Burayr (, le petit désert ou le petit coin sauvagePalmer, 1881, 367.), également transcrit Bureir, Burier ou Ibreir, était un village arabe palestinien du sous-district de Gaza, à 18 km au nord-est de Gaza. En 1945, sa population était de 2740 habitants. Il fait partie des centaines de villages palestiniens expulsés et détruits durant la guerre de Palestine de 1948 par les milices sionistes du Yichouv, ce qui provoque l’exode palestinien de 1948, ou Nakba. Durant l'expulsion du village, plus d'une centaine d'habitants furent massacrés.
Géographie
Burayr était situé à 18 km au nord-est de Gaza, à 100 m d'altitude, sur un terrain irrégulier, traversé par le wadi al-Qa'a.. Il relevait du sous-district de Gaza. La principale route de Palestine, la route côtière, reliant Gaza au sud à Jaffa et Haïfa au nord, passait près du village, à l'est. Une autre grande route, orientée est-ouest et reliant al-Faluja à al-Majdal, passait à 9km au nord.
Il avait une superficie de dounams ()Department of Statistics, 1945, 31.Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, 45.. En 1945, l'essentiel de la propriété était entre des mains arabes ( dounams), 618 dounams entre des mains juives, et 1346 dounams étaient des terres publiques. 409 dounams étaient cadastrés comme plantations et terres irriguées, en terres à céréales, le reste en terres incultes ou construite sGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, 86..
Le village avait une forme grossièrement circulaire, les maisons étant disposées de manière irrégulière. Pendant la période du mandat britannique, il s'agrandit vers l'ouest, sur une colline inculte, afin de préserver les terres arables. La place du marché, la mosquée, la clinique étaient au centre du village.
Histoire
Quatre sites archéologiques se trouvent sur le territoire de Burayr.
Avant la conquête musulmane
En 2013, des fouilles archéologiques sont menées par Hardin W. James, Rachel Hallote et Benjamin Adam Saidel, de l’université d'État du MississippiAutorité des antiquités d'Israël, Excavators and Excavations Permit for Year 2013, Survey Permit # S-429.. Sur la base de céramique philistine des trouvée lors des fouilles du tell, l’archéologue Jeffrey Blakely de l’université du Wisconsin-Madison pense que Burayr peut être le site d’un village philistin contemporain des forts judéens installés sur les collines voisines..
Le nom de Burayr pourrait venir de celui d’une ville juive, Bror Hayil, mentionné dans le Talmud et où rabbi Yoḥanan ben Zakkaï vécut au et était juge au sein du tribunal rabbiniqueNeubauer, 1868, 68-69.Tsafrir et al, 1994, 93.. Les ruines sont à 400 m au nord-est du kibboutz Bror HayilBenjamin Adam Saidel, Rachel Hallote, Tali Erickson-Gini, Bernard Schecter, James W. Hardin Excavations and Surveys in Israel:Preliminary report. Bureir, Hadashot Arkheologiyot Volume 133 Year 2021. Des sources byzantines mentionnent BurironKhalidi, 1992, 91. et des céramiques byzantines ont été trouvées sur placeDauphin, 1998, 881..
De la conquête arabe au sultanat mamelouk
Le nom du village remonte à la conquête musulmane du Levant au Sharon, 2004, XLVI ff..
Des inscriptions fatimides du ont été retrouvées à Burayr.
Sous le sultanat mamelouk, Burayr était placé sur l’importante route menant de Gaza à Bayt Jibrin, bifurquant de la via Maris à Beit Hanoun. Burayr possédait une source pour son approvisionnement en eau, ce qui en faisait une halte appréciée. En 1472–1473, le sultan Qait Bay consacra Burayr comme waqf au bénéfice de sa médersa de Jérusalem.
Empire ottoman
Burayr est annexé par l'Empire ottoman en 1517 avec le reste de la Palestine. En 1596, un registre fiscal mentionne Burayr qui relève de la nahié et du sandjak de Gaza. La population est de 210 foyersHütteroth, Abdulfattah, 1977, 144. soit environ 1150 personnes, tous musulmans. Les villageois payaient des impôts à un taux unique de 40% sur les productions agricoles, blé, orge, fruits, miel, chèvres pour un total de akçe. Une part de 5/ de ces impôts étaient attribués à un waqf.
Aux , la région de Burayr connait un phénomène important d'abandon de villages dû à la pression des nomades. Leurs habitants se sont réinstallés dans des villages voisins, tout en continuant à cultiver leurs terres..
En 1838, Edward Robinson décrit Burayr comme un Robinson, Smith, 1842, II, 370, cité par Khalidi, 1992, 92 (note : il y a une erreur de frappe dans Khalidi, il écrit 35).. Il indique aussi que c'est un village musulman du district de GazaRobinson, Smith, 1841, volume 3, Appendix 2, 118..
En 1863, Victor Guérin décrit Brir comme un dont toutes les maisons sont construites en pisé, sauf celle du cheikh, construite en pierreGuérin, 1869, 293.Sharon, 2004, XLVIII. ; . Il note aussi les plantations de tabac entourées de haies de figuiers de Barbarie.
Une liste de villages ottomane de 1870 recense 167 maisons à Bureir et 579 hommes (les femmes n'étant pas recensées)Socin, 1879, 149.Hartmann, 1883, 133 note aussi 167 maisons.. En 1883, l'enquête du Palestine Exploration Fund décrit un grand village, son puits à l'est, un bassin au nord et des jardins au sudConder, Kitchener, 1883, SWP III, 259. Cité par Khalidi, 1992, 92..
