George-Alexis Montandon est un médecin, anthropologue et explorateur hélvético-français., né à Cortaillod en Suisse le et mort en , soit abattu par la Résistance le 3 à Clamart avec son épouse, soit des suites de ses blessures le 30 à Fulda en Allemagne, selon les sources.

Médecin de formation puis ethnologue, il milite en parallèle dans les rangs du Parti communiste suisse (PCS) et collabore à la revue Clarté. Venu en France pour fuir la justice, il se consacre à partir des années 1930 à son travail au Musée de l'Homme. Rapproché de l'antisémitisme vers 1936, il devient sous l'Occupation un influent théoricien du racisme scientifique et adhère au Parti populaire français (PPF). Toutefois, même sous Vichy, lui et le courant auquel il appartient avec René Martial demeurent marginaux dans le monde intellectuel français..

Biographie

Famille George Montandon est le fils de James Montandon, industriel, et de Cornélie Philippine Catherine Rehfuss. Son père, James Montandon, de La Brévine, né en 1846, fut conseiller municipal à Colombier en 1888, puis député au Grand Conseil du Canton de Neuchâtel en 1889, charges qu'il exerçait encore en 1895. Il fut aussi membre du Conseil d'administration et du Conseil d'escompte de la Banque cantonale neuchâteloise en 1905.

Formation George Montandon, le plus jeune de quatre enfants, fait des études de médecine à l'université de Genève, puis à l'université de Zurich où, de 1906 à 1908, il pratique la chirurgie à la clinique universitaire. Après son service militaire, il se prend de passion pour l'anthropologie. Il se rend à Hambourg, puis à Londres et décide de devenir explorateur. À trente ans, en , il s'embarque à Marseille pour l'Éthiopie qu'il va visiter en 1910.

De retour d'Éthiopie, il s'installe comme médecin à Renens (Vaud). En 1914, il s'engage comme volontaire dans un hôpital français de Bourg-en-Bresse, où il remet en pratique sa formation de chirurgien, puis rentre en Suisse en 1916. En 1919 il étudie au Musée d'ethnographie de Genève la généalogie des instruments de musique et les « cycles de civilisation ».

Militantisme communiste en Suisse Attiré par la révolution bolchévique de 1917, Montandon se rend en Union soviétique en 1919, chargé par la Croix-Rouge d'organiser le rapatriement par Vladivostok de prisonniers de guerre autrichiens retenus en Sibérie.. Il en profite pour étudier les derniers Aïnous de l'île Sakhaline et les Bouriates du lac BaïkalDeux études, en 1926 et 1927 : "Chez les Bouriates de la Transbaïkalie" et "Crâniologue paléosibérienne", où il évoque Tchouktchis, Eskimos, Aléoutes, Aïnous et Ghiliaks. Aucun racisme dans ces articles. S'inspirant de l'école scientifique italienne, Montandon adapte le système de l'ologénèse à l'anthropologie, en séparant le concept de race à l'idée d'ethnie : l'idée d'une race commune à tous les hommes au départ se différenciant peu à peu en ethnies et s'acheminant vers leur individualité.. À Vladivostok, il épouse une Russe communiste de 22 ans, Maria Konstantinovna Zviaguina, dont il aura trois enfants : Irène-Marie, née le à Lausanne ; Odile-Violette-Lucie, née le à Lausanne et George-James-Raoul, né le à Paris.

En 1921, le Conseil d'État de Neuchâtel refuse, officiellement pour des raisons économiques mais probablement plutôt pour des raisons politiques., de ratifier sa nomination comme professeur d'ethnologie à l'Université de Neuchâtel. En effet, Montandon, revenu en Suisse, était favorable à la révolution bolchévique et était devenu membre du Parti communiste suisse (PCS). Dans Deux ans chez Koltchak et chez les bolcheviks, publié en 1923., il comprend la création d'une police politique, la Tchéka, mais il est aussi l'un des premiers à en décrire les abus. Des rumeurs l'accusent de recevoir de l'argent des services secrets soviétiques. Il dénonce l'esclavage en Abyssinie et le génocide des Indiens aux États-Unis.

