L’élection présidentielle péruvienne de 2026 a lieu les et afin d'élire pour cinq ans le président de la république et ses deux vice-présidents. Des élections parlementaires ont lieu en même temps que le premier tour.
Le scrutin intervient dans un contexte politique particulièrement perturbé, le président Pedro Castillo, élu en 2021, ayant été destitué à la suite de sa tentative d'auto-coup d’État en 2022. Le Pérou voit ensuite trois présidents lui succéder jusqu’au terme du mandat présidentiel initial de cinq ans.
L'organisation chaotique du premier tour, qui voit plus de empêchés de voter faute de bulletins, conduit à sa prolongation d'un jour à Lima. Marqué par une multiplication des candidatures avec pas moins de à la présidence, le premier tour connait une forte dispersion des voix. Arrivée en tête avec 17 %, la candidate de Force populaire, Keiko Fujimori, est placée en ballottage pour une quatrième fois consécutive. L'identité de son adversaire s'avère incertaine pendant plusieurs jours, tant le scrutin est serré, donnant lieu a des contestations. C'est finalement Roberto Sánchez Palomino, du parti Ensemble pour le Pérou, qui se qualifie pour le second tour avec 12 % des voix.
Comme en 2016 et en 2021, le second tour s'avère extrêmement serré et fait l'objet, comme le premier, d'incertitudes et de contestations. Les résultats voient la victoire de Keiko Fujimori, dont l'investiture intervient le .
Contexte Corruption au Pérou Ces élections se tiennent dans un contexte de large discrédit de la classe politique péruvienne : sept ex-présidents sont incarcérés ou visés par des enquêtes pour corruption..
La corruption prospère du fait d'un fort degré d’informalité et par la porosité entre le public et le privé. Comme le souligne le sociologue et avocat Ruben Caceres Zapata, auteur de La Kleptostructure d’un État dysfonctionnel (2024), les élites économiques instrumentalisent l’État et son pouvoir décisionnel au service de leurs propres intérêts. Selon lui, la corruption ne se limite pas à quelques secteurs isolés : elle imprègne l’ensemble de l’appareil étatique, au point de constituer un système institutionnel pensé et organisé pour le pillage.. Ce système remonte en particulier à la présidence de Alberto Fujimori (1990-2000), lui-même condamné pour corruption, détournement de fonds et violations des droits de l’Homme..
Des enquêtes judiciaires et journalistiques ont dévoilé comment le Congrès a été infiltré par le crime organisé. En 2025, la moitié de ses 130 membres sont visés par des enquêtes judiciaires, la plupart dans des dossiers de corruption.
Beaucoup de partis politiques sont dépourvus de base militante, de programme et de ligne idéologique, fonctionnant comme des franchises électorales. « Ils prêtent leur sigle à des candidats sans passé politique – mais possédant parfois des antécédents judiciaires – qui, une fois élus, cherchent à affaiblir la justice pour ne pas avoir à répondre devant elle. »
Présidence de Pedro Castillo vignette|Pedro Castillo en 2021. Lors de l'élection présidentielle péruvienne de 2021, Pedro Castillo se présente comme candidat de Pérou libre, un parti marxiste-léniniste qu'il rejoint sept mois avant le scrutin. Il affiche des positions de gauche radicale sur l'économie et la politique étrangère, tout en se montrant conservateur sur les sujets sociétaux. Novice en politique, il est d'abord donné très bas dans les sondages, avant de voir sa candidature décoller à quelques semaines du scrutin et de sortir en tête du premier tour. Affrontant au second tour la candidate de droite radicale Keiko Fujimori, il est élu avec 50,13 % des suffrages exprimés.
En butte à l'hostilité du Parlement, d’une majorité des médias et des élites économiques, il se montre incapable de diriger un gouvernement stable et de mettre en place les réformes annoncées pendant sa campagne, telles que le changement de Constitution et la réforme agraire.
L'ouverture d'une procédure de destitution à l'encontre de Pedro Castillo est approuvée par le Congrès le . Il s'agit de la troisième procédure de ce genre depuis le début de son mandat.. La procédure est admise avec 73 voix pour, 32 contre et 6 abstentions. Sur les voix pour, toutes viennent de la droite hormis 4 voix surprenantes venant de députés de Pérou libre, le parti au pouvoir, dont un député s'abstient également.. Elle est à l'ordre du jour le .. La procédure est engagée en réponse aux déclarations de l'ancien conseiller principal du ministère du Logement, Salatiel Marrufo, devant la Commission de contrôle du Congrès. Devant cette dernière, Marrufo affirme que Castillo aurait reçu par mois pour maintenir Geiner Alvarado au poste de . Le Congrès de la République ouvre en réponse une motion de destitution à son encontre pour actes de corruption, dans le contexte plus large de scandales autour du président et de son entourageJara, U. (2023). Así cayó Castillo. Editorial Planeta Perú. pp. 148-149..
Le président se voit ainsi reprocher la prise de contrôle et le démantèlement de l'appareil d'État. La nomination de fonctionnaires de haut rang est mise en doute en raison de leurs antécédents judiciaires, d'affaires et d'enquêtes en cours. Ces personnes sont suspectés de mettre en œuvre des prises illégales d'intérêts en faveur du président et de son entourage. En particulier, les anciens ministres Juan Silva et Geiner Alvarado sont directement mis en cause, tout comme le président et sa famille, dans des enquêtes publiques sur la corruption, au point que le chef de l'État se retrouve accusé de diriger une organisation criminelle..
La constitution péruvienne permet au président de la République par deux fois.. Or, au , une seule motion de confiance avait été refusée, le précédent, et la constitutionnalité de sa procédure était remise en cause. La décision de Castillo de dissoudre le Congrès lors de la tentative d'auto-coup d'État qui s'ensuit est par conséquent jugée inconstitutionnelle... La Constitution ne permet pas non plus au président de gouverner par décret-loi ou de convoquer une assemblée constituante.