Un moulin à farine est construit vers 1904 par un marchand juif de Gaza, al-Khudajah Hayyim, refroidi par l'eau d'un puits voisin.
Burayr a eu une certaine importance stratégique lors de la Première Guerre mondiale ; le , c'est un des premiers villages conquis par les Alliés, sa prise consolidant les positions britanniques sur les routes en direction de Jaffa et de Jérusalem.
Période mandataire vignette|Carte de Burayr en 1931 au 1:. vignette|Carte de Burayr en 1945 au 1:. Après la conquête, la Palestine est gouvernée par le Royaume-Uni sous mandat de la Société des Nations : c'est la période de la Palestine mandataire. Burayr s'agrandit vers l'ouest, une mosquée est construite au centre du village, ainsi qu'une clinique et un moulin a farine. Deux écoles primaires, pour les filles et pour les garçons, sont fondées en 1920, avec 241 élèves en 1947. Le village était alimenté en eau par trois puits, plus des puits artésiens venus s'ajouter à la fin de la période mandataire.
Dans les années 1940, la découverte de pétrole à un kilomètre au nord du village, exploité par l'Iraq Petroleum Company, stimule l'économie locale.
L'activité commerciale reposait sur le marché du vendredi, fréquenté par les habitants des villages voisins et les Bédouins. L'agriculture et l'élevage employaient néanmoins la plus grande partie de la population, les principales cultures étant les agrumes, la vigne et les figues.
Au recensement de 1922, Bureir avait une population de 1591 habitants, tous musulmansBarron, 1923, Table V, Sub-district of Gaza, 8., chiffre passant à 1894 à celui de 1931 ; tous les habitants étant musulmans et occupant 414 maisonsMills, 1932, 3..
Dans les statistiques de 1945, la population de Bureir est estimé à 2740 habitants, tous musulmans.
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Burayr est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Escarmouches vignette|Plan de Burayr en 1948.
Le , des milices sionistes pénètrent dans le village, avec 5 véhicules blindés et sont repoussées sans pertes. Le , un convoi du Yichouv échange des coups de feu avec la milice locale puis se retire. Les habitants construisent une barricade à l'entrée du village, mais elle est détruite le lendemain par l'armée britannique le lendemain. Deux Arabes sont blessés.
En 1946, environ 500 dounams avaient été achetés par le fonds national juif à 1,5 km de Burayr. Un petit avant-poste y est créé dans la nuit du 18 au et baptisé Al Walker (le caché) par les Arabes et Beror Chayil par les Juifs. Il sert de base pour l'opération d'expulsion du village. Doté d'un mur d'enceinte entourant des logements préfabriqués et d'une tour de guet, il est défendu par des Juifs vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Dès sa construction, la milice du village tire des coups de feu sur cet avant-poste, sans effet. Le , un convoi sort de cet avant-poste, roule vers Burayr sous la protection de l'armée britannique et traverse le village en ouvrant le feu : quatre Arabes sont tués.
Expulsion et massacre
Le , les dirigeants du Yishouv préparent des plans pour coloniser Burayr, alors que le village était encore habité par ses habitants arabes.
En , au cours de l'opération Barak, les brigades Neguev et Guivati s'emparent de Bureir. Le , un convoi blindé arrive à Al-Walker, du Nord. Des soldats de la Haganah, déguisés en soldats britanniques, tentent de négocier le passage de convois et en profitent pour reconnaître les défenses du village. Le à l'aube, des troupes de la Haganah sont présentes a l'ouest, au sud et à l'est du village. Les villageois sont réveillés par des tirs de mortier et de mitrailleuse. Un avion survole le village ; les habitants se réfugient au centre. La défense est concentrée à l'ouest : 38 hommes de la milice locale et des Frères musulmans volontaires qui se battent jusqu'à leur dernière cartouche. À midi, faute de munitions, les combats cessent. L'avion largue des tracts signés par Nahum Sarig, général commandant la brigade Neguev, demandant aux habitants de se rendre et de livrer leurs armes. Le massacre de Deir Yassin est très récent, et les habitants terrorisés prennent la fuite vers le nord. Les soldats de la Haganah entrent alors dans Burayr avec les blindés et les bulldozers et commencent le massacre, tirant sur les personnes qu'ils croisent sans discrimination ; un groupe de civils est rassemblé et exécuté à la mitrailleuse. La mosquée est détruite à l'explosif, sur ordre de . Les maisons sont fouillées une par une, des grenades jetées dans celles où les soldats trouvent des habitants. Pendant le massace le village est mis à sac par les miliciens sionistes qui emportent tracteur et bétail. S. A. Jawad estime le bilan du massacre à 20 combattants (sans munitions) et une cinquantaine de civilsSaleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 109-110..
Les habitants fuient vers la seule direction laissée libre, le nord, et se réfugient à Huleigat et al-Majdal. Burayr est incendié et brûle pendant trois jours ; les cultures sont aussi incendiées, les arbres fruitiers coupés, les puits détruits. Les habitants errent pendant des mois avant de trouver des abris dans des camps de réfugiés à Gaza. Des jeunes du village retournent sur place les jours suivants le massacre pour enterrer les morts et tenter de moissonner la récolte. Plusieurs sont victimes de tirs israéliens ou des mines laissées dans le village.