Anas Jamal Mahmoud Al-Sharif (en ), né le dans le camp de réfugiés de Jabaliya et mort le à Gaza, est un journaliste palestinien.

Travaillant pour Al Jazeera Arabic, il réalise des reportages en première ligne dans le nord de Gaza pendant la guerre de Gaza. En , l'équipe Reuters d'Al-Sharif reçoit le prix Pulitzer de la photographie d'actualité pour ses photos documentant la guerre de Gaza.

Pendant plusieurs mois avant son assassinat, l'armée israélienne accuse Al-Sharif d'être un agent du Hamas. Les documents présentés comme preuves étant peu nombreux et impossibles à authentifier, les ONG de défense des droits humains, les Nations unies et Al Jazeera dénoncent cette accusation comme un mensonge visant à justifier le meurtre de journalistes afin de passer sous silence les actions génocidaires d'Israël contre les civils palestiniens. Le Comité pour la protection des journalistes appelle la communauté internationale à protéger al-Sharif.

Al-Sharif est tué avec quatre autres journalistes d'Al Jazeera et deux civils lors d'une frappe aérienne israélienne le ciblant délibérément, dans une tente devant l'hôpital Al-Shifa de la ville de Gaza, le .

Biographie Jeunesse et famille Anas al-Sharif naît dans le camp de réfugiés de Jabaliya dans la bande de Gaza le . Sa famille est originaire d'Ashkelon et se compose de réfugiés palestiniens.. Enfant, il veut devenir journaliste..

Al-Sharif est diplômé de l'université al-Aqsa d'une licence en communication, spécialisée en radio et télévision... Il commence sa carrière comme bénévole au sein du réseau médiatique Al-Shamal, avant de rejoindre Al Jazeera Arabic comme correspondant dans le nord de Gaza. À sa mort, il est marié et père de deux enfants, Sham et Salah.

Guerre de Gaza À partir d', Anas al-Sharif devient l'un des visages les plus visibles de la couverture de la guerre à Gaza, refusant d'évacuer le nord malgré les ordres israéliens répétés et les menaces directes contre sa vie... Il continue à couvrir quotidiennement la situation malgré les frappes aériennes, les massacres et les déplacements de population, travaillant souvent dans des conditions dangereuses et de pénurie chronique de produits de première nécessité. Ses reportages fournissent des images et des témoignages depuis une zone de guerre inaccessible pour les journalistes internationaux.. Son compte du réseau social X montre plus de 500 000 abonnéshttps://www.ndtv.com/world-news/anas-al-sharif-israel-hamas-war-al-jazeera-journalist-killed-in-gaza-strike-9060022.

En , Anas al-Sharif reçoit des appels téléphoniques de l'armée israélienne lui demandant de quitter le nord de Gaza.. Le mois suivant, son père est tué dans une frappe aérienne israélienne sur leur maison familiale à Jabaliya, dans le nord de Gaza ; en raison de problèmes de santé, son père n'avait pas pu évacuer leur maison avec le reste de leur famille.. Al-Sharif décrit l'expérience comme à la fois et , mais déclare qu'elle renforce sa détermination à continuer de raconter les histoires des souffrances de Gaza.

En , l'équipe Reuters, dont fait partie al-Sharif, reçoit le prix Pulitzer de la photographie d'actualité. pour ses photographies documentant la guerre de Gaza.. En décembre de la même année, Amnesty International lui décerne à son tour le Prix des défenseurs des droits de l'homme...

Alors qu'il couvre en direct le cessez-le-feu de la guerre de Gaza de , al-Sharif retire son équipement de protection.. Des passants enthousiastes le soulèvent sur leurs épaules en signe de célébration.. La vidéo de l'événement devient virale sur les réseaux sociaux et contribue à le faire connaître..

Hossam Shabat, collègue d'al-Sharif, est tué lors d'une frappe aérienne israélienne ciblée en . Al-Sharif participe au cortège funèbre. Il déclare à qu'il est déterminé à poursuivre ses reportages malgré les menaces israéliennes et la perte de son père.

