al-Tira (, également appelé Tirat al-Lawz ("Tira-les-Amandes"), Tirat Haïfa et Tirat al-Karmil"al-Tira — الطِيرَة", Interactive Encyclopedia or thé Palestine Question, consulté le 17 août 2025. pour le distinguer des autres ), est un village palestinien situé à 7 kilomètres au sud de HaïfaWelcome To al-Tira - الطيرة (א-טירה) , Palestine remembered, consulté le 15 août 2025.. Il était constitué de cinq khirbets, dont Khirbat al-Dayr où se trouvaient les ruines du monastère consacré à saint Brocard du mont Carmel et un réseau de grottes avec des caves et un tunnel voûté.
Bien qu'il ait été un des rares villages palestiniens à être défendu militairement, les de la ville ont été expulsés en 1948 lors du nettoyage ethnique de la Palestine (ou Nakba). Sur les terres confisquées aux Palestiniens, la ville israélienne de Tirat Carmel a été créée en 1949.
Géographie
Al-Tira était situé dans le sous-district de Haïfa, à 7 km au sud d'Haïfa et à 60 m au-dessus du niveau de la mer. Le village était établi au pied du versant ouest du mont Carmel, surplombant la plaine côtière et la mer Méditerranée. Relié à la route côtière par un chemin, c'était le deuxième village le plus peuplé du sous-district de Haïfa, après Ijzim. Ses maisons étaient construites de pierres et d'argile, regroupées en différents petits villages, le village principal ayant une forme de croix.
Il avait une superficie totale de Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Quoted in Hadawi, 1970, 49., dont appartenant à des Arabes, à des Juifs et en terres collectives. De nombreuses sources arrosent le terroir. Les cultures de céréales occupaient plus de ; étaient irrigués ou plantés en vergersGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, 92.. Son économie reposait sur un secteur agricole prospère : céréales, cultures maraîchères et fruitières, arrosées par de nombreuses sources. Trois moulins mécaniques servaient à produire l'huile d'olive.
Histoire
Préhistoire
Un site archéologique du Paléolithique, situé au sud du village, témoigne de la fréquentation du site pendant la préhistoire.
Le site archéologie d'Atlit Yam repose à une dizaine de mètres de fond et à 400 mètres au large d'al-Tira. Fouillé dans les années 2000, c'est un village néolithique du pre-céramique () où des traces de culture de l'olivier et de fabrication d'huile ont été retrouvées. D'autres sites de production d'huile ont été découverts a Megadim et Kfar GalimStephen Smuts, Atlit-Yam, A Submerged Pre-Pottery Neolithic Villiage, Bibical Paths, 24 mai 2009..
Croisades
Les croisés appelaient al-Tira Saint-Jean de TireKhalidi, 1992, 195. et au , une abbaye grecque orthodoxe consacrée à saint Jean le Baptiste se trouvait au villagePringle, 1998, 370- 371Également cité par Petersen, 2001, 306.. En 1283, le village faisait toujours partie du domaine des Croisés, selon le traité signé entre les Croisés et le sultan mamelouk KélaounLa version du traité de al-Qalqashandi est citée par Barag, 1979, 208, no. H2..
Empire ottoman
En 1517, le village est rattaché à l'empire ottoman avec le reste de la Palestine. Aux , Tirat al-Lauz appartenait à l'émirat (1517-1683), qui comprenait aussi la vallée de Jezréel, Haïfa, Jénine, la vallée de Beisan, le nord du sanjak de Naplouse, le plateau de Ménashé et le nord de la plaine de Sharon.
En 987 AH (1579 ère chrétienne), une mosquée est offerte au village par Assaf, le sandjak-bey de Lajjun appartenant à la famille des TurabayHeyd, 1960, 110 n.4. Cité par Petersen, 2001, 306..
En 1596, le village d'al-Tira comptait 52 foyers musulmans, soit environ 286 habitants, relevant de la nahié ("sous-district") de Shafa, dans le sandjak de Lajjun. Les villageois payaient un impôt au taux fixe de 25% sur leurs productions de blé, chèvres, miel et le produit des vignes ; cette année-là, le total des impôts payés par les habitants d'al-Tira est de Hütteroth, Abdulfattah, 1977, 158.Khalidi, 1992, 196..
