La píèce de de dollar américain Roosevelt également appelée dime Roosevelt est la pièce de en circulation aux États-Unis. Frappée sans interruption par la Monnaie des États-Unis depuis 1946, elle porte à l’avers le portrait du président Franklin D. Roosevelt et est autorisée peu après sa mort en 1945.
Roosevelt, atteint de poliomyélite, est l’un des principaux soutiens de la campagne caritative . La pièce de dix cents peut être modifiée par la Monnaie sans nécessiter l’approbation du Congrès, et les responsables agissent rapidement pour remplacer le dime Mercury. Le graveur en chef John R. Sinnock prépare des modèles, mais doit affronter à plusieurs reprises les critiques de la Commission des beaux-arts. Il adapte son dessin en conséquence, et la pièce entre en circulation en .
Depuis son introduction, le dime Roosevelt est frappé en grande quantité et sans interruption. En 1965, la Monnaie passe de l’argent au métal de base, et le dessin est resté, pour l’essentiel, inchangé depuis sa création par Sinnock. Ne comportant ni millésimes rares ni teneur en argent, il est moins recherché par les collectionneurs que d’autres pièces américaines modernes.
Contexte Le président Franklin D. Roosevelt mourut le , après avoir dirigé les États-Unis durant une grande partie de la Grande Dépression et de la Seconde Guerre mondiale. Atteint de poliomyélite depuis 1921, Roosevelt a contribué à fonder et soutenir activement la campagne caritative pour lutter contre cette maladie invalidante. La pièce de dix cents apparait donc comme un moyen évident d’honorer un président populaire pour son leadership en temps de guerre...
Le , le représentant de Louisiane présente un projet de loi en faveur d’un dime Roosevelt.. Le , le secrétaire au Trésor Henry Morgenthau Jr. annonce que le dime Mercury serait remplacé par une nouvelle pièce à l’effigie de Roosevelt, destinée à entrer en circulation vers la fin de l’année.. Environ 90 % des lettres reçues par Stuart Mosher, rédacteur en chef de (la revue de l’), sont favorables à ce changement. Mosher lui-même s’y oppose cependant, estimant que le dessin de la pièce de Mercury est beau et que l’espace limité sur ce type de pièce ne rendrait pas justice à Roosevelt ; il plaide plutôt pour un dollar commémoratif en argent..
D’autres opposants font valoir que, malgré ses mérites, Roosevelt n’a pas encore gagné sa place aux côtés de George Washington, Thomas Jefferson et Abraham Lincoln, les seuls présidents jusque-là représentés sur la monnaie en circulation. Comme le dessin du dime Mercury, frappé pour la première fois en 1916, a été produit pendant au moins , il peut être remplacé légalement par la Monnaie sans intervention du Congrès. Les commissions compétentes de chaque chambre en matière de numismatique sont toutefois informées..
La création du nouveau dessin incombe au graveur en chef John R. Sinnock, en poste depuis 1925. Une grande partie du travail de préparation est effectuée par son assistant, Gilroy Roberts, qui deviendrait plus tard graveur en chef.. Au début d’, Sinnock soumet des modèles en plâtre à F. Leland Howard, directeur adjoint de la Monnaie, qui assure alors la fonction de directeur par intérim, lequel les transmet à la Commission des beaux-arts. Cette commission examine les projets de pièces car un décret présidentiel signé en 1921 par Warren G. Harding lui confie la mission de donner un avis consultatif sur les œuvres d’art publiques.
vignette|redresse|gauche|Deux des esquisses de John R. Sinnock pour le revers de la pièce de .|alt=Deux pièces de monnaie représentant une main tenant une torche, des rameaux d’olivier et de chêne.
Les modèles initialement présentés par Sinnock montrent, à l’avers, un buste de Roosevelt et, au revers, une main tenant une torche, tout en serrant également des rameaux d’olivier et de chêne. Sinnock a préparé plusieurs autres esquisses pour le revers, dont l’une place de part et d’autre de la torche des rouleaux inscrits des quatre Libertés. D’autres projets représentent la Liberté, et l’un commémore la Conférence des Nations Unies de 1945, avec l’Opéra , lieu où elle s’est tenue.
Le numismate David Lange juge la plupart de ces dessins alternatifs .. Les modèles sont envoyés le par Howard à Gilmore Clarke, président de la commission, qui consulte ses membres et répond le , en les rejetant. Il déclare : .
Sinnock a toutefois soumis un autre dessin pour le revers, proche de celui qui serait finalement retenu : la main y est supprimée et les rameaux sont placés de chaque côté de la torche ; c’est cette version que Clarke préfère.
vignette|redresse|John R. Sinnock au travail sur le modèle de la pièce.|alt=Un homme, de trois quart dos, aux chevaux courts et portant des lunettes, en train de graver une pièce.
Sinnock participe à une réunion au domicile de Lee Lawrie, sculpteur membre de la commission, afin de résoudre les divergences, puis soumet un nouveau modèle pour l’avers, répondant aux critiques concernant la tête de Roosevelt. La directrice de la Monnaie, Nellie Tayloe Ross, envoie des photographies à la commission, qui les rejette et propose d’organiser un concours entre cinq artistes, dont Adolph A. Weinman, créateur du dime Mercury et du demi-dollar et James Earle Fraser, auteur du nickel Buffalo. Ross refuse, car la Monnaie subit une forte pression pour que les nouvelles pièces soient prêtes pour la campagne de . Le nouveau secrétaire au Trésor, Fred Vinson, est sollicité, mais il n’apprécie pas non plus les modèles et les rejette à la fin du mois de décembre. Sinnock échange alors la position de la date et du mot , ce qui permet d’agrandir la tête. Il apporte aussi d’autres modifications ; selon l’auteur numismate Don Taxay, .
