame la pierre ordinaire".

Le clocher soutient deux cloches également achetées par les paroissiens.

La sacristie Construite à droite de la chapelle, la sacristie a été agrandie par l'abbé Albouy, dans les années 30, avec l'ouverture d'une porte sur l'extérieur.

Décor et statuaire

Chemin de croix Les tableaux du chemin de croix ont été installés en 1913.

Boiseries et stalles en bois Les murs de part et d'autre de la nef, et dans le chœur sont décorés avec des boiseries et des stalles en bois, qui ne présentent pas de décor particulier.

Vitraux Les vitraux de Notre-Dame-du-Désert ont été offerts par des paroissiens ou par les paroisses voisines. Ils sont tous datés de 1899.

Dans le chœur, le vitrail central est offert par l'abbé Rolland, l'abbé à l'initiative de la reconstruction de l'église. Il représente la Vierge en majesté.

Tableaux Chacune des chapelles est décorée d'un tableaux.

La chapelle de gauche, dédiée à saint Roch est décorée d'un tableau de saint Roch. Celui ci reproduit quasi exactement un autre, installé dans l'Eglise de Ladepeyre, sur la commune du Viala du Tarn, et signé par Pierre Granier, un peintre local, originaire de Creissels.

La chapelle de droite, dédiée au Sacré Coeur, est décorée d'un tableau qui représente le sacré coeur. Ce tableau n'est pas signé.

Statues intérieures