vignette|Carte archeologique de Djerba.

Les sites archéologiques de Djerba constituent un ensemble exceptionnel de vestiges antiques situés sur l'île de Djerba, au sud-est de la Tunisie. Témoins de plusieurs millénaires d'occupation humaine, ces sites reflètent la richesse historique, culturelle et religieuse d'une île qui fut un carrefour stratégique du bassin méditerranéen. De la Protohistoire à l'époque romaine, en passant par les périodes punique et numide, Djerba conserve des traces remarquables d'urbanisme, de cultes, d'activités économiques et de pratiques funéraires.

Historique des recherches Période pré‑archéologique Durant cette période, Djerba n'a pas bénéficié de véritables recherches archéologiques : les contributions se limitaient surtout à la reprise des sources antiques et à des descriptions textuelles, sans fouilles ni analyses systématiques.

1853

vignette|Mobilier archéologique (Borj Ghazi Mustapha).

Edmond Pellissier de Reynaud évoque Meninx et mentionne les ruines situées au sud-est de l'île, qui ne présentent que des amas confus de décombres. Certains membres de la famille Ben Ayed entreprennent de fouiller ces lieux dans le but d'en extraire des matériaux pour construire une maison (actuellement connue comme Ksar Ben Ayad). Plusieurs parties d'un vaste édifice sont ainsi mises au jour, qu'il s'agisse d'un temple ou d'un palais, où le marbre est utilisé en abondance. On y découvre notamment des fûts de colonnes, des chapiteaux, des frises richement ornées, des plaques de marbre destinées au revêtement des murs, deux statues colossales de marbre blanc sans tête (celles d'un empereur et d'une impératrice), ainsi qu'une inscription gravée sur un piédestal..

1860 Victor Guérin retrace le voyage qu'il entreprend et y rapporte plusieurs découvertes archéologiques majeures. Il mentionne notamment des débris d'un monument de forme carrée dans les jardins de Taorit, ainsi que l'existence d'un village antique situé dans un lieu appelé Thala. Il décrit également les vestiges d'une vaste cité entourée d'une enceinte d'environ cinq kilomètres de périmètre, comprenant un château fort, des citernes, des colonnes et des statues. Guérin souligne par ailleurs que des visiteurs anglais emportent des marbres précieux provenant de ces sites, tandis que le kaïd Saïd Ben Ayed utilise de beaux matériaux pour la construction de son palais. Enfin, il recense plusieurs édifices fortifiés, parmi lesquels Bordj-el-Kantara, Bordj-el-Bab, Bordj-Tarik-el-Djemal, Bordj-Rhir (Aghir) et Bordj-Kastil..

1882 Deux notes sont adressées à l'Académie des inscriptions et belles-lettres par Marie Henry Charles Hussenet, médecin majeur, résidant à Djerba.

La première note signale que des fouilles menées dans les vestiges de l'ancienne Meninx par un détachement du 78 de ligne, sous la supervision du lieutenant Le Hello, porte sur une basilique située à l'extrémité orientale du site, à environ d'un vaste temple. L'édifice, entièrement dallé, est bordé de tombeaux remarquables. Les recherches y mettent au jour une inscription provenant d'une sépulture placée sous la première nef latérale droite. Ce tombeau est construit en belles dalles de pierre ; l'une d'elles, taillée en pyramide quadrangulaire tronquée et ornée d'une croix latine, constituait une partie du couvercle..

La deuxième note mentionne deux édifices chrétiens de la Gaule situées à Girba (Meninx), et les fait remonter à l'époque romaine ou byzantine. Cette note est accompagnée de deux plans dressés par le lieutenant Le Hello..

1884 Charles-Joseph Tissot note que l'île de Djerba fait l'objet de multiples visites et fouilles. Parmi les découvertes archéologiques figurent un grand baptistère en marbre, des statues en grès rouge, ainsi qu'une mosaïque représentant quatre chevaux aux têtes ornées de panaches..

