La mosquée Hassan Bey (en ), anciennement mosquée Souk el Ghzel (en ), est une mosquée historique située à Constantine, en Algérie.

Construite en 1730 sous le règne de Hassan Bey, elle est affectée au culte catholique durant la période coloniale, initialement en tant qu'église paroissiale en 1839, avant de devenir la cathédrale Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Constantine en 1876, l'église-mère du diocèse de Constantine et Hippone. En 1962, elle redevient une mosquée, retrouvant son affectation d'origine.

Elle a été classée monument historique en 1903 pendant l'époque coloniale, classement confirmé en 1967 par l'Algérie indépendante.

Situation L'édifice se situe dans le quartier nord de la vieille ville, la Médina. Ce quartier est appelé le Rocher en référence à son sur l'éperon nord-est de Constantine. Pendant l'époque ottomane, le centre de la ville s'est constitué autour des marchés et de la place de la laine. La ville est alors desservie d'ouest en est par quatre artères principales. L'une d'elles, allant d'El-Moukof à Souk-el-Acer traversait le marché de la laine filée, au-dessous de la mosquée portant son nom et qui deviendra la cathédrale de Constantine. En 1837, cette artère prend le nom de rue Caraman, du nom d'un officier supérieur mort pendant le siège de la ville. Cette rue très commerçante et animée pendant l'époque coloniale est devenue la rue Didouche Mourad après l'Indépendance.

Histoire Avant de devenir cathédrale, l'église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs est née de la transformation d'une mosquée en édifice cultuel catholique. Il ne s'agit donc pas d'une construction ex nihilo mais de la reconversion d'un édifice de culte musulman en église paroissiale : la mosquée Souk el Ghzel, l'une des quatre plus importantes de la ville, implantée près du palais du bey Ahmed , devenu siège du commandement militaire français dès 1837.

Mosquée Souk el Ghzel (de 1730 à 1839) Cette mosquée, qui porte le nom du marché de la laine filée près duquel elle se trouve, a été érigée à Constantine au pendant la période ottomane et sous le règne de Hassan Bey. Sa construction, commencée en 1703., s'est achevée au plus tard en 1730 et se trouve attribuée à Abbas ben Alloul Djelloul, originaire de l'actuel Maroc. Abbas était le bach kateb (équivalent de secrétaire général de gouvernement) du beylik de l'Est auprès de Hassan Bey. La mosquée achevée, il fait graver son nom d'une inscription placée au-dessus de la porte principale de , en assurant ainsi la mémoire. Après sa mort, Hassan Bey fait marteler son nom pour y substituer le sien.

La mosquée se trouve donc antérieure de près d'un siècle au palais construit par le bey Ahmed à partir de 1826 et dans lequel elle se trouve encastrée côté nord.

Une maquette de la ville de 1830, dite maquette de , due à l'artiste peintre Alphonse Elie Juge, permet d'en apprécier le volume dans la ville et d'en voir l'environnement avec, à l'est, la rue commerçante de Souk el Ghzel ; à l'ouest, un talus dit et quelques maisons ; au sud, une ruelle ou impasse où se trouvait vraisemblablement l'entrée de l'édifice.

Dans son état primitif, la mosquée comprenait une salle de prière de forme rectangulaire avec le mihrab à l'est, creusé dans l'épaisseur du mur et flanqué de part et d'autre de deux colonnettes en marbre noir et blanc. Le mur intérieur du mihrab et son ornementation ont été conservés par les architectes de l'église et sauvegardés depuis, transmettant ainsi l'image intérieure de la mosquée d'origine.

Église paroissiale Notre-Dame-des-Sept-Douleurs (de 1839 à 1876) Au moment de la prise de Constantine par les Français, il existait dans la ville dont une seule est transformée en église pour desservir les fidèles en grande majorité militaires. Constantine est alors une ville de garnison et son premier curé, l'abbé Suchet, est l'ancien aumônier des troupes : le choix se serait donc naturellement porté sur la mosquée Souk el Ghzel, vue comme une annexe du palais ottoman où s'était installé le commandement militaire.

