La manifestation du 25 mars 2023 à Sainte-Soline, aussi appelée affrontements à Sainte-Soline ou bataille de Sainte-Soline, est une manifestation écologiste en France. Elle a pour enjeu la construction d'une retenue de substitution ou méga-bassine sur la commune de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres. Elle s'inscrit dans le mouvement d'opposition aux méga-bassines et aux conflits d'usage de la ressource en eau.

Environ répondent à l'appel d'organisations écologistes, notamment le collectif Bassines non merci, Les Soulèvements de la Terre et la Confédération Paysanne qui demandent l'arrêt du chantier. Face à eux, sont mobilisés pour empêcher l'accès à la méga-bassine et un périmètre d'interdiction de manifester est décrété dans la zone.

Le bilan humain est lourd : plus de 200 manifestants blessés avec de nombreux traumatismes physiques et psychologiques, 47 gendarmes blessés. Les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre causent des destructions matérielles (véhicules incendiés) et ont des répercussions politiques et médiatiques importantes. L'usage de la force par certains manifestants, notamment ceux utilisant la tactique du black bloc, est largement dénoncée par les médias et le gouvernement. Le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin qualifie les manifestants d'éco-terroristes et le gouvernement prononce le la dissolution des Soulèvements de la Terre ; elle est suspendue en août puis annulée par le Conseil d’État en septembre.

La manifestation relance le débat sur les violences policières et l'utilisation d'armes comme les LBD et les grenades GM2L (considérées comme des armes de guerre). Des organisations comme la Ligue des droits de l'Homme dénoncent la répression policière et accusent les forces de l'ordre d'avoir délibérément empêché les secours de venir porter assistance aux blessés. Une enquête de l'IGGN sur des tirs de LBD effectués par des gendarmes en quad conclut à un usage en légitime défense.

La version de la gendarmerie et du gouvernement d'une réponse proportionnée est mise à mal par un reportage de Complément d’enquête montrant que les forces de l'ordre ont tiré des grenades lacrymogènes sur des manifestants pacifiques dès le début de la mobilisation. En , la polémique reprend avec la publication par Mediapart et Libération de vidéos des caméras-piétons des forces de l'ordre, qui montrent des tirs tendus illégaux sur les manifestants et des gendarmes les insultants ou se félicitant de les avoir blessés. Une enquête administrative est ouverte.

Plusieurs personnes sont arrêtées et jugées en puis en ; sept militants sont condamnés à de la prison avec sursis et Loïc Schneider écope de 6 mois de prison ferme. Un an et demi plus tard, en , l'autorisation de construction de la retenue de substitution de Sainte-Soline est déclarée illégale par la justice.

Contexte

L'augmentation des besoins en eau pour l'agriculture, porté notamment par le réchauffement climatique et la culture intensive de variétés très demandeuses en eau, entraine une hausse des conflits d'usage autour de l'eau en France. Dans ce contexte, une centaine de projets de retenues de substitutions, appelées méga-bassines par leurs opposants, émergent à la fin des années 2010, dont une quinzaine dans les Deux-Sèvres (Nouvelle-Aquitaine), notamment à Sainte-Soline. Elles visent à capter l'eau des nappes phréatiques en hiver pour réutiliser l'eau en été. Leur existence est défendue par les agriculteurs irrigants, qui doivent faire face à des sécheresses de plus en plus fréquentes en été. Ils sont regroupés au sein de la Coopérative de l'eau des Deux-Sèvres et défendus par le syndicat FNSEA.

Les méga-bassines sont combattues par trois organisations écologistes : Bassines Non Merci (collectif fondé en 2017 et composé majoritairement de riverains et de petits exploitants agricoles locaux), le syndicat agricole de gauche Confédération paysanne, et Les Soulèvements de la Terre, un collectif de militants et d'organisations altermondialistes, écologistes et opposés aux grands projets d'aménagement, et dont certains membres ont participé à la lutte contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Les opposants au projet dénoncent un accaparement de la ressource en eau par quelques acteurs (à Sainte-Soline, la méga-bassine est utilisée par 12 exploitants agricoles) et pour des cultures destinées à l'alimentation animale ou l'exportation, et non pas pour l'autonomie alimentaire.

