vignette|Instrumentalistes d'Harp dans la Perse ancienne, Reliefs de Taq-e Bostan, .

La musique d'Iran (qu'il s'agisse de musique savante persaneMusiques du Monde: La Musique Savante Persane (archive), aussi appelée musique traditionnelle persaneLa musique persane (Université de Genève) ou de musique iranienne contemporaine) englobe toutes les musiques produites par des artistes iraniens ; que ce soit en Iran ou par la diaspora iranienne. Elle s'est en outre propagée au sein de la musique afghane, tadjike et turque.

Plusieurs fois pendant des millénaires, la musique iranienne remonte au Néolithique ainsi que l'attestent les sites archéologiques de Suse et Élam, au sud-ouest de l'Iran : on y jouait du luth et de la flûte sans qu'on en sache beaucoup plus. Dans l'empire Achéménide, Hérodote reconnaît une place importante de la musique, particulièrement à la Cour royale ; il note également son rôle très important dans les cérémonies religieuses d'adoration de Mithra.

Une distinction s'impose entre la science de la musique (musicologie, Elm-e Musiqi) qui, en tant que branche des mathématiques a toujours été très bien considérée en Iran, et la performance musicale (Tarab, Navakhteh, Tasneef, Taraneh ou plus récemment Muzik) qui a souvent eu une relation conflictuelle avec les autorités religieuses.

Histoire vignette|gauche|Karnay, Cor ancien de Perse, 6 BC, Musée de Persépolis.

L'ambivalence de la culture de l'Iran vis-à-vis de la musique peut être appréciée dans un contexte que Darius Shayan a appelé schizophrénie culturelle : la nature contradictoire des deux sources de la culture iranienne (la Perse antique et l'islam). Dans la Perse antique, les musiciens jouissaient d'une bonne position sociale. Les Élamites et les Achéménides faisaient certainement appel à des musiciens, mais cette musique reste inconnue. Pendant l'ère Parthe, les troubadours ou Gosans étaient très recherchés. Il existe des théories académiques affirmant que les premiers poètes de langue Dari d'Iran oriental comme Roudaki étaient en fait des Gosans.

Avant l'invasion arabe, les mélodies qui étaient chantées ou récitées étaient tirées de l'Avesta, le livre sacré du Zoroastrisme. Le mot gah a deux sens : en pehlevi, il signifie à la fois gath (une prière contenue dans l'Avesta) et temps. Les modes appelés yekgah, dogah, segah, chahargah, panjgah, sheshgah, et haftgah étaient utilisés pour chanter les gath un à sept. , il s'est avéré que le mode appelé rāst (littéralement « vérité ») était utilisé pour chanter les histoires des actes louables ou des personnes bienfaitrices ; que le mode shekasteh (littéralement « brisé ») était utilisé pour chanter les histoires des hommes malfaisants. Le mode homayoun était utilisé pour réciter les prières du matin. La plupart de ces modes existent toujours aujourd'hui.

Quand les Sassanides arrivent au pouvoir, la position et valeur des musiciens sont si élevées que leurs prénoms sont transmis depuis. Néanmoins, si on sait que Mani était un peintre et Borzouyeh un homme de lettres autant qu'une figure médicale, leurs noms ont survécu pour des raisons autres que la pratique de leur art. De même, Farhad était un célèbre sculpteur, mais surtout connu pour sa romance avec la reine Chirine. Pendant le règne de Khosro Parviz, il existait une rivalité exacerbée parmi les maîtres musiciens (Barbad, Sarkad, Ramtin et Nakissa). Barbad inventa le luth et les traditions musicales qui se transformeront en maqâm puis aboutiront au système dastgâh.

