Histoire de Melody Nelson est un album de Serge Gainsbourg paru en 1971. C'est son premier album-concept. Il a été écrit en collaboration avec le compositeur et arrangeur Jean-Claude Vannier.
Mise en perspective de l'œuvre LHistoire de Melody Nelson est un pan à part de l'œuvre de Gainsbourg, pouvant se rapprocher musicalement de L'Homme à tête de chou, un autre album concept, paru cinq années plus tard. Rendant hommage aux ouvrages de Vladimir Nabokov, Gainsbourg construit cet album autour d'un récit et d'un jeune personnage féminin, incarné dans le réel par sa muse, Jane Birkin. Celle-ci prête son image (sur la pochette du disque) et sa voix au personnage de Melody Nelson, se contentant de dire son nom dans Melody, Ballade de Melody Nelson et Cargo culte, et n'émettant que quelques rires, gloussements et petits cris dans En Melody..
Création Commentaires de Jean-Claude Vannier Sur son site Internet, Jean-Claude Vannier livre ses souvenirs de la gestation de l'album.Joseph Ghosn, « D'où viens-tu Melody ? », Vanity Fair , février 2021, p. 102-107. :
S'agissant des musiciens, personne n'est « en mesure de confirmer de manière certaine leur identité ». Contrairement aux souvenirs de Jean-Claude Vannier, Alan Parker et Dave Richmond « sont les seuls dont la participation aux sessions londoniennes de l'enregistrement d'''Histoire de Melody Nelson est avérée ».
Durant les sessions de l'album, Gainsbourg enregistre un nouveau duo avec Jane Birkin intitulé La Décadanse qui, absent de l'album (car conceptuellement trop différent), sort en single, mais est un échec commercial.
Forme Gainsbourg abandonne globalement le chant pour une narration où son ton et l'orchestration millimétrée transcendent les textes pour y plonger l'auditeur. Les harmonies ne sont pas sans rappeler Bonnie & Clyde que Gainsbourg a composé en une nuit pour une autre de ses muses, Brigitte Bardot. La basse et la batterie, notamment sur En Melody, sont plutôt dans un funk légèrement ralenti, et avec un son typique de la fin des années soixante.
Les thèmes s'enchevêtrent et se répondent, les saillies mélodiques (notamment les chœurs et les violons) sont saupoudrées au fil de l'album (discrets motifs de Melody que l'on retrouve dans le titre L'hôtel particulier) puis deviennent lyriques pour finir en gloire. L'opus peut d'ailleurs s'écouter en boucle parfaite, hypnotique par l'usage de l'ostinato. Ces thèmes créent une unité de corps et, à la fois, un enchaînement de surprises.
La construction du disque tourne autour du chiffre 7 : en effet, chiffre porte-malheur de l'héroïne de l'histoire, Gainsbourg raconte ses malheurs dans Melody (elle se fait renverser par une voiture menant à la rencontre avec le narrateur) et Cargo culte (elle est morte dans l'accident aérien d'un Boeing 707) qui font toutes deux 7 minutes. De plus, l'album comporte 7 chansons pour une durée de près de 28 minutes (soit 7 fois 4 minutes). C'est l'une des raisons qui explique l'absence de la courte chanson Melody lit Babar prévue pour être placée vers le milieu du disque puis enlevée pour rester à 7 chansons.
Une vidéo mettant en image l'album complet, intitulée Melody, a été réalisée en 1971 par Jean-Christophe Averty. Entre long clip et film musical, on y voit Serge Gainsbourg et Jane Birkin jouant les scènes de l'album, évoluant soit sur des décors de studio, soit sur des peintures de peintres surréalistes et autres (Salvador Dalí, Paul Delvaux, Max Ernst, Félix Labisse, René Magritte et Henri Rousseau) ou d'autres graphismes de style psychédélique.
Résumé C'est l'histoire de Melody Nelson, une jeune fille aux cheveux rouges, une « adorable garçonne » (Ballade de Melody Nelson), âgée d'une quinzaine d'années. Dans Melody, à vélo, elle est percutée par la Rolls Royce Silver Ghost 1910 à de Serge Gainsbourg. Dans un parti pris subjectif et émotionnel, l'auteur dévoile les sentiments et les doutes du narrateur (Valse de Melody et Ah Melody), puis, une romance s'ensuit (L'hôtel particulier). L'album se termine sur la perte de la jeune fille, dont l'avion, un Boeing 707 à destination de Sunderland, s'écrase (causant l'étonnante quête spirituelle du final, faisant référence au culte du cargo). Après l'accident, le narrateur cherche à retrouver Melody dans ce Cargo Culte plein de ferveur.
