Cándido Lobera Girela (Grenade, 1871 – Melilla, 1932) est un militaire, journaliste, essayiste et homme politique espagnol.
Issu d’une famille de commerçants grenadins, Cándido Lobera choisit le métier des armes et suivit une formation d’officier d’artillerie à Tolède. Versé ensuite dans des unités combattantes à Melilla, enclave espagnole en Afrique du Nord, il prit part à la guerre dite de Margallo en 1883, puis à diverses opérations militaires destinées à étendre pas à pas la zone sous tutelle espagnole, avant de solliciter et d’obtenir le statut d’officier de réserve.
À Melilla, dont il avait entre-temps fait sa ville d’adoption, Lobera participa activement à la vie sociale et associative. Mû par des préoccupations sociales, il créa notamment des sociétés de bienfaisance et un organe de prévoyance sociale, et pressa les autorités à construire un quartier ouvrier. Dans le même temps, soucieux du développement économique de Melilla, il se fit membre de plusieurs associations d’intérêts (agricoles, commerciaux, mais aussi miniers, encourageant les investisseurs espagnols à s’engager dans l’exploitation des gisements rifains) et, mettant à profit son entregent comme haut gradé et comme intellectuel, sollicitait le gouvernement central espagnol d’accorder à Melilla une administration civile et décentralisée.
Son principal titre à la postérité reste toutefois la fondation par ses soins en 1902 du quotidien El Telegrama del Rif, qui devint bientôt une source d’information incontournable et allait modeler l’opinion publique locale jusqu’à l’indépendance du territoire en 1956. Lobera, de sa position de directeur et d’éditorialiste, mais aussi comme chroniqueur de guerre privilégié (« embarqué » au sein même de l’état-major lors des campagnes militaires espagnoles successives, couvrant en particulier la contre-offensive espagnole de qui fit suite à la débâcle d’Anoual), exprimait dans son journal, mais à l’occasion aussi dans des journaux de Madrid ou d’ailleurs, ses points de vue dans des contributions qui eurent un retentissement jusqu’en métropole.
Lobera était un fervent partisan du colonialisme espagnol en Afrique du Nord, mais souhaitait que l’Espagne remplisse ses obligations dérivées des accords de protectorat en mettant en œuvre une action combinée militaire et civile, à l’image de la politique « en tache d’huile » imaginée par Lyautey, que Lobera admirait, et au rebours de la conquête militaire à outrance préconisée entre autres par le commandant-général Silvestre. Cette action civile aurait à comporter des volets agricole, commercial, sanitaire, judiciaire, administratif et éducatif, et impliquait le respect des coutumes ancestrales rifaines (ce qui porta Lobera à se faire p. ex. l’avocat de la construction d’une mosquée à Melilla), en vue d’un développement collaboratif dont seraient bénéficiaires tant les « indigènes » rifains que les colons européens. Francophile, encore que parfois désillusionné, il plaidait pour une coopération franco-espagnole, notamment en vue de la soumission de la kabila réfractaire des Beni Ouriaghel, dirigée par Abdelkrim, chef rifain anciennement responsable de la section arabe du Telegrama del Rif, de qui Lobera regrettait les supposées versatilité et déloyauté, doutant du reste du bien-fondé de la République du Rif. Enfin, Lobera eut un rôle politique comme président du Conseil communal de Melilla, sous la dictature de Primo de Rivera, dont il accueillit favorablement le gouvernement, allant jusqu’à rejoindre les rangs du somatén à Melilla ; il ne cachait d’ailleurs pas une certaine sympathie pour le régime mussolinien.
Lobera est l’auteur d’une série d’essais sur le développement de Melilla, examiné sous le rapport économique (avec notamment un plaidoyer pour l’aménagement d’un port), administratif (préconisant une large autonomie du protectorat et une administration civile pour Melilla), fiscal (cherchant à déterminer le système douanier idoine pour la ville) et agricole (réfléchissant aux moyens de mettre à la disposition des colons les terres agricoles rifaines nouvellement conquises).
Biographie Origines familiales Né de parents grenadins et commerçants, Cándido Lobera vécut toutes ses années de jeunesse dans sa ville natale.. Le père de Cándido Lobera, Pedro Lobera Tapia (né en 1837), était originaire du village de Renieblas (dans la province de Soria, région Castille-et-León), qui comptait alors et où il travaillait comme employé de commerce. L’on ignore pour quelles raisons et à quelle date exacte il s’est fixé dans la ville de Grenade, vers le milieu du . En 1864, il épousa Concepción Girela y Orozco, dont le père José Girela, maréchal-ferrant de son état, était, comme son épouse, originaire de Grenade. Le père avait un frère cadet, prénommé Cándido, né en 1838. De l’union de Pedro Lobera et de Concepción Girela sont nés , dont une fillette morte à l’âge de deux ans, et Cándido Lobera Girela, venu au monde en .
Le père Pedro Lobera Tapia décéda à Grenade en , à l’âge de quarante ans, des suites d’une tuberculose pulmonaire de troisième degré, laissant trois enfants, tous mineurs encore, dont Cándido Lobera. La mère Concepción Girela convola en secondes noces avec le frère cadet du défunt, Cándido Lobera Tapia, de profession commerçant en tissus, propriétaire d’un établissement dans le centre de Grenade, et célibataire jusqu’à son remariage.
