La Femme au corset rouge est un tableau réalisé en 1880 par Adrien de Witte, peintre belge et professeur à l'Académie royale des beaux-arts de Liège. La peinture, classée Trésor par la Fédération Wallonie-Bruxelles, est considérée comme son chef-d'œuvre.

Dans cette scène intimiste, de Witte croque une jeune femme occupée à se coiffer. Le modèle n'est autre que Luisa Giardini, maîtresse du peintre durant son second séjour en Italie. Les jeux d’ombres et de lumières et le côté instantané de l'œuvre lui confèrent un caractère impressionniste, selon une technique que l'artiste a déjà utilisée l'année précédente dans sa peinture Femme accroupie, le torse nu.

Lorsqu'il exécute le tableau en dans son studio-atelier situé au de la Via Sistina à Rome, de Witte a presque ; il a achevé ses études à l'Académie royale des beaux-arts de Liège depuis ; il a déjà effectué un premier voyage en Italie de quelques semaines, fin 1872-début 1873 ; et il réside depuis un peu plus d'un an dans la , en tant que boursier de la fondation Lambert Darchis.

L'œuvre entre dans les collections publiques liégeoises en 1921, lorsque la ville de Liège l'achète directement au peintre. C'est la toile-vedette du musée de l'Art wallon durant de nombreuses années et elle fait partie, depuis 2016, des collections permanentes du musée de La Boverie. , écrivent en 1984 les conservateurs adjoints du musée de l'Art wallon Françoise Dehousse et Maurice Pauchen.

Contexte

De Witte et l'Italie :

Lambert Jean Adrien de Witte de Limminghe, né à Liège le ..., acquiert ses premières notions de dessin dès sa plus tendre enfance, auprès de son père, lui-même ancien élève de l'Académie royale des beaux-arts de Liège et artiste peintre qui . Le jeune garçon fait ses études à l'école Saint-Jean puis au Collège des Jésuites, dans la section professionnelle. De 1866 à 1870, il poursuit brillamment sa formation à l'Académie royale des beaux-arts de Liège. puis, une fois ses études achevées, il s’installe avec son ami le sculpteur Léon Mignon dans un atelier situé rue de l'Étuve et il collabore avec ce dernier et Joseph Demoulin au journal satirique Le Caustique.

vignette|redresse|Portrait de Léon Philippet, 1876 (dessin à la plume ; ), collection privée.|gauche|alt=Un homme barbu aux cheveux ébouriffés pose de trois quarts à gauche, la tète et les yeux légèrement baissés.

Fin 1872, de Witte obtient une bourse de qui lui permet de voyager en Italie avec son ami Félix Nisen. Les deux compagnons traversent la Bavière, passant par Munich, et le Tyrol, puis ils visitent durant plusieurs semaines Florence, Vérone, Venise, et enfin Rome, où ils s'attardent un peu plus et rendent visite à Pierre Joseph Antoine (1840-1913), boursier de la fondation Lambert Darchis et auteur, entre autres, des peintures murales de l’église Sainte-Véronique de Liège. Comme le dévoile une lettre que lui adresse son ami Alphonse Taïée, le jeune homme est enthousiasmé par la découverte de l'Italie. De retour dans sa ville natale début 1873, l'artiste retourne pendant quelque temps à l'Académie royale des beaux-arts puis s'installe dans son atelier rue Hocheporte.

En 1876, son ami Léon Philippet, qui vit à Rome depuis 1868, le prévient qu'une bourse de la fondation Lambert Darchis va bientôt se libérer et l'invite à venir le retrouver. Le , le peintre reçoit la confirmation que la bourse en question lui est octroyée, bien qu'elle ait été initialement accordée à Félix Nisen, qui y renonce car . Sur ces entrefaites, de Witte se met rapidement en route pour Rome, dès le , laissant le quelque peu affligé par son départ.

vignette|Femme nue couchée, (dessin au fusain et la craie sur papier teinté ; ), collection privée.|alt=Une femme nue aux longs cheveux foncés et la tête légèrement tournée est couchée de côté, appuyée sur son bras droit, alors qu'elle semble regarder sa main gauche.

