Le diocèse aux armées françaises (DAF) est l'ordinariat militaire pour la France. C'est la structure canonique de l'aumônerie catholique des Armées françaises.
Histoire des aumôneries thumb|upright=0.8|La cathédrale Saint-Louis-des-Invalides. thumb|upright=0.7|Croix pectorale d'aumônier militaire.
Aumônerie de l'Armée de terre thumb|upright=0.6|Insigne de spécialité "aumônier catholique" (armée de terre et gendarmerie).
Le plus ancien des aumôniers militaires connus est Sulpice le Pieux, archidiacre de Bourges, qui fut appelé à la cour de Clotaire II, roi des Francs . Comme il n'était pas encore évêque, on voulait cependant qu'il ait un titre supérieur à celui d'archidiacre et l'on choisit le nom d'abbas in castris (abbé dans les camps) pour le distinguer des abbés religieux. Il avait pour mission de garder et de faire porter devant les troupes le manteau de saint Martin (d'où le nom de chapelain : qui gardait la chape) et de distribuer les aumônes du roi (d'où le nom d'aumônier).
La première aumônerie militaire organisée date de l'édit de Carloman, en 742 dans lequel il est précisé que les clercs . Cet édit fait suite au canon du concile de Ratisbonne, ou concile de Germanie, du qui arrête que .
Saint Boniface, qui présidait ce concile, avait trouvé que, lors de la bataille de Poitiers, trop d'évêques et de prêtres avaient guerroyé, et il souhaitait que certains aient un rang officiel aux Armées pour en écarter d'autres et rétablir l'ordre en ce domaine.
Le concile de Leptines, dans ce qui est aujourd'hui le Hainaut, le ou 745, confirma ces décrets et demanda leur exécution en obligeant notamment chaque commandement à avoir un prêtre pour entendre les confessions.
Ainsi apparaissent des chapelains, prêtres qui, sous la direction d'évêques, vont former la première aumônerie militaire.
thumb|upright=0.8|Messe de Pâques au Sud-Liban. En 1543, François institue la Grande aumônerie de France. cette charge, qui concernait jusqu'alors le service de la chapelle du roi, voit, lors des règnes suivants, ses attributions s'étendre et se multiplier : juridiction matérielle et spirituelle sur les hôpitaux et les maladreries et autres lieux pitoyables du royaume, mais aussi juridiction spirituelle sur les Armées.
À partir de la fin du , avec les guerres d'Italie, on constate la présence d'aumôniers militaires permanents. Avec Vauban chaque citadelle, et chaque quartier, a sa chapelle ; ainsi sera construite l'église de l'Hôtel des Invalides, aujourd'hui cathédrale du diocèse aux Armées. Mais l'aumônerie militaire connaîtra bien des vicissitudes. De plus l'évolution de la technique et de la logistique des conflits armés est telle que dès 1870, des aumôniers militaires réclament à la fois une formation spécifique et une hiérarchie. Le texte législatif de base organisant cette aumônerie date de 1880 et n'a pas été abrogé lors de la séparation de l'Église et de l'État. La loi du est toujours la base légale des aumôneries catholique, protestante, israélite et musulmane des Armées françaises.
Aumônerie de la Marine nationale Origines C'est seulement en 1203 que la royauté capétienne accède à la mer par la prise de possession de la Normandie sur les Plantagenêt. On n'a pas de source documentaire, même indirecte, sur un éventuel service religieux à bord des nefs, galères, barges et autres navires à rame en usage à cette époque mais le climat de foi qui a prévalu jusqu'au ne permet pas d'établir ce qu'était la vie religieuse des gens de mer au début du .
