Ain Ghazal (, « source de la gazelle ») est un village arabe palestinien situé à au sud d'Haïfa. Il fait partie des centaines de villages palestiniens expulsés et détruits pendant la première guerre israélo-arabe, dans ce cas précis au cours d'un assaut mené dans le cadre de l'opération Shoter. Au cours de l'assaut, une partie de la population est massacrée. Le territoire du village est aujourd'hui recouvert par des forêts, ou utilisé par les moshavim d'. Le nom d'Ein Ayala, un moshav voisin créé en 1949, traduit en hébreu moderne le nom d'Ain GhazalBronstein in Masalha, 2005, 233..
Géographie
Le village d'Ain Ghazal se trouvait dans le sous-district de Haïfa, à au-dessus du niveau de la mer et à au sud d'Haïfa.. Le village était construit sur les berges d'un wadi, sur les hauteurs du mont Carmel, et à proximité de la route principale entre Haïfa et Tel Aviv, ce qui lui donna une certaine importance stratégique lors de la guerre de 1948.
Sa superficie totale était de dounams (), dont dounams appartenant à des Arabes, 424 dounams appartenant à des Juifs et environ dounams de terres publiques. 1486 dounams étaient classés comme plantations ou terres irrigables, 8472 étaient utilisés pour la production de céréalesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 89..
Histoire
Empire ottoman
En 1517, la Palestine et Ain Ghazal avec sont annexées à l'empire ottoman. Aux , le village appartenait à l'émirat (1517–1683), qui s'étendait sur la vallée de Jezréel, Haïfa, Jénine, la vallée de Beisan, le nord des collines de Naplouse, le plateau de Ménashé et le nord de la plaine de Sharon. Selon Ilan Pappé, le village est créé aux environs de 1700 par des paysans venus du SoudanIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paul Chemla (traduction), Paris : la Fabrique éditions, 2024, 212..
Lors de la partie syrienne de la campagne d'Égypte (1799), il apparaît sous le nom d'Ain Elgazal sur la carte de Jacotin, bien que placé au mauvais endroitKarmon, 1960, 163 ..
En 1870, Victor Guérin passe par Ain Ghazal, dont il estime la population à . Il est divisé en deux sections et entouré de plantations de tabacGuérin, 1875 302..
À la fin du , Ain Ghazal est décrit comme un petit village aux maisons de pierre et de pisé, avec environ . Les villageois cultivaient 35 feddans de terre (1 feddan vaut de 10 à )Conder, Kitchener, 1882, SWP II, 41. Cité par Khalidi, 1992, 148..
La plus grande partie des terres d'Ain Ghazal et des villages voisins Jaba', , Al-Tira et al-Sarafand étaient détenues par les fils d'Abdel al-Latif al-Salah, lui-même propriétaire de la totalité du village de . Ces villages étaient passés sous la domination de la famille Salah par le jeu des emprunts contractés par ces villages envers cette famille ou grâce aux activités commerciales de cette familleYazbak, 1998, 140..
Dès l'époque ottomane, Ain Ghazal dispose de deux écoles : une école primaire pour garçons créée par les Ottomans en 1886, et une école primaire pour filles. Le village possédait aussi un club culturel et un club athlétiqueKhalidi, 1992, 148.. Les villageois étaient musulmans et entretenaient un maqam (sanctuaire) pour un sage local, cheikh Shahada.
Une liste de population de 1887 recense , tous musulmansSchumacher, 1888, 179. ; au début du vingtième siècle, le nombre d'habitants passe à 883Mülinen, 1908, 284..
Période du mandat britannique
De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations. Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Ain Ghazal a une population de habitants, tous musulmansBarron, 1923, Table XI, Sub-district of Haifa, 34., qui augmente au recensement de 1931 à , compté avec Khirbat al-Sawamir, tous musulmans, dans Mills, 1932, 90..