La méga-bassine de Sainte-Soline est la plus grande de tout le marais poitevin, avec mètres cubes d’eau prévus. Sa construction commence en . Les opposants engagent des démarches juridiques pour contester auprès des tribunaux administratifs les autorisations de construction ou de prélèvement en eau. En 2020, d'autres modes d'action apparaissent, comme le sabotage de plusieurs retenues de substitution.

Les affrontements à Sainte-Soline en font suite à une manifestation qui a lieu fin . Interdite par la préfète Emmanuelle Dubée, la manifestation mobilise gendarmes.. Entre et personnes, agriculteurs, militants écologistes ainsi que plusieurs élus., sont accueillis sur un terrain prêté par un agriculteur, puis se rendent sur le chantier de la méga-bassine samedi .. Certains réussissent à franchir les cordons de gendarmes pour pénétrer à l'intérieur. Le chantier est bloqué pendant plusieurs jours. et une canalisation alimentant la bassine est sectionnée le lendemain par plusieurs manifestants.

alt=Mega-bassines vs méga-retraites|vignette|Pancarte sur un tracteur de la confédération paysanne "Non aux méga-bassines, oui aux méga-retraites" à Sainte-Soline le 25 mars 2023.

La manifestation du a lieu également pendant le mouvement social contre la réforme des retraites.

Participants et objectifs de la manifestation vignette|Manifestation du collectif « Bassines, non merci » en 2020 dans les Deux-Sèvres (Nouvelle-Aquitaine).Près de 200 organisation (ONG, associations, partis politiques) appellent à manifester le à partir de .

Bassines Non Merci La manifestation du a plusieurs objectifs. Pour le collectif Bassines Non Merci, il s'agit de montrer (notamment leur très grande taille) en faisant participer le plus grand nombre de personnes possible. Même si ce mouvement réunit à la fois des militants radicaux, des riverains ou des exploitants locaux, qui ont des modes d'action différents, tous se mobilisent pour défendre un même territoire, réunis .

Le collectif Bassines Non Merci juge qu’il est nécessaire de faire évoluer sa stratégie car l'utilisation des recours démocratiques locaux (enquêtes publiques) et les recours juridiques n'ont pas permis de stopper les projets de retenues de substitution les années précédentes. Le passage à des actes en dehors du cadre institutionnel peut s’expliquer par la répression et la surveillance des militants par l’État, doublé d'un discours tendant à criminaliser les mouvements écologistes qualifiés d'écoterrorisme.

Les Soulèvements de la Terre Dans le vocabulaire des Soulèvements de la Terre, la mobilisation vise le de la méga-bassine de Sainte-Soline, c'est-à-dire empêcher sa mise en service, en envahissant le chantier.

Personnalités politiques Plusieurs élus LFI ou EELV participent à la manifestation, comme Clémence Guetté et Sandrine Rousseau.

Militants internationaux Des militants se battant pour le partage de la ressource en eau venus de plusieurs pays sont invités à l'évènement, notamment pour donner des conférences et renforcer l'aspect international de la mobilisation.

Mesures prises avant le 25 mars Le procureur de la République dépendant du parquet, Julien Wattebled, décide le d'interdire à Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci (BNM), de se rendre à Mauzé-sur-le-Mignon et Sainte-Soline, où ont lieu les manifestations, en attendant son jugement le .. Des élus écologistes sont également illégalement mis sur écoute par la police en amont de la manifestation selon Le Canard enchaîné..