L'abbé Suchet, qui consacre l'édifice à la Vierge Marie sous le vocable Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, y célèbre sa première messe le dimanche . La paroisse de Constantine est alors classée paroisse de classe dans le diocèse d'Alger érigé en 1838.

L'église est sous la responsabilité du génie militaire qui veille à son entretien et se contente de l'adapter, intérieurement, au culte catholique.

Vers 1845, l'église passe sous la dépendance du service des bâtiments civils et de la voierie. Depuis , une ordonnance a créé la et les colons ne cessent d'affluer. L'architecte Clément Meurs entreprend alors son agrandissement en dotant l'ancienne salle de prière de la mosquée d'une cinquième nef, ce qui rapproche le plan de l'édifice du plan d'une église catholique en permettant, grâce au nombre impair de nefs, le dégagement d'une nef axiale. Cette première transformation permet de corriger l'emplacement de l'entrée et du chœur de l'édifice qui se trouvaient désaxés. Dans un projet élaboré en 1852, l'architecte Jean-Baptiste Auber propose de requalifier l'entrée en lui donnant un caractère plus monumental et de démarquer le chœur de l'ensemble du plan . Toutefois, les autorités temporisent, le plan d'alignement et de nivellement de la ville de Constantine prévoyant la destruction de l'édifice au profit d'une église nouvelle.

En 1858 puis en 1859, Meurs, qui est devenu l'architecte en chef de l'église, sauve l'édifice en lui donnant une dimension urbaine : il fait valoir qu'il donnera une ordonnance au projet de régularisation de la place du palais, qui a vocation à devenir la place la plus importante de Constantine. La réorganisation des abords du lieu de culte et la rénovation de ses façades donneront selon lui un style à la place et aux bâtiments publics qui l'entoureront. Dans ce projet, l'église est alors dégagée de ce qui l'entoure, ses façades sont reprises en conséquence, le chœur prend la forme d'un octogone flanqué de part et d'autre d'une sacristie, élevé en hauteur pour lui donner un caractère imposant. L'architecte donne aux façades un style mauresque en s'inspirant des décors intérieurs de l'ancienne mosquée dont il reconnaît la valeur esthétique. La mise en œuvre du projet se fait plusieurs années plus tard, vraisemblablement en 1867, au moment de la refondation du diocèse de Constantine. L'église est dotée d'un clocher qui succède au minaret, le chœur est surmonté d'un dôme inspiré de celui de Florence... En 1869, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs reçoit sa première cloche, un bourdon qui est baptisé Augustin, le , par le premier évêque de Constantine, Félix de Las Cases.

Cathédrale de Constantine (de 1876 à 1962) gauche|vignette|Le dôme surmonté de la croix latine en 1893. En 1876, l'église paroissiale est élevée au rang de cathédrale et devient le siège épiscopal du diocèse. Elle est consacrée le par Louis Robert, évêque de Constantine et Hippone de 1872 à 1878. Son carillon, composé de quatre cloches, est désormais complet.

Quelques mois après la reconnaissance par la France de l'indépendance de l'Algérie, le , la cathédrale est désaffectée et rendue au culte musulman.. Elle prend alors le nom de mosquée Hassan Bey.

Deux ans plus tard, la basilique Saint-Augustin d'Annaba est proclamée pro-cathédrale du diocèse..vignette|Le dôme surmonté du croissant de lune en 2018.

Mosquée Hassan Bey (depuis 1962) Dans la perspective de la manifestation Constantine, Capitale de la culture arabe 2015, la wilaya de Constantine annonce en la réhabilitation ou la rénovation de plusieurs mosquées de la vieille ville et de ses alentours, au nombre desquelles la mosquée Hassan Bey. Sur les douze mosquées concernées, le chantier de cette mosquée historique a été mené à terme et a été réceptionné en 2017. L'inauguration a eu lieu le .

