Le cyclisme et le féminisme sont deux thématiques fortement imbriquées. Le cycloféminisme est une manière de pratiquer et de penser la bicyclette par et pour des femmes. La bicyclette a contribué à l’émancipation des femmes dans leur vie quotidienne. Entre autres, pour bien saisir les cycloféminismes, s’impose un historique de la relation de la bicyclette avec le vécu des femmes, de l’évolution du cyclisme féminin, des premières courses cyclistes féminines à la professionnalisation de ce sport.

Depuis les années 2000, des groupes cyclistes composés majoritairement de femmes rejoignent les revendications féministes visant l’émancipation des femmes et le mouvement écologique.

La bicyclette contribue à l’émancipation des femmes en leur donnant des occasions de sortir de la sphère domestique et des rôles d'épouse, mère, fille, aidante et soignante non ou peu reconnue et rétribuée, pour accéder à une plus grande socialisation au-delà des amitiés stéréotypées.

Apparition des premières bicyclettes Avant 1820, des draisiennes sont inventées. Ces engins sont très en vogue à cette époque. Ils ne possèdent pas de pédales, ni de manivelles. Pour se propulser, on doit alors déplacer ses pieds au sol vers l'avant, toujours en position assise sur l'engin. Une version féminine existe avec un cadre enjambeur. L'engin permet de se déplacer à environ la vitesse de marcheSite franceculture.fr, article "À l'origine du vélo, consulté le 25 juin 2021..

Puis les années 1860 voient apparaitre la bicyclette à grande roue nommée le vélocipède.. Ce véhicule est difficile à maîtriser. À partir du milieu des années 1880, une bicycle à deux-roues égale se popularise : l'engin prend le nom de bicyclette de sécurité et est muni de pédales qui, avec une chaine, entraine la roue arrière. Cette dernière, véritable ancêtre des vélos modernes, devient très populaire chez les classes sociales dominantes et chez les classes ouvrières des pays occidentaux en cette fin de siècle..

L'influence la plus forte du vélo sur les rôles sociétaux genrés s'est affirmée dans les années 1890, lors de la vague d'engouement pour le vélo qui a balayé les États-Unis et l'Europe. À cette époque, la principale réussite du vélo pour le mouvement des femmes est de leur donner une plus grande mobilité physique, permettant par là une libération sur le plan social. La féministe Annie Londonderry a été la première femme à accomplir un tour du monde à vélo. En raison du prix et des différents plans de paiement proposés par les fabricants de vélos aux États-Unis, le vélo y était abordable pour la majorité des personnes. Cependant, le vélo a plutôt bénéficié à des femmes blanches des classes supérieures et moyennes. Cela a transformé leur rôle dans la société, pouvant les faire passer de la sphère privée ou domestique en tant que soignantes non rétribuées, épouses et mères à une plus grande apparition publique et un plus grand engagement dans la communauté. Leur libération a parfois été en même temps liée à une érotisation souvent pesante.

Au Canada, des femmes s'émancipent relativement par la pratique du cyclisme à la fin du siècle. Les jeunes femmes peuvent faire de la bicyclette en contexte mixte sans être accompagnées d'un chaperon. Dans les années 1860, la passion pour les bicyclettes de nouvelle génération est vive, mais s'éteint vite au profit d'engins plus spectaculaires et étonnants comme les grands bis, qui sont presque l'apanage des jeunes générations masculines et aisées. Dans les décennies suivantes émergent les premiers clubs canadiens de cyclisme, mais les femmes n'y sont admises qu'à titre de membres honoraires. La bicyclette moderne et la production de masse permirent aux hommes et aux femmes de toutes classes sociales de s'y adonner. On a souvent considéré la bicyclette comme un vecteur d’émancipation féminine, libérant les femmes des contraintes vestimentaires et sociales — bien que son poids effectif dans les transformations des rôles genrés soit à nuancer. L'histoire populaire veut que la bicyclette soit la liberté, qu'elle libère celle qui la pratique d'une condition physique où l'inactivité est médicalement et familialement valorisée, ainsi que des normes strictes dans le domaine de l'habillement. Les bas fermés tels que la culotte bouffante, parfois considérés comme contraire aux lois contre le travestissement, étant mieux acceptés, par tolérance ou dérogation, lorsque la femme jugée travestie justifie d'un confort sportif. Néanmoins, la bicyclette n'est qu'un facteur parmi d'autres dans les métamorphoses profondes des rôles genrés dans les sphères publique et privée, notamment en lien avec les mobilités professionnelles et de loisirs, mais l'importance de son expansion en lien avec celle des mouvements pour la liberté et l'égalité des femmes et des hommes, et en rapport avec les revendications sociales, possède un important aspect historique et actuel. Féministe, sportive et autrice engagée dans le cycloféminisme inclusif en prenant en compte les spécificités biologiques, Louise Roussel fait parler d'elle.