La préfète des Deux-Sèvres Emmanuelle Dubée interdit les manifestations dans 18 communes (dont Sainte-Soline) et instaure des périmètres où les attroupements sont interdits. De même, le préfet de Charente-Maritime, interdit également les manifestations dans les communes où se trouvent des réserves de substitution.. Des contrôles de police sont mis en place sur plusieurs axes routiers.

Parallèlement, d'importants moyens sont déployés : une quinzaine d'escadrons de gendarmes mobiles, deux véhicules blindés, deux canons à eau, vingt quads du peloton motorisé d’intervention et d’interpellation (PM2I) de la Garde républicaine, des camions militaires et des hélicoptères. Au total, et policiers font face aux manifestants. Le coût de ce dispositif policier est estimé à 5 millions d'euros. L'intervention des forces de l'ordre est supervisée par la préfète des Deux-Sèvres.

À la différence de la manifestation d', où les militants avaient réussi à déjouer les barrages policiers et à s'introduire dans la réserve de substitution, en la méga-bassine est entièrement ceinturée par les forces de l'ordre afin d'empêcher toute intrusion.

Déroulement vignette|Prises de parole au camp de base avant le départ de la manifestation. Sur scène se trouvent notamment Julien Le Guet (à gauche) et Clémence Guetté (au micro), Murielle Guilbert, Benoît Biteau (tout à droite). La mobilisation est organisée sur le week-end du 24 au . Une base arrière est installée à Melle (à une trentaine de kilomètres) avec une cantine, garderie pour les enfants ; dans cette même ville ont lieu des concerts, conférences et débats. Le camp de base est installé sur un terrain prêté par un agriculteur, à six kilomètres de la réserve de Sainte Soline. Les organisateurs ont préparé la logistique pendant deux mois pour fournir nourriture, soins médicaux et psychologiques aux manifestants. Entre et participent à la manifestation selon les organisateurs, selon la police, et sont accueillies, nourries et pris en charge par une importante organisation avant et au cours de la manifestation..

Le vendredi 24, les manifestants arrivent et s'installent sur le camp de base. Le samedi , après des prises de paroles de différentes personnalités militantes, syndicales ou politiques, les participants marchent à travers champs vers le site de la méga-bassine en construction de Sainte-Soline malgré les interdictions.. Trois cortèges (anguille turquoise, loutre jaune, outarde rose) sont formés.

vignette|Les forces de l'ordre observent les manifestants du haut de la méga-bassine, tandis que les gaz lacrymogènes ont envahi les champs alentour (25 mars, 13h28).

Les forces de l'ordre encerclent la retenue de substitution avec leurs véhicules pour en empêcher l'accès. Des milliers de grenades lacrymogènes, grenades GM2L et balles de défense sont tirées sur les manifestants à partir de midi et demi et pendant plusieurs heures. Le cortège bleu, qui s'approche de la bassine, est d'abord visé, puis les tirs visent, par erreur, le cortège rose situé plus loin. À 13h, l'ensemble de la zone est noyée dans les gaz lacrymogènes.

Plusieurs dizaines de militants présents utilisent la tactique du black bloc et affrontent les forces de l'ordre. Cela est régulièrement le cas lors de manifestations écologistes. Entre 13h15 et 14h ont lieu les avec les gendarmes : jets de pierres, de feux d'artifice et de cocktails Molotov. Quatre véhicules de gendarmerie sont incendiés. En réponse, les gendarmes tirent des grenades lacrymogènes CM6, MP7 ou GM2L ; les blessés deviennent de plus en plus nombreux, surtout chez les manifestants. Au total, sont tirées en deux heures.

Après plusieurs heures, les militants ne sont pas parvenus à franchir le cordon de gendarmerie (seuls quelques grillages ont été renversés). Une pompe et des tuyaux alimentant la bassine sont détruits. Entre 15h30 et 16h30, les manifestants quittent le site. Ils se retrouvent ensuite à Melle pour des repas, concerts et débats.

Conséquences