L’Armée de libération nationale (ALN) a été créée par le CRUA en 1954 et constitua le bras armé du Front de libération nationale (FLN) en guerre de 1954 à 1962 contre la présence française en Algérie.
À partir de novembre 1954, la lutte fut menée aussi bien au niveau des grandes villes algériennes que dans les endroits les plus reculés de l'intérieur du pays (notamment les maquis). Elle passe d'une armée de partisans de mal armés et mal préparés mais déterminés à une armée classique au fur et à mesure que la guerre se prolonge. Le Congrès de la Soummam, tenu au mois d', rationalise les structures du mouvement insurrectionnel et lui donne un programme.
L'organisation se dota d'un État-Major Général (EMG) ainsi que d'une organisation militaire par laquelle les zones de combat furent divisées en 6 wilayas ou régions militaires, à la tête de chaque région était nommé un chef qui était subordonné sur une échelle hiérarchique au Chef d'état-major.
Dix commandements de l'ALN Les « dix commandements » de l'ALN sontSaïd BENABDALLAH, La Justice du FLN. pendant La Guerre de libération, Alger, SNED, s.d.; variantes: SHAT 1 H2482. : Poursuivre la lutte de libération jusqu'à l'indépendance totale ; Poursuivre la destruction des forces de l'ennemi et la récupération au maximum du matériel (variante : poursuivre la destruction des forces colonialistes et augmenter au maximum la récupération du matériel) ; Développer le potentiel matériel, moral et technique des unités de l'ALN (variante : des unités de l'armée) ; Rechercher au maximum le mouvement, la dispersion avec regroupement et l'offensive (variante : rechercher au maximum les mouvements de dispersion avec regroupement de l'offensive) ; Renforcer la liaison entre les postes de commandement (P.C.) et les différentes unités ; Développer le réseau de renseignements au sein de l'ennemi et au sein de la population ; Développer le réseau d'influence du FLN. auprès du peuple afin d'en faire, un appui sûr et constant (variante : absence de mention de « auprès du peuple » et interversion des points 6 et 7) ; Renforcer la discipline dans les rangs de l'ALN (variante : dans le sens de l'Armée) ; Développer l'esprit de fraternité, de sacrifice et d'équipe parmi nos combattants ; Se conformer aux principes de l'Islam et aux lois internationales dans la destruction des forces ennemies.
Hommes thumb|Chefs des Wilayas, de gauche à droite : Zighoud Youcef, Abane Ramdane, Larbi Ben M'hidi et Amar Ouamrane au Congrès de la Soummam, août 1956).
Les combattants ne sont plus les guerriers des tribus, chargés de la défense d'une petite « patrie », comme au moment de la conquête de l'Algérie. Ce sont souvent des professionnels, dont la formation a été acquise de manière très diverse. Certains sont issus de l'armée française (notamment des unités de tirailleurs). C'est en particulier le cas de certains « chefs historiques », comme Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, Krim Belkacem ou Mohamed Boudiaf. D'autres, ont été formés dans des camps d'entraînement du monde arabe, en Égypte ou en Libye. Ainsi, il a été établi qu'environ 700 stagiaires ont été formés en Égypte en 1957 (servants de DCA, sapeurs, pilotes de DC3 et peut-être de MiG). Avec le concours d'Égyptiens, de Syriens, d'Irakiens, voire d'Européens, le FLN a pu organiser au Maroc et en Tunisie ses propres centres d'instruction. Ainsi Ahmed Bencherif, ancien officier de l'armée française formé au sein de l'École nationale des sous-officiers d'active à Saint-Maixent, se rend en Tunisie où, entre 1958 et 1959, il commande l'école d'officiers de l'armée de libération nationale.
Après le déclenchement du conflit, certains cadres désertent l'armée française pour les maquis mais surtout pour l'armée des frontières. Ils proviennent des garnisons de France ou d'Allemagne de l'Ouest.
