L'atelier Lefèbvre-Lenclos (1875-1971) est une ancienne manufacture de sculpture et d'ébénisterie basée à Beuvry dans le Pas de Calais.,..

Fondé en 1875 par Léopold Lefèbvre, ancien apprenti du sculpteur Charles Buisine-Rigot, l’atelier se spécialise dès l’origine dans la création de mobilier d’église et de sculptures religieuses. En 1910, la direction est reprise par son fils Gaston Lefèbvre, qui poursuit le développement de l’activité. En 1933, l’atelier passe aux mains de Camille Lenclos, beau-frère de Gaston, qui introduit une nouvelle orientation stylistique, tournée vers la modernité, et notamment vers les formes de l’Art déco. Il maintient en parallèle une production plus traditionnelle et néogothique, répondant à la diversité des commandes ecclésiales. L’atelier ferme définitivement ses portes en 1971, après presque un siècle d'activité non sans s'être préalablement diversifié dans le mobilier civil et l'agencement de pharmacie.

Il joue un rôle central dans la reconstruction des églises du Nord de la France, tant après la Première Guerre mondiale que la Seconde, et ses œuvres sont encore visibles dans de nombreux édifices du Nord et du Pas-de-Calais.

Au fil de son histoire, l’atelier a changé plusieurs fois d’appellation, suivant le nom de ses responsables successifs : d’abord Lefèbvre-Creton, puis G. Lefèbvre. (pour Gaston Lefèbvre), ensuite Lefèbvre-Lenclos, et enfin C. Lenclos (Camille Lenclos).

Léopold Lefèbvre : aux origines de l'atelier Origines familiales vignette|Portrait de Leopold Lefèbvre par E.Raillon, vers 1910-1914 Léopold Lefèbvre naît le à Beuvry au sein d'une famille modeste. Son père, Jean-BaptisteJean Baptiste Germain Joseph LEFEBVRE Né le 16 février 1807 à Beuvry Décédé le 12 juillet 1856 à Beuvry, est ouvrier agricole. En 1856, celui-ci décède alors que Léopold n'a que 5 ans. Sa mère se retrouve seule pour élever ses 4 enfants, et la précarité qui en découle marquera profondément la vie du futur artiste.

Dès son plus jeune âge, il manifeste un goût pour le modelage et façonne des personnages et des statues avec (argile, terre, neige...).

A douze ans, il commence à Il s'agit probablement d'un emploi d'ouvrier agricole dans la culture du lin comme l'interprète Arnaud Debève dans le catalogue de l'exposition de 2006 aux côtés de son frère. Mais son assiduité laisse à désirer : il délaisse souvent ses tâches pour se consacrer à la sculpture par modelage, au grand désespoir de sa mère, qui le réprimande en lui rappelant que s'il ne travaille pas, il mourra de faim !.

Premiers travaux et études gauche|vignette|Chapelle Gosse de Gorre de Beuvry Avec l’adolescence, les travaux de Léopold Lefèbvre gagnent en ambition. Vers 1868-1869, il réalise un grand crucifix en bois, dont le matériau lui est fourni par un certain Monsieur Fauvez, propriétaire à Beuvry

À la même époque, il fréquente le chantier de la chapelle des Gosses de Gorre, alors en construction à Beuvry. Il y observe les ouvriers, discute avec eux, et les accompagne même un jour chez un riche fermier. Là, la conversation s’oriente vers la sculpture, et Léopold affirme qu’il est capable de faire aussi bien que les artisans présents. Pour le prouver, il sculpte en dix minutes, avec son seul couteau, une statuette de femme , puis, peu après, une autre représentant un homme.

Son talent démontré, il est recommandé par Monsieur Fauvez à Monsieur Vandersippe, professeur au collège de Béthune. Celui-ci écrit au préfet du Pas de Calais afin de solliciter une subvention destinée à Léopold Lefèbvre afin qu'il puisse [subvenir] . De plus, il demande au préfet de lui désigner un atelier où Léopold pourrait faire un apprentissage. Bien que le préfet ne puisse accéder à cette demande, il suggère de se tourner vers la ville de Béthune pour lui fournir .

Grâce au soutien de Monsieur Vandersippe et de Monsieur Hanquelle, professeur de dessin au collège de Béthune, Léopold parvient à intégrer les cours de dessin de cet établissement, alors qu’il .

