Alaungpaya (birman ), Alompra ou Alaung Mintaya (birman , littéralement Futur Roi-Bouddha), ( - Maung Maung Tin Vol. 1 1905: 52Buyers, Alaungpaya) est un roi de Birmanie, fondateur de la dynastie Konbaung et du troisième empire birman. À sa mort en 1760, cet ancien chef de village de Haute-Birmanie avait réunifié le pays, soumis l'état de Manipur, récupéré le Lanna et expulsé la Compagnie française des Indes orientales et la Compagnie anglaise des Indes orientales, qui avaient aidé le royaume restauré d'Hanthawaddy (1740-1757). Il avait aussi fondé Rangoun en 1755. Il mourut de maladie durant la guerre contre le Siam.

Il est considéré comme un des trois plus grands rois de Birmanie avec Anawrahta et Bayinnaung, pour avoir unifié le pays pour la troisième fois dans l'histoire de la Birmanie.

Jeunesse Il était né sous le nom d'Aung Zeya (littéralement Victoire Victorieuse) à Moksobo (Shwebo), petit village à au nord-ouest d'Ava, dans la vallée de la Mu. Il était le second fils de Min Nyo San (birman ) et de son épouse Saw Nyein Oo (), appartenant à des familles qui avaient administré le village depuis des générations : son père Min Nyo San était un chef héréditaire de Moksobo et son oncle Kyawswa Htin (), plus connu comme Sitha Mingyi (), était le seigneur du district de la vallée de la MuHmannan Vol. 3 1829: 391. Alaungpaya affirmait descendre d'un commandant de cavalerie du , frère du roi d'Ava Mohnyin Thado (1390–1440) et de la lignée royale de Pagan. Sa famille était nombreuse et liée par le sang et par des mariages à beaucoup d'autres familles de la petite noblesse de la valléeMyint-U 2006: 90. En 1730, il épousa Yun San (, 1713–1771), fille du chef d'un village voisin, Siboktara (). Ils eurent six fils et trois filles (leur quatrième fille mourut jeune).

Chef de Moksobo et second de la vallée de la Mu Au moment de sa jeunesse, l'autorité de la dynastie Taungû connaissait un déclin rapide. Les d'Ava avaient été incapables de se défendre contre les raids dévastateurs de Manipur, qui s'aventuraient de plus en plus profondément en Haute-Birmanie depuis 1724, ni d'organiser une expédition punitive contre Manipur elle-même, bien que la Birmanie fût largement plus grande que celle-ci. Ava avait aussi échoué à reprendre le Lanna (Chiang Mai), qui s'était révolté en 1727, et n'avait rien fait pour empêcher l'annexion des États Shans du Nord par la dynastie Qing dans les années 1730. La vallée de la Mu se trouvait année après année sur la route des incursions de ManipurMyint-U 2006: 88–91.

C'est durant cette période troublée, en l'absence d'autorité royale, qu'émergèrent des hommes comme Aung Zeya. Il assuma les responsabilités de son père comme chef de village à un peu plus de vingt ans. Grand pour l'époque ( selon un envoyé britannique)Harvey, , solidement bâti, il avait une autorité naturelle et était considéré comme un chef parmi ses pairs de la vallée. Ils commencèrent à lui confier la responsabilité de les défendre contre les raids de Manipur.

Le régime d'Ava se méfiait de tout rival potentiel. En 1736, le commandant de ses armées Taungû Yaza convoqua Aung Zeya à Ava pour voir si ce chef de village de 22 ans constituait une menace potentielle. Satisfait de voir qu'il n'avait pas de visée sur le trône, Taungû Yaza lui décerna au nom du roi le titre de Bala Nanda Kyaw. Aung Zeya devint le second de son oncle Sitha Mingyi, seigneur de la vallée de la Mu, et kyekaing (, ), un administrateur responsable de la perception des impôts et du maintien de l'ordrePhayre 1883: 149–150.