Une fois arrivé, il s'installe tout d'abord dans la demeure-atelier de Léon Philippet, au de la Via dell'Olmata. Il suit des cours du soir à l'Accademia Chigi, y étudiant . Vu que la pension allouée par la fondation Darchis est insuffisante, il envoie régulièrement des dessins à son ami Léonard Hubert Zeyen pour qu'il les vende. Dès le début de son séjour, il est captivé par les , qu'il fait en Italie et qui sont sa principale source d'inspiration. Il exécute de , qu'il alterne avec .

En , il déménage son atelier au de la Via Felice, nom familier donné à la Via Sistina par les habitants de Rome car elle fut créée par Felice Peretti, c'est-à-dire le pape Sixte Quint, à la fin du . Le mois suivant, il y déménage son logis et il y exécute la Femme au corset rouge. Il existe une autre œuvre connue de l'artiste située et datée : son dessin de Femme nue couchée..

Les types populaires et le port du corset en Italie au Dans différentes notices qu'elle écrit au sujet du peintre ou de la présente toile, l'historienne de l'art Gaëtane Warzée. replace dans son contexte historique le port du corset en Italie au : ..

De fait, les types populaires de la péninsule italienne . Parmi les nombreux exemples existants en la matière, Gaëtane Warzée cite le récit publié en 1816-1817 du Voyage en Italie de Johann Wolfgang von Goethe, le tableau La jeunesse de Sixte Quint exécuté en 1832 par Philippe Van Brée.. qui , l'œuvre La Chiarrucia qu'effectue en 1848 le peintre Alexandre Cabanel. où il , et enfin, les photographies de paysans du Latium réalisées fin du par Gabrielle Hébert.., épouse du peintre Ernest Hébert.

Au nombre des artistes liégeois envoyés à Rome par la fondation Lambert Darchis au , figurent Léon Philippet, ami d'Adrien de Witte et résident italien de 1868 à 1887, qui se spécialise dans ce que divers critiques qualifient de . Il y reproduit de la . L'une de ses œuvres est , qui dépeint une italienne corsetée de rouge..

Luisa Giardini et les autres modèles italiens d'Adrien de Witte

gauche|vignette|redresse|Torse de femme vu de dos, la tête dans l'ombre, tournée de trois quarts à gauche, 1902 (eau-forte ; ), collection privée.|alt=Une jeune femme aux cheveux foncés pose nue jusqu'à mi-corps, le visage tourné de trois quarts à droite, et « donne une impression de tristesse ».

Le modèle utilisé par de Witte pour la Femme au corset rouge est une jeune femme du nom de Luisa Giardini, maîtresse de l'artiste durant son second séjour romain et petite-fille d’un brigand. Le fait qu'elle soit mariée, comme l'indique son fameux corset rouge, ne constitue pas un obstacle à une relation extraconjugale dans la Rome du , .

Elle est représentée par le peintre , dont un dessin au fusain rehaussé à la sanguine daté de 1880 et intitulé Luisa Luglio-Agosto.. Sur un fond sombre, la jeune femme est dépeinte nue jusqu'à mi-corps, le visage tourné de trois quarts à droite, et . Ce dessin sert ensuite de modèle pour une eau-forte, datée de 1902 et intitulée Torse de femme vu de dos, la tête dans l'ombre, tournée de trois quarts à gauche.

vignette|redresse|Photographie de trois jeunes modèles italiens d'Adrien de Witte, 1872-1884 (épreuve photographique monochrome sur papier ; ), Liège, musée de la Vie wallonne.|alt= Trois jeunes paysannes italiennes portant les vêtements typiques du 19e siècle posent pour l'objectif (photographie noir et blanc).

Dans un entretien de consigné au musée de la Vie wallonne, François Maréchal, ancien élève puis collègue à l'Académie des beaux-arts d'Adrien de Witte qui sera lui aussi boursier de la fondation Lambert Darchis, indique que l'artiste a également une liaison avec vivant . Selon Maréchal, il vivait avec la jeune femme, sa mère et ses frères, comme s'il faisait partie de la famille, et leur donnait régulièrement les qu'il recevait mensuellement en tant que boursier de la fondation Lambert Darchis. Maréchal n'est pas certain du prénom de la jeune femme, ni de son adresse, mais tout semble indiquer qu'il ne s'agit pas de Luisa Giardini, vu qu'il n'y a aucune mention de son nom dans les faits relatés et que Maréchal laisse sous-entendre que cette jeune femme, probablement nommée Giovanni(na), est célibataire à cette époque. Par la suite, elle épousera un peintre anglais.

