Bayt Daras () était un village arabe de Palestine mandataire (avant 1948) à 32 km au nord de Gaza et dans le sous-district de Gaza. Il fait partie des centaines de villages détruits et expulsés lors de là guerre israélo-arabe de 1948, ce qui constitue une part de la Nakba et de l'exode palestinien de 1948.
Géographie
Le village de Bayt Daras était situé à 45 km au nord de Gaza et à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer« Bayt Daras — بَيْت دَرَاس », Interactive encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 21 aout 2025.. Il était situé sur une zone plate inclinée à l’ouest et au sud-ouest pour former une colline. Il n’était relié aux villages voisins que par de mauvaises routes, notamment à Isdud et Julis. Sa superficie était de dounams. De ces terres, 832 dounams étaient plantés d’agrumes ou de bananiers, 472 en vergers et en terres irriguées, étaient cultivés en cerealsGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. cité par Hadawi, 1970, 86.. Un quart des terres appartenaient à une seule famille, dont un des survivants avait conservé tous ses titres de propriété, dans un camp de réfugiés palestiniens de Khan Younès.
Outre l'agriculture, les habitants pratiquaient l’élevage. En 1943, ils possédaient 653 bovins, 489 moutons de plus d’un an, 103 chèvres, 35 chameaus, 10 chevaux, 18 mules, 299 anes, 6307 volailles, 2454 pigeons et 23 porcs.
Les maisons étaient construites en pierre avec des pièces voûtées. Le village possédait deux écoles primaires et deux mosquées.
Histoire
Une tombe datant de l'époque hellénistique, probablement de la première moitié du , a été retrouvée et fouilléeEisenberg-Degen et al., 2019, ‘Azriqam, Giv‘ati Pumping Station.
Croisades
Les Croisés ont construit un château sur la colline qui domine le village à la fin du 545, 546 in 1177, in Röhricht, 1893, 145Ellenblum, 2003, 202, appelé Betheras dans les archives.
Sous le sultanat mamelouk, qui domine la Palestine de 1205 à 1517, Bayt Daras est un sur la route du Caire à Damas. En 1325, un khan, ou caravansérail, est construit a Bayt DarasKhalidi, 1992, p. 87
Deux villages jumeaux étaient appelés Bayt Daras ; les deux étaient abandonnés au . En 1459, Bayt Daras al-Surgha (Bayt Daras le Bas) relève d'un waqf.
Empire ottoman
En 1517, l'Empire ottoman fait la conquête de la Palestine, et Bayt Daras avec. Selon le premier registre fiscal ottoman, en 1526/7, le the village comptait 22 foyers musulmans, soit environ 120 habitants ; il appartenait à la nahié (sous-district) de Gaza (sandjak de Gaza). En 1596, la population du village est passée à 58 foyers, tous musulmans, soit environ 320 persons. Il payait des impôts à un taux unique de 33,3% sur ses récoltes dont le blé, l'orge, les chèvres, la vigne et le miel, pour un total de 7900 akçe cette année-là. Un vingt-quatrième du produit de l'impôt allait à une fondation religieuseHütteroth, Abdulfattah, 1977, 146. Cité et estimé par Khalidi, 1992, 87..
Aux , la région connait un important processus de recul de la population dû à la pression des nomades sur les villages. Plusieurs villages sont abandonnés, leurs habitants se réfugiant dans les villages restant et continuant de cultiver leurs terres.
En 1838, Beit Daras est signalé comme village musulman du district de GazaRobinson, Smith, 1841, volume 2, 369.Robinson, Smith, 1841, volume 3, 2nd appendix, 118..
Le voyageur français Victor Guérin visite le village en 1863, dont il estime la population à 700 habitantsGuérin, 1869, 81.. Dans l'enquête de 1882 du Palestine Exploration Fund, Bayt Daras est décrit, entouré de jardins et d'oliveraies, bordé au nord par un étangConder, Kitchener, 1882, II:409. Cité par Khalidi, 1992, 87..
Mandat britannique vignette|Carte au 1: de Bayt Daras en 1930. En 1917-1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Bayt Daras est conquise en 1918 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Une école primaire est créée en 1921 234 élèves sont inscrits dès son ouverture, répartis en six classes avec 5 instituteurs.
Lors du recensement de la Palestine de 1922 conduit par les autorités britanniques, Bait Daras a une population de 1670 musulmansBarron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, 8. qui passe au recensement de 1931 à 1804, toujours tous musulmans, dans 401 maisonsMills, 1932, 2.. vignette|left|Carte au 1: de Bayt Daras en 1945.
Selon les statistiques de Village de 1945, la population de Beit Daras est estimée à 2750 habitants, tous musulmans.
Guerre de 1948 et destruction
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Bayt Daras est attribué à l’État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Selon des récits palestiniens, les habitants de Bayt Daras vivaient en paix avec les habitants de Tabiyya, un village fortifié ou kubaniya (colonie juive en arabe) situé à ses limites. Les Juifs achetaient leurs produits, parlaient le dialecte couramment et leur médecin, Tsemeh, soignait les malades de Bayt Daras. Le seul point anormal était le bruit des tirs d’armes à feu lorsque des soldats britanniques formaient les habitants de Tabiyya au maniement des armes. Des soldats britanniques de la cavalerie faisaient des incursions de harcèlement à Bayt Daras.