Installation en France et éloignement de la politique Poursuivi par la justice suisse, il cède son cabinet et s’installe en 1925 à Paris., où il travaille au Muséum national d'histoire naturelle, et écrit dans la revue communiste Clarté, dirigée par Henri Barbusse. Déjà collaborateur avant son installation, il publie en 1924, à propos d'un compte rendu du Lénine d’Henri Guilbeaux, un texte dans lequel il montre son admiration pour le dirigeant bolchévique, pour le « communisme agraire de l’Empire des Incas » et s’intéresse à l’« État communiste des Jésuites » du au Paraguay (Clarté, 15 janvier 1924, 15 avril 1924, mai 1924, -15 septembre 1924). En 1928, Montandon est toujours en contact avec le comité de rédaction de La Lutte des classes qui succède à Clarté, mais, au début des années 1930, se consacrant désormais à son travail anthropologique, il semble avoir quitté le militantisme politique : « En février 1926, le directeur de la Sûreté générale le fait surveiller comme militant communiste. Il est signalé comme un membre influent du Parti communiste de Lausanne et la surveillance dont il est l’objet fait état de ses contacts avec un journaliste et un député communistes. En 1934, un rapport des Renseignements Généraux note qu’il semble se consacrer entièrement à ses travaux scientifiques et que sa présence n’a plus été constatée depuis longtemps dans les milieux communistes de la capitale. »En 1929, Montandon publie L'Ologenèse humaine, une nouvelle théorie de l'évolution, ouvrage bien accueilliCompte-rendu du 27 novembre 1929 de L'Ologenèse humaine par H. L. Shapiro dans The Nation.. En 1931, il entre à l'École d'anthropologie. En 1933, il occupe la chaire d'ethnologie et il publie La Race, les races chez Payot. La classification des races proposée par Montandon est encore présentée en 1965 comme une référence par Georges Olivier, professeur d'anthropologie à la Faculté des sciences et professeur d'anatomie à la Faculté de médecine de Paris, dans son ouvrage Morphologie et types humains ().

Il est naturalisé français avec sa femme et ses trois enfants par un décret du , publié au Journal officiel du , procédure retardée de trois ans en raison de son passé communiste mais obtenue, sous le Front populaire, grâce à l'intervention de Paul Rivet.

Vers l'antisémitisme Nommé en 1936 conservateur du Musée Broca, et déçu par le Front populaire, peut-être pour des raisons plus personnelles que politiques, il se tourne vers l'antisémitisme et correspond alors avec des antisémites réputés comme Henri-Robert Petit, Léon de Poncins et Armand Bernardini. L'ouvrage de Céline Bagatelles pour un massacre est clairement influencé par les travaux de Montandon, qui est même cité dans L'École des cadavres. Montandon justifie par ailleurs « l'ethno-racisme » de Céline par « l'ethno-racisme juif »..

Collaboration et eugénisme durant l'Occupation

Il publie des articles antisémites dès l'été 1940 dans La Gerbe d'Alphonse de Châteaubriant et dans La France au travail .. Dans un article publié le dans La France au travail, il demande : 1°) le retrait de la nationalité française aux citoyens juifs 2°) Leur dépossession 3°) Leur transplantation dans un pays autochtone qui leur serait octroyéLa France au travail, 2 juillet 1940, .. Chez Denoël, l'éditeur de Céline aux Nouvelles Éditions françaises, Montandon inaugure en la collection « Les Juifs en France » en publiant Comment reconnaître le Juif ?. Il s'agit d'une brochure rassemblant des citations de Louis-Ferdinand Céline, Édouard Drumont, Guy de Maupassant, Jules Michelet, Frédéric Mistral, Ernest Renan, Adolphe Thiers, Voltaire et Émile Zola. Ses travaux aideront à la mise en place de l'exposition Le Juif et la France.