Protection juridique Sous l'époque coloniale, la cathédrale est classée par l'administration française par arrêté du gouverneur général du , classement confirmé par l'Algérie indépendante au titre de l'ordonnance n° 67-281 du relative aux fouilles et à la protection des sites et monuments historiques et naturels. L'ancienne cathédrale figure en tant que mosquée sur la liste des sites et monuments classés de la wilaya de Constantine.

Architecture vignette|Cathédrale Notre-Dame-des-Sept-Douleurs en 1893. L'ancienne cathédrale est qualifiée à la fin du de dans la mesure où il s'agit d'une mosquée transformée en église. Elle résulte cependant plus d'une réappropriation et adaptation d'un lieu de culte préexistant que d'une reconstruction. Elle relève d'un style que l'on peut qualifier de qui fait cohabiter éléments authentiques de l'art ottoman conservés de l'édifice originel et éléments d'imitation apportés dans les reprises ou ajouts nécessaires au culte catholique. Dans son rapport à l'évêque d'Alger du , Clément Meurs insiste sur le . Il propose donc pour les aménagements extérieurs de l'édifice .

Plan La mosquée d'origine était et est restée , c'est-à-dire d'un seul niveau. Elle présentait un plan rectangulaire et plus précisément barlong. Elle comprenait une salle de prière, une cour côté nord qui a disparu lors de sa transformation en église et un seul minaret converti en clocher. Ce plan régulier est qualifié de plan arabe.

Ce plan a été corrigé en 1859 pour le rapprocher du plan d'une église : de barlong, il est devenu oblong avec l'ajout d'une nef axiale et la création d'un chœur au nord, gagné tant sur l'espace qui était vraisemblablement occupé par la cour de la mosquée primitive que sur l'espace public à l'occasion des opérations d'alignement de la rue postérieure à l'édifice. Ce chœur de forme octogonale est dégagé de l'édifice par trois côtés et flanqué de deux sacristies, elles intégrées à l'édifice. Ces aménagements font ainsi évoluer le plan d'origine vers un plan basilical.

Orientation La salle de prière de la mosquée primitive comprenait sept nefs perpendiculaires et quatre nefs parallèles au mur de la qibla situé à l'est de l'édifice. Les fidèles musulmans formaient donc des rangs parallèles à ce mur au milieu duquel se situait le mirhab. Il est probable que les fidèles catholiques le faisaient aussi jusqu'à ce que soit aménagée la nef axiale et construit le chœur, réorientant l'édifice et amenant les fidèles à s'aligner dans la largeur de l'édifice, donc perpendiculairement au mur de la qibla.

Parties constitutives de l'édifice catholique Nef gauche|vignette|La nef. La nef de l'église (au sens de salle oblongue allant de l'entrée au chœur) est constituée d'un vaisseau central flanqué de part et d'autre de deux vaisseaux collatéraux. Elle ne présente pas de transept ayant conservé le plan rectangulaire d'origine.

La nef est naturellement éclairée par des fenêtres situées en partie haute des murs, qui donnent sur l'extérieur. Ces fenêtres, qui sont d'origine, sont cintrées et vitrées de verre coloré présentant divers motifs géométriques. Leurs huisseries sont en bois. Dans une description qui date de 1880, il est fait état de suspendues entre les colonnes qui séparent la nef du chœur.

La salle de prière de la mosquée primitive, de type hypostyle, présentait une configuration compatible avec sa nouvelle destination cultuelle. Elle n'a donc pas subi de transformations structurelles. Les voûtes et coupoles sont supportées par des colonnes à chapiteaux de gypse. Les colonnes de granit seraient d'époque romaine et proviendraient de ruines situées sur la route de Constantine à Batna. Les arcs brisés outrepassés qui les relient sont à lambrequins. Les murs qui ont gardé en grande partie leur décor originel sont richement décorés en trois registres : en céramique polychrome pour leur partie basse, en stuc à motifs géométriques et floraux pour leur partie haute, séparées par une frise d'inscriptions en écriture coufique simple à la gloire de Dieu. D'après la description de 1880, des médaillons ont été apposés à ce décor, qui .