Liste des titres
Crédits Artistes Les musiciens ne sont mentionnés ni sur le vinyle ni sur le CD. Il y eut de nombreuses spéculations et controverses parmi les fans de l'album, notamment concernant la basse (longtemps attribuée à Herbie Flowers). Pour ce qui concerne les cordes (violonistes, altistes et violoncellistes), c'est Jean-Claude Vannier qui s'occupait spécialement de cette partie. Pierre Llinares est, de source sûre, un de ces musiciens (violon et alto). D'après les dernières recherches effectuées par l'équipe de réédition de l'album pour l'édition du en 2011 (Sébastien Merlet, Andy Votel, Jérémie Szpirglas), les chœurs et musiciens de session sont les suivantsSources : A. Votel/J. Szpirglas, Histoire de Melody Nelson, édition du , 2011. : Serge Gainsbourg : chant, composition Jane Birkin : voix Alan Parker : guitare électrique Dave Richmond : basse Jean-Luc Ponty : violon solo sur (6) Jean-Claude Vannier : piano, composition et arrangement Dougie Wright (présumé) : batterie Marc Chantereau (présumé)Le Gainsbook, Sébastien Merlet, Seghers, 2011, p. 265, 274. : timbale sur (7) Jean-Pierre Sabar : harmoniumLe Gainsbook, op. cit., p. 274. sur (7) Georges Barboteu : cor solo sur (4) Jeunesses musicales de France : chœurs
Production Composition, orchestration, direction musicale : Jean-Claude Vannier Prise de son guitare, basse, batterie : Marble Arch, Londres (21-) Prise de son cordes et voix : Jean-Claude Charvier Assistant : Rémy Aucharles Production : Jean-Claude Desmarty Mastering : Jean-Marie Guérin Réédition : Jean-Yves Billet
Pochette de l'album Sur la pochette du disque est représenté Jane Birkin avec des cheveux rouges, courts, et apparaissant plus jeune que son âge, pour faire écho aux paroles de Serge Gainsbourg dans l'album : . Jane Birkin tient également dans ses bras son singe en peluche Munkey, qu'elle possède depuis l'enfance. Tony Frank est l'auteur de la photo. Ne voulant pas montrer sa grossesse à l’image, alors enceinte de Charlotte Gainsbourg, Jane Birkin avait ramené sa peluche qui lui permet de cacher son ventre. À onze ans, elle commence à écrire un journal intime Munkey Diaries qui est adressé à son singe en peluche, objet transitionnel, et qui est comme un antidote à la solitude de la pension, et plus tard dans les moments importants de sa vie. Jane Birkin garde cette peluche jusqu'à la mort de Serge Gainsbourg en 1991, et elle confie en 2018 au sujet de sa peluche : Dans sa première autobiographie Jane Birkin, Munkey Diaries - Journal 1957-1982, parue en 2018, on voit également sur la couverture Jane Birkin enfant, tenant dans son bras sa peluche MunkeyJane Birkin publie enfin son journal intime, Munkey Diaries, L'Écho, 31 octobre 2018.L'histoire cul(te) de la pochette du Melody Nelson de Gainsbourg, Canal+, 22 février 2021. Dans la vidéo mettant en image l'album complet, intitulée Melody, qui a été réalisée en 1971 par Jean-Christophe Averty, Jane Birkin apparaît néanmoins avec les cheveux châtains, longs, et ses 25 ansHistoire de Melody Nelson - Serge Gainsbourg, Vimeo.