Fondation de la dynastie Konbaung

L'autorité d'Ava continua à s'affaiblir au cours des années suivantes. En 1740, les Môns de Basse-Birmanie se révoltèrent, fondant le royaume restauré d'Hanthawaddy, avec pour capitale Pégou (Bago). Les faibles tentatives d'Ava pour récupérer le sud du pays furent infructueuses. Une guerre de basse-intensité s'établit entre Ava et Pégou, jusqu'en 1751, lorsque les Môns lancèrent leur assaut final, envahissant la Haute-Birmanie avec toutes leurs forces. Au début de 1752, aidées par les armes à feu fournies par la Compagnie française des Indes orientales et des mercenaires portugais, ils étaient aux portes d'Ava. Le prince héritier d'Hanthawaddy, Upayaza, ordonna à tous les administrateurs de Haute-Birmanie de se soumettre. Certains choisirent de coopérer, mais d'autres, comme Aung Zeya, préférèrent résister.

Aung Zeya persuada 46 villages de la vallée de la Mu de se joindre à sa résistance. Il trouva une audience favorable auprès d' de Haute-Birmanie qui voulaient réparer les nombreuses humiliations subies par leur royaume jadis si fier. Le (pleine lune de Tabaung 1113), alors que les forces d'Hanthawaddy étaient sur le point de franchir les murailles d'Ava, Aung Zeya se proclama roi sous le nom d’Alaungpaya (l'embryon de Bouddha) et fonda la dynastie Konbaung. Son nom de règne complet était Thiri Pawara Wizaya Nanda Zahta Maha Dharma Yazadiyaza Alaung Mintayagyi.

Il ne convainquit cependant pas tout le monde. Après la chute d'Ava le , son propre père lui conseilla de se soumettre : il lui fit valoir que, bien qu'ayant des quantités de soldats enthousiastes, il manquait de mousquets et que leur petite palissade ne résisterait jamais à une armée bien équipée qui venait de mettre à sac Ava, puissamment fortifiée. Alaungpaya, impavide, déclara : Il prépara sa défense en fortifiant Moksobo (renommé Shwebo), avec une palissade et des douves. Il fit couper la forêt à l'extérieur, détruire les mares et combler les puitsHarvey 1925: 220–221.

Réunification de la Birmanie (1752–1759)

Haute-Birmanie (1752–1754) Konbaung n'était qu'un des nombreux îlots de résistance apparus indépendamment en Haute-Birmanie. Par chance pour eux, le commandement môn crut que la prise d'Ava équivalait à la victoire sur toute la région, et il renvoya les deux tiers de la force d'invasion à Pégou, laissant sur place moins de hommesPhayre 1883: 150–152 pour ce qui était considéré comme une simple opération de pacification. Au début, cette stratégie sembla fonctionner. Les forces d'Hanthawaddy établirent des avant-postes dans le nord (aujourd'hui le nord de la région de Sagaing) et trouvèrent des alliés dans les Gwe Shans de Madaya (dans le nord de l'actuelle région de Mandalay).

Les forces d'Alaungpaya dispersèrent cependant les deux détachements envoyés par Hanthawaddy pour s'assurer de son allégeance. Elles survécurent ensuite à un siège d'un mois par une armée de plusieurs milliers d'hommes commandés par le général Talaban lui-même, qu'elles finirent par vaincre. La nouvelle se répandit. Bientôt Alaungpaya rassembla une véritable armée dans la vallée de la Mu et ailleurs, profitant des relations de sa famille et choisissant comme lieutenants d'autres chefs de la petite noblesse. le succès attira de plus en plus de recrues venues de toute la Haute-Birmanie. La plupart des autres forces de la résistance le rejoignirent, ainsi que les officiers de l'ancienne garde du palais, avec toutes les armes qu'ils avaient pu conserver. En october 1752, il était devenu le principal adversaire d'Hanthawaddy : il avait détruit tous les avant-postes au nord d'Ava et vaincu leurs alliés Gwe Shans de Madaya. Des légendes commençaient à courir sur son compte. Ses soldats pensaient qu'ils ne pouvaient échouer quand il était à leur tête.

Malgré des revers répétés, Pégou n'envoya pas de renforts, alors même qu'Alaungpaya consolidait ses gains en Haute-Birmanie. Le , les forces de Konbaung reprirent Ava. Alaungpaya reçut alors l'hommage des états shans voisins, aussi loin au nord que Momeik. En , Hanthawaddy envoya finalement toute son armée, mettant le siège devant Ava et avançant jusqu'à Kyaukmyaung, à une vingtaine de kilomètres de Shwebo. Mais la contre-attaque menée par Alaungpaya en personne refoula l'envahisseur en maiHarvey 1925: 222–224.