En 1270, le roi Louis IX embarque à Aigues-Mortes pour la dernière croisade. À cette occasion, il crée la dignité d'amiral de France. On sait par Joinville, qui ne cite pas de nom, que de nombreux chapelains accompagnaient le roi« Au moment de l'embarquement des croisés (...) le pilote cria aux nautoniers Votre besogne est-elle prête, - Oui, répondirent-ils. -Que les clercs et les prêtres viennent donc en avant ! reprit le pilote. Et, dès qu'ils y furent venus, il leur cria : Chantez, de par Dieu ! Et ils se mirent à chanter, de bout en bout, le Veni Creator Spiritus et le pilote cria à ses nautoniers : Faites voile, de par Dieu ! ». Guillaume de Nangis raconte que par une exception notable on obtint du légat papal l'autorisation d'exposer le Saint sacrement dans la nef royale. En effet, une interdiction levée assez tard stipulait qu'on ne devait ni emporter ni distribuer l'eucharistie en mer. On célébrait une messe qui n'en était pas une et qu'on appelait « messe aride » (ou « messe sèche » au ) : au pied, du mât, un crucifix ou un missel était déposés sur une caisse, puis le prêtre lisait l'office, étole au cou, depuis le confiteor jusqu'à l'évangile de saint Jean, mais en omettant le Canon. Le matin, après que les trompettes, puis les tambourins avaient salué par une « baterye » le lever du jour, l'amiral faisait célébrer la « messe aride ». Au crépuscule, quand les navires de l'escadre avaient fini de défiler devant lui et « fait la révérence en gectant trois crys », suivis d'une sonnerie de trompettes, quand à chacun d'eux il avait indiqué la route à suivre donné le mot de la nuit, il achevait la journée par un salut chanté « devant l'ymage Nostre-Dame »..
Le premier texte portant nomination officielle dans le corps de la Marine, avec indication du rang et du traitement qui lui conviennent sont les lettres patentes de Louis XIII nommant « aumônier général des galères, aux gages de 600 livres par an, avec les mêmes honneurs et droits dont jouissent les officiers de la marine du levant ». Le service religieux se compose de la messe dominicale qui n'est autorisée que lorsque les galères sont au port. Le chapelain célèbre le service divin sur un autel démontable. Presque tous les galériens se sont confessés la veille. Ils sont alors autorisés à quitter provisoirement leurs bancs pour aller communier, mais conservent aux pieds leurs boulets et leurs chaînes.
Le premier règlement officiel d'une aumônerie embarquée, l'ordonnance de 1681, concerne la marine marchande, mais il faut considérer que la stratégie navale de l'époque s'appuyait tout autant sur la « guerre de course » que sur la « guerre d'escadre ». L'article premier du titre II de ce texte stipule que : Un arrêté de 1694 précise que cette catégorie d'aumôniers aura un traitement de 30 livres par mois « et droit à la table du capitaine. » L'ordonnance de 1689 sur l'organisation de la marine de guerre reprend toutes ces dispositions et expose, avec un luxe de détails, ce que devait être le service religieux à la mer à bord des navires de ligne. Le matin, aussitôt le pont lavé, l'aumônier monte sur le devant de la dunette « proche le mât d'artimon » et, la face tournée vers la proue du vaisseau prononce à haute voix les prières auxquelles l'équipage répond à genoux. Ces prières se terminent par le Domine, salvum fac regem, pour la « conservation du Roi et de la maison royale et aussi pour la prospérité des armes de Sa Majesté. » La messe fait l'objet de tout un cérémonial militaire : Les vêpres sont également saluées par un signal du pavillon et la journée est conclue par la prière. Si le branle-bas de combat est sonné, Certains aumôniers ne se limitent pas à ces pieuses fonctions et, transgressant le règlement, partagent volontiers le labeur de l'équipage en prenant part aux combatsLe père Labat (1663-1738), missionnaire dominicain aux « Isles d'Amérique » est resté une des figures célèbres des aumôniers de marine de cette époque : .
