thumb|right|300px|Les Alpes Grées et Pennines dans le Bas-Empire romain. Les Alpes Grées (en latin classique : Alpes Graiæ), parfois appelées Alpes Graies ou Alpes Grecques, étaient une province de l’Empire romain. Elles englobaient la Tarentaise, une partie de la Vanoise, le Beaufortain et le Haut Faucigny.
Elles font partie des quatre provinces alpines, à cheval sur les crêtes et soumises tardivement, bien après les Alpes Cisalpines et les territoires des Voconces et des Allobroges.
Le nom de cette province viendrait du dieu celte Graius, lequel donna son nom au col du Petit-Saint-Bernard : Graius mons. Graius est le nom donné par les auteurs de cette époque à Hercule (Héraclès en mythologie grecque) qui, selon la légende, serait le premier à avoir fait passer une armée par ce col (Voie héracléenne). L’hypothèse d’Alpes grecques n'est donc pas exact.
Le nom pourrait aussi venir du peuple gaulois des Graiocèles de la Haute-MaurienneLe peuple gaulois Graiocèles est parfois associé à la province des Alpes Grées. Cependant, leur localisation géographique approximative, autour du Col du Mont-Cenis, ne permet pas de le confirmer. Peut-être ont-ils donné leur nom au massif des Alpes grées, non pas à la province romaine ?.
Les Alpes Ceutroniques (Alpes Ceutronicae) est une appellation géographique des territoires peuplés de Ceutrons et non pas une désignation administrative de cette province romaine.
Histoire Les Alpes Grées étaient occupées par un seul peuple gaulois : les Ceutrons, probablement d'origine Celto-ligureIl est possible que le Haut-Faucigny soit un territoire allobroge mais que Rome ait décidé de regrouper les parties montagneuses dans la même province. Voir .
Pour certains, les allobroges occupaient aussi les environs d'Albertville et le Val d'Arly. Voir . Après la conquête de la Narbonnaise par la République romaine (125-), les tentatives de soumissions des peuples des Alpes restent infructueuses. Le passage des Alpes des légions romaines est souvent négocié. En , César franchit le col du Petit-Saint-Bernard pour rejoindre Genève sans que l'on sache si la traversée de la Tarentaise fut émaillée de conflitsJules César serait le premier à faire passer son armée par le col du Petit-Saint-Bernard. Il est peu probable que Caius Gracchus l'eut fait en 122 av. J.C. Voir .
La soumission des Ceutrons sous le Principat d’Auguste n’est pas documentée, si bien que toute interprétation est possible. Se sont-ils battus comme les Salasses du Val d’Aoste, soumis en 25 av. J.C. par Aulus Terentius Varro Murena, ou ont-ils accepté l’occupation sans combattre ?D'après , les Salasses rançonnaient les voyageurs passant le col du Petit St Bernard ce qui impacte le commerce des Ceutrons. D'autre part, les troupes de Tarentus Varo Moreno bloquèrent facilement le passage des cols, empêchant les Salasses de se ravitailler en sel et nourriture pour finalement les faire plier. Il est donc possible que les Ceutrons étaient des alliés de Rome au moment de la soumission des Salasses. Voir La conquête de la partie occidentale des Alpes se termine vers 14 av. J.C., sans qu’aucune trace écrite ne confirme la soumission des Ceutrons. Les Acitavones, mentionnés entre les Salasses du Val d'Aoste et les Médulles, présents dans la liste des peuples vaincus par Auguste sur le Trophée des Alpes de La Turbie (7-6 av. J.-C. ), sont probablement le même peuple que les CeutronsLes Acitavones pourraient faire partie des Ceutrons et auraient occupé les parties supérieures des vallées, notamment aux sources de l'Isère et de l'Arve. Voir . La plus ancienne trace de la présence romaine date de Il s'agit d'une inscription en l'honneur d'Auguste à Aime.
Il est possible que les Ceutrons, vaincus par César, jouissaient d'un protectorat romain jusqu'à leur soumission définitive sous le Principat d’Auguste.