Le village apparaît sous le nom d'El Koneiceh (ou Khirbet el Keniseh) sur la carte que Pierre Jacotin réalise en 1799, lors de la campagne d'Égypte, bien qu'il soit mal placéKarmon, 1960, 162 ..
Victor Guérin visite le village en 1870 : . Dans le même passage, Guérin mentionne également une église à trois nefs transformée en moulin.
La lourde conscription imposée par l'empire ottoman en 1872 entraîne un recul de la prospérité du village, qu'il retrouve plus tard.
Une liste de population de 1887 indique que Tireh est peuplé de , tous musulmansSchumacher, 1888, 178..
Al-Tira avait deux mosquées, la Vieille et la Nouvelle. La Vieille mosquée, qui a d'abord été une église, était déjà désaffectée en 1932Petersen, 2001, 306. La Nouvelle mosquée existe toujours, convertie en synagogue. L'époque de construction de la Nouvelle mosquée ne fait pas consensus : Pringle déclare qu'il s'agit de la mosquée financée par Assaf en 1579. De son côté, Petersen, qui l'a étudiée en 1994, estime que c'est erroné et qu'une inscription dans une niche près d'une porte, en écriture nasskhi provinciale, permet de dater la construction de cette mosquée d'Ishaq ibn Amir en 687 AH (1288-1289 EC).
Les protestants allemands de la société des Templiers habitaient le hameau de Neuhardthof.
Mandat britannique
En 1917-1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'al-Tira est conquise en 1918 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Au recensement de 1922 conduit par les autorités britanniques, Tireh avait une population de , dont , 1 juif et 9 chrétiensBarron, 1923, Table XI, Sub-district of Haifa, 33 ; parmi les chrétiens, il y avait un catholique romain et 8 orthodoxesBarron, 1923, Table XVI, 49. Au recensement de 1931, la population avait augmenté à , dont , 17 chrétiens, 1 Druze, pour 624 maisonsMills, 1932, 97.
En 1943, al-Tira était le village produisant le plus d'olives du sous-district de Haïfa. Le grand nombre d'amandiers valait son surnom à al-Tira, Tirat al-Lawz ("Tira des amandes"). En 1945, les 5240 musulmans et les 30 chrétiens (population estimée dans les statistiques de VillageDepartment of Statistics, 1945, 15.) partageaient deux écoles primaires, une pour les filles, l'autre pour les garçons.
Nettoyage ethnique de 1948
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, At-Tira est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Tout au long de la guerre de 1947-1948, Al-Tira est la cible d'opérations répétées de la part des milices sionistes puis des forces de défense israéliennes (FDI), jusqu'à sa prise de contrôle en juillet 1948. Al-Tira est l'un des rares villages arabes de Palestine à être défendus, à la fois par une milice d'habitants et par un contingent de l'armée de libération arabe (ALA) soutenus par l'armée irakienne présente à Tulkarem et Jénine.
Dès le début de la guerre, dans la nuit du 11 au 12 décembre 1947 et en pleine fête de Hanoucca, al-Tira est attaqué par une vingtaine de terroristes de l'Irgoun, qui s'en prennent d'abord à une maison isolée. Après y avoir jeté une bombe incendiaire, ils mitraillent le village et s'enfuient en camion. Treize habitants sont tués, dont des enfants et des vieillards. Il y a également dix blessés et une maison est détruite et quelques autres endommagées. Six autres villages sont attaqués la même nuit par l'Irgoun.