Basse-Birmanie (1755–1757)

La guerre se transforma de plus en plus en conflit ethnique entre le nord birman et le sud môn. Les Pégouans engagèrent une politique désastreuse de persécution des Birmans du sud. Il exécutèrent aussi en Mahadhammaraza Dipadi, le roi de la dynastie Taungû qu'ils détenaient encore. Alaungpaya exploita la situation, encourageant le reste des troupes birmanes à se rallier à lui, ce que beaucoup firentLieberman 2003: 202–206.

Renforcé par des levées de soldats dans toute la Haute-Birmanie, y compris de contingents shans, kachins et chins, il lança une offensive-éclair sur la Basse-Birmanie en . Dès le mois de mai, ses armées s'étaient emparées de tout le delta de l'Irrawaddy et avaient pris Dagon (qu'il renomma YangonPhayre 1883: 156, signifiant la Fin de la lutte - Rangoun). Mais cette avance connut un arrêt brutal à Syriam (Thanlyin), importante ville portuaire défendue par les Français, contre laquelle se brisèrent plusieurs assauts. Alaungpaya chercha à s'allier avec la Compagnie anglaise des Indes orientales et à obtenir des armes. Ni l'un ni l'autre ne se produisirent. Les forces Konbaung prirent finalement la ville en , après un siège de 14 moisMyint-U 2006: 94–95. Elles submergèrent ensuite les défense d'Hanthawaddy, déterminées mais très inférieures en nombre, et mirent à sac la capitale Pégou en , mettant fin aux 17 ans de la renaissance mône.

Après cela, Chiang Mai et les autres États du nord-ouest de l'actuelle Thaïlande, révoltés depuis 1727, envoyèrent rapidement des tributs. Il en fut de même dans le sud, où les gouverneurs de Martaban (Mottama) et Tavoy (Dawei) envoyèrent aussi des tributsHarvey 1925: 241.

États shans du nord (1758–1759) En 1758, Alaungpaya envoya une expédition dans le nord des États Shans (aujourd'hui le nord et l'est de l'État de Kachin, le nord de l'État Shan et la préfecture autonome dai de Xishuangbanna, au Yunnan), qui avaient été annexés par la dynastie Qing au milieu des années 1730. Dès le début de 1759, les birmans y avaient rétabli leur autoritéMyint-U 2006: 100–101 (les tentatives chinoises pour récupérer la région conduisirent à la guerre sino-birmane de 1765-1769, sous les règnes de l'empereur Qianlong et d'Hsinbyushin, fils d'Alaungpaya).

Cap Negrais (1759)

Alaungpaya tourna ensuite son attention vers la colonie anglaise du Cap Negrais, à la pointe occidentale du delta de l'Irrawaddy. Les britanniques, inquiets des succès du royaume d'Hanthawaddy soutenu par les français, s'en étaient emparé en 1753. Au cours de la guerre contre Hanthawaddy, Alaungpaya avait offert de le leur céder, en échange d'une aide militaire. Il avait même ignoré le fait qu'un navire de la compagnie anglaise des Indes orientales, l’Arcot, avait vendu des armes à ses ennemis et ouvert le feu sur ses troupes au cours de la bataille de Syriam. (Une lettre d'Alaungpaya à Georges III écrite en 1756 sur une feuille d'or de 55 par et incrustée de 24 rubis a été récemment découverte à Hanovre. Dans cette lettre, confiée à l'enseigne John Dyer, Alaungpaya reconnaît formellement l'établissement de la compagnie anglaise des Indes orientales dans son pays, mais seulement par un ordre royal à l'intention du roi d'Angleterre.)

Mais il ne reçut aucune aide militaire. Les Anglais affirmèrent qu'ils ne pouvaient fournir des armes, trop engagés qu'ils étaient dans leur propre guerre de Sept Ans contre les françaisMyint-U 2006: 92–93. En 1758, Alaungpaya apprit cependant que la compagnie anglaise des Indes orientales avait vendu des munitions et des armes (500 mousquets) à des rebelles môns. (Selon l'historien britannique GE Harvey, cette nouvelle était une invention de ses conseillers arméniens et le nombre de mousquets était de 5, et non pas 500Harvey 1925: 240.) Le , un bataillon birman de 2000 hommes s'empara du fort anglais, mettant fin au premier établissement colonial britannique en BirmaniePhayre 1883: 168.

Guerres étrangères Manipur (1756 & 1758)