Le Mondain est un poème satirique et philosophique de 129 décasyllabes écrit, en 1736, par Voltaire, qui fait l’éloge du luxe, du confort moderne et du progrès matériel.
Description Dans le le Mondain, Voltaire célèbre la société de consommation de son époque. Il défend le luxe, les arts et l’opulence. Il soutient que le luxe dynamise l’activité économique et contribue à la richesse de l’État. Il s'élève contre la chimère de l'Âge d'or, cette illusion rétrospective qui idéalise les temps révolus. Par une ironie mordante, il tourne en dérision la figure d'Adam et d'Ève, dépeignant nos ancêtres non comme des êtres innocents, mais comme des créatures sordides, ignorantes et accablées d'ennui. Loin d'être une vertu, la pauvreté primitive n'était qu'une indigence matérielle. En définitive, ce poème exalte une philosophie du bonheur terrestre, prônant une félicité concrète et immédiate, rendue possible par l'essor des sciences et des arts..
Contexte Voltaire et Émilie du Châtelet ont lu l’Essai sur l’homme de Pope défendant la nature humaine déchue, tandis qu’Émilie s’occupe de traduire La Fable des abeilles de Mandeville, qui exalte la quête de luxe et de l’amour-propre. Voltaire a également été sensible aux arguments de Jean-François Melon développés dans l’Essai politique sur le commerce, défendant le luxe et le commerce moderne contre les partisans d’une vertu austère..
Rédaction Voltaire a composé la majeure partie de son poème in itinere, dans sa chaise de poste le ramenant de Paris à Cirey, auprès d’Émilie du Châtelet. La cadence du trajet confère un rythme effréné et un ton de légèreté conversationnelle au poème. Le , Voltaire envoie son poème à Cideville, avec la charge de le transmettre à , avec cette note : Un mois plus tard, il en fait hommage à Berger, secrétaire du prince de Carignan, que Voltaire tenait en grande estime, le qualifiant de , à l’abbé d’Olivet et au comte de Tressan..
Contenu Dans des vers rimés au ton mordant, Voltaire ridiculise les partisans d'un retour à l'âge d'or — qu’il soit biblique ou antique — et à sa prétendue noble austérité. Le cadre conceptuel du poème investit le jardin d’Éden pour en subvertir la doctrine traditionnelle du péché originel. L’Éden n’y figure pas comme l’écrin idyllique d’une exclusion originelle, mais comme l’allégorie d’une nature sauvage et barbare. Cette rusticité primitive s’incarne dans la description des ongles d’Adam, longs et fangeux, stigmates d’une époque antérieure à l’invention du moindre artefact technique..
Le Mondain glorifie « l’âge de fer » contemporain, porté par le commerce mondial et l'élévation du niveau de vie, allant du confort matériel aux arts de la peinture, de la musique, et même de la gastronomie. Bien que le poème ait immédiatement fait scandale en dépeignant Adam et Ève comme des êtres frustes, aux ongles sales et cheveux ébouriffés, croupissant dans la misère d’Éden, sa cible principale reste le Télémaque de Fénelon, explicitement cité à la fin du texte. Voltaire réhabilite avec constance ce que Fénelon condamnait avec véhémence : l’abondance, le luxe, le superflu et la mollesse, y voyant les véritables moteurs de l’industrie et de la prospérité européenne. En assimilant le nécessaire au superflu, Voltaire déconstruit l'opposition traditionnelle entre nature et artifice, ou entre subsistance et luxe, qui fondait alors toutes les critiques de la modernité. Dès lors, son vers le plus célèbre, « Le superflu, chose très nécessaire », dépasse le simple slogan percutant.
Réception Le , à la mort de l’évêque Bussy-Rabutin, membre de l’Académie française, sans avoir écrit un seul ouvrage, que Voltaire avait côtoyé dans la société des viveurs du Temple, on trouve le Mondain dans ses papiers du défunt. Le président Dupuy fait faire environ trois cents copies de ce texte, qui n’était pas destiné à la publication, qu’il distribue à travers Paris, qui se les arrache. Le tollé est tel que Voltaire doit publier, en 1737, une Défense du Mondain, qui vise à relativiser les outrances hédonistes du premier texte, en théorisant l’apologie du luxe comme moteur économique et en approfondissant l'argumentation sur les bienfaits du progrès et du doux commerce.. En faisant circuler l’argent, les dépenses des riches et le commerce du superflu font travailler et vivre les classes les moins aisées..
Par précaution, Voltaire envoie le poème à Frédéric, dans l'éventualité d'une fuite à Berlin. En même temps, il écrit à Jeanne-Françoise Quinault que le Mondain aurait été fait , mais le marquis de Grosbois, le garde des sceaux, avec qui il n’est pas en bons termes, est sur l’affaire. L’intervention de Tressan, du bailli de Froulay et de M. de Bisoy s’avérant décevantes, Voltaire quitte Cirey avec Émilie du Châtelet, dans la nuit du 23 au 24 décembre, vers deux heures du matin. À quatre heures, arrivé à Vassy, il se sépare d’Émilie, et gagne la Hollande par Givet. Il prend le nom de « Révol », négociant, et fait adresser sa correspondance à des tiers. À Leyde, il consulte Boerhaave, va à Amsterdam où il loge chez le libraire Ledet, et travaille à l’édition de ses Œuvres. Dans les derniers jours de février 1737, le courroux institutionnel une fois retombé, Voltaire peut enfin rentrer à Cirey..
Édition moderne .
Références
Bibliographie Nicholas Cronk, « The Epicurean spirit : champagne and the defence of poetry in Voltaire's Le Mondain », Studies in Voltaire and the Eighteenth Century, nº 371, 1999, p. 53-80. . . . .
Liens externes
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