En , l’oncle Cándido Lobera Tapia devint sociétaire de la Chambre officielle de commerce, d’industrie et de navigation de Grenade, siégeant dans son comité de direction jusqu’en , puis, en , membre du Conseil consultatif du Círculo de la Unión Mercantil. Un an auparavant, le frère du biographié, Pedro Lobera Girela, devenu avocat de renom, obtint sur concours à cette même Chambre de commerce le poste d’Officier juriste (Oficial Letrado), qu’il allait occuper de 1897 à 1898. Après la mort en à Grenade, à l’âge de , de la sœur de Cándido Lobera, prénommée Esquela, ne restaient plus de la fratrie que Cándido et Pedro Lobera, avocat.
La parentèle, tant la branche paternelle que celle grenadine de la mère, et donc aussi le père Pedro et l’oncle Cándido, tous deux commerçants, habitait le même domicile dans le centre de Grenade (au de la Calle Capuchinas). La maison natale de Cándido Lobera se trouve près de la Plaza de la Romanilla.
Formation vignette|L’Alcazar de Tolède, siège de l’École militaire, vers le milieu du . Cándido Lobera fut inscrit en 1881, à l’âge de , dans l’établissement d’enseignement secondaire provincial de Grenade. Fin , alors âgé de , il entra à l’Académie générale militaire de Tolède, pour y entamer une formation générale de deux ans, suivie, après réussite de ses examens, du cours préparatoire, dispensé également à Tolède, donnant accès à la formation spécifique en artillerie (1888-1889). Il acheva sa formation générale en , doté du grade d’élève-enseigne (alférez alumno).
À Tolède, il fut donné à Cándido Lobera d’être témoin de l’incendie de l’Alcazar de , en conséquence duquel l’Académie dut trouver provisoirement asile au couvent Saint-François (déserté par les religieux dès 1835), et aussi d’assister à la constitution en 1888, au sein de l’arme d’artillerie, d’une Junta Central (littér. Comité central, préfiguration des Juntas de Defensa Nacional), à caractère officieux, qui se donnait pour but, selon Stanley Payne, de « défendre le tableau d’avancement où les promotions se font exclusivement par effet d’ancienneté [escalafón cerrado, grille d’avancement fermée]. Tout officier d’artillerie qui accepterait un avancement accéléré [pour mérites de guerre] serait relégué dans les rangs d’infanterie ou de cavalerie »..
Lobera étudia ensuite à l’Académie (spécialisée) d’artillerie appliquée de Ségovie de à , soit sur un total de quatre années. En , après deux nouvelles années de formation, Lobera reçut le grade d’élève-second-lieutenant, et enfin, en , monta au rang de premier lieutenant d’artillerie.
Début 1893, il revint à Ségovie dans le but de s’immatriculer au collège d’artillerie, où il se proposait de poursuivre ses études, mais échoua au concours de ce cursus réputé difficile (il était du reste loin d’être le seul dans ce cas).
Carrière militaire Cándido Lobera, premier lieutenant d’artillerie frais émoulu, fut versé en dans le bataillon de place (de garnison à Malaga, Melilla et dans les présides mineurs), encore qu’il soit resté dans les établissements de son corps d’armée à Ségovie jusqu’au de la même année, c’est-à-dire jusqu’à son départ pour Malaga, départ motivé par les événements survenus à Melilla le , et qui devaient déboucher sur le conflit connu sous le nom de guerre de Margallo. Au soir du , Lobera et ses camarades du bataillon s’embarquaient pour Melilla en compagnie notamment du régiment Borbón, et furent accueillis le lendemain dans le port de Melilla par le général Juan García y Margallo.
vignette|redresse|Lobera comme lieutenant d’artillerie. Le , Lobera fut destiné au fort de Rostrogordo, lequel faisait partie de l’anneau de fortifications autour de Melilla, mais avant de s’y rendre, fit un séjour sur la base insulaire d’El Hoceïma (le Peñón) du à la mi-novembre, avant d’être relevé par le bataillon de place. C’est pourquoi Cándido Lobera ne fut pas présent aux abords de Melilla le , jour où le général Margallo perdit la vie en tentant de remettre la main sur les forts de Cabrerizas Altas et de Rostrogordo, cernés par les miliciens rifains. Lobera allait exercer ses fonctions à Melilla du jusqu’à la fin de 1893.
De son arrivée en 1893 jusqu’en , c’est-à-dire pendant plus de huit années, Lobera accomplit des missions de campagne sur les batteries de la place de Melilla. En , il se vit décerner la croix de première classe du Mérite militaire avec insigne blanc. En , il fut nommé « porte-drapeau du bataillon » et prit la direction de l’École de caporaux et sergents.
En 1896, il contracta mariage avec Francisca Peré López. En 1899, il devint membre de l’Association des commerçants et industriels, organe précurseur de la future Chambre de commerce, fondée sept années plus tard, au sein de laquelle il allait se faire le porte-parole de ceux réclamant un port à Melilla. Il devait avoir la satisfaction de voir ses désirs réalisés, après que le projet eut été déclaré « d’intérêt général », par une loi de , et dont la première pierre fut posée par le roi Alphonse XIII deux ans après.
En , Cándido Lobera, premier lieutenant, se vit confier la batterie d’Ataque Seco, installée près du fort San Carlos à Melilla.