Haut-Empire Dans un premier temps, les Alpes Grées formèrent un district militaire protégeant la voie romaine Alpis Graia. Un préfet siégeait à Aime (Axima) ou Moûtiers (Darentasia), cités de droit pérégrin. Il est probable que Moûtiers fut le premier chef-lieu de cette région. Puis Aime devint la capitale de la province au plus tard en 43 ap. J.-C. Enfin, à une date indeterminée après 283 ap. J.-C., Moûtiers redevint la capitale. Les destructions dues aux débordements des cours d’eau traversant ces cités sont en partie la cause de ces changementsLes crues et le changement de lit de l'Ormente sont probablement l'une des causes du changement de capitale administrative d'Axima vers Darentasia..
Vers 47 ap. J.C., l’empereur Claude attribua le droit latin au peuple Ceutron : . Leur capitale, Aime en Tarentaise, devint Le nom de Forum Claudii Ceutronum Axima est parfois utilisé. Voir pages 13-14 de Allmer Auguste, Revue épigraphique du Midi de la France,Tome 3, N°56, 1890. La région devint la province impériale équestre centenaire (provinciæ Cæsaris) des Alpes Graies (en latin : ), gérée par un procurateur choisi dans l’ordre équestre par l’empereur.
L’entretien et la sécurisation de la voie romaine reliant Milan à Vienne par le col du Petit-Saint-Bernard (en latin : Alpis Graia) fut une tâche essentielle. Elle ne semble pas avoir eu de garnison durant le Haut-Empire.
Les droits de douane sur les marchandises entrant en Gaule, appelés le quarantième des Gaules, étaient perçus lors du passage des Alpes, entre les pays des Ceutrons et des Allobroges, dans une station nommée , mentionnée dans la table de Peutinger mais située sans précision. En se basant sur les possibilités géographiques de franchissement des Alpes, les historiens placent ce péage dans le secteur d’Albertville..
Durant le Haut-Empire, bénéficiant de la stabilité qu’apporte la Pax Romana, la province mit en valeur les ressources naturelles (exploitation des forêts, gibier et ressources minières) pour connaître une phase d’expansion économique.
Les vestiges de temples attestent de croyances en des divinités celtiques et romaines. Le nom donné à la capitale Aime vient de Axima, nom féminisé du dieu topique Aximus, peut-être dieu des sources d’eau alimentant la cité. Le col du Petit-Saint-Bernard, dont le nom Graius mons est lié au dieu celte Graius, rappelle que le culte de Jupiter est lui aussi bien présent avec la colonne de Joux. Le culte impérial est aussi célébré, en témoignent les dédicaces aux empereurs retrouvées dans les capitales.
Bas-Empire Vers la fin du , 193-196 ap. J.-C., sous le règne de Septime Sévère, la réorganisation administrative de l’empire réunit les Alpes Grées et les Alpes Poenines pour ne former qu’une seule province : les Alpes Atrectiennes et Poenines (en latin classique: Alpes Atrectianae et vallis Poenina)Le nom de province "Alps Atrectianae" est probablement lié a une personnalité du nom de "Atrectius". Voir page 27 dans .. Le procurateur avait sa résidence à Aime et faisait le voyage vers Martigny (en latin classique : Octodurus ou Civitas Vallensium) où un préfet (en latin classique : præfectus) l’assistait pour administrer le Valais.
L’hypothèse la plus probable est que le nom Alpes Grées devint Alpes Atrectiennes de Trajan à Dioclétien, bien qu’aucun document ne confirme le changement de nom. Seules quelques inscriptions mentionnent le titre de procurateur de cette province.
C’est au que sonne la fin de la pax romana. Les Alamans ravagent le Valais et les Alpes Grées en 259 ap. J.-C. Par contre, les invasions barbares du Ve siècle semblent avoir épargné les Alpes occidentales.
Sous Dioclétien (284-305), le Val d'Aoste est ajouté à cette province dont le nom devient les Alpes Grées et Pennines (en latin classique : provincia Alpium Graiarum et Poeninarum). Elle est intégrée au Diocèse des Gaules (en latin classique : Dioecesis Galliarum) dont Trèves est la capitale.
