La pièce de américains , également appelée est une pièce d’or de frappée par la Monnaie des États-Unis de façon continue entre 1907 et 1916, puis de manière irrégulière jusqu’en 1933. L’avers et le revers sont conçus par le sculpteur Augustus Saint-Gaudens, initialement engagé pour créer des modèles destinés à d’autres pièces. Atteint d’un cancer, il ne vit pas assez longtemps pour voir la mise en circulation de ces pièces.

À partir de 1904, le président Theodore Roosevelt propose de doter les pièces américaines de dessins plus artistiques, ce qui incite la Monnaie à engager Saint-Gaudens pour les concevoir. Roosevelt et Saint-Gaudens envisagent d’abord un dessin uniforme pour les quatre pièces frappées en or, mais en 1907, Roosevelt décide d’utiliser, pour l’avers de l’, un modèle que le sculpteur a initialement prévu pour le . Pour le revers de la pièce de , le président choisit un motif représentant un pygargue à tête blanche debout, élaboré pour le de , tandis que l’avers montre un buste de la Liberté tourné vers la gauche et portant une coiffe de plumes amérindienne.

La pièce, telle que sculptée par Saint-Gaudens, présente un relief trop élevé pour être facilement frappée par la Monnaie, et il faut des mois pour adapter le dessin afin que la pièce puisse être produite en un seul coup de presse. Saint-Gaudens meurt le , et Roosevelt insiste pour que le nouvel soit achevé et frappé ce même mois. Le , de nouveaux exemplaires sont remis au président ; ils diffèrent de ceux frappés plus tard pour la circulation.

L’omission de la devise « » sur les nouvelles pièces provoque un tollé dans l’opinion publique et incite le Congrès à voter une loi imposant son ajout. Le graveur en chef de la Monnaie, Charles E. Barber, ajoute les mots et apporte de légères modifications au dessin. L’ est frappé régulièrement jusqu’en 1916, puis de manière intermittente jusqu’à ce que le président Franklin Roosevelt ordonne l’arrêt de la production des pièces d’or en 1933. Cette décision met fin à la série des destinés à la circulation, entamée en 1795. Beaucoup de pièces sont fondues par le gouvernement à la fin des années 1930 ; l’émission de 1933 est particulièrement rare, car très peu d’exemplaires sont distribués.

Contexte

En 1904, le président Theodore Roosevelt écrit au secrétaire au Trésor, Leslie Mortier Shaw, pour se plaindre que la monnaie américaine manque de valeur artistique. Il suggère que le Trésor engage un artiste privé pour préparer de nouveaux dessins de pièces, par exemple le sculpteur Augustus Saint-Gaudens.

À la demande de Roosevelt, la Monnaie engage Saint-Gaudens pour refaire le design du et des quatre pièces d’or : le (), l’ (), le () et le (). Le motif « » est frappé pour la première fois sur l’ en 1838 ; la dernière pièce ajoutée à la série des en or fut le , émis pour la circulation en 1850. Les dessins de ces pièces n’ont pas changé depuis plus de , et ils peuvent donc être modifiés sans loi du Congrès.

En 1905, le graveur de la Monnaie Charles E. Barber réalise l’avers de la médaille d’investiture de Roosevelt, tandis que son assistant George T. Morgan grave le revers. Roosevelt n’apprécie pas le résultat et demande à Saint-Gaudens de créer une médaille non officielle pour commémorer l’investiture. Saint-Gaudens prévoit des résistances de la part de Barber concernant la nouvelle monnaie ; il écrit à son frère Louis : .

vignette|gauche|redresse|Le revers de la médaille d’investiture de 1905 réalisée par Saint-Gaudens présente un aigle debout, similaire à celui figurant sur la pièce de .|alt=Pièce de monnaie représentant un aigle, debout, tourné vers la droite.

Roosevelt est impressionné par certains modèles que Saint-Gaudens a préparés pour le , représentant une tête de la Liberté. Au début de 1907, il écrit à Saint-Gaudens pour lui proposer d’ajouter une coiffe de guerre amérindienne à l’avers du :

L’historien numismatique Walter Breen décrit cela comme , et l’historien de l’art Cornelius Vermeule affirme que l’aigle avec son dessin.