À la suite de la remise en cause des naturalisations par Vichy, Montandon perd la nationalité française et son emploi à l'École d'anthropologie, en ,.. Cependant, le , à la suite de sa démarche auprès des autorités allemandes un décret le réintègre dans la nationalité française..

Montandon est nommé président de la Commission ethnique du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot. En , il devient à Paris directeur de la revue L'Ethnie française, « revue mensuelle de doctrine ethno-raciale et de vulgarisation scientifique »., financée par l'Institut allemand de Paris, puis par le commissaire aux questions juives, Darquier de Pellepoix. Il y publie des articles sur l'« ethnie juive », l’ comme il l’écrit , mis à jour le 14 février 2025..

En , il contribue à l'organisation de l'exposition du Palais Berlitz, « Le Juif et la France »., où l'on cherche à apprendre à tout un chacun « comment reconnaître un juif ? ». À partir de , il est attaché au Commissariat général aux questions juives en qualité d'ethnologue. À ce titre, contre paiement, il délivre des certificats de non-appartenance à la race juive.

En 1942, Xavier Vallat est remplacé par Louis Darquier de Pellepoix au Commissariat général aux questions juives. L'Institut d'étude des questions juives, d'abord confié au capitaine Sézille pour organiser l'exposition allemande Le Juif et la France et surtout destiné à l'« aryanisation économique » du pays (« administrer les biens juifs et dénoncer les camouflages »), est alors dissous. En 1943, l'IEQJ est rebaptisé Institut d'études des questions juives et ethnoraciales (IEQJR) et sa direction est confiée à George Montandon, qui est chargé du cours d'« ethnoraciologie judaïque ». Parmi les formateurs de cet institut se trouvent Armand Bernardini, Claude Vacher de Lapouge (fils de Georges) et Jean Héritier, journaliste au PiloriMax Weinreich : Hitler et les professeurs, Belles Lettres, 2013, 196 , .. Montandon fait distribuer sa traduction, destinée aux étudiants en médecine, du Manuel d'eugénique et d'hérédité humaine du nazi Otmar von Verschuer, responsable de l'Institut d'anthropologie à Berlin.

En 1943, il publie avec Henry Coston la brochure du Cahier Jaune intitulée Je vous hais, dont le titre est une allusion à une réplique attribuée à Léon Blum lors d’une intervention à la Chambre des députésPierre Assouline, L’Histoire , octobre 1991, . et dans laquelle on peut lire une apologie des camps de concentration, cité par pdhn.org.. Il publie également son cours à l’IEQJR, où il passe en revue les solutions envisageables pour résoudre le problème juif ; il rejette assimilation, ségrégation, émancipation, rassemblement en un seul lieu et extermination. Il considère que les premières ont toutes échouées et que seule l’extermination est valable.

Sous l'Occupation, Montandon est également utilisé par le Commissariat aux questions juives pour pratiquer des « visites raciales », dont les conclusions sont adressées aux autorités de police de Vichy. Elles ont pu être utilisées contre des suspects n'ayant pas déclaré aux autorités leur judéité, entrainant leur condamnation à une peine de prison.. En cas de doute au sujet de certains internés au camp de transit de Drancy, Montandon se déplace à la demande des autorités pour y pratiquer des « examens anthropométriques » à l'issue desquels il délivre ou non un « certificat d'appartenance à la race juive » valant déportation ou libération. Quelle qu'en soit l'issue, cette consultation était facturée aux intéressés 300, puis , hors frais de déplacement. Appelé au camp pour y examiner Léonid et Maria Kaganowicz, arrêtés à la frontière espagnole en , Montandon décrit ainsi l'homme : « Expression générale du faciès : type antéro-asiatique facilement interprétable comme judéo-antéro-asiatique. Mimique et contenance : quelque chose de judaïque, incontestablement ». Le couple sera déporté en Cf. : A. Wieviorka, M. Lafitte, A l'intérieur du camp de Drancy, Paris, Perrin, 2012, ..

Libération et mort de Montandon