vignette|Gland de Quercus trojana. La balanophagie, soit la consommation des fruits du chêne, dans la Grèce antique, pratique alimentaire confirmée par l'archéologie, est étroitement associée à l'histoire de sa fondation, à l'Arcadie, et se retrouve par la suite illustrée dans la poésie et les arts, pendant et après l'Antiquité. Plus particulièrement le gland fait référence à l'âge d'or de la mythologie grecque puis la mythologie romaine, partie du mythe des âges de l'humanité, ou à l'Arcadie mythique. Cette période qui se termine avec la domestication du blé, introduit par Cérès (Déméter), traditionnellement se poursuit par une période de décadence. Les glands sont devenus un motif de la poésie grecque et romaine antique et un mème, un symbole d'une vie sauvage et primitive, par exemple par rapport au pain qui est devenu symbole la vie civilisée.
Les Lumières feront allusion à la balanophagie antique, comme à propos d'un passé dont il faudrait se détourner ; éventuellement une frugalité qui n'est plus de mise par rapport à un certain hédonisme, et un luxe jugé nécessaire au développement des Nations.
Étymologie
La langue grecque a développé les mots , , « qui se nourrit de glands » à partir des mots , gland et , manger ; ce qui a donné traduit en latin ; et en français les mots « glandivore », « balanophage », « balanophagie ».
Le mot apparaît dans les scholies dès le commentaire du vers 479, et chez Hérodote, dans la bouche de la Pythie. Un texte oraculaire conservé par Pausanias fait des Arcadiens, des « mangeurs de glands », et c'est devenu épithète de nature des Arcadiens. On le retrouve chez Lycophron.
Les Pélasges vignette|Paysages arcadiens C'est un lieu commun de la littérature grecque et ultérieure que les premiers Grecs auraient mangé des glands. L'archéologie démontre que la période idéalisée, appelée âge d'or, décrit dans Les Travaux et les Jours d’Hésiode notamment, correspond effectivement à une période qui a précédé la Révolution néolithique. La Civilisation grecque n'est pas un produit du sol, elle a été importée. Les premiers peuples de la Grèce ne s'étaient pas sédentarisés, ce qui peut être aisément retrouvé dans la langue grecque et dans les écrits. Thucydide au commencement de son histoire, rapporte que les premiers habitants de la Grèce étaient toujours en mouvement, en guerre les uns contre les autres ; ils ne connaissaient pas le commerce, ils ne possédaient aucune richesse ; ils ne plantaient rien, incertains de pouvoir profiter du fruit de leur travail ; ces déplacements démographiques selon Thucydide ont d'abord affecté les meilleures terres : Thessalie, Béotie, la majeure partie du Péloponnèse ; sauf l’Arcadie ; c'est une des mentions de l'autochtonie arcadienne et selon toutes vraisemblances une affirmation de son anciennetéCette préséance arcadienne est aussi exprimée par le terme , présent chez , qui exprime que les Aracadiens seraient apparu avant que la lune n'apparaisse ; Et Jost de dire que les Pélasges auraient donc pu assister à la naissance de la première génération de dieux olympiens (Zeus, Poséidon, Héra et Déméter), la suivante (Athéna et Hermès), ainsi qu'à celle d'Asclépios et de Pan. (dans et ). Les Arcadiens, habitants de l'Arcadie, massif élevé qui occupe le centre du Péloponnèse et relativement isolé de la mer, sont absents du système généalogique des Grecs, selon lequel ces derniers descendraient d'Hellen par ses fils Doros, Aiolos et Xouthos, qui engendra Ion et Achaios. La raison de cette absence est obscure. L'ensemble mythique consacré aux Arcadiens, quant à lui, ne fait aucune référence aux autres Grecs, bien que l'on retrouve des traces du mythe de la charte des Arcadiens chez Hésiode. Dans la mythologie, les Arcadiens constituaient un terme de peuple véritablement distinct, et la meilleure source à ce sujet reste Pausanias (115-180), qui retrace l'intégralité du mythe. Chez certains auteurs la mythologie arcadienne évoque un passé lointain, antérieur à l'arrivée sur le sol grec, des peuples qui vont former la Grèce antique.
Ce qui a toujours distingué l'Hellène du Barbare, dit Hérodote, c'est que, dès le début, il était plus prudent et plus exempt de crédulité insenséeHerod., I, 60 : . L'Hellène a toujours considéré, en effet, qu'il avait deux sortes de devoirs envers les dieux : la piété et la sagesse. Evitant toujours les excès, il sait rester un être raisonnable et libre, au-dessus des animaux sans raison et des « barbares » sans raison. L'évhémérisme, dès qu'il sera formulé, deviendra leur mode le plus ordinaire d'interprétation mythologique. En commençant son ouvrage, Pausanias au début de ses Arcadiques a trouvé cependant que les contes des Hellènes dénotaient une crédulité stupide ; mais arrivé à ceux des Arcadiens, il a changé de pensée et, dans ces contes, a cru que ses anciens sages avaient symboliquement raconté des vérités profondes et respectables. Pausanias rapproche fort souvent des mythes arcadiens certains mythes orientaux, cariens ou syriens.