1885 Jean-Marie Brulard rapporte une légende selon laquelle le nom de Djerba viendrait d'une statue en or très vénérée, découverte dans une église aujourd'hui en ruine à l'ouest d'El‑Kantara, lorsque la région était occupée par les Grecs. Il décrit aussi les ruines de Meninx, dont subsistent quelques pans du mur d'enceinte, un bordj romain, des vestiges de bains et plusieurs citernes bien conservées, ainsi que des fragments d'édifices sacrés et profanes. Il mentionne Henchir Borgo, réduit à un mur isolé, Rhabat Taorit avec un monument funéraire à niches, et Thala, avec quelques débris d'une ville antique où les habitants honorent un marabout..

1888 Le lieutenant Jean Servonnet et le Fernand Lafitte reprennent les mêmes observations précédentes, en ajoutant qu'une grande partie des antiquités d'El‑Kantara, à demi enfouies dans le sable, est récemment enlevée par l'aviso français le d'Estrée puis transportée à Tunis pour le nouveau musée du Bardo. Parmi ces pièces figurent huit statues en marbre, dont deux monumentales, toutes mutilées et privées de leurs têtes, mains et pieds. Les habitants de Djerba racontent qu'en 1862 ou 1863, des officiers anglais auraient détaché ces parties pour les emporter. Un baptistère byzantin est transféré à La Goulette en 1884 par la canonnière L'Étendard.. Déposés en vrac, les blocs sont restés sept ans sur place avant de pouvoir être transportés au Bardo..

1892-1904 Paul Gauckler est probablement le premier à entreprendre des fouilles à Meninx, notamment le déblaiement sommaire des deux basiliques chrétiennes et publie deux planches des églises, celle de Henchir El Kanatara (Meninx) et celle de Henchir Boumerdes..

1908 François Gendre signale l'existence d'imposantes ruines romaines connues sous le nom d'Henchir Rhardaia. Elles se présentent sous la forme d'un massif cubique en grand appareil, haut d'environ et large de de côté. À l'intérieur subsistent un puits ainsi que deux salles voûtées, dont l'une voit sa voûte s'effondrer. Les traces de bassins et de conduits encore visibles sur la terrasse, ainsi que les vestiges d'un canal circulaire entourant autrefois l'édifice, laissent penser qu'il s'agit d'un château d'eau. Entre le souk de Sedouikech et Henchir Rhardaia (Ghardaïa), on rencontre les vestiges d'un ancien mausolée, que les habitants appellent Dar Rhoula (Ghoula), « la maison de l'ogresse ». Plus au nord, les ruines d'Henchir Thala, situées près de la route d'El-Kantara, sont accompagnées de restes de canalisations qui longeaient autrefois cet axe. Quant aux ruines de l'antique Meninx, elles livrent d'abondants fragments de marbre — chapiteaux, corniches, colonnes, statues — ainsi que de nombreuses citernes, dont certaines sont réaménagées, des traces de mosaïques et les vestiges d'une basilique..

1942 Paul-Marie Duval reprend les fouilles et signale l'absence de remparts, la présence d'hypogées puniques situés à environ un kilomètre du port d'el Kanatara en direction de Guellala. Il identifie les ruines de deux thermes, un amphithéâtre à de la ville, deux basiliques grossièrement déblayées auparavant par Gauckler, ainsi qu'une vaste esplanade probablement liée au . Duval mentionne qu'en 1901, huit piliers sculpté en calcaire rosé sont transportés au musée du Bardo. La fouille met au jour outre divers fragments architectoniques remarquables par leur matière, leurs couleurs et leur décor, dont une rangée de douze colonnes — six encore en place —, des éléments de deux corniches et cinq fragments représentant des personnages adossés à des piliers très probablement des ..

Période actuelle Plusieurs campagnes de fouilles sont menées à Djerba, initiées par les équipes de l'Institut national du patrimoine ou conduites en collaboration avec des institutions internationales.