Enjeux sociaux reliant la bicyclette avec l’émancipation des femmes Globalement, le cyclisme influence l'habillement féminin ou masculin, l'identité de genre et a ainsi bouleversé les normes de genre pour les classes bourgeoises entre les et siècles en France par exemple, tout en offrant aux femmes la liberté de se déplacer. Au siècle, le cyclisme reste un sujet souvent controversé abordé par des féministes dans des pays comme l'Arabie saoudite et l'Iran. Son rôle social et sociologique en lien avec le sexe, le genre ainsi que la sexualité reste important et parfois controversé à travers le monde, y compris en Occident. Il gagne en richesse par les interactions subtiles du sujet avec les discriminations fondées sur l'appartenance ethno-religieuse, la classe socio-économique, culturelle, l'âge, l'état de santé, le handicap et d'autres facteurs de revendications intersectionnelles, ce qu'éclaire la notion contemporaine de cycloféminisme, en mutation permanente des États-Unis à l'Égypte.

Le cyclisme est plus ou moins bien perçu dans les combats féministes et intersectionnels, mais il peut aussi y être identifié à un facteur intrinsèque d'inégalités. Il peut notamment ne pas être un outil émancipateur pour les plus modestes et les personnes qui ne peuvent y avoir accès même avec les changements sociaux en raison d'un handicap physique ou autre. Selon les cas et les contextes historiques et personnels, le vélo révèle, renforce, perturbe les ordres, les rôles, les polarités, les binarités et les hiérarchies établis et imbriqués dans la famille, la société et l'identité des individus et des groupes à travers les notions genrées et les autres constantes et variables des systèmes de valeurs. L'émancipation des femmes peut passer par le vélo, y compris par ses adaptations féministes et sa progression vers l'inclusivité. La subsistance d'inégalités fait souffrir les femmes tant du point de vue de l'accès aux pratiques que de celui des représentations.

Cyclisme féminin et affirmation des femmes sportives Premières courses féminines alt=Femme à vélo (photo en noir et blanc)|vignette|Hélène Dutrieu en 1898. On ne sait pas quand et où ont lieu les premières courses cyclistes féminines. Les décennies 1880 et 1890 sont prospères pour les compétitions masculines en particulier en Amérique du Nord. À la fin du siècle, les compétitions féminines deviennent un spectacle plutôt qu’un sport. On fait courir des femmes en vélo contre des chevauxFlorence Bordeleau-Gagné, « Fabuleuses sur roues:M. Ann Hall », publié dans Le Devoir du 12 juillet 2025,https://www.ledevoir.com/lire/899434/fabuleuses-roues-ann-hall?. Peu de femmes prennent part à ce type de compétitionsKenneth V. Smith, « cyclisme de compétition au Canada », https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/cyclisme, publié dans l’Encyclopédie canadienne du 23 juillet 2012.. À cette époque, la Canadienne Louise ArmaindoJean-Christophe Laurence, "Une Québécoise pionnière du cyclisme féminin", publié dans la Presse du 23 juillet 2023,https://www.lapresse.ca/sports/cyclisme/2023-07-23/une-quebecoise-pionniere-du-cyclisme-feminin.phpFlorence Bordeleau-Gagné, « Fabuleuses sur roues, M.Ann Hill », https://www.ledevoir.com/lire/899434/fabuleuses-roues-ann-hall? , publié dans Le Devoir du 12 juillet 2025 pratique le vélocipède dans des compétitions aux États-Unisjean-François Nadeau, « La bicyclette comme moteur de combats féministes », publié dans Le Devoir du 20 décembre 2023,https://www.ledevoir.com/societe/795147/histoire-l-arrive-du-velo-un-temps-nouveau-pour-les-femmes?.