Lawrie et Vinson approuvent finalement les modèles. Le , Ross téléphone à la commission pour l’en informer. Sinnock étant malade (il meurt en 1947) et la campagne ayant déjà commencé, Ross ne convoque pas de réunion plénière de la commission, mais autorise le lancement de la production. Cette décision provoque quelques tensions entre la Monnaie et la commission, mais Ross estime avoir rempli ses obligations conformément au décret présidentiel.
Dessin vignette|redresse|gauche|Le revers du dime Mercury , avec un faisceau de licteur et, comme sur le Roosevelt, une branche d’olivier.|alt=Une pièce de monnaie avec un faisceau de licteur, entouré de rameaux d'oliviers.
L’avers de la pièce représente le président Franklin D. Roosevelt, avec les inscriptions « » et « ». Les initiales de Sinnock, « JS », se trouvent près de la base du buste, à gauche de la date. Le revers montre une torche au centre, symbolisant la liberté, encadrée à gauche par un rameau d’olivier représentant la paix, et à droite par un rameau de chêne symbolisant la force et l’indépendance. L’inscription « » () s’étend en travers du champ. Le nom du pays et la valeur faciale de la pièce forment la légende qui entoure le revers, lequel symbolise la fin victorieuse de la Seconde Guerre mondiale..
Le numismate Mark Benvenuto suggère que l’image de Roosevelt sur la pièce est plus naturelle que d’autres portraits présidentiels, ressemblant davantage à celle figurant sur une médaille artistique. Walter Breen, dans son ouvrage de référence sur les monnaies américaines, affirme que . L’historien de l’art Cornelius Vermeule qualifie le dime Roosevelt de .
vignette|redresse|La plaque de Selma Burke pour Roosevelt|alt=Une plaque métallique sur laquelle est gravée la tête, de profil, d'un homme aux cheveux courts.
Certains, à l’époque de la conception et depuis, relèvent des similitudes entre le dime et une plaque représentant Roosevelt, sculptée par l’artiste afro-américaine Selma Burke et inaugurée en , qui se trouve dans le à Washington. Burke fait partie de ceux qui affirment que son œuvre a été utilisée par Sinnock pour créer sa pièce. Elle défend cette position jusqu’à sa mort, en 1994, et réussit à convaincre un certain nombre de numismates et de personnalités politiques, dont le fils de Roosevelt, James. Les numismates qui soutiennent sa thèse soulignent que Sinnock a repris la représentation de la cloche de la Liberté, figurant sur le demi-dollar du sesquicentenaire de 1926 et sur le demi-dollar Franklin, d’un autre créateur sans lui en attribuer le mérite. Cependant, Robert R. Van Ryzin, dans son ouvrage consacré aux mystères des monnaies américaines, fait remarquer que Sinnock a dessiné Roosevelt d’après nature en 1933, pour sa première médaille présidentielle , et que les témoignages datant de l’émission du dime indiquent qu’il s’est appuyé sur ces croquis ainsi que sur des photographies du président pour préparer la pièce.
Une nécrologie publiée en 1956 dans The New York Times attribue à la photographie que Sinnock aurait adaptée pour le dime.. Selon Van Ryzin, le temps écoulé rend désormais impossible toute confirmation ou invalidation de l’affirmation de Burke.
Production vignette|redresse|gauche|Une pièce de Roosevelt en argent.|alt=Deux pièces de monnaie, une avec une tête d'homme de profil, l'autre avec une torche et des branches d'olivier et de chêne.
La pièce Roosevelt est frappé pour la première fois le à la Monnaie de Philadelphie.. Elle est mise en circulation le , date qui aurait marqué le anniversaire du président Roosevelt. La sortie est initialement prévue pour le , mais elle est avancée afin de coïncider avec cet anniversaire. Lors de son lancement, Sinnock devient le premier graveur en chef à être crédité pour la conception d’une nouvelle pièce de monnaie américaine en circulation depuis celles créées par Charles E. Barber, émises pour la première fois en 1892.. Des rapports signalent que le nouveau dime est refusé par certains distributeurs automatiques, mais aucune modification n'est apportée à la pièce. Le dessin n’a que peu changé en plus de soixante-dix ans de production, les modifications les plus notables étant de légers changements à la chevelure de Roosevelt et le déplacement du différent du revers vers l’avers dans les années 1960.
Au moment de la sortie, les relations avec l’URSS se détériorent, et les initiales de Sinnock, « JS », sont interprétées par certains comme faisant référence au dictateur soviétique Joseph Staline, placées là par un sympathisant communiste. Lorsque ces rumeurs parviennent au Congrès, la Monnaie diffuse des communiqués de presse pour démentir ce mythe. Malgré ce démenti, des rumeurs circulent encore dans les années 1950 selon lesquelles un accord secret a été conclu lors de la conférence de Yalta pour honorer Staline sur une pièce américaine. La controverse est relancée en 1948 avec l’émission posthume du demi-dollar Franklin de Sinnock, portant ses initiales complètes « JRS ».
Bien que la Monnaie de Philadelphie frappe généralement plus de pièces que les autres ateliers durant les années de frappe en argent, elle n’en produit que en 1955, soit moins qu’à Denver ou San Francisco. Cela est dû à un ralentissement économique et à une faible demande en monnaie, qui conduisent la Monnaie à annoncer en janvier que l’atelier de San Francisco fermerait à la fin de l’année. Les dimes de 1955 issus des trois ateliers sont les plus faibles tirages par date et par atelier de toute la série des pièces de circulation, mais ils ne sont pas rares, les collectionneurs les ayant conservés en rouleaux de cinquante..