Vers la fin du , Moûtiers () remplace définitivement Aime comme capitale de cette province. Ce changement n’est que partiellement dû aux crues de l’Ormente et aux inondations qui s’ensuivent. Le déclin de l’Alpis Graia (col du Petit-Saint-Bernard) au profit de l’Alpis Pœnina (col du Grand-Saint-Bernard) et de la voie rhodanienne se traduit par une perte d’importance d’AimeLe col du Grand-Saint-Bernard offre un chemin d'accès plus rapide pour acheminer les troupes vers les provinces de Germanie Inférieure et Supérieure. Voir les pages 157, 268 de Sur les routes romaines des Alpes Cottiennes. Entre Mont-Cenis et col de Larche, François Artru, 2016.
Quant au transport de marchandise, la voie rhodanienne offre un commerce à longue distance en extension de la voie maritime. Voir pages 142 de Le Rhône : batellerie et commerce dans l'Antiquité, Michel Christol, Jean-Luc Fiches, 1999.
Le passage d'une administration procuratorienne à une administration présidiale fut tardif, lent et sans grand changement, si ce n'est que le gouverneur (praeses) fut plus présent à Martigny, bien que Moûtiers resta la capitale.
La conversion au christianisme de cette province fut tardive. Les plus anciennes traces remontent à 313 ap J.-C. Les évêchés de Genève et de Tarentaise (Moûtiers) sont créés respectivement en 400 et 420 ap. J.-C.
En 443 ap. J.-C., le général romain Aetius déplace les Burgondes vers Genève. A la mort d'Aetius en 454 ap. J.-C., ils étendent leur territoire, notamment au Valais. La Tarentaise fut conquise en 456 ap. J.-C., marquant la fin de cette province romaine.
Géographie droite|vignette|264x264px|Contour de la province durant le Haut-Empire romain. Au Haut-Empire, les quatre provinces romaines des Alpes correspondent aux voies d'accès à la Gaule :
Alpes Poenines pour l'Alpis Pœnina par le col du Grand-Saint-Bernard, Alpes Grées pour l'Alpis Graia par le col du Petit-Saint-Bernard, Alpes Cottiennes pour la Via Domitia par le col de Montgenèvre, Alpes Maritimes pour la Via Julia Augusta.
La province des Alpes grées englobait la totalité du territoire Ceutrons, à savoir la Tarentaise (avec une partie de la Vanoise), le Beaufortain, la vallée de l'Arly et la partie supérieure de la vallée de l'Arve : le Haut-FaucignyIl existe peu de traces de l'occupation romaine en Beaufortain. Des chemins taillés dans la roche, quelques cippes funéraires et autels au dieu Mars. Voir Les Ceutrons occupaient probablement le versant italien du col du Petit-Saint-Bernard jusqu'à La Thuile, peut-être Morgex. Voir page 273 dans .
Il y avait peut-être la volonté de regrouper les hautes vallées dans une seule province. Les auteurs anciens décrivent ces lieux comme étant dangereux (avalanches, rivière rapide..) et le climat rude (gel, neiges éternelles).
Les contestations territoriales devaient être fréquentes. Parfois, l'arbitrage de Rome fut nécessaire pour mettre fin aux querelles. Notons l'intervention de Cnaeus Pinarius Corneluis Clemens, commandant de l'armée de Germanie supérieure, qui tranche un différend avec les Allobrogres en faisant poser des bornes dans plusieurs cols pour marquer la frontière avec la province de la Gaule narbonnaise.
Les agglomérations Les oppida des Alpes occidentales, de taille moyenne avec des remparts simples, ne constituent pas de véritable oppidum celtique comme on en trouve en Gaule centrale. Ainsi, les municipes romaines ne sont pas construites sur un oppidum. Alors que l'oppidum se situe en hauteur, lorsqu'une ville romaine s'implante dans le même secteur, elle est construite dans une zone plate, en plaine ou fond de vallée. Cela est visible à Axima, où l'oppidum se situe sur la colline Saint-Sigismond alors que la ville romaine se trouve en contrebas, construite en terrasses depuis le bourg actuel d'Aime jusqu'au niveau de l'Isère, laquelle mit à rude épreuve les bas quartiers lors de ses débordements, nécessitant des travaux de rénovation .