The Thrill Book est un magazine pulp américain lancé en 1919 par l'éditeur Street & Smith, qui publie des récits souvent ancrées dans la fantasy ou la science-fiction.
Sous la direction d'Harold Hersey, les huit premiers numéros mêlent aventures et fiction bizarre. Parmi les auteurs figurent Greye La Spina, Fulton Oursler, J. H. Coryell et Seabury Quinn. Ronald Oliphant remplace Hersey dès le numéro du , probablement en raison de la gestion jugée insatisfaisante de ce dernier par l’éditeur. Avec Oliphant, le magazine mise davantage sur la science-fiction et le fantasy, même si plusieurs textes, dont deux nouvelles de Murray Leinster, avaient été acquis avant son arrivée. L'histoire la plus marquante publiée dans reste de Francis Stevens, un des premiers romans à explorer des réalités temporelles alternatives. Bénéficiant d'un budget plus important, Oliphant réussit à attirer des auteurs populaires comme H. Bedford-Jones. Malgré cela, il ne peut publier que huit numéros supplémentaires avant que la revue ne disparaisse. Le dernier numéro date du . La fin de la publication est probablement liée à de faibles ventes, même si une grève des imprimeurs à cette période a pu également compliquer la situation.
Si est parfois présenté comme le premier pulp américain spécialisé dans le fantasy et la science-fiction, les recherches récentes nuancent cette affirmation. Les historiens le voient surtout comme une étape intermédiaire, annonciatrice de et , les premiers magazines véritablement spécialisés dans la fiction bizarre (en anglais ) et la science-fiction.
Historique de publication À la fin du , les magazines populaires ne se limitent pas à la fiction et offrent des articles documentaires et des poèmes, mêlant ainsi plusieurs genres au sein d'un même numéro. En , , publié par la maison Frank A. Munsey, rompt avec cette tradition en devenant le premier magazine à se consacrer exclusivement à la fiction. Deux mois plus tard, il adopte un papier bon marché fabriqué à partir de pâte de bois. Les historiens de la presse considèrent cette double évolution comme le point de départ de l'ère des magazines pulp. Pendant deux décennies, ces publications prospèrent sans restreindre leur contenu à un genre particulier. En 1915, l’éditeur Street & Smith inaugure une nouvelle approche en lançant des titres centrés sur des univers spécifiques, comme ou , donnant naissance aux pulp spécialisés, chacun consacré à un seul genre. C’est dans ce contexte, vers 1918, que Henry Ralston, responsable de la diffusion chez Street & Smith, envisage la création d’un magazine destiné à accueillir des récits : des histoires inclassables, singulières, souvent empreintes de fantasy ou de science-fiction. Dans The , son ouvrage consacré à l’histoire de Street & Smith, Quentin Reynolds attribue cette initiative à Ormond G. Smith, l'un des dirigeants de la maison. Toutefois, l’historien du pulp Will Murray tempère cette version, estimant qu'elle ne reflète pas toute la réalité. Il rappelle que le livre de Reynolds, rédigé près de quarante ans après les faits, constitue une version approuvée par l’éditeur lui-même. Murray affirme sans équivoque que Ralston a joué un rôle essentiel dans la création de .
vignette|gauche|Couverture du numéro du , illustration réalisée par Charles Durant.
Walter Adolphe Roberts, alors rédacteur en chef du magazine publié par Street & Smith, confie à son ami Harold Hersey que Ralston était à la recherche d'un éditeur pour un nouveau périodique. Bien qu'Hersey ait déjà vendu quelques textes aux périodiques pulps, son expérience éditoriale se limite à une année passée à travailler sur divers little magazines. Il rencontre Ralston au début de 1919 et se fait aussitôt recruter sur la seule base de cet entretien. Il semble qu'Eugene A. Clancy, rédacteur en chef de chez Street & Smith, ait d’abord été pressenti pour diriger , mais qu’il n'ait pas pu assumer cette charge supplémentaire. Malgré tout, Clancy apporte son soutien à Hersey pour certains numéros. Ce choix de confier la direction à Hersey s'est avéré une erreur, car les experts du domaine le considèrent sans talent, aussi bien comme écrivain que comme éditeur.
Le premier numéro de , daté du , adopte un format proche de celui des romans populaires à bas prix. Ce choix, sans doute maladroit, véhicule auprès du public l'image d'une littérature de faible qualité, destinée à des lecteurs aux exigences limitées. La décision de publier deux numéros par mois traduit cependant la confiance de Street & Smith dans le succès de cette nouvelle revue.
Au neuvième numéro, daté du , Ronald Oliphant remplace Hersey. La cause exacte de cette décision reste floue, malgré plusieurs hypothèses. Murray Leinster affirme qu'Hersey a été renvoyé pour avoir publié trop de ses propres textes, certains poèmes étant même attribués à sa mère. Mais Richard Bleiler, spécialiste des pulps, juge cette théorie peu crédible, car si la plupart des poèmes lui sont attribuables, seules deux histoires sont assurément de lui, et quatre autres sous pseudonyme pourraient également l'être. Bleiler pense que Street & Smith se sont au mieux limités à un avertissement, la vraie raison étant une insatisfaction générale envers la qualité de sous sa direction. Il suggère aussi qu'Hersey aurait lui-même lancé la rumeur d'un renvoi pour achat excessif de ses propres textes, afin de préserver sa réputation. Hersey, lui, affirme avoir démissionné de son propre gré : .