Al-Tira est ensuite attaqué le 5 février, action de harcèlement qui dure une heure et demie mais ne fait ni morts ni blessés. Aucune défense villageoise ne s'oppose a cette attaque. Lors de l'opération d'expulsion de Haïfa par la Haganah, une unité de celle-ci attaque Al-Tira la nuit des 21–22 avril 1948, ce qui provoque le départ de femmes et d'enfants. À 1h40 dans la nuit du 24 au 25 avril, la Haganah tire au mortier et à la mitrailleuse sur le village. Une compagnie d'infanterie arrive tout près des premières maisons mais est apparemment arrêtée par les tirs de soldats britanniques. Une partie de la population non-combattante est évacuée par les Britanniques, qui laissent quelques centaines d'hommes armés pour défendre le villageMorris, 2004, 208-209., l'attaque reprenant le lendemain et se terminant également par une intervention britannique et une nouvelle évacuation partielle (en bus). Le 5 mai, 500 autres habitants sont évacués vers Jénine et Naplouse, tandis que d'autres attaques ont lieu pendant une semaine, la brigade Alexandroni échouant à s'emparer du village le 13 mai, ce qui entraîne le report de l'expulsion de Qalqilya prévue par le plan Daleth. Le village tombe aux mains israéliennes le 16 juillet, au cours d'une opération qui mobilise trois brigades de l'armée israélienne, les Alexandroni, Golani et Carmeli, avec pour la première fois l'appui d'un bombardement naval par l', un ancien navire garde-côtes américain acquis par le Yichouv en 1947, armé de canons de 57 mm.
Les habitants qui avaient résisté à deux mois de siège sont soit expulsés en Cisjordanie, soit incarcérés dans des camps de prisonniers de guerre. D'autres se réfugient à Ayn Ghazal. Les corps de 28 d'entre eux sont incinérés par les FDI fin juillet ; il est possible qu'ils aient été eux aussi massacrés, selon la Ligue arabe (point de vue soutenu par Hadawi), ou morts d'autres causes, selon Israël.
Période israélienne
. Après la guerre, la région fait partie d'Israël. Le processus de colonisation d'al-Tira commence avant même sa chute. Dès juin 1948, les colons fondent un premier kibboutz, , au sud du village. Puis ce sont les maisons même d'al-Tira qui sont occupées par des immigrants juifs en février 1949 ; en avril il y avait déjà Golan, 2001; Transformation spatiale (en hébreu). Cité par Morris, 2004, 395. En 1949, Tirat Carmel est fondée sur le site même du village et un peu plus loin. En 1952, un pensionnat et un orphelins rescapés de la Shoah sont implantés à Kafr Galim. Enfin, en 1953, l'école religieuse et le village de Kafr Tzvi Sitrin sont créés, toujours sur le territoire d'al-Tira. De nombreux réfugiés de Tira fuirent en Transjordanie, principalement à IrbidEl Salman 2003, 414..
Après la guerre, les réfugiés palestiniens originaires de Tira fondent le village de Wādī al-‘Ein. Ils se maintiennent jusqu'aux années 1970, puis les autorités israéliennes les expulsent à nouveau pour créer le , conçu dès 1952. Après l'expulsion, les habitations ne sont pas détruites et restent vides jusqu'à nos jours.
L'historien palestinien Walid Khalidi décrit les restes du village d'al-Tira en 1992 : . En 1998, le nombre de réfugiés palestiniens descendant des habitants expulsés en 1948 est estimé à plus de .
L'arabe dialectal syrien ou chami parlé à al-Tira et ses évolutions dues à l'exil ont été étudiées par Mahmoud El SalmanMahmoud El Salman, Thomas Roche, "The Role of Migration in Lexical Variation of the Arabic Dialect of Tirat Haifa", Journal of Humanities and Social Sciences, volume XVII, 2009, (1) 61-71 ; "The Use of the [q] Variant in the Arabic Dialect of Tirat Haifa", Anthropological Linguistics, 2003, volume 45, 4, 413-425 ; "The dialect of Tirat Haifa", The Journal of Humanities and Social Sciences, volume XV1 , 2008, Faculty of Arts and Humanities-Université de Peshawar. En 2011, quatre livres sur l'histoire du village ont été publiésDavis, 2011, 30..
Notes
Bibliographie
Heyd, Uriel (1960): Ottoman Documents on Palestine, 1552-1615, Oxford University Press, Oxford. Cited in Petersen (2001)
Mülinen, Eberhard Friedrich von, 1908, Beiträge zur Kenntnis des Karmels "Separateabdruck aus der Zeitschrift des Deutschen Palëstina-Vereins Band XXX (1907) Seite 117-207 und Band XXXI (1908) Seite 1-258." ("Et-Tire": p. 142 ff. )