Selon Pausanias, les traditions arcadiennes affirmaient que Pélasgos, ancêtre éponyme des Pélasges, fut le premier être humain à occuper la Terre ; Pausanias cite un passage du poète épique archaïque Asios de Samos. Mais les premières mentions de Pélagos sont à attribuées à Hésiode, dans un fragment obscur conservé chez Strabon. Devenu roi, Pélasgos développa des formes rudimentaires de civilisation, telles que des huttes et des vêtements de peau pour protéger les humains des forces de la nature. Il améliora également les habitudes alimentaires en encourageant la consommation de glands (βάλανοι).
Pour , Pelasgos, « l'égal des dieux », est littéralement assimilé à un arbre et considéré comme un « héros-arbre » ou « héros-chêne » dont l'habitat serait les montagnes. Pélasgos a eu un fils, Lycaon. Lycaon a eu un fils, Nyctimos, et une fille, Callisto. Callisto a eu un fils, Arcas, qui a donné son nom à l'Arcadie ; L'agriculture est encore inconnue, et ni Lycaon ni son fils Nyctimos ne l'enseignent à leur peuple. Il faut descendre jusqu'à Arcas pour la rencontrer.vignette|Téménos de Zeus Dodonéen.Les Pélasges, dit Hérodote, sacrifiaient autrefois toutes les victimes aux dieux, en leur adressant des prières ; c'est du moins ce qu'il a appris à Dodone, dit-il ; mais ils ne donnaient ni nom ni surnom à aucune d'elles, parce qu'ils ne les avaient jamais entendu nommer.. S'ils les appelaient du nom général de « », c'est à cause de l'ordre que les dieux ont mis, « », en toutes choses, et de leur sagesse dans la distribution de l'univers. Ce n'est que plus tard et bien plus tard que les Pélasges apprirent les noms des dieux, et ces noms leur vinrent d'Égypte. . Le chêne oraculaire de Dodone, connu depuis Hésiode, était fameux, et son gland reproduit sur différents objets trouvé à Dodone.
Sanchoniathon a raconté une histoire similaire pour la PhénicieChez Pausanias :
Chez Sanchoniathon :
dans .. Le rapprochement entre le récit du premier homme, Αἰών (Éon) et Protogonos, cueillant le fruit des arbres, avec Adam et Ève est tentant mais qualifié de fortuit.
La civilisation commence sur la côte orientale du Péloponèse. Au temps d'Homère, tous les états importants sont groupés le long de cette côte.
Hésiode dans Les Travaux et les Jours — Hésiode évoque la vie sous le règne des souverains justes —, ainsi que d'autres auteurs grecs, ont rendu l'histoire de Pélasgos et des Pélasges plus universelle en l'élargissant à l'ensemble de l'humanité.
Histoire culinaire du gland archaïque La Grèce c'est certain possédait plusieurs espèces de glands comestibles, « un don naturel toujours précieux », et pas seulement dans les régions où les céréales étaient rares. La consommation de glands par les anciens Pélasges et les Arcadiens ne doit pas être considérée comme un signe d'inculture; les fruits de ces espèces de chênes sont appréciés partout dans les pays méditerranéens, et les Arcadiens était encore en 1885, à l'époque ou et ont produit leur , des « mangeurs de glands ». Non pas comme un triste substitut à de mauvaises conditions de vie, mais comme un signe d'une bénédiction naturelle au pays des hommes justes. Hésiode loue le fait que la nourriture ne manque pas là-bas, car la cime des chênes porte des glands et le tronc offre un abri aux abeilles.
Des études récentes donnent les peuplements de chêne blanc (Quercus pubescens), et surtout de chêne de Macédonie (Quercus troiana sive macedonica) comme candidats éventuels pour la production des glands de la légende arcadienne. L'incertitude des nomenclatures antique rend impossible toute interprétation précise des affirmations des anciens sur l'utilité des différentes espèces de chênes, d'autant plus que l'usage latin, dont la connaissance repose principalement sur Pline, ne fournit pas de fondement fiable. L'appellatif habituellement utilisé dans la littérature grecque antique, désigne une variété indéterminée de chêne. Théophraste par exemple (Sur les plantes, livre III, chapitres 7 et 8), à probablement inspiré un passage de Pausanias (VIII 12, 1), dans ses Arkadika : , dans les chênaies () d'Arcadie, se trouvent différentes variétés de chênes (), à larges feuilles (), et à glands comestibles (). :
Le mot présentait une difficulté dans la mesure où il appartient à la même famille lexicale que le latin (par l'intermédiaire de l'étymon *bhagos proto-indo-européen, qui donne aussi le celte « bagum », les commentateurs des textes antiques tels Servius ou Philargius ne se sont par ailleurs pas trompés sur son appartenance lexicale dans ses énonce : Servius Vergilius Buc. I 1: ; Philarg. ib.: ; Servius, Brev. Expos., sch. Bern. ad Vergilius Georgicus I 8 ; Isidorus Hispalensis Etymologiae XVII 7, 28 : .), qui le relie principalement au hêtre. Les proto-Grecs en pénétrant plus avant dans la péninsule balkanique ont été amenés à découvrir une espèce d'arbre qu'ils ont du nommer ; mais il ne s'agit pas de Fagus sp., pratiquement inconnu en Grèce. L'opinion par exemple d'un Karl Koch, affirmant que le mot devait désigner un châtaigner a prévalu au , mais a été abandonné avant la fin du siècle.