1996-2000 À la fin du XX siècle, un tournant majeur est marqué par la prospection systématique menée par une équipe conjointe de l'université de Pennsylvanie, de l'American Academy in Rome et de l'INP. Cette mission, dirigée par , et Ali Drine, ratisse l'ensemble de l'île selon des transects réguliers, identifie plus de 400 sites, monuments ou artefacts et offre pour la première fois une vision d'ensemble de l'occupation humaine de Djerba..

2015 Une initiative conjointe entre l'Institut d'archéologie classique de l'université Louis-et-Maximilien de Munich et l'Institut national du patrimoine (Tunisie) donne naissance à un programme de recherche archéologique consacré à Meninx. L'objectif principal est de mieux comprendre l'évolution urbaine de cette cité antique. Les premières étapes consistent en une prospection géophysique de grande envergure, permettant de révéler l'organisation interne de la ville. Par la suite, deux campagnes de fouilles ciblées sont menées en 2017 et 2018. Ces interventions mettent au jour une grande diversité de vestiges et d'objets, offrant un aperçu précieux des modes de vie urbains à travers les différentes phases historiques de Meninx, depuis l'époque punique jusqu'à l'Antiquité tardive, soit du au . En complément des recherches terrestres, des explorations sous-marines sont entreprises pour la première fois, apportant un éclairage inédit sur les infrastructures portuaires de la ville, autrefois réputée pour sa production de pourpre et son rôle commercial majeur dans le bassin méditerranéen.

Meninx

vignette|Plan de Meninx.

Située au sud-est de Djerba, près d'El Kantara, Meninx est l'un des sites les plus vastes et les plus riches de l'île. Fondée comme comptoir phénicien, elle devient une métropole romaine florissante.

Marché () Le de Meninx, situé immédiatement au sud du , constitue l'un des édifices les mieux conservés et les plus caractéristiques de la ville. Construit entre la fin du et le début du , il adopte un plan carré d'environ de côté, organisé autour d'une vaste cour pavée. Au centre se trouvait une rotonde circulaire, probablement destinée à la vente de produits de valeur. Tout autour, une série d'échoppes s'ouvrait sur un axe de circulation majeur, témoignant d'une activité commerciale intense. L'ensemble illustre la prospérité de Meninx, fondée notamment sur la pourpre et les produits maritimes.

Entrepôts ()

gauche|vignette| de Meninx.

Au sud du , en bordure immédiate de la mer, s'étend un vaste complexe d'entrepôts couvrant plus de . Ces se composent de longues séries de pièces rectangulaires, de portiques, de cuves et de citernes.. Leur organisation suggère des fonctions multiples : stockage des salaisons, du , de la pourpre, mais aussi du vin et d'autres denrées. La proximité du rivage confirme le rôle portuaire et commercial de Meninx, qui est l'un des centres économiques majeurs de la région.

vignette|upright| de Meninx.

Le , cœur civique de la cité, présente des dimensions plus modestes que celles attendues pour une métropole aussi active. Il est néanmoins entouré de deux portiques, d'une basilique civile et de deux temples. Les fouilles ont livré un mobilier sculpté remarquable, dont une tête d'Antonin le Pieux et des fragments liés au culte de Sarapis. Cet ensemble reflète l'intégration de Meninx dans les modèles urbains romains tout en conservant des spécificités locales.

Basiliques

gauche|vignette|Plan de la basilique Ouest.

Trois basiliques sont identifiées : la basilique civile, la basilique Est et la basilique Ouest. Elles présentent des plans à nefs colonnades, absides monumentales, sols mosaïqués et dispositifs liturgiques ou administratifs. Leur diversité architecturale témoigne de l'évolution des fonctions civiques et religieuses de la ville entre le Haut‑Empire et l'Antiquité tardive.

Sanctuaires

vignette|Corniche du temple Sud.

Les sanctuaires de Meninx, dont le temple Nord, le temple Sud et le sanctuaire d'Isis, suivent le modèle africain du . Ils révèlent une vie cultuelle variée, mêlant traditions locales, influences puniques et cultes gréco‑romains. Le sanctuaire d'Isis, en particulier, souligne l'importance des divinités orientales dans la cité.

Thermes

gauche|vignette|Vue des grands thermes.