Aux Jeux olympiques de Londres en 1908, les compétitions cyclistes sont réservées aux hommes. Il existe portant plusieurs femmes pratiquant le cyclisme de compétition. Les plus notables sont par exemple Tillie Anderson, une coureuse cycliste suédoise qui fait carrière aux États-Unis, Hélène DutrieuAucun auteur, « Les femmes cyclistes: Histoire, références et situation actuelle », publié dans la revue ELTIN , non-daté, https://eltincycling.com/fr/blog/tendances-et-actualites/les-femmes-cyclistes-histoire-references-et-situation-actuelle, Nora Young, une athlète accomplie sur plusieurs sports (athlétisme, baseball, basketball, hockey sur glace) et pionnière dans le cyclisme fémininKenneth V. Smith, « Cyclisme de compétition au Canada », publié dans l’Encyclopédie canadienne du 23 juillet 2012,https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/cyclisme. Quelques années plus tard, lors du tour d’Italie, Alfonsina Strada se déguise en homme et prend un nom d’emprunt masculin afin de pouvoir participer à la course. Elle est dans le peloton pendant plusieurs étapesjean-François Nadeau, « la bicyclette comme combats féministes jean-Christophe », publié dans Le Devoir du 20 décembre 2023, https://www.ledevoir.com/societe/795147/histoire-l-arrive-du-velo-un-temps-nouveau-pour-les-femmes?.

Évolution du cyclisme féminin au et siècles En France vignette|Jeannie Longo en 2009.

Les femmes ne sont pas autorisées à participer au Tour de France dans un contexte de mixité. Plusieurs candidatures de coureuses sont refusées à la compétition masculine. En 1955, un Tour de France féminin est organisé. Il se compose de 5 étapes seulement. 41 coureuses y participent. Il ne sera pas reconduitLaurent, "L'histoire tourmentée du Tour de France féminin", publié dans Femmes cyclistes" du 17 novembre 2021,https://femme-et-cycliste.com/histoire-tourmentee-du-tour-de-france-femmes.

En 1984, est lancé une nouvelle version du Tour féminin en préambule de quelques étapes du Tour. Ainsi, de 1984 à 1989 rivalisent en duel Jeannie Longo et Maria Canins. Il est contraint de s'arrêter face aux contraintes financières et logistiquesAucun auteur, "L'nistoire tourmentée du Tour de France Femmes", publié dans Femme et cycliste 17 novembre 2021, https://femme-et-cycliste.com/histoire-tourmentee-du-tour-de-france-femmes.

Diverses épreuves comme le Tour de la CEE ou la Route de France féminine se succèdent alors.

Après trois décennies d’absence, la déclinaison féminine du Tour de France renaît en . La télévision, dont France Télévisions lui offre une visibilité importante en retransmettant en direct les étapesLouise Petit, "Un avenir encourageant pour le cyclisme féminin", publié par L'Apostrophe à l'automne 2022,https://www.apostrophemag.ca/articles/un-avenir-encourageant-pour-le-cyclisme-feminin.

À l’été 2026, la cinquième édition confirme le succès tant sportif et médiatique du Tour de France Femmes, mais le cyclisme féminin souffre d'une exposition moindre sur les autres épreuves, ce qui favorise une forte disparité de revenus entre équipes et coureuses.

Au Canada Les clubs cyclistes sont d'abord réservés aux hommes mais au printemps 1932, à la suite de pressions de femmes cyclistes, le club montréalais Quilicot ouvre une section pour les femmes.