Dans les années 1940, un puits est foré pour alimenter le village en eau via une conduite. Dans les statistiques de Village de 1945, la population est estimée à habitants, tous musulmans. À cette époque, une partie de la population travaille à Haïfa, au port ou dans les entreprises de la ville. vignette|Carte au 1: d'Ain Ghazal ('Ein Ghazal) en 1938. vignette|Carte au 1: d'Ain Ghazal (Ein Ghazal) en 1945.
Guerre de 1948
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Ain Ghazal est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Le village avait réussi à s'armer avant le début du conflit, bien que chichement. Les services de renseignement israéliens estimaient un total de 87 armes à la mi-1947, dont 23 fusils dépassés et 45 pistoletsMorris, 2004, 30.. Le plan de partage de la Palestine des Nations unies de incluaient Ain Ghazal et les autres villages arabes de la région d'Haïfa au futur État juif, prévu pour être créé en même temps que l'État arabe.
Le le village subit une première attaque, rapportée par le journal Filastin sans détails. Quelques jours plus tard, des milices juives détruisent complètement quatre maisons, tuent une femme et blessent cinq hommes. Ain Ghazal et le village voisin d'Ayn Hawd ont été attaqués le soir du , selon le journal palestinien Filastin, qui rapporte qu'un groupe de juifs échouèrent à expulser les habitantsFilastin, 13.04.1948, cité par Khalidi, 1992, 150 et par Slyomovics, 1998, 100..
Les États arabes répondent à la déclaration d'indépendance d'Israël, le , en envoyant des troupes et lançant la première guerre israélo-arabe. Le , Associated Press rapporte qu'une autre attaque contre Ain Ghazal et Ayn Hawd a été repousséeKhalidi, 1992, 150, cité par Slyomovics, 1998, 100.. Le , la brigade Alexandroni avait reçu l'ordre d'. Selon Associated Press, en mai, des tireurs embusqués d'Ain Ghazal ouvrent le feu sur un convoi juif circulant sur la route Tel Aviv-Haïfa ; le , la Haganah conduit un raid sur le village.
Début , un rapport des Forces de défense israéliennes (FDI) rapporte la demande conjointe d'ouverture de négociations de reddition faite par Ain Ghazal, Ijzim, Jaba'. Aucune suite n'est donnée par les autorités israéliennesMorris, 2004, 96, 146. Note 172, logbook entry, IDF, for 9. June.. Les Forces de défense israéliennes (FDI) tentent à deux reprises, le et le , de s'emparer du village, mais sont repoussées. Le , avant la deuxième trêve de la guerre, le conseil des ministres israélien discute du cas des trois villages du . Ben Gourion affirme qu'il n'y a pas à s'en préoccuper : .
La seconde trêve, qui commence le , n'est pas violée par les habitants d'Ain Ghazal. Au contraire, le "Central Truce Supervision Board", présidé par le général de brigade US , a considéré que l'assaut des FDI sur les villages était une violation de la trêveMorris, 2004, 441, note 169.. Selon Meron Benvenisti, les FDI profitent de la trêve pour se nettoyer des petits groupes de villages arabes situés dans des zones stratégiques. Ain Ghazal est vidé de sa population en même temps qu'Ijzim et Ja'ba, tous situés sur le versant occidental du Mont Carmel, entre le 24 et le . Une semaine après le début de la trêve, l'armée israélienne lance l'opération Shoter ("Opération agent de police"), dans le but de conquérir les villages du Morris, 2004, 439.. L'opération est menée par plusieurs brigades de l'armée israélienne (brigades Alexandroni, Carmeli et Golani) et la police militaireBenvenisti, 2000, 152.. Malgré la puissance de l'attaque, les FDI mettent trois jours à prendre le contrôle des trois villages. Le , des combats de rue ont lieu à Ain Ghazal et Ja'ba. Le lendemain matin, les villages sont déserts.