Après l'islamisation, les musiciens perses n'ont pas disparu. Ainsi on attribue à Ziriab d'avoir eu la plus grande influence sur l'Andalousie et la musique espagnole http://www.iranian.com/Music/2002/November/Guitar/index.html. Les philosophes Farabi et Avicenne n'étaient pas seulement des théoriciens de la musique, mais également, respectivement, des adeptes du luth et du ney. Cependant, l'Islam, de la fin de l'époque médiévale et à l'ère moderne, considère la musique avec suspicion ; pour certains, la musique affaiblit la raison. Et la danse, nécessairement accompagnée de musique, est ainsi également considérée comme licencieuseLe Monde nov. 2019 : Mehdi Rajabian, ou la musique au péril de sa vie. Arrêté en 2013 et emprisonné pendant deux ans, cet artiste veut continuer la musique coûte que coûte dans son pays, malgré les risques et la répression que subissent les artistes. Il a aussi fait chanter des femmes, ce qui est strictement interdit – en Iran, elles n’ont pas le droit de chanter en public. France Musique : Le rapport ambigu de l'Iran à ses musiques traditionnelles .

Avant la révolution de 1979, l'Iran produit des stars de la chanson comme Gholam Hossein Banan et des instrumentistes comme Abolhasan Saba, Ahmad Ebadi, Hossein Tehrani, Faramarz Payvar, Hassan Kassayi et Javad Maroufi. La révolution islamique de 1979 inaugure une renaissance de la musique classique perse de laquelle ont émergé des célébrités nationales et internationales comme Mohammad Reza Shadjarian, Parissa, Sima Bina, Parviz Meshkatian, Hossein Omoumi, Kayhan Kalhor, Mohammad Reza Lotfi, Hossein Alizadeh, Madjid Khaladj, Darioush Tala'i, Shahram Nazeri, Madjid Kiani, les frères Kamkar-s, Sahar Mohammadi, Tahere Falahati, Sepideh Raissadat, Solmaz Badri , et bien d'autres. Bien que la révolution ait entraîné la popularité de la musique classique, la musique et l'islam n'ont pas toujours fait bon ménage, et beaucoup d'Iraniens très conservateurs ne voyaient pas d'un bon œil même les mélodies et les paroles les plus simples. Le rôle des femmes dans la musique a aussi été réduit à l'occasion de la révolution ; il leur a été désormais interdit de chanter en public, mais elles peuvent encore jouer d'un instrument.

Hiérarchies traditionnelles vignette|Santour est l'un des instruments les plus populaires de la musique persane.

La musique perse académique classique (Musiqi Asil ou dastgah) est ancrée dans les théories de l'esthétique des sons telles qu'elles ont été exposées par Al-Fârâbî et Shirazi dans les premiers siècles de l'Islam. Ce genre musical perpétue les formules mélodiques qui sont souvent attribuées aux musiciens des Cours impériales de Khosro Parviz à la période Sassanide. Le dastgâh est la musique de ceux qui possèdent ou font preuve d'un goût raffiné et d'une grande culture (malgré sa popularité actuelle).

Il y a d'autres genres de musique respectables, qui, n'étant pas autant fondés sur une théorie abstraite, paraissent plus utilitaires. À ce groupe appartient la musique martiale de Perse (Musiqi Razmi) : quoique remplacée par des formes européennes depuis la modernisation de l'armée, ses racines plongent dans l'époque Parthe, comme le montrent les sources romaines. Cette musique, avec de grands tambours (ou dafs), ainsi que des instruments à cuivre, n'était pas seulement utilisée en temps de guerre, mais également dans les cérémonies officielles. La Naqareh Khaneh ou "maison du tambour", principale représentante de ce type de musique avait survécu jusqu'à l'ère Qajare, mais en ce temps-là, l'essentiel de l'expérience acquise pendant la période Safavide avait disparu. La seule survivance de cette forme de musique, réduite à ses éléments, se reconnaît dans la musique de la Zurkhaneh, l'art martial traditionnel iranien, où l'exercice des champions (Pahlavan, littéralement parthiens) est régulé par un joueur de daf/vocaliste connu sous le nom de Murshid.

