José Cavalcanti de Alburquerque y Padierna (San José de las Lajas, Cuba, 1871 – Saint-Sébastien, 1937) est un militaire espagnol.

Après une formation comme officier de cavalerie, Cavalcanti fut versé dans des unités combattantes dans la partie orientale du Maroc espagnol, où sa conduite lui valut plusieurs promotions pour mérites de guerre. En particulier, lors de la campagne de Melilla de 1909, il se signala pour une action d’éclat, où il réussit, à la tête d’un escadron de cavalerie, à briser un encerclement par une audacieuse triple charge de cavalerie. Nommé en commandant-général de Melilla, en remplacement du général Silvestre suicidé peu de jours auparavant lors de la retentissante débâcle espagnole d’Anoual, il fut parmi ceux qui s’opposèrent à l’envoi d’une colonne de secours aux assiégés du fort de Mont-Aroui, en arguant que cela se ferait aux dépens de la défense de Melilla, jugée prioritaire. Lorsqu’il s’agit, en préalable à la contre-offensive espagnole d’, de consolider le périmètre défensif de Melilla, puis de rendre autonomes par une opération d’approvisionnement durable les fortins et camps fortifiés autour de Melilla, Cavalcanti se signala à nouveau par une prouesse personnelle, où il brava, par une charge hardie, le feu des combattants rifains et atteignit ainsi le camp de Tizza assiégé. Le procès qui lui fut fait ensuite, à l’instigation des Juntes de défense, qui répugnaient aux coups d’éclat militaires et aux avancements pour mérites de guerre, devait nourrir (bien qu’acquitté) son ressentiment à l’égard du gouvernement de García Prieto. D’autres griefs, tels que la mise en cause de l’armée dans la débâcle d’Anoual (avec information judiciaire en cours) et le désintérêt gouvernemental à l’égard du Maroc espagnol allaient faire de lui en 1928 l’un des maîtres d’œuvre du coup d'État de Primo de Rivera. À la proclamation de la République en 1931, bien que sanctionné pour son rôle dans le putsch de Primo de Rivera, il jura fidélité au nouveau régime, mais participa l’année suivante au putsch manqué dit Sanjurjada. Au lendemain de la rébellion militaire de , prélude à la guerre civile, Cavalcanti fit aussitôt allégeance au camp nationaliste.

Biographie Origines, formation et carrière militaire au Maroc vignette|Charge de cavalerie sous la conduite de Cavalcanti à Tajdirt en septembre 1909 (photo d’archives de l’armée espagnole). vignette|redresse|Stèle érigée en 1910 à Melilla en hommage aux combattants espagnols de Tajdirt. Fils d’un immigré de Florence (d’ou son patronyme italien) et d’une dame espagnole, José Cavalcanti suivit à partir de 1888, dès l’âge de , une formation à l’Académie générale militaire de Tolède, puis à l’Académie de cavalerie, où il eut pour camarades d’études Dámaso Berenguer et Manuel Fernández Silvestre. Destiné au Maroc espagnol, il fut promu capitaine pour mérites de guerre en et commandant en ..

Pendant la campagne de Melilla de 1909, Cavalcanti participait aux opérations comme membre d’une brigade, dont il dirigeait les deux escadrons de cavalerie et qui avait pour mission de s’emparer de plusieurs positions rifaines dans les environs de Tajdirt, près de Melilla. Le au matin, la brigade, sous les ordres du général Tovar, fut prise sous le feu d’une harka (milice) rifaine nombreuse retranchée sur une hauteur proche. La riposte espagnole consista à faire pilonner la zone par l’artillerie, puis à l’attaquer à la baïonnette. Sitôt les Rifains expulsés, la brigade installa sur la hauteur une batterie de canons et laissa sur place le bataillon de Tarif, qui se chargea, au prix de lourdes pertes, de défendre la position contre les quelque rifains. À la faveur d’une relève de troupe, la harka se précipita à l’attaque et réussit à encercler la garnison espagnole. Après que le général Tovar eut en désespoir de cause donné ordre à Cavalcanti de défendre avec ses la manœuvre de retraite du bataillon, ceux-ci allaient effectuer successivement trois charges hardies, sabre au clair, propres à disperser les assaillants en surnombre et à permettre au reste de la troupe de se replier, mais au terme desquelles ne restaient plus de vivants qu’une vingtaine de cavaliers... (rééd. Ediciones Altaya / Editorial Planeta DeAgostini, S.A.U., 2008).. Ce fait d’armes « héroïque » valut à Cavalcanti un avancement au grade de colonel et une croix laurée de Saint-Ferdinand, en même temps que l’admiration, puis l’amitié du roi Alphonse XIII, qui lui octroya en 1919 un titre de noblesse.

Élu député conservateur pour La Corogne en 1915, il fut nommé sous-secrétaire du ministère de la Guerre, fonction qu’il exerça d’août à , avant de remettre sa démission, quelques jours après son ascension au rang de général de division.