Menaces israéliennes À partir de , al-Sharif est confronté à des menaces croissantes de la part de l'armée israélienne, notamment des appels téléphoniques, des messages vocaux et des campagnes sur les réseaux sociaux. qui soutiennent qu'il serait un agent du Hamas, considéré comme terroriste par l’Union européenne..

Accusations israéliennes

En , le journaliste palestinien est accusé par l'armée israélienne d'être un combattant de la branche armée du Hamas depuis . Selon elle, al-Sharif a subi des blessures à l'oreille et à l'œil lors d'une explosion à l'occasion d'un exercice en et depuis lors, souffrirait d'une déficience auditive dans l'oreille gauche, une déficience visuelle de l'œil gauche, ainsi que de vertiges et maux de tête. En tant que « chef d'une cellule de l'organisation terroriste Hamas », Al-Sharif aurait été responsable d'attaques à la roquette et « fait avancer des plans pour tirer des missiles sur des civils israéliens et des forces armées de Tsahal ». Il aurait été « chef d'une escouade de lancement de roquettes et membre d'une compagnie de la force Nukhba dans le bataillon East Jabalia du Hamas ». Al Sharif est également cité parmi six journalistes actifs d'Al Jazeera que Tsahal considère être « des agents du Hamas et des groupes terroristes du Jihad islamique palestinien » : Alaa Salameh, Hossam Shabat, Ashraf al-Sarraj, Ismail Abu Omar et Talal al-Arrouqi.

L'armée partage des documents comportant son nom et qu'elle affirme avoir trouvés dans des saisis à Gaza.. Le Monde déclare alors qu'il n'a pu authentifier ces documents.

The Guardian décrit le rapport contre Al Sharif comme un « dossier peu convaincant de preuves non vérifiées » et déclare que l'armée israélienne n'explique comment Al Sharif a pu être en même temps commandant militaire et diffuseur régulier.

Le journal Libération considère également que les preuves sont absentes, indiquant que l'armée israélienne a affirmé en détenir, mais sans jamais les révéler. Libération note qu'Avichay Adraee, porte-parole de l'armée israélienne, a posté sur son compte X après la mort du journaliste une photographie de ce dernier posant avec l'ex-leader du Hamas Yahya Sinwar.. Le porte-parole déclare :

La BBC, pour sa part, estime qu'il existe des accusations de l'armée israélienne et indique que cette dernière a déclaré dans un communiqué disposer de documents l' au Hamas du journaliste, notamment des . Elle rapporte également que l'armée a publié des captures d'écran qui, apparemment, montrent une liste des membres du Hamas du nord de la bande de Gaza, avec mention de leurs blessures, ainsi qu'un extrait de ce qui serait l'annuaire téléphonique d'un bataillon armé du Hamas. Son nom complet y figurerait ainsi qu'un numéro de téléphone et un nom de code, Tabit 5..

Par ailleurs, indique qu'après la mort du journaliste des ont salué son assassinat et ont publié une capture d'écran d'un message qu'al-Sharif aurait posté sur Telegram pour saluer l'attaque du Hamas contre Israël le .. L'authenticité de ce message est cependant douteuse selon , car les messages Telegram ne comportent ni la mention « AT » ni la date en fin de message, et le message n'a pas été retrouvé sur le compte de al-Sharif : il pourrait donc s'agir d'une fausse capture d'écran. ; le message a été diffusé par Eitan Fischberger, ancien soldat israélien reconverti en , qui affirme qu'Anas al-Sharif a effacé son message de son compte Telegram.

Reporters sans frontières (RSF) analyse ces documents et affirme également qu'il n'est pas . Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, déclare : Selon lui, l'armée israélienne tente de se dédouaner d'avoir ciblé des journalistes..

Libération et la BBC rapportent que « Selon des journalistes locaux qui le connaissaient, Anas al-Sharif avait travaillé au début de sa carrière avec un bureau de communication du Hamas, où son rôle était (seulement) de promouvoir les événements organisés par le mouvement ».