D'autres noms de jeunes femmes ayant servi de modèle pour de Witte durant son séjour romain de 1879 à 1884 nous sont parvenus : Agatha, Betthania, Angela, Antonia, Marietta, etc.. D'ailleurs, le musée de la Vie wallonne conserve une dizaine de photographies de modèles italiens du peintre.

Parcours de l'œuvre

vignette|gauche|redresse|Les Lavandières, 1880 (huile sur toile ; ), Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.|alt=Un groupe de femmes du peuple est en train de laver du linge dans un lavoir à Rome.

La toile est acquise directement à l'artiste par la ville de Liège en 1921. Comme le remarque Gaëtane Warzée, Un peu plus de ., de Witte . Quoi qu'il en soit, un accord est entre l'artiste et la commune après le Salon de la Société royale des Beaux-Arts qui est organisé du au au Palais des Beaux‑Arts du parc de la Boverie.

Et pourtant, la Commission des Beaux-Arts de la ville de Liège ne ratifie qu'en l'achat du tableau.. Avant de pouvoir formaliser la vente, elle a du attendre la décision de l'État belge qui avait demandé une option pour . C'est finalement ce dernier tableau qui est acheté par l'État et entre dans les collections des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, ce qui permet à la ville de Liège de formaliser l'accord d'achat conclu avec l'artiste pour la Femme au corset rouge. La participation de la commune dans les frais d'acquisition s'élève à ..

La peinture entre donc dans les collections du musée des Beaux-Arts de Liège, comme le confirment le catalogue des collections publié par l'imprimerie Bénard en 1926 ( d'inventaire) et le catalogue de l'œuvre d'Adrien de Witte qu'effectuent Charles Delchevalerie et Armand Rassenfosse en 1927. Elle est déplacée au musée de l'Art wallon lors de sa création en 1952 ( d'inventaire).. C'est la toile-vedette du musée et elle y reste jusqu'au moment où l'ensemble des collections des musées des Beaux-Arts et de l'Art wallon (regroupées depuis 2011 aux Beaux-Arts) est transféré au musée de La Boverie en 2016.. Depuis lors, elle y est exposée dans les collections permanentes du musée.

Description

vignette|redresse|Le tableau, avec son cadre, photographié au musée de La Boverie en .|alt=Photographie d'un tableau dépeignant une jeune femme, portant un corset rouge et dont la poitrine est en partie découverte, qui est occupée à se coiffer. Elle est présentée de face, vue à demi-cuisses, et sa figure se détache sur un fond gris clair.

L'historienne de l'art Caroline Jamaer décrit l'œuvre en ces termes :

Comme le remarque Gaëtane Warzée, l'artiste croque son modèle .

Genre artistique et technique picturale alt=Une femme aux cheveux clairs, le torse nu et portant une jupe, est accroupie. Elle s'appuie sur la main droite et a la main gauche posée sur un meuble.|vignette|redresse|Femme accroupie, le torse nu, 1879 (huile sur toile ; ), Liège, La Boverie.|gaucheLorsque de Witte exécute cette huile sur toile en à Rome, il dépeint la jeune paysanne . En 1975, l'historien et critique d'art Jacques Parisse mentionne déjà la qui se dégage de l'œuvre.

Gaëtane Warzée considère également que . Dans son œuvre de 1879 Femme accroupie, le torse nu, le peintre a déjà expérimenté avec la nouvelle technique impressionniste. Au moyen de celle-ci, il , ce qui fait de la Femme au corset rouge .

En effet, . Le groupe impressionniste organise huit expositions entre 1874 et 1886, mais la reconnaissance publique ne se laisse entrevoir qu’à la fin des années 1880..

Réception critique Cette toile, que l’ancien conservateur du musée du Louvre, René Huyghe, n’hésite pas à prétendre digne d’un tableau d’Edgar Degas, est unanimement reconnue par les critiques d'art du et du comme le chef-d'œuvre d'Adrien de Witte.. Différents extraits d'articles et ouvrages mentionnant le tableau sont listés par ordre chronologique ci-dessous :