vignette|Ruines à Ain Ghazal|alt=Des arches de maçonnerie et pierres de taille, espacees de quelques mètres, sans toit ni murs. 'Ain Ghazal est un des dizaines de villages palestiniens bombardés par les B-17 forteresses volantes et les avions de chasse que les FDI s'étaient procurés sur les marchés parallèles européen et américain pendant la première trêve (juin-juillet). Selon Ilan Pappé, le bombardement commence au moment de la rupture du jeûne du mois de ramadan, quand tout le monde commençait à sortir dans la rue, terrorisant la population. Les soldats israéliens sont très vite entrés dans le village et ont suivi la procédure prévue par le plan Daleth : rassemblement des hommes d'âge militaire (10 à ) devant l'officier du renseignement israélien accompagnant chaque expulsion de village. Un informateur arabe, cagoulé, l'accompagnait. Dix-sept hommes, ayant participé à la grande révolte arabe, en 1936-1939, sont sélectionnés et abattus sur placeI. Pappé, , 213..
Salah Abdel Jawad écrit que, en plus des morts civiles, les raids aériens provoquent une .
Moshe Sharett, ministre israélien des Affaires étrangères, ment à un médiateur des Nations unies en disant qu'aucun avion n'a été utiliséMorris, 2004, 439, note 152.. Azzam Pasha, le secrétaire général de la Ligue arabe, déclare que des atrocités ont été commises pendant et après ces attaques, notamment que d'al-Tira ont été brûlés vifs. Les FDI rejettent ces accusations mais admettent que ses soldats ont trouvé de 25 à 30 dans un état de décomposition avancé à Ain Ghazal, et que les prisonniers de guerre arabes ont enterré les restes. Les FDI ont aussi enterré trouvés dans les trois villages après la batailleMorris, 2004, 440, note 163 & 164.. Les FDI admettent également la mort de d'Ain Ghazal. Le , un observateur des Nations unies visite la zone et, selon Folke Bernadotte, ne trouve aucune preuve des massacres reprochés, bien qu'il fasse mention de la procédure engagée à propos des 28Morris, 2004, 440, note 167. However, according to this note, "something amiss had indeed occurred", as it refers to an ongoing IDF "trial" concerning the "28". Les archives militaires israéliennes sur ce sujet sont inaccessibles, selon Morris, 2004, 458.. Début août, des colons juifs pillent les villages d'Ain Ghazal et de Ja'baMorris, 2004, 441, note 173..
Mi-, les enquêteurs des Nations unies estiment le nombre de tués et disparus dans les trois villages (Ain Ghazal, Ijzim et Ja'ba) à 130. Bernadotte condamne les actions israéliennes de destruction systématique d'Ain Ghazal et de Ja'ba, et demande que le gouvernement israélien paie les réparations des maisons endommagées ou détruites pendant et après l'attaque. Bernadotte chiffre à 8000 les personnes expulsées des trois villages, et exige que les Palestiniens expulsés soient autorisés à faire usage de leur droit au retourd ; Israël a rejeté ces exigences.
Période israélienne
vignette|Marchés de la maison du moukhtar.|alt=Quelques marchés de béton noirci, menant à une maison qui a disparu. Ain Ghazal est un des nombreux villages qui ont été complètement effacés et recouvert d'une forêt par les autorités israéliennes, à l'instar de , et Mi'ar, tous replantés en pins et en cyprèsSlyomovics, 1998, 30.. Après la fin de la guerre, le moshav d' est créé en 1949 à au sud-est du village, mais en-dehors de son territoire. Le moshav d' est créé en 1950 à au sud-est du village et sur les terres d'Ain Ghazal.
En 1992, Khalidi décrit les restes d'Ain Ghazal :
Le maqam étant réputé, il a continué d'être fréquenté et même entretenu par les Arabes vivant en Israël. Voulant contrecarrer cette fréquentation, Israël a déclaré que le maqam était un site sacré juif. Un Arabe de la région l'a entièrement rénové en 1985, et a été condamné à une amende pour cela. Le maqam a ensuite été incendié en 2002, dans le cadre d'une campagne de profanation des saints sanctuaires musulmans subsistant en IsraëlI. Pappé, , 271..