Néanmoins, en , Saint-Gaudens ajoute la coiffe à la tête de la Liberté. Il n’est pas encore décidé quant au dessin à utiliser pour les pièces d’or, qui doivent encore avoir une apparence uniforme, et il propose d’utiliser la Liberté coiffée pour le . Roosevelt décide provisoirement d’adopter des dessins différents pour les pièces de : l’ porterait la Liberté coiffée, tandis que le montrerait une Liberté marchant vers l’avant, avec un pygargue en vol au revers. Le président est prêt à rencontrer personnellement Saint-Gaudens si celui-ci s’y oppose, mais le sculpteur, gravement malade d’un cancer, ne peut assister à une telle entrevue.

vignette|redresse|Le modèle de Saint-Gaudens pour la pièce de représente la Liberté. Roosevelt insiste pour y ajouter une coiffe de plumes amérindienne masculine.|alt=Moule de pièce de monnaie représentant le profil gauche d'une femme, coiffé en chignon et portant une couronne de lauriers. Le tout surmonté de treize étoiles.

Le directeur de la Monnaie, George E. Roberts, écrit à Saint-Gaudens le :

Saint-Gaudens et ses assistants travaillent rapidement à cette révision, et il envoie les modèles de la nouvelle pièce le , accompagnés d’une lettre précisant que le relief de ces nouveaux modèles devrait permettre leur frappe par la Monnaie. La production des est alors retardée, car Saint-Gaudens a déjà envoyé deux fois à la Monnaie des modèles avec un relief trop élevé, impossibles à frapper en un seul coup, comme l’exige la monnaie destinée à la circulation.

Sa lettre est transmise à la Monnaie de Philadelphie, où le surintendant John Landis la fait lire et parapher par le graveur en chef, Charles E. Barber. Le , Barber répond à Landis :

vignette|redresse|Un modèle en métal du réalisé par Saint-Gaudens ; le dessin est adapté pour l’.|alt=Pièce de monnaie représentant un aigle, debout, tourné vers la droite.

Roberts écrit à Saint-Gaudens le pour lui signaler qu’il pourrait y avoir des problèmes liés à la date et au relief ; il ne reçoit pas de réponse et écrit de nouveau le . Cette fois, le sculpteur répond, indiquant qu’il attend le retour de son assistant Henry Hering, qui a géré une grande partie des échanges avec la Monnaie. Il admet que l’utilisation de chiffres romains pour l’ n’est pas judicieuse et envoie de nouveaux modèles à la Monnaie le . Barber utilise ces modèles pour préparer un coin, ainsi qu’un moulage en bronze réalisé en privé, et la Monnaie frappe des pièces expérimentales le . Ces pièces dites nécessitent plusieurs frappes de presse pour que le motif apparaisse complètement. Vers la mi-juillet, Saint-Gaudens écrit à la Monnaie : , et on lui envoie l’une des nouvelles pièces, accompagnée d’un aigle pour comparaison.

Le , Roberts envoie une paire similaire de pièces au secrétaire au Trésor George Cortelyou, en notant que Saint-Gaudens a employé une finition lisse pour le dessin, plutôt que le travail net du coin caractéristique des pièces d’or , et il suggère que cela pourrait favoriser la contrefaçon. Roberts transmet ces préoccupations à Saint-Gaudens, qui demande à recevoir des moulages des coins utilisés pour frapper les nouvelles pièces ; ces derniers sont envoyés à sa maison de Cornish, dans le New Hampshire, le . Saint-Gaudens y meurt d’un cancer le , et Roosevelt écrit à sa veuve Augusta : .

Préparation

vignette|gauche|redresse|Le directeur de la Monnaie, George E. Roberts (représenté sur sa médaille de la Monnaie, conçue par Charles E. Barber), quitte ses fonctions le .|alt=Médaille avec le buste, de profil droit, d'un homme en costume.

George E. Roberts quitte ses fonctions le pour devenir président de la de Chicago. Son successeur, Frank A. Leach, alors surintendant de la Monnaie de San Francisco, ne prend ses fonctions que le ; entre-temps, l’ancien directeur de la Monnaie, Robert Preston, assure la direction par intérim.