À Bayt Daras, la guerre commence le avec une escarmouche entre des miliciens arabes et un convoi juif. Selon Ramzy Baroud, Bayt Daras est bombardé pour la première fois les 27 et , bombardement indiscriminé qui cause 9 morts (non-combattants) et la destruction d’une part importante des récoltes et du bétail. Le , un bref combat oppose Juifs et Arabes à proximité du village.
C’est sur un aérodrome clandestin de Beit Daras que dans la nuit du 31 mars au avril 1948 un Dakota DC 3 de la compagnie Overseas Airline livre clandestinement des armes tchèques aux milices sionistes. Dans le premier vol, sont transportées 5 millions de cartouches, 4500 Mauser P-18 et 200 mitrailleuses ZB-34 ; dans le second vol, 17 millions de cartouches, 10 000 Mauser, 1400 mitrailleuses. Au total, les DC 3 de cette compagnie, de la CSR Ceskoslovenke Aerolinie et des usines Bata de Zlin effectuent 95 livraisons au printemps et à l’été 1948Arnold Krammer, « L'aide militaire tchèque à Israël, 1948 », Revue d'études comparatives Est-Ouest, 1974 5-1, 162-163.. Le troisième vol transportait 10 000 fusils du même modèle, 3400 mitrailleuses, 30 millions de cartouches ; le quatrième vol comptait 75 mitrailleuses lourdes ZB-37, 5 millions de cartouches, 1 million de munitions anticharA. Krammer, , 165.. Des dizaines d’autres vols ont eu lieu, n’atterrissant pas forcément à Bayt Daras.
Les forces de défense israéliennes (FDI) lancent des assauts à quatre reprises sur Bayt DarasS.A. Jawad, « Zionist Massacres: the creation of the Palestine Refugee Problem », in Eyal Benvenisti, Chaim Gans, Sari Hanafi (eds.) Israel and the Palestinian Refugees, Springer 2007 59-127, 81 n.60.. Le village est défendu par l’armée soudanaise et une milice d’habitants. L’objectif du Palmach, au sein de l’opération éclair''' (Mivtza Barak, composante du plan de nettoyage ethnique de la Palestine, le plan Daleth), était de pousser les Arabes à fuir la zone et de créer un exode par les bombardements, similaire à la panique créée par le massacre de Deir Yassin . Bayt Daras est encerclé pour provoquer la reddition des habitants, et en cas de résistance, l’application de la politique de la terre brûlée.
Le village est pris d’assaut le 11 mai 1948 par la brigade Givati, au cours de l’opération Barak, avant le commencement de première guerre israélo-arabeMorris, 2004, 256-257.. Il y a plus de 50 morts dans le village, de nombreuses maisons sont détruites, et les puits et les greniers sont sabotésMorris, 2004, 256.. Selon le récit de Baroud, un massacre a lieu au moment où la population fuit le village. Au moins une femme et un enfant sont tués dans ces circonstances, et au moins une femme est victime de viol de guerre. Un assaut précédent avait fait 80 morts environSaleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 113.. Tous les bâtiments sont détruits.
vignette|gauche|Camp militaire israélien à Bayt Daras en 1948.
Selon les rapports de l’armée égyptienne, le village est occupé peu avant le début de la première trêve, le 11 juin. Selon les mémoires de Gamal Abdel Nasser, le village vidé de ses habitants est réoccupé par l’armée soudanaise après la fin de la trêve de juin, puis abandonné après que les troupes égyptiennes, après un quiproquo, les aient bombardé. Après la guerre, Bayt Daras est annexé par Israël.
Période israélienne
Après la guerre, la région est annexée par Israël. En 1950 le moshav de Giv'ati est construit sur l’emplacement du village ; deux autres moshavim, Azrikam et Emunim, sont créés sur les terres de Bayt Daras. Une ferme appelée Zemorot est construite à la fin des années 1950 à Khirbat Awda, qui faisait aussi partie de Bayt DarasKhalidi, 1992, 88..
En 1992, Walid Khalidi décrit ainsi les restes du village :
Culture
Un thob de femme (robe ample à manches) datant des années 1930 venant du village de Bayt Daras est conservé au Museum of International Folk Art (MOIFA) à Santa Fe, Stillman, 1979, 76.
Personnalités palestiniennes ayant des racines à Bayt Daras
Ramzy Baroud Abdallah Tayeh, écrivain palestinien, auteur de Moon in Beit Daras (2001) (). Abdul Rahman Ahmed Jibril Baroud, poète Mohammed Assaf, chanteur
Voir aussi
Articles connexes Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948
Liens externes Welcome to Bayt Daras Palestine Remembered Bayt Daras, Zochrot Survey of Western Palestine, Map 16: IAA, Wikimedia commons Dome structure in ‘Azrikam Bayt Daras from the Khalil Sakakini Cultural Center
Notes
Bibliographie
Nasser, G.A. (1955/1973): "Memoirs" in Journal of Palestine Studies “Nasser's Memoirs of the First Palestine War” in 2, no. 2 (Win. 73): 3-32, pdf-file, downloadable
Stillman, Yedida Kalfon (1979): Palestinian costume and jewelry'', Albuquerque: University of New Mexico Press, (A catalog of the Museum of International Folk Art (MOIFA) at Santa Fe's collection of Palestinian clothing and jewelry.)
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