En 1871, il remporte la médaille d'honneur du cours de dessin. Pendant sa scolarité, il réalise des bustes de notables d'Arras, Roubaix et Béthune, dont celui du comte de Belval, sous-préfet. Ce dernier lui permet d'être exempté du service militaire en tant que soutien de famille et d'obtenir une bourse pour continuer ses études aux Beaux-Arts de Paris. Malheureusement, étant soutien de famille, Leopold est contraint de renoncer à ce projet.

En 1872, il entre finalement dans l’atelier de Charles Buisine-Rigot, à Lille. Celui-ci dirige une entreprise prospère de sculpture et d’ébénisterie pour églises. Léopold y reste dix-huit mois, perfectionnant son savoir-faire aux côtés de l’un des maîtres les plus influents de la région.alt=Charles Buisine-Rigot, portrait|vignette|Charles Buisine-Rigot, portrait En 1873, l'abbé Plicque, curé d'Essars, confie à Léopold la charge de restaurer son église, de réaliser deux autels latéraux en pierre ainsi que la sculpture au dessus du portail représentant Saint Jacques à cheval et une Pietà. Il assure également la promotion de son travail auprès de ses relations et le fait connaître rapidement dans tout le diocèse.

Mariage et fondation de la société Lefèbvre-Creton En 1875, Léopold ouvre son atelier à Beuvry, spécialisé dans les œuvres destinées aux églises.

Tout semble sourire au jeune Léopold aussi bien professionnellement que personnellement. Il se marie le avec Florine Creton (18/12/1857-09/03/1927), native de Festubert. Le frère de Florine, Charles, est également sculpteur et travaille avec Léopold.. Cette même année 1876, Léopold rachète la maison de ses parents, maison qui est ensuite agrandie en 1880 afin de recevoir la clientèle.

Une société qui prospère Les commandes affluent rapidement pour Léopold Lefèbvre, qui impose peu à peu son nom dans le paysage de la sculpture religieuse et de l'ébénisterie. En 1876, il réalise l'autel en pierre de l'église Saint-Martin de Sailly Labourse. L’année suivante, en 1877, il sculpte le maître-autel en pierre ainsi que les deux autels latéraux de l’église Saint-Vaast de Noyelles-les-Vermelles. De 1884 à 1885, il est chargé de la création complète du mobilier de l’église Saint-Martin d’Annezin, comprenant notamment le maître-autel, une tribune et des stalles. En 1886, il fournit un confessionnal en chêne à la chapelle Notre-Dame de Bon-Secours à Bouret-sur-Canche..Sa réputation ne tarde pas à dépasser les frontières du Nord de la France. Les clients viennent désormais de plus en plus loin. En 1898, il reçoit une commande pour l’église Sainte-Agathe de Grillon, dans le Vaucluse : des cadres en chêne de Russie de style néogothique destinés à encadrer le chemin de croix. En 1906, il réalise un autel latéral pour l'église Saint-Leu d'Amiens. Deux ans plus tard, en 1908, il sculpte une statue en pierre de saint Gaudin, destinée à orner le puits du même nom, situé dans le jardin d’une ancienne maison canoniale de Soissons.

Parallèlement à la production de mobilier neuf, Léopold Lefèbvre se spécialise aussi dans la restauration de buffets d’orgue anciens. Vers 1907, il participe à la restauration du buffet d’orgue de la cathédrale de Chartres. Entre 1909 et 1914, il intervient sur celui de l’église Saint-Louis de Versailles.

Symbole de sa réussite au début du , il est propriétaire de plusieurs automobiles.. — signe rare pour un artisan à l’époque — et devient en membre de l’Automobile Club du Nord..

Retraite active et décès Vers 1910, Léopold Lefèbvre cède sa maison à son fils Gaston et entreprend la construction d’une « imposante bâtisse » à Beuvry, symbole de sa réussite. En 1911, il transmet également la direction de son atelier à Gaston, tout en continuant à y sculpter.

Pendant la Première Guerre mondiale, Léopold demeure à Beuvry, malgré les bouleversements liés au conflit. Il participe ensuite aux grandes réalisations de l’atelier dans le cadre de la Reconstruction, aux côtés de son fils.