Il faut également insister sur le rôle tenu, à l'intérieur même du mouvement nationaliste par l'OS qui aurait compté environ . Elle avait, par ailleurs, élaboré un programme d'entraînement militaire comprenant douze leçons (dont cinquante copies furent imprimées et distribuées exclusivement aux chefs). Celles-ci étaient principalement axées sur les aspects théoriques et pratiques de la guérilla, notamment l'usage des explosifs et des armes, la tactique de combat, l'art de l'embuscade et des incursions. L'organisation avait ainsi réussi à jeter les bases et à esquisser les conceptions d'une institution qui constituera le cadre militaire pour la lutte de libération.
Profil du combattant algérien Il est décrit ainsi par le général Maurice Challe : Maurice Challe, Notre révolte, Presses de la Cité, 1968, 445 p..
Il doit se rendre insaisissable par une mobilité constante, facteur essentiel de la capacité militaire de ces hommes, et par une dispersion aussi grande que possible, le regroupement ne devant s'opérer qu'avant une attaque.
Tous les effectifs ne sont pas permanents. Parallèlement aux formations qui tiennent le maquis, il existe une deuxième catégorie de combattants, les « moussebiline ». Ce sont de petits groupes chargés du sabotage, ou du soutien logistique et qui continuent à vivre dans leurs villages. À partir des années 1958-1959, ils seront obligés, face à la stratégie française du regroupement des populations qui rend leur clandestinité impossible, de rejoindre les rangs de l'ALN. Ils auront été fort utiles pour contribuer à l'enracinement durable de l'appareil politique du mouvement nationaliste.
Au combattant en groupe s'ajoute le militant isolé, infiltré au cœur de la société coloniale et pratiquant le meurtre contre des individus désarmés.
À ces combattants de première ligne, viennent s'ajouter tous les militants qui, d'une manière ou d'une autre, constituent le soutien des maquis ou des réseaux urbains.
« Les uns et les autres ne sauraient subsister sans la participation d'innombrables collecteurs de fonds, d'organisateurs de caches de vivres, d'armes et de munitions, mais aussi d'informateurs ou de guetteurs, chargés de déceler les mouvements en cours ou probables, dont la désignation de « choufs » remonte à la vieille armée d'Afrique »
Cet adversaire est donc multiple dans ses aspects. Noyé au milieu de la population, il prend l'apparence du fellah inoffensif dans le bled ou du commerçant affable dans la ville. Il est très difficile à reconnaître. C'est une œuvre de patience, de très longue haleine. Soumises aux coutumes musulmanes, les femmes sont peu nombreuses, de l'ordre de 3 %, et utilisées surtout dans des emplois sanitaires. Certaines, employées dans les opérations terroristes, sont des étudiantes.
Organisation structurelle Fondée sur le système de groupe (faoudj) composé de 3 à 4 combattants (appelés djounoud) - les plus grands groupes pouvant cependant atteindre 15 à 20 combattants - durant les deux premières années, l'organisation militaire aborde, avec la tenue du congrès de la Soummam, une autre phase de développement avec la création de grades militaires et l'apparition de nouvelles unités opérationnelles comme les compagnies, les bataillons et les commandos. Après 1956, l'organisation se présente ainsi : Le demi-groupe se compose de 5 combattants ; Le faoudj (groupe) de 11 éléments dont un sergent et deux caporaux ; La ferka (section) se compose de trois groupes et de deux cadres : 35 éléments ; La katiba (compagnie) de trois sections et cinq cadres : 110 hommes ; Le failek (bataillon) comporte trois compagnies plus vingt cadres : 350 éléments. Cette dernière n'a été constituée que vers la fin des années 1960 aux frontières.
Grades Sagh Thani (Colonel) ; Sagh Aouel (ou Ra-id, commandant) ; Dhabit Thani (ou Naquib, capitaine) ; Dhabit Aouel (Moulazim Aouel, lieutenant) ; Moulazim Thani (Moulazim, sous-lieutenant) ; Moulazim Aouel (aspirant) ; Mousasaïd (adjudant-chef) ; Arif Aouel (Rakib, sergent-chef) ; Djoundi Aouel (caporal).