Le porte-parole de l'armée israélienne, Avichay Adraee, accuse al-Sharif et d'autres journalistes de terrorisme, tandis que des organisations de défense des droits de l'homme et Al Jazeera décrivent ces allégations comme des attaques sans fondement, visant à justifier le meurtre de journalistes et à faire disparaître les reportages défavorables à Israël...

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) déclare qu'Israël a une pratique documentée de longue date consistant à accuser les journalistes d'être des terroristes sans fournir de preuves crédibles. En , le CPJ déplore les attaques médiatiques contre al-Sharif, s'inquiète qu'elles puissent précéder son assassinat et exhorte la communauté internationale à agir pour les protéger, lui et les autres journalistes à Gaza. L'organisation souligne le risque auquel sont confrontés les reporters locaux en tant que sur le conflit.. Le même mois, al-Sharif déclare au CPJ qu'il vit avec le ..

Dans la mesure où Israël considère que la chaîne Al Jazeera basée au Qatar n'est pas fiable et l'accuse notamment d'« être la "parole" du Hamas et du Hezbollah pro-iranien », les autorités israéliennes bloquent « à plusieurs reprises le travail des journalistes de la chaîne et (ferment) son bureau en Cisjordanie » ; elles révoquent également les cartes de presse des journalistes d'Al Jazeera travaillant en Israël. Le gouvernement israélien ayant adopté en une loi d'urgence pour retirer le réseau Al Jazeera de l'antenne et bloquer ses émissions pour violation de sa politique de sécurité nationale, les tribunaux du pays confirment par la suite la législation, citant des « informations confidentielles ». « En juin, un tribunal a conclu qu'il existe un lien direct et causal entre les personnes qui ont mené des attaques terroristes à l'intérieur d'Israël et la consommation de contenu Al Jazeera. Il a également déterminé qu'il y avait un « lien étroit » entre Al Jazeera et le Hamas, que certains journalistes d'Al Jazeera à Gaza s'étaient transformés en « assistants et partenaires » avec le Hamas, et que certains d'entre eux avaient même mené des attaques terroristes ». Les accusations contre Al Jazeera sont vivement rejetées par le diffuseur qatari qui accuse à son tour Israël de cibler systématiquement ses employés dans la bande de Gaza.

En , le porte-parole militaire israélien pour la communication en langue arabe publie plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux, où il désigne le journaliste de la télévision qatarie Al Jazeera, notamment « d'être membre du Hamas », selon CNN et de « porte-parole du terrorisme intellectuel ». Anas al-Sharif récuse ces accusations en affirmant être « un journaliste sans appartenance politique » dont la tâche « est de raconter la vérité depuis le lieu de l'action ».

Le même mois, la rapporteuse spéciale des Nations unies, Irene Khan, condamne les menaces répétées et les campagnes de diffamation de l'armée israélienne contre al-Sharif, les qualifiant de dangereuses tentatives visant à réduire au silence ses reportages sur la guerre à Gaza. Elle souligne comment al-Sharif, décrit comme , est accusé sans preuve d'être un , mettant ainsi sa vie gravement en danger. Khan souligne que, si Israël interdit l'entrée à Gaza aux journalistes internationaux, il cible et affaiblit simultanément les journalistes locaux, qui sont les « yeux » du monde sur les atrocités, reprenant ainsi l'expression du CPJ...

Après la mort du journaliste en , la BBC indique que, selon certaines de ses informations, Anas al-Sharif travaillait, avant le conflit débuté en , au sein d'une équipe de presse du Hamas. Mais elle note qu'al-Sharif a posté des messages critiques du Hamas sur les réseaux sociaux, peu avant sa mort. Elle rapporte également les propos de Jodie Ginsberg, directrice générale du Comité pour la protection des journalistes, qui a déclaré que rien ne pouvait justifier le meurtre d'al-Sharif : en temps de guerre, les seules cibles légitimes sont les combattants actifs ; or, avoir été consultant média pour le Hamas ne . Ginsberg ajoute :