Ermenfroi (Ermenfried), mort entre 1087 et 1091, est un prince-évêque de Sion, de la seconde moitié du .

Biographie Origines La date de naissance et l'origine d'Ermenfroi , ne sont pas connues. Il est mentionné la première fois dans la documentation le .

Il serait probablement apparenté aux Humbertiens, comtes de Maurienne-Savoie., tout comme Aymon, son prédécesseur sur le siège épiscopal de Sion. Vregille (1981) avance l'hypothèse qu'Ermenfroi pourrait-être le neveu de l'évêque Aymon, ce qui en ferait le petit-fils du comte Humbert. Il considère ainsi qu'à la mort d'Aymon, les Humbertiens ont cherché à maintenir leur pouvoir au diocèse de Sion, en plaçant un membre de leur lignage.

Luther (2016) rappelle que cette thèse est discutée, rappelant que pour Gilbert Coutaz elle est probable, pour François Demotz elle est avérée, et pour Joachim Manuel Huber l'absence de sources l'invalide. Il présente également le revirement de Ripart, qui dans un premier temps considérait Ermenfroi comme un personnage placé sur le siège de Sion par Rome et l'Empire face au népotisme des Humbertiens, puis le fait qu'il envisage comme au moins probable le lien entre les deux évêques.

Formation religieuse Sa formation n'est pas connue. Il semble toutefois avoir été formé à Besançon. Il est mentionné pour la première fois comme associé aux affaires de l'archidiocèse de Besançon, le .

On le retrouve ainsi, entre 1041 et 1054, chancelier, puis, après 1046, archidiacre auprès de l'archevêque de Besançon, , jusqu'à la mort de ce dernier en 1066. Ermenfroi est souvent associé à l'archevêque, (Vregille, 1981). Gilbert Coutaz (2001) dans la notice de l'Helvetia Sacra en parle comme une d'.

Évêque de Sion Dans son étude d'Ermenfroi, l'historien Luther (2016) souligne qu'Ermenfroi, en raison de son rôle qui dépasse le diocèse et comté du Valais, est une personnalité « exceptionnelle dans l'histoire de son diocèse au Haut Moyen Âge ».

Il est élu évêque de Sion après le et avant .

Malgré sa récente élection, il est choisi, en , par Rome, en tant que légat pontifical pour présider le concile de Lisieux (Normandie), au cours duquel l'archevêque de Rouen Mauger est destitué.. Cette nomination à la légation, bien que surprenant les historiens de la Normandie, s'explique par sa proximité avec . Ce rôle lui permet , pour la période entre 1055 et 1072, , avant et après la conquête normande, aux côtés de Lanfranc, prieur du Bec, et archevêque de Cantorbéry.

En 1059, il est le représentant du pape Nicolas II lors du sacre à Reims du roi de France, . En 1063, il représentant l'épiscopat de Bourgogne lors d'un concile de Chalon. On le retrouve en 1071 au synode de Mayence, puis en 1072 à celui de Chalon.

Il est qualifié de chanoine de Saint-Maurice d'Agaune, dans une charte de 1072.

Son épiscopat est marqué par le développement du culte de Théodore d'Octodure. La Grande châsse-reliquaire de Sion qui contient notamment les reliques du saint semble avoir été réalisé sous son épiscopat, vers 1075/1085.

Légat pontifical pour l'Angleterre Au printemps 1062, le pape Alexandre II l'envoie en Angleterre afin de régler la succession de Ealdred qui a renonce au siège de Worcester. Il semble également présent afin de régler la situation de l'archevêque de Cantorbéry, Stigand, excommunié en raison de son parcours entaché d'irrégularités, et ayant abouti à sa condamnation par Rome pour usurpation. Cependant la situation de Stigand ne semble pas avoir évolué, continuant d'apparaître comme archevêque. À la suite du couronnement de Guillaume le Conquérant de 1066, il est à nouveau envoyé en Angleterre, en 1070, afin de régler les problèmes ecclésiastiques causés par ces changements. Stigand est notamment destitué en .

Ermenfried dirige le concile de Windsor, se tenant le , . Toutefois, sous l'influence de Guillaume, plusieurs nominations sont ordonnées, la plupart des clercs fidèles de son entourage, et de nombreux prélats anglo-saxons, notamment Æthelric II, évêque de Selsey, sont destitués. Le pape Alexandre II montre son mécontentement dans une lettre reprochant tant les dépositions que ces nominations, qui pour lui ne relevaient pas du droit canonique. En 1071, le pape demande que Æthelric II soit rétabli. Si Guillaume est accusé par Rome, Ermenfroi n'est pas inquiété pour son rôle.

Au service de l'Empereur En 1071, Ermenfroi est présent à la diète de Liège où il rencontre l'empereur . Il est désormais cité dans plusieurs actes impériaux (1071, 1076, 1079). Il reçoit également du souverain les domaines de Naters et de Loèche (Valais).

Au cours de la querelle des Investitures, période opposant la papauté au Saint-Empire romain germanique, il est l'un des deux derniers évêques bourguignons, avec Burcard, évêque de Lausanne, à rester fidèle à Louis Jacob, Le Royaume de Bourgogne sous les empereurs franconiens (1038-1125) : Essai sur la domination impériale dans l'est et le sud-est de la France, Honoré Champion, Paris, 1906... Pour Ermenfroi, il s'agit d'un « revirement politique » (Coutaz, 2003, 2008), vu son statut de légat pontifical.

L'Empereur le nomme chancelier de Bourgogne , titre qu'il porte dans la documentation de 1082 à 1087, tandis que Burcard est nommé chancelier d'Italie (1079-1089). Cette politique de rapprochement avec l'empereur a pour conséquence au niveau régional d'« un temps d'accalmie » entre l'Église de Sion et les comtes de Savoie. En raison de ce rapprochement, des auteurs comme le chanoine de Sion, Sébastian Briguet (Vallesia Christiana, 1744), le Gallia christiana ou encore Liebeskind (1973), considèrent que le pape Grégoire VII . Cependant, il continue d'être évêque de Sion.

Luther (2016) nuance cette hypothèse de passer au parti impérial parlant plutôt d'une attitude ambivalente (sondern vielmehr eine ambivalente Haltung zu attestieren). Il réfute également l'hypothèse d'un anti-évêque ayant remplacé Ermenfroi en l'absence de sources. Il partage ainsi l'analyse de Cowdrey (2000) selon laquelle Ermenfroi joue un jeu d'équilibre entre l'empereur et la maison de Savoie qui soutient le pape.

Ermenfroi meurt le , entre l'année 1087 et avant 1092, Coutaz considérant qu'il pourrait s'agir de l'année 1090. Luther (2016) indique que le dernier acte connu d'Ermenfroi est un acte du , plaçant sa mort entre celle-ci et le .

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie . . . . . . . Johannes Luther, Studium der Geschichte und Deutschen Sprach- und Literaturwissenschaft. Titel der Masterarbeit: "Zwischen Papst und König: Bischof Ermenfried von Sitten und die Grossen des 11. Jahrhunderts.", 2010-2015.

Articles connexes Histoire du Valais Conquête normande de l'Angleterre

Liens externes

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