La citadelle de Blaye est un complexe militaire de bâti entre 1685 et 1689 par l'ingénieur militaire François Ferry, directeur général des fortifications de Guyenne, sous la supervision de VaubanLa sentinelle de Bordeaux, Blaye sur la Gironde, par Daniel Binaud, éditions Art & Arts, , 208 et suivantes. Dominant l'estuaire de la Gironde, elle se situe dans la commune de Blaye, dans le nord du département de la Gironde, en France. Elle forme un vaste ensemble fortifié entouré de courtines, complété par quatre bastions et trois demi-lunes.

L'intérieur est conçu comme une véritable caserne s'articulant autour d'une place d'armes, d'un couvent abritant autrefois des religieux de l'ordre des Minimes, et de plusieurs casernements destinés au logement de la troupe. Plusieurs éléments des fortifications médiévales sont conservés dans le nouvel ensemble, parmi lesquels le château des Rudel (), la porte de Liverneuf () ou la tour de l'Éguillette ().

Conçue pour contrôler la navigation sur l'estuaire, la citadelle est complétée par le fort Paté, sur l'île Paté, et par le fort Médoc, situé sur la rive opposée de la Girondein Revue archéologique de Bordeaux, volumes 82-83, Société archéologique de Bordeaux, année 1991, pages 138-140, l'ensemble est alors dénommé « verrou de l'estuaire ».

Elle est intégralement classée monument historique le , elle est également l'un des douze sites intégrés au Réseau des sites majeurs de Vauban et est à ce titre inscrite le sur la liste du patrimoine mondial de l'UnescoJournal Sud Ouest du 8 juillet 2008Site officiel de l'Unesco.. Elle est classée depuis le comme étant un site majeur d'Aquitainehttp://aquitaine.fr/actualites/de-nouveaux-sites-majeurs-du-patrimoine.html.

Depuis 1977, la citadelle est le cadre du jumping international de Blaye qui se déroule chaque année en juillet.

Histoire thumb|left|La porte Dauphine (1689) est, avec la porte royale, l'un des deux accès à la citadelle

Origine La présence d'un éperon rocheux dominant de l'estuaire de la Gironde. explique l'établissement précoce de fortifications à l'emplacement de l'actuelle citadelle. S'il apparaît comme vraisemblable que le site ait été choisi par les Romains pour y édifier le « castrum » de Blavia, ce n'est que vers le que la présence d'un premier château est attestée, celui-ci apparaissant comme l'une des résidences ponctuelles du jeune roi d'Aquitaine Caribert II (lequel est enterré dans l'ancienne basilique Saint-Romain)in Les Sedes Regiæ entre Seine et Rhin, par Alain Dierkens et Patrick Périn, page 293. Peu de documents permettent de savoir ce qu'il advient de ce château à la mort du souverain en 632.

Le château médiéval Guillaume IV Taillefer, comte d’Angoulême prend possession du château en 994in La citadelle de Blaye, par Nicolas Faucherre, page 40. À sa mort en 1028, celui-ci le transmet à son cadet Geoffroi, puis en 1048 à Geoffroy dit Rudelin Histoire de Blaye, par Abbé Bellemer, page 63. La forteresse restera sous le contrôle des Rudel jusqu'au début du XIVe siècle.

D'après les chroniques Adhèmar, le château, démoli par le Guillaume IX d'Aquitaine en 1096in Histoire de Blaye, par Abbé Bellemer, page 82, est reconstruit par Wulgrin Rudel dans la première moitié du XIIe siècle. C'est sans doute de ce château que le troubadour Jaufré Rudel est parti en croisade en 1146.

Remanié à plusieurs reprises, le château des Rudel est encore en assez bon état en 1685 pour que le commissaire général des fortifications Sébastien Vauban décide de l'intégrer dans la citadelle dont il propose la construction.