Le , Florine Creton, son épouse, décède. Profondément marqué par cette perte, Léopold sculpte une grande Pietà en pierre destinée à orner sa tombe — qui deviendra par la suite la sépulture familiale. Il y ajoute deux portraits en haut-relief, le sien et celui de Florine.Un peu plus d’un an plus tard, le , Léopold Lefèbvre s’éteint à son tour. On raconte que quelques jours avant sa mort, il travaillait encore dans l’atelier. Il est inhumé au cimetière de Beuvry, dans la tombe familiale qu’il avait lui-même conçue.

Gaston Lefèbvre : le développement de l'atelier

Origines familiales et mariage Gaston Lefèbvre naît le à Beuvry, fils de Léopold Lefèbvre et de Florine Creton. Ses années de formation restent encore mal connues, mais l’on sait qu’il prend la direction de l’atelier familial vers 1910, succédant ainsi à son père. Ce dernier, Léopold, bien qu’ayant passé le relais, continue néanmoins à travailler comme sculpteur au sein de l’atelier, désormais dirigé par son fils..

Le , à Desvres, Gaston épouse Marie Lenclos sœur de Camille Lenclos, qui rejoindra par la suite l’atelier comme sculpteur avant d’en devenir le directeur.

À l’éclatement de la Première Guerre mondiale, les circonstances précises concernant Gaston Lefèbvre restent inconnues. Il n’est pas établi s’il fut mobilisé ou non. En revanche, son père Léopold demeure à Beuvry. Durant cette période troublée, l’activité de l’atelier semble s’être complètement interrompue, comme ce fut le cas pour de nombreux ateliers.

La reconstruction après guerre : une abondance de marchés Une fois la paix revenue, dans les années 1920, l’atelier connaît une période d’intense activité, portée par la vaste entreprise de reconstruction des édifices religieux détruits pendant la Grande Guerre. Vers 1923-1924, il emploie environ une quinzaine d’ouvriers et produit d’importants ensembles de mobilier liturgique : chaires, stalles, autels, confessionnaux, etc. Sa réputation s’affirme rapidement, au point de devenir un des principaux fournisseurs de mobilier d’église pour la Société coopérative de reconstruction des églises dévastées du diocèse d’Arras..

Ainsi, en 1925, l’atelier réalise le mobilier de l’église Saint-Omer de Calonne-sur-la-Lys. La commande est remarquable tant par son ampleur que par la diversité des pièces : un maître-autel, deux autels latéraux, deux confessionnaux, une chaire, six places de stalles, un fauteuil de célébrant, des sièges pour assistants, six tabourets, des fonts baptismaux, une crédence en chêne ainsi que des lambris de chœur.

En 1926, Camille Lenclos, beau-frère de Gaston Lefèbvre, rejoint l’atelier comme sculpteur. L’entreprise prend alors officiellement le nom d’atelier Lefèbvre-Lenclos.

L’année suivante, en 1927, l’atelier reçoit de nouvelles commandes, notamment pour l'église Notre-Dame de Festubert et l'église Saint-Germain d’Aix-Noulette.

En 1928, une commande particulièrement importante lui est confiée dans le cadre de la reconstruction de l’église Saint-Vaast de Béthune, placée sous la direction de l’architecte Louis Marie Cordonnier. Ce chantier est partagé entre deux ateliers reconnus : les établissements Buisine, dirigés par Édouard Buisine (fils de Charles Buisine-Rigot), et l’atelier Lefèbvre-Lenclos. Ce dernier est chargé de la réalisation de l’autel de la Vierge avec son retable et son banc de communion, de l’autel de saint Éloi avec sa clôture, ainsi que de plusieurs statues (saint François d’Assise, saint Vincent de Paul, saint Antoine de Padoue, le curé d’Ars). Cordonnier confie également à l’atelier les dessins pour la création de seize stalles et de quatre confessionnaux.

Bien que Léopold Lefèbvre décède en 1929, l’atelier poursuit son essor. Le contexte économique reste favorable jusqu’au début des années 1930, et les commandes continuent de s’enchaîner (cf. section Œuvres). L’atelier fournit du mobilier notamment pour : :

l'église Saint-Pierre de Vermelles (1928), l'église Sainte-Marguerite d'Hinges (1929), l'église Saint-Martin d'Auchy-les-Mines (1929),