Le Roosevelt ordonne au secrétaire Cortelyou de finaliser les dessins des pièces de et de lancer leur production pour le . Landis étant en congé, Cortelyou transmet la lettre du président au surintendant par intérim de la Monnaie de Philadelphie, le Albert A. Norris, en l’instruisant de .

Preston écrit à Roberts pour lui demander des informations sur la nouvelle monnaie, et l’ancien directeur répond le en résumant la correspondance avec Saint-Gaudens, tout en notant que .

En réponse aux instructions du président, Barber écrit à Norris pour l’informer que le dessin de l’ attend une approbation depuis juillet, sans mentionner le souhait de la Monnaie d’obtenir un travail de gravure plus net. Dans sa lettre suivante au directeur par intérim Preston, Norris précise que la Monnaie rencontre des difficultés avec le cordon, l’anneau destiné à frapper la tranche de la pièce et à y imprimer , représentant le nombre d’États que compterait l’Union après l’admission déjà prévue de l’Oklahoma plus tard en 1907. Les responsables de la Monnaie ont sollicité, sans succès, l’avis de leurs homologues parisiens, mais l’atelier mécanique de la Monnaie parvient à perfectionner le cordon. Norris défend Barber dans sa lettre à Preston.

vignette|redresse| (bord tranchant) de 1907.|alt=Pièce de monnaie représentant une tête, de profil, portant une coiffe amérindienne à plumes.

À la fin du mois d’août, August Saint-Gaudens envoie de nouveaux modèles pour l’ au directeur par intérim Preston. Lorsque Barber les examine, il nota : et précise qu’avec ces modèles, la Monnaie pourrait mettre l’ en pleine production en un mois. Homer Saint-Gaudens, le fils du sculpteur, écrit à Preston : .

Entre-temps, Cortelyou ordonne de frapper à l’aide de la presse à médailles à haute pression de la Monnaie, à partir des coins issus des premiers travaux de Saint-Gaudens, respectant ainsi à la lettre l’ordre présidentiel du . Preston envoie un mot à Norris pour le prévenir que le président ordonnerait probablement et lui suggère de les avoir prêtes . Selon l’historien numismate Roger Burdette, . Le président examine des exemplaires d’ le , exprime sa satisfaction et son souhait d’en voir frapper davantage.

Comme le dessin de Saint-Gaudens ne comporte pas de listel, un excédent de métal forme une arête en relief sur le pourtour. Cette bavure se casse facilement, ce qui risque de rendre les rapidement en sous-poids et donc moins utiles comme monnaie d’échange. Barber grave un listel sur le coin, ce qui élimine le problème.

Environ cinq cents pièces ont été frappées à partir des coins originaux de Saint-Gaudens ; elles sont produites sur la presse à médailles et distribuées pour la plupart à des fonctionnaires du gouvernement. On les appelle des pièces à , en référence à l’angle vif où le champ de la pièce rejoint la tranche, sans l’intermédiaire d’un listel. Elles restent disponibles à l’achat à leur valeur faciale auprès de la Monnaie au moins jusqu’en 1912. L’une d’elles se vend lors d’une vente aux enchères en .

Un total de sont frappés à l’aide des coins modifiés par Barber à partir du dessin de Saint-Gaudens, pour la plupart sur les presses monétaires ordinaires. Ces pièces sont connues sous le nom de spécimens à . Le , alors que la production complète avec les coins à faible relief issus des modèles de Saint-Gaudens bat son plein, Frank Leach, le nouveau directeur de la Monnaie, décide de faire fondre à bord arrondi, n’en conservant que cinquante. Selon ses mémoires, ces exemplaires . Les spécimens survivants à bord arrondi peuvent être facilement distingués des frappes ultérieures de 1907, car ils portent des points avant, entre et après les mots « » au revers. L’un d’eux, conservé dans la famille Leach pendant un siècle, se vend en .

Le directeur Leach décrit ainsi ces pièces dans un rapport adressé à Cortelyou résumant le projet de refonte :. Dessin

vignette|redresse|Modèle non utilisé de Saint-Gaudens pour la statue de la Victoire.|alt=Sculpture d'une tête de femme, coiffée en chignon et portant une couronne, le tout posée sur un petit piédestal.