Grades spécifiques djoundi : porte au bras droit un V à l'envers, de couleur rouge ; : trois V à l'envers ; Lieutenant : étoile blanche ; : étoile rouge ; : étoile rouge et étoile blanche ; : deux étoiles rouges ; : deux étoiles rouges et une blanche ; Commandant : trois étoiles rouges.
Les grades prévus sont respectés pour chaque fonction mais leur port ne se fera qu'en Wilaya III. Quant aux décorations, bien que prévues, elles n'ont jamais été distribuées et les seules distinctions sont les citations à l'ordre de l'Armée, prononcées en général à titre posthume, attribuant aux héros morts au combat le « Wissem el Mouqawama » (Médaille de la Résistance) ou le « Hilal el Djihad » (Croissant de Guerre) comme ce fut le cas pour Amirouche, colonel de la wilaya III. Les vivants, eux, ne recevront, en général, qu'une lettre du GPRA ou d'une institution de la Révolution, pour les honorer à l'occasion d'un fait notable qu'ils auront accompli.
Organisation territoriale
Les « zones » sont érigées en wilayas. Le territoire national est divisé en six wilayas. La ville d'Alger et sa banlieue est érigée en Zone autonome d'Alger (ZAA) et devient le siège (jusqu'en 1957) de la direction du FLN.
Commandement Les branches militaires et politiques ont été unifiées sous un seul commandement. En vertu du principe de la collégialité, principe cardinal de direction, si le chef de wilaya représente l'autorité du FLN à l'échelle de la wilaya, il ne peut ni nommer, ni rétrograder ses adjoints. Il ne peut que formuler des propositions, la décision relève de la direction politique du FLN.
La Wilaya (organe supérieur de l'ALN) : elle est divisée en manatiq (zones), chaque mintaqa est divisée en aksam (pluriel de « kism » ou secteur). La wilaya est placée sous l'autorité d'un Conseil (de wilaya). Le Conseil (de wilaya) : le conseil de wilaya comprend un colonel et trois commandants (militaire ; politique ; renseignements et communications). Le conseil de région ou rnintaqa (un capitaine et trois lieutenants). Le conseil de kism ou secteur (un adjudant et trois sergent-chefs).
Organigramme de l'ALN thumb|center|800px|Organigramme de l'ALN
Organisation administrative
À partir du Congrès de la Soummam, l'ALN a renforcé sa base logistique et administrative en intégrant les spécialités suivantes : services de la Santé, des Équipements (approvisionnement en armes, en vivres et en vêtements), RenseignementsVoir : Ministère de l'Armement et des Liaisons générales et Abdelhafid Boussouf, Communications, finances, Matériel de guerre, Propagande, Justice et Enseignement, Coopération, État civil et Conseils populaires.
Période de transition 19 mars 1962 - Indépendance De Tunis, des éléments militaires de l'ALN sont envoyés en Algérie, en particulier des Officiers :
émissaire envoyé dans la Force Locale ; participation aux commissions de l'application du cessez-le-feu.
Effectifs Les historiens ont toujours buté sur la difficulté d'avancer un chiffre qui corresponde à la réalité. Pour des raisons de propagande mais aussi à cause du double mouvement du reflux à la suite des « pertes nombreuses » et de flux du fait du « recrutement incessant », il serait aléatoire de donner un chiffre précis.
Les estimations approximatives établies par des sources algériennes, notamment Mohamed Téguia, indiquent que l'ALN s'est engagée dans la lutte armée le avec un millier d'hommes et qu'elle avait atteint son apogée en 1958 avec un maximum de (de 60 à à l'intérieur et de 15 à sur l'ensemble des frontières au-delà des barrages) avant de subir de sérieux revers lors des opérations meurtrières du Plan Challe durant les années 1959-1961 et de connaître une régression pouvant aller jusqu'à 50 % des effectifs, soit quelque 30 à à la fin de la guerre.
D'après les sources françaises : Henri Jacquin, indique qu'à la fin de 1956, l'ALN compte près de combattants réguliers, tous dotés d'armes de guerre, et auxiliaires pourvus d'armes de complément. Pierre Clostermann devant l'Assemblée nationale : .