Commandant-général de Melilla et convoi de Tizza (septembre 1921)

vignette|Le portique du fort de Mont-Aroui en , après la reprise de la position par les troupes espagnoles. Le , en pleine débâcle d’Anoual, Cavalcanti fut nommé commandant-général de Melilla., en remplacement du général Silvestre, qui s’était suicidé le . À ce moment était sur la table la question de l’opportunité d’envoyer une colonne de secours au fort de Mont-Aroui, où la colonne de repli du général Navarro se trouvait encerclée et qui était attaqué et pilonné sans relâche par les combattants rifains. À la date du , tant le haut commissaire Berenguer que Cavalcanti continuaient d’estimer que, eu égard aux effectifs dont ils disposaient, toutes les forces devaient être vouées à la seule défense de la place de Melilla. Les travaux de fortification autour de Melilla avançaient lentement, tandis que les forces rifaines étaient en augmentation, la harka de Nador ayant à elle seule entre-temps atteint un effectif de , ce qui faisait craindre pour la défense de Souk-el-Had. Les préparatifs en vue de la conquête de La Restinga battaient alors leur plein, opération qui avait pour seul but de préserver Melilla. En réaction aux manifestations d’affliction dans la presse concernant Mont-Aroui, Berenguer convoqua le une nouvelle réunion des généraux en chef des colonnes, pour réexaminer le cas et imaginer une solution. Lors de cette réunion, à laquelle assistaient, outre Berenguer, les généraux Cavalcanti, Cabanellas, Sanjurjo, Neila et Fresneda, et le colonel Gómez Jordana comme secrétaire, les participants déclaraient à l’unanimité et sans la moindre réserve « ne pas trouver, dans le délai nécessairement très bref pour être efficace, le moyen opérant pour réaliser quelque action militaire en vue de secourir la colonne du général Navarro ».. Il est, selon Julio Albi, difficilement explicable qu’en dépit des données objectives sur la puissance de l’adversaire et sur ses dissensions internes, tous les généraux présents à la réunion du à Melilla, y compris les généraux décorés Sanjurjo et Cavalcanti, soient tombés d’accord pour avaliser l’analyse pessimiste de Berenguer. . En dépit de l’accord de reddition conclu le suivant et à l’encontre des ordres d’Abdelkrim, les défenseurs espagnols de Mont-Aroui furent (à quelques exceptions près) perfidement massacrés jusqu’au dernier, soit environ trois milliers de personnes, par la harka rifaine locale..

À la fin de , en prélude à la contre-offensive espagnole pour la reconquête des territoires perdus par suite de la débâcle d’Anoual, le haut commandement de Melilla décida de lancer sous l’intitulé « Occupation et fortification » une série d’opérations de réoccupation et de remise en état des anciennes positions militaires qui autrefois protégeaient la ville mais étaient devenues inutiles après les campagnes de 1909-1910 et donc laissées en déshérence. L’une de ces positions était la petite bourgade de Tizza, située à une dizaine de km au sud-ouest de Melilla, dans une zone enclavée dans la kabila de Guélaya, mais appartenant à Beni-Sicar. Tizza était importante aussi du point de vue politique, car les Beni Sicar montraient des propensions à se ranger au côté du chef rifain indépendantiste Abdelkrim. Après que Tizza eut été réoccupée le , un périmètre fut déterminé sur une colline, englobant deux maisons parmi les plus spacieuses, et fortifié avec des sacs de terre, des fils barbelés et des parapets de tir, et figurant désormais comme poste avancé de la position de Souk-el-Had. La position de Ghareb, à environ un km au nord de Tizza, fut concomitamment renforcée.

Il en allait de Tizza comme des autres fortins du Rif oriental : pour s’approvisionner, il leur fallait envoyer quotidiennement des détachements aux points d’eau, souvent éloignés, et des convois de mules étaient nécessaires, très vulnérables aux attaques rifaines. Cinq jours seulement après sa mise en place, Tizza fut attaquée lors d’une des opérations ordinaires de ravitaillement, et trois jours plus tard, des groupes de miliciens rifains s’efforçaient, à partir de quelques maisons proches, de barrer le passage au convoi de ravitaillement venu de Souk-el-Had. Les convois durent dorénavant être escortés par deux compagnies d’infanterie et un bataillon de Regulares (supplétifs), puis par de l’artillerie légère et une unité de mitrailleuses. Pour y remédier, il fut décidé de construire un fortin (blocao en espagnol) pour protéger le point d’eau, à l’effet de quoi fut organisée le une expédition en deux colonnes, ce qui n’évita cependant pas à la position de Tizza d’être attaquée encore. Dans les combats autour de Tizza, les pertes, pour le seul mois d’août, s’élevèrent à cinq morts (deux officiers) et (), dont seulement trois blessés imputables à la défense directe de la position, le reste des pertes ayant eu lieu lors de la protection des convois de ravitaillement.

Entre-temps, le haut commandement commençait à planifier les premières opérations de la contre-offensive espagnole. Pour que ce projet réussisse, il importait que les positions qui protégeaient Melilla puissent se maintenir de façon autonome pendant un certain temps, de sorte que les commandants soient affranchis du besoin de détourner des effectifs de l’offensive en cours pour accompagner les convois de ravitaillement. Ainsi fut-il arrêté vers le milieu de septembre que les forts et camps fortifiés autour de Melilla, dont Tizza, devaient être en mesure de se soutenir par leurs propres moyens durant au moins deux semaines.

En conséquence, le général de brigade Carlos Tuero O’Donnell fut missionné de diriger le une opération d’approvisionnement des positions du secteur Ichmoar-Tizza. Les troupes qui lui furent assignées (cinq bataillons d’infanterie, un groupe d’artillerie légère et un de montagne, un escadron de cavalerie et des unités d’intendance) se déployèrent en deux colonnes, l’une sous les ordres du colonel Ricardo Lacanal, et l’autre sous les ordres de Tuero. L’opération cependant échoua à cause de l’épais brouillard matinal, qui obligea à suspendre l’opération. Après que Tuero se fut avisé qu’il n’aurait pas le temps d’approvisionner tous les postes (en particulier, Tizza, Ghareb et quelques blocaos n’avaient pas pu être approvisionnés), il appela son supérieur Cavalcanti, qui l’autorisa à contre-cœur à se replier sur Melilla.

vignette|redresse|Dámaso Berenguer, commissaire-général du Maroc espagnol, supérieur hiérarchique du commandant-général Cavalcanti.