Tentative d'auto-coup d'État de Pedro Castillo vignette|Manifestation de protestation contre la tentative de coup d’État.
Pedro Castillo annonce le la dissolution du Congrès de la République, qui s'apprêtait à examiner une motion de destitution à son encontre. Le président annonce dans la foulée gouverner par décret, la formation d'un gouvernement d'urgence exceptionnel, la rédaction à venir d'une nouvelle Constitution par un Congrès constituant élu puis la tenue de nouvelles élections anticipées... Le pouvoir judiciaire, le ministère public, le conseil national de la justice et la cour constitutionnelle sont déclarés en , tandis qu'un couvre-feu est instauré de à Au Pérou, le président dissout le Parlement, le Parlement destitue le président..
Cette tentative d'auto-coup d'État, similaire à l'auto-coup d'État de 1992 par le président péruvien Alberto Fujimori, est tenue en échec le jour même par le refus de l'armée, de la Cour constitutionnelle et du gouvernement de le soutenir.. La présidente du Conseil des ministres Betssy Chávez ainsi que la majorité des ministres de son gouvernement choisissent en effet de démissionner, tandis que la première vice-présidente Dina Boluarte se déclare publiquement opposée au coup d'État. Le président de la Cour constitutionnelle, Francisco Morales, rejette à la radio la validité des actions du chef de l’État qu'il qualifie de coup d'État, ajoutant que Pérou : le président Castillo destitué et arrêté, la vice-présidente Boluarte intronisée.. La procureure de la Nation, Patricia Benavides., et la Junte nationale de justice. condamnent et rejettent « toute violation de l'ordre constitutionnel ».
Le vote de la motion de destitution de Castillo peut ainsi se tenir comme prévu, et aboutit à la destitution du président par sur du Congrès soit plus que le nombre d’élus de l’opposition... En accord avec la Constitution, la vice-présidente Dina Boluarte assume la fonction de présidente de la République pour la durée restante du mandat de Castillo, soit jusqu'en .
Présidence et destitution de Dina Boluarte
gauche|vignette|redresse|Dina Boluarte, présidente et ancienne vice-présidente de la république du Pérou. vignette|Graphique d'approbation de Dina Boluarte. Le , après la destitution de Pedro Castillo pour « incapacité morale » et la tentative d'auto-coup d'État de ce dernier, Dina Boluarte est investie présidente de la République par le Congrès et devient la première femme à occuper cette fonction..
Lors de sa prestation de serment en tant que présidente de la République devant le Congrès, après avoir reçu l'écharpe présidentielle par José Williams, président du Congrès de la République, elle déclare qu'elle ..
Après son investiture, elle n’exclut pas l'organisation d'élections anticipées et appelle les manifestations pro-Castillo à se disperser....
vignette|Prostestation anti-Boluarte en 2025. Le , Dina Boluarte propose d'avancer les prochaines élections à ., puis, face à l'amplification des manifestations, à .. Le , le Congrès refuse cependant d'avancer les élections à la date proposée.. D'après un sondage, 83 % des Péruviens souhaitent des élections anticipées.. Le lendemain, le , elle exhorte les membres du Congrès à adopter un projet de loi pour des élections anticipées, critiquant les parlementaires qui se « retranchent » derrière l'abstention...
vignette|Protestation anti-Boluarte en 2022. La destitution et l'arrestation de Pedro Castillo conduisent des syndicats, des organisations civiles et sociales, des organisations de peuples autochtones, et des partis de gauche et d'extrême gauche à mobiliser un large mouvement de protestation. Les revendications portent en particulier sur la dissolution du Congrès, la démission de la nouvelle présidente Dina Boluarte, l'organisation de nouvelles élections, la libération de Pedro Castillo et la mise en place d'une assemblée constituante.
Les mobilisations touchent particulièrement les zones pauvres du pays, celles qui avaient massivement voté pour Pedro Castillo en 2021 ; les principaux axes routiers de 18 des 24 départements du Pérou et cinq aéroports sont bloqués.. Le , l'état d'urgence, permettant notamment le déploiement de l'armée face aux manifestants, est décrété dans tout le pays pour .. Au lendemain de cette proclamation, la ville d’Ayacucho, dans le Sud, est le théâtre d’une violente répression qui entraîne la mort par balles de huit personnes, s’ajoutant aux sept tuées quelques jours plus tôt dans la région d’Apurimac, également dans le Sud. À partir du , un couvre-feu est décrété dans quinze provinces du pays. Au , au moins vingt personnes ont été tuées, dont une majorité tuées par balle, victimes de la répression policière et militaire, depuis le début des manifestations. Amnesty International demande « l’arrêt immédiat de la violence d’État » tandis que les principaux médias péruviens, pour la plupart aux mains du groupe privé El Comercio qui concentre 80 % des titres, tendent pour leur part à occulter les violences dans les zones rurales, qualifiant les protestataires de « terroristes et de délinquants ».
Le , 17 manifestants sont abattus et à Juliaca, dans la région de Puno. Les forces gouvernementales ont ouvert le feu à la kalachnikov sur la foule, tandis que des hélicoptères survolaient la ville et larguaient des bombes lacrymogènes.. Après le massacre, le Premier ministre, Alberto Otárola, traite les manifestants de « hordes de délinquants » et déclare que des mesures seront prises pour contrer la mobilisation sociale présentée comme une tentative de « coup d’État » qui serait « financée par le narcotrafic » ou par des « intérêts extérieurs ». Il annonce un couvre-feu de trois jours dans la région de Puno..
vignette|Manifestation le à Lima.