Sous tout l'Ancien Régime se pose le problème du recrutement des aumôniers de marine. L'apostolat consacré à un milieu très particulier, exercé dans des conditions assez rudes à peine compensées par de minces avantages matérielsEn 1780, le traitement de l'aumônier embarqué est de 50 livres mensuelles, celui du matelot de 51 à 54 livres. très longtemps, la solution sera trouvée du côté des ordres religieux, en particulier des jésuites. C'est à eux que le roi confie la charge des deux principaux séminaires d'aumôniers de marine, qu'il crée à Brest et à Toulon. À Brest, les jésuites seront confrontés à des difficultés incessantes. Le manque de moyens financiers est chronique, il leur est difficile d'attirer et de conserver un nombre suffisant d'aumôniers (ils sont 10 en 1736) et les litiges sont nombreux avec le clergé diocésains, notamment au sujet de l'église paroissiale Saint-Louis qui est annexée au séminaire. À Toulon, le destin du séminaire érigé le sera plus heureux. En échange de de rentes annuelles et de privilèges de toutes sortes, la Compagnie de jésus s'oblige à entretenir « 20 aumôniers, 12 jésuites (9 prêtres et 3 frères) parmi lesquels il y avait un supérieur, un instructeur des aumôniers, un procureur, un casuiste, un régent de mathématiques et 4 missionnaires pour aller en mer. » des difficultés surviennent toutefois en 1741 avec l'évêque local qui interdit à ses séminaristes de suivre les cours du séminaire de la Marine. Le séminaire ne survivra pas, en 1762, à la dissolution de la Compagnie et le séminaire fera retour à la Marine qui le transformera en hôtel des « Garde-Marine. » Les jésuites sont remplacés : à Toulon par des récollets, à Brest par des aumôniers séculiers nommés par l'évêque de Léon.
La loi du porte suppression du « Grand Corps de la Marine » et, pendant toute la période révolutionnaire, il n'est plus fait mention des aumôniers. Ils réapparaissent avec la restauration, par Napoléon au profit de son oncle, le cardinal Fesch, de la charge de grand aumônier de France. Mais à cette époque les « services à terre » seront plus nombreux pour les aumôniers que les « embarquements. »
L'aumônerie de la Marine renaît officiellement avec les ordonnances de 1816 mais, malgré les avantages offerts, notamment une solde élevée, équivalente à celle d'un lieutenant de vaisseau, le recrutement s'avère difficile. Les diocèses connaissent une pénurie de clergé qui ne leur permet guère de détacher des prêtres. L'ordonnance de 1827 ne change pas grand-chose aux textes de l'Ancien régime : .
Sous la monarchie de Juillet, en raison de la querelle sur serment de fidélité à la personne du roi des Français, rendu obligatoire par la loi du , une rupture se produit entre l'aumônerie et le gouvernement : sept poste d'aumôniers de marine sont supprimés, dont les cinq embarqués. Seules sont maintenues les onze aumôneries des ports. Le gouvernement reviendra peu à peu sur ces mesures, et dès le , l'ordonnance réorganisant l'École navale y prévoit un aumônier qui célèbre une messe quotidienne, obligatoire pour les deux promotions. Les vaisseaux partant en expédition lointaine embarquent des aumôniers volontaires mis à disposition de la Marine par les évêques des ports de guerre pour la durée de la campagne.
Le , Louis-Philippe décide « qu'un aumônier serait embarqué à bord de tout bâtiment de la flotte portant la marque d'un officier général, qu'il pourrait aussi en être affecté un à bord de tout bâtiment monté par un capitaine de vaisseau commandant une division ou une subdivision navale ainsi que, dans certains cas, sur des bâtiments isolé expédiés au loin pour des missions particulières ».
Sous l'influence de Félix Coquereau, aumônier sur la Belle Poule, Napoléon III crée, le , le Corps des aumôniers de la Flotte et on choisit le nom d'abbas in castris, qui doit assurer le service du culte sur tous les navires. Son décret instaure « une direction supérieure, unique et rationnelle ». À la tête se trouve le grand aumônier des Armées de terre et de mer qui délègue ses pouvoirs spirituels. En conséquence, le directeur de fait de l'aumônerie de la Marine est l'aumônier en chef, chargé de proposer au choix du ministre de la Marine ses collaborateurs fournis par les évêques, puis de coordonner et de diriger leur apostolat, tant sur terre qu'à la mer.