Fortification bastionnée De fait, si une première campagne de fortifications a lieu dès 1652, sous la direction de l'ingénieur militaire Blaise François Paganin Histoire de l'Aquitaine, par Charles Higounet, pages 377-378, la construction de la citadelle actuelle est due à la volonté du "Roi-soleil" d'établir un solide verrou sur la Gironde s'inscrivant dans le plan général de protection des côtes et permettant aussi de contrôler la navigation sur le fleuve afin de "tenir Bordeaux dans le devoir s'il lui arrivait de faire la bêteLettre de Vauban à M. le Marquis de Seignelay en date du 5 novembre 1685.". La place forte est ainsi conçue pour être la pièce-maîtresse d'un triptyque englobant le fort Paté, construit en 1693 sur l'île éponyme, et le fort Médoc, édifié en 1691 sur la rive opposée de l'estuaire.

Sous l'impulsion du duc de Saint-Simon, gouverneur de Blaye, un premier chantier est lancé au milieu des années 1660, dirigé par Nicolas Desjardins et Pierre Duplessy-Michel sous la direction de l'intendant Claude Pellot..

Les travaux de la citadelle sont par la suite supervisés par le maréchal Vauban, la réalisation de l'œuvre étant confiée à l'ingénieur militaire François Ferry. Ce dernier est aidé dans sa tâche par plusieurs assistants : ce sont tout d'abord Charles Thuillier, de 1685 à 1690, puis Jean-Baptiste Augier de 1686 à 1691, enfin Pierre Jablier - le neveu de François Ferry - de 1688 à 1705in La garnison de Blaye, article paru dans le magazine L'estuarien , par Olivier Caro.

L'édification de la forteresse ne va pas sans causer de profonds bouleversements à la trame urbaine médiévale : ce n'est rien moins que la majeure partie de la ville qui est détruite afin de laisser la place à un vaste complexe semi-circulaire de épousant la forme du rocher. Ces transformations radicales n'épargnent pas l'antique basilique Saint-Romain, jadis lieu de pèlerinage et nécropole des rois d'Aquitaine, dont la tradition rapporte qu'elle fut également le lieu d'inhumation du comte Roland de Blaye, neveu de Charlemagne. Sacrifiée afin d'établir un glacis défensif autour de la citadelle, ses ruines ont été mises au jour dans les années 1960.

thumb|Ruines du château des Rudel dans la citadelle

Seuls quelques éléments des fortifications médiévales échappent à la destruction : le château des Rudel, qui servira de logis au gouverneur militaire, la porte de Liverneuf () ou la tour de l'Éguillette (), tandis que deux maisons du . Les habitants sont relogés dans une « ville-neuve » reconstruite à quelques centaines de mètres plus à l'est.

Le gros-œuvre, entamé en 1685, est achevé en 1689. Les travaux se poursuivent cependant jusqu'au début du .

Lorsqu'un arrêté du comité de salut public ordonne le rassemblement des prêtres réfractaires en vue de leur déportation prévue vers la Guyane (), plusieurs centaines d'entre eux, appréhendés dans différentes provinces du sud de la France, sont parqués dans les cachots de l'ancienne prison de la citadelle (actuel bâtiment de la manutention) ainsi que dans les geôles du fort Patéin Histoire des prisonniers politiques, 1792-1848: le châtiment des vaincus, par Laurent Boscher, éditions de l'Harmattan, page 33. Les conditions de détention sont particulièrement difficiles : au manque de nourriture s'ajoutent les brimades et les mauvais traitements, qui ne tardent pas à avoir raison des plus faibles. En 1999, l'association locale d'archéologie a mis au jour des chapelles ardentes dans une des salles de l'ancienne prison, certaines ayant été garnies de niches afin d'y accueillir de petits cierges. En avril 1795, les détenus survivants sont libérés.

thumb|left|Le bastion Saint Romain et son échauguette en pierre, restaurée en 1995. Une seconde échauguette en pierre a été remontée en 1998