Accueil et postérité Écoulé à plus de . et certifié disque d'or en 1983., Melody Nelson est reconnu aujourd'hui comme un album important et influent pour d'autres musiciens. Son influence dépasse aussi largement le cadre national, avec outre le groupe français Air, David Holmes, Placebo, Lenny Kravitz, Jarvis Cocker du groupe Pulp, Portishead et Beck, qui dans son album de 2002 Sea Change signe un titre, Paper Tiger, comportant des parties instrumentales du morceau Melody. De La Soul sort également Held Down qui reprend l'instrumental de Ah ! Melody. Alex Turner du groupe Arctic Monkeys cita Histoire de Melody Nelson parmi ses influences pour la composition du concept-album de 2018 Tranquility Base Hotel and Casino..
Jean-Claude Vannier joua l’album au Barbican de Londres, le , avec comme invités vocaux Jarvis Cocker, Badly Drawn Boy, Brigitte Fontaine, Mick Harvey et le chanteur principal des Super Furry Animals, Gruff Rhys. Vannier joua l’album dans son intégralité, ainsi que son album solo, L’Enfant assassin des mouches.
Une nouvelle représentation a été donnée au Hollywood Bowl de Los Angeles, le . Pour accompagner Jean-Claude Vannier, une ribambelle de talents internationaux a répondu présent : Beck, Sean Lennon, Charlotte Kemp Muhl, , , Mike Patton, China Forbes (Pink Martini), Zola Jesus, Joseph Gordon-Levitt et Lulu Gainsbourg - .
Pour fêter les quarante ans de l'album, un coffret de luxe sort en 2011 avec des versions alternatives et des bonus inédits.
Par ailleurs, certains albums, manifestement postérieurs à la sortie de Melody Nelson, sont basés sur le travail de Serge Gainsbourg. En témoigne l'album du producteur Danger Mouse accompagné de Daniele Luppi dans le projet « Rome », dont les sonorités de basses rondes ainsi que les arpèges de guitares sont vraisemblablement inspirés de Melody Nelson..
Selon l'édition française du magazine Rolling Stone, cet album est le album de rock françaisRolling Stone, de février 2010..
Le , une réédition en multicanal sort sur le nouveau format Blu-ray Pure Audio. En plus du mixage original (en stéréo et 5.1) sont incluses l'intégralité des prises alternatives. En 2021, l'intégralité de l'album apparait dans la compilation L'album de sa vie - 100 titres.
Reprises Gainsbourg lui-même interprète Valse de Melody en concert dans Le Zénith de Gainsbourg en 1989. Cargo Culte : reprise de la ligne de basse par Mirwais (2001) dans V.I. (The Last Words She Said Before Leaving), et samplée par Portishead sur un remix de Karmacoma de Massive Attack. Ah Melody : reprise de la ligne de basse et de la partie guitare, samplée et découpée par De La Soul (2001) dans Held Down sur l'album AOI: Bionix ; Emperor Penguin a également samplée la partie de guitare sur la chanson Mood Mound. En Melody : reprise des premières mesures sur Not Over Till The Fat Lady Plays The Demo par De La Soul (1991) sur l'album De La Soul Is Dead ; Kahimi Karie (1995). L'Hôtel particulier : Les Rita Mitsouko (1993) ; Mick Harvey (1997) ; Benjamin Biolay (2002) ; Michael Stipe (2006) ; Eric Elmosnino (2010). Ballade de Melody Nelson : Howie B dans la compilation I Love Serge (2001) ; Placebo (2006). ; Mick Harvey dans son album Intoxicated Man / Pink Elephants (1997) dans une version en anglais intitulée The Ballad Of Melody Nelson ; l'introduction du titre fut reprise par le guitariste Josh Klinghoffer lors du concert des Red Hot Chili Peppers au Stade de France le . Medley de l'album dans l'émission Taratata le par M et Général Elektriks. Histoire de Melody Nelson, Holkash, album arrangé par Simon Fache (2012). Sur l'album de reprises en anglais Monsieur Gainsbourg Revisited, sorti en 2006, figurent deux titres issus de lHistoire de Melody Nelson. Le groupe Placebo réinterprète la Ballade de Melody Nelson (The Ballad Of Melody Nelson) et Michael Stipe, chanteur de R.E.M., L'Hôtel Particulier (L'Hôtel).
Références
Voir aussi Bibliographie Emmanuel Rabu, Cargo culte, éditions Dernier télégramme, Philippe Gonin, Serge Gainsbourg. Histoire de Melody Nelson'', éditions Densité, coll. discogonie, 2021
Liens externes
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