La musique religieuse présente une disparité en tant que catégorie musicale. La cantillation du Coran n'est pas considérée comme de la musique par les musulmans, mais comme quelque chose de plus sublime. De la même manière, la liturgie religieuse ou Noheh est une catégorie de chanson improvisée, mais n'est jamais étudiée en termes musicaux. Les pièces de théâtre (tazieh) représentant la passion chiite dans des pièces narrant le martyre de l'imam Hussein ont leur origine dans la musique martiale de l'Iran. Pareillement, la musique Soufie, bien qu'ayant établi ses propres traditions comme l'utilisation de l'instrument mystique daf et de livrets de poésie mystique persane, se distingue nettement de la musique du dastgâh ; elle possède une liberté de composition plus grande tout en étant rythmiquement plus sophistiquée ; elle s'inspire de traditions folkloriques ancestrales et liées à des croyances.

La musique populaire occupe l'étage inférieur de l'échelle de la respectabilité, à l'exception de la musique folklorique qui joue un rôle important dans la vie quotidienne des iraniens ruraux. Certaines des plus belles musiques composées en Iran sont des chansons folkloriques du Kurdistan et du Khorassan par exemple. Au contraire des autres genres musicaux qui descendent de la musique classique perse, les chansons folkloriques ont beaucoup influencé le système du dastgâh et des noms tels qu'Ispahan et Bayat-e Turk attestent des origines régionales de formules mélodiques.

Le théâtre musical, sous la forme du Ruhowzi où le bassin couvert au milieu de la cour intérieure des maisons servait de scène, est considéré comme décadent par de nombreux iraniens. Les tasnif, ou composition populaires urbaines, étaient souvent jouées comme support à la danse, dans des fêtes uniquement féminines ou à l'occasion de compositions plus célèbres comme celles de Baba Karam.

Musique classique Musique classique persane vignette|gauche|Assiette d'argent post-Sassanide, au British Museum.

Le terme Khonyâ-ye Bâstâni Irâni est la translittération d'un terme qui pourrait être traduit par « Musique iranienne antique », ce qui revient à dire « Musique classique persane ». L'expression Musiqi-e assil et Khonyâ-ye Bâstâni Irâni sont des termes équivalents, bien que le second soit moins utilisé de nos jours.

Bien que les origines de la musique modale persane soient imprécises, les chercheurs pensent que le premier système musical du Moyen-Orient est inventé par Barbad, musicien de la Cour durant l'empire Sassanide. Ce système est connu sous le nom de Khosravani royal, dédié au roi Khosro II. De nombreuses appellations des modes utilisés actuellement dans la musique classique iranienne, les dastgâhs, dateraient de cette époque et se sont transmises oralement. Plusieurs modes et mélodies ont cependant disparu, probablement à cause des envahisseurs musulmans dont les souverains bannirent la musique. La musique classique a par la suite été jouée seulement dans les Cours royales jusqu'au , et parfois en secret à l'intérieur de petites communautés.

vignette|Mohammad Reza Shadjarian et l'ensemble de musique classique persane.

La musique classique persane est improvisée et basée sur une série de gammes modales et d'accords qui doivent être mémorisés. Les apprentis et les maîtres (ostad) ont traditionnellement une relation très particulière qui s'est perdue au cours du avec le déplacement de l'enseignement de la musique dans les universités et les conservatoires et l'avènement des partitions, sous l'influence occidentale.

Le répertoire (radif) est divisé en douze dastgâhs, avec plus de deux cents courtes mélodies (gusheh), chaque gusheh et chaque dastgâh ayant un nom. Un morceau de musique comporte habituellement : un pishdaramad (pré-introduction), un daramad (introduction), un tasnif (chanson), un chahar mezrab (rythmique), et un nombre défini de gusheh (mouvements).

Il existe différents radifs selon les instruments ou les maîtres. Parfois, lors de performances non conventionnelles, ces parties peuvent varier ou certaines peuvent être omises. Les mouvements complexes en 10, 14 ou 16 temps n'ont plus été joués après la fin de l'empire Safavide ; depuis, la plupart des morceaux sont joués en 6 ou 7 temps au maximum. De nombreuses mélodies et modes peuvent se retrouver dans les mugham azéris et dans les Maqâm arabes et turcs. Ces échanges dateraient de la période du califat.