Sous le Premier Empire, la citadelle recouvre toute son importance stratégique, alors que les navires de guerre britanniques croisent régulièrement au large des côtes aquitaines et charentaises. C'est d'ailleurs en 1814 que la forteresse blayaise va connaître son unique siège alors que l'empire est déjà agonisant. Une escadre anglaise, commandée par l'amiral Penrose, prend position à hauteur Pauillac. Pendant plusieurs jours, un mortier de gros calibre va bombarder la ville, puis la citadelle placée sous le commandement du chef de bataillon Merle. Ce dernier refuse obstinément de se rendre et ce n'est que l'abdication de l'empereur Napoléon , auquel succède sur le trône le roi Louis XVIII, qui amène la cessation conjointe des hostilitésin Histoire des campagnes de 1814 et 1815, par Frédéric François Guillaume Vaudoncourt, pages 134 et suivantes.

Du au , la citadelle sert de lieu d'internement à la duchesse Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry, détenue sur l'ordre du roi Louis-Philippe pour avoir fomenté un soulèvement visant à porter sur le trône son fils le duc de Bordeauxin Histoire des prisonniers politiques, 1792-1848: le châtiment des vaincus, par Laurent Boscher, éditions de l'Harmattan, page 287. Pendant les derniers mois de sa détention la duchesse de Berry sera placée sous la surveillance du général Thomas-Robert Bugeaud, nouveau commandant de la place, qui l'accompagnera lors de son retour en Sicile.

thumb|Échauguette en pierre du bastion des Pères, surmontée d'une fleur de lys, emblème de la monarchie française

En 1851, le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte conduit à des révoltes sporadiques dans plusieurs régions du sud-ouest. Plusieurs dizaines d'insurgés sont emprisonnés dans les sous-sols de l'hôpital, convertis en cachots de fortune. Manque d'hygiène, surpopulation, les conditions de détention apparaissent vite comme inadaptées. En janvier 1852, l'une des prisonnières perd la raison. Tandis que cette dernière est envoyée dans un établissement psychiatrique, ses codétenues sont relaxées. Les hommes ne bénéficient pas de cette mesure de clémence et sont déportés au bagne de Cayenne ou dans des geôles en Algérie.

Démilitarisation Inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques dès 1925, la citadelle apparaît pourtant menacée dans le courant des années 1930. En effet, pour faire face à l’érosion maritime de la pointe de Grave, le port de Bordeaux procède à des enrochements en exploitant la carrière des Cône et obtient du ministère de la guerre l'autorisation d'entamer la démolition de la demi-lune du Cône. Bien que regrettant que soit porté atteinte à l'intégrité du monument, le ministère des Beaux-Arts donne son accord. Les travaux de démolition débutent en 1936 mais se heurtent bientôt à une mobilisation menée par plusieurs personnalités locales, dont le maire Édouard Doré et le sous-préfet Jacques Guillemaut. Un journaliste local, Paul Raboutet, orchestre une campagne médiatique dans plusieurs journaux de la région, dont « L'illustration » et « L'avenir blayais et jonzacais »Reproduction du journal « L'avenir blayais et jonzacais », Archives de la Gironde (PDF). Cette dernière est reprise par une partie de la presse nationale, conduisant à l'interruption des travaux peu après. Le , les fortifications et les glacis est classée monument historique.

En 2008, la citadelle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au sein du bien en série les Fortifications de Vauban. L'année suivante, le , la protection du monument est renforcée par le classement monument historique de l'intégralité du site.

Description thumb|left|La porte Dauphine est précédée d'un pont dormant édifié en 1770 thumb|Carte de l’estuaire de la Gironde et son système défensif

Dans sa configuration actuelle, la citadelle apparaît comme un ensemble en hémicycle formé d'une enceinte à quatre bastions et trois demi-lunes, ceinturé par de profondes douves et par un glacis à contrescarpe. À l'ouest, la falaise surplombant la Gironde renforce encore les fortifications. L'érosion naturelle a cependant conduit à la programmation d'un plan de prévention des risques mouvements de terrain (PPRMT), premier pas vers des travaux de consolidation de cette partie de la citadellein Projet d'inscription de l'œuvre de Vauban au patrimoine mondial de l'Unesco.