Lorsque Oliphant devient rédacteur en chef, la présentation du magazine passe à un format classique de pulp. Avec ses , il offre aux lecteurs un bien meilleur rapport qualité-prix que les des huit premiers numéros, malgré une augmentation du prix de 10 à . Une rubrique de questions-réponses, , voit le jour, calquée sur celle d, le pulp le plus populaire à l'époque. Ce changement de format cherche aussi à rapprocher visuellement les deux magazines, notamment en modifiant la page des sommaires de pour qu'elle ressemble à celle d'.
Contenu Quand Hersey prend ses fonctions, il étudie d'abord les auteurs déjà publiés capables de fournir les récits que Ralston attend. Il comprend rapidement qu'il faut mêler créations originales et rééditions pour lancer le magazine. Privé d’un budget suffisant pour attirer les grands noms ou racheter les textes les plus en vue, il se tourne vers des auteurs moins connus, comme Perley Poore Sheehan et Robert W. Sneddon. Pour attirer d'autres contributions, il publie un qui précise ses attentes : . L'appel reste ouvert à tous les genres, pas seulement à la fantasy ou à la science-fiction. Hersey reçoit alors un large éventail de textes : mystères, aventures, histoires d'amour, même si le nombre de récits de science-fiction ou de fantasy de qualité se révèle insuffisant pour remplir tout le magazine. Plus tard, il se souvient que cet appel lui a attiré mille manuscrits, dont seulement dix lui paraissent dignes d'être exploitables.
Le premier numéro s'ouvre sur , une histoire de loup-garou signée Greye La Spina. Ce récit, d'abord proposé à , est finalement acheté par Clancy pour en 1918, alors que Street & Smith prépare la sortie de ce nouveau magazine. C’est la toute première publication de La Spina, de son vrai nom Fanny Greye Bragg, qui publiera ensuite plusieurs autres récits dans avant de devenir une collaboratrice régulière de . Dans ce même numéro apparaît aussi une autre première œuvre, , de Fulton Oursler, futur rédacteur en chef de et auteur de romans sous le pseudonyme . Deux feuilletons débutent également ici : de J.C. Kofoed et de J. Hampton Bishop. Tous deux mêlent éléments fantastiques et de science-fiction, fidèles à la ligne éditoriale initiale. évoque des adorateurs des dieux égyptiens anciens, tandis que l'histoire de Bishop raconte la découverte d'une race perdue en Afrique et met en scène des singes intelligents. La couverture, signée Sidney H. Riesenberg, est jugée par Bleiler, surtout en comparaison avec celles des revues populaires de l'époque comme ou . Le numéro du propose une histoire de Seabury Quinn, , où apparaît un certain Dr Towbridge, futur Dr Trowbridge, personnage-clé des enquêtes occultes de Quinn autour de Jules de Grandin, qui n'est pas encore créé. Tod Robbins, auteur reconnu de fantasy, signe plusieurs courts textes que l'historien de la science-fiction Mike Ashley considère comme de simples , sans véritable profondeur. Parmi les auteurs publiés figure Sophie Louise Wenzel, qui se fera plus tard connaître dans sous le nom de Sophie Wenzel Ellis. En revanche, la plupart des écrivains associés à la période Hersey, comme George C. Jenks et John R. Coryell sont désormais largement oubliés.
vignette|gauche|, écrit par Greye La Spina.
Lorsque Ronald Oliphant prend les rênes de la rédaction, il lance des appels à contribution dans plusieurs revues destinées aux écrivains, dans le but d'attirer de nouvelles plumes. Beaucoup des textes publiés sous sa direction ont sans doute été achetés par Hersey avant son départ, ce qui rend difficile de mesurer l'impact exact d'Oliphant sur l'orientation du magazine. Toutefois, un changement s'impose rapidement : Oliphant privilégie davantage les récits de science-fiction et de fantasty, là où Hersey s'était montré plus frileux. Ce dernier, en effet, n'avait quasiment pas inclus d'histoires relevant clairement de la science-fiction. Deux textes qu'il avait pourtant acquis, et de Murray Leinster, sont publiés dans les premiers numéros sous la direction d'Oliphant. Puis viennent des récits comme de Trainor Lansing, qui explore les distorsions de la perception temporelle, et de Greye La Spina, centré sur le thème de l'invisibilité, parus respectivement en août et en octobre. Ces choix éditoriaux confirment l'évolution du magazine vers une ligne plus spéculative et imaginative. La publication la plus marquante dans le domaine de la science-fiction reste de Francis Stevens, l'un des tout premiers romans à imaginer des réalités alternatives fondées sur des bifurcations temporelles. Oliphant ne se contente pas d'élargir la place accordée à la science-fiction : il attire aussi des auteurs de stature, nettement plus connus que ceux publiés sous la houlette de Hersey. Parmi eux figurent H. Bedford-Jones et William Wallace Cook. Tout indique qu'en prenant la direction du magazine, Oliphant a bénéficié d'un budget de fiction revalorisé, qu'il emploie pour mieux rémunérer les écrivains les plus recherchés. Hersey, lui, se limite à un centime par mot. Bedford-Jones, en revanche, reçoit pour . Francis Stevens, elle, touche à peine pour , un roman bien plus long, payé à un taux inférieur à un centime le mot. La poésie conserve toutefois sa place dans les pages du magazine. On y lit encore plusieurs textes de Hersey, mais aussi , un poème de Clark Ashton Smith, que Hersey sollicite directement en mars. Pour Will Murray, cette invitation constitue un exemple rare de la lucidité éditoriale dont Hersey sait parfois faire preuve.
Réception