La bataille de Platées (, ) est la dernière grande bataille terrestre des guerres médiques. Elle se déroule en 479 av. J.-C. près de la ville de Platées, en Béotie, et oppose une alliance des cités-États grecques (dont Sparte, Athènes, Corinthe et Mégare) à l’Empire perse de .

En 480 av. J.-C., l’armée d'invasion perse menée par Xerxès remporte plusieurs succès aux Thermopyles et à l'Artémision ; elle conquiert la Thessalie, la Béotie et l'Attique. Cependant, lors de la bataille de Salamine, la flotte grecque coalisée remporte une victoire inattendue et empêche la conquête du Péloponnèse. Xerxès se retire alors avec le plus gros de son armée, laissant son général Mardonios poursuivre l'invasion de la Grèce.

À l’été de 479 av. J.-C., les Grecs rassemblent une puissante armée (à l'échelle contemporaine) et marchent vers le nord. Les Perses se replient en Béotie et construisent un camp fortifié près de Platées. Les Grecs refusent de s’avancer sur un terrain trop favorable à la cavalerie autour du camp perse, ce qui entraîne un enlisement au cours des onze jours suivants. Les lignes de ravitaillement grecques étant harcelées par les Perses, les Grecs se retirent vers une meilleure position dans un certain désordre.

Croyant ses adversaires en pleine retraite, Mardonios ordonne à ses troupes de les poursuivre. Mais les Grecs, principalement les Spartiates, les Tégéens et les Athéniens, livrent bataille et Mardonios est tué. Une grande partie de l’armée perse, enfermée dans le camp, est massacrée. La destruction de cette armée et des vestiges de la flotte perse à la bataille du cap Mycale met fin à l'invasion.

Sources vignette|gauche|Buste d'Hérodote, musée de l'Agora antique d'Athènes.|alt=Photo couleur d'une sculpture représentant le buste de d'Hérodote.

La principale source sur les guerres médiques est l'historien grec Hérodote. Surnommé le « Père de l’Histoire » par Cicéron., il est né en 484 av. J.-C. en Asie mineure alors sous domination perse.. Il rédige ses Histoires vers 440–430 av. J.-C., essayant de retracer l'origine des guerres médiques. L'approche d'Hérodote, nouvelle, se poursuit aujourd'hui. En effet, selon Holland : ..

Quelques historiens ultérieurs de l'Antiquité le critiquent, même s'ils suivent ses pas, notamment Thucydide... Malgré tout, ce dernier commence son histoire de la guerre du Péloponnèse là où Hérodote arrête les siennes (au siège de Sestos en 479 av. J.-C.) ; il reconnaît donc de façon implicite que les Histoires d'Hérodote sont suffisamment exactes pour ne pas avoir à les réécrire ou les corriger. Plutarque critique Hérodote dans son essai Sur la malignité d'Hérodote, le qualifiant de « philobarbaros » (ami des Barbares), parce qu'il ne montre pas suffisamment les Grecs sous leur meilleur jour, ce qui laisse supposer qu'Hérodote aurait fait preuve de neutralité. Cette appréciation négative d'Hérodote s'est transmise en Europe jusqu'à la Renaissance, époque où il est néanmoins encore étudié. Sa réputation se rétablit pendant le à la suite des découvertes archéologiques qui confirment ses dires.. Au , les spécialistes donnent une très bonne note à ses Histoires, mais plusieurs détails prêtent à débat (particulièrement le nombre de soldats et les dates) et doivent donc être considérés avec prudence. Néanmoins, certains historiens pensent encore qu'il a forgé de toutes pièces ses Histoires.

Les écrits de l’historien Diodore de Sicile dans sa Bibliothèque historique () . fournissent un compte rendu de la bataille de Platées. Son récit est cohérent avec celui d’Hérodote, mais comme il a été écrit bien plus tard, il pourrait en être dérivé. La bataille est également décrite avec moins de détails par d'autres historiens antiques comme Plutarque, Ctésias. et d'autres y font référence comme l'auteur dramatique Eschyle.

Contexte

Les cités-États d’Athènes et d’Érétrie ont soutenu la malheureuse révolte de l'Ionie contre l'empereur perse Darius en 499-494 av. J.-C. L’Empire perse, encore relativement jeune, est le théâtre de nombreuses révoltes parmi les différents peuples.. La révolte ionienne menace l’intégrité de son empire et Darius veut punir ceux qui sont impliqués .. Il utilise également le soulèvement comme un prétexte pour étendre son empire en Grèce.. Une première expédition menée par Mardonios en 492, afin de sécuriser les approches terrestres de la Grèce, se termine avec la reconquête de la Thrace et la mise sous tutelle de la Macédoine .. Une force amphibie commandée par Datis et Artapherne en 490 s'empare de l'île de Naxos et d'Érétrie [. avant d'attaquer Athènes. Cependant, lors de la bataille de Marathon, les Athéniens remportent une brillante victoire qui entraîne le retrait de l'armée perse en Asie ..

thumb|left|upright=1.5|Carte du monde grec à l’époque de la bataille Par conséquent, Darius commence à lever une grande armée afin de soumettre toute la Grèce. Cependant, il meurt avant de pouvoir lancer l'invasion. Le trône de Perse revient alors à son fils Xerxès qui relance rapidement les préparatifs de l'invasion, dont la construction de deux ponts flottants en travers de l'Hellespont.. En 481, Xerxès envoie des ambassadeurs en Grèce pour demander en signe de soumission tout en omettant délibérément de consulter Athènes et Sparte (théoriquement toujours en guerre avec l'Empire perse) .. Les Grecs commencent alors à se rassembler autour des deux États dominants. Un congrès des cités a lieu à Corinthe à la fin de l'automne 481 av. J.-C. ; une alliance est formée .. Il s'agit d'un événement remarquable pour le monde hellénique car de nombreuses cités participantes sont techniquement en guerre les unes avec les autres..

Les alliés adoptent initialement une stratégie de défense des approches terrestres et maritimes du sud de la Grèce.. Ainsi en août 480 av. J.-C., apprenant l'avancée des Perses, une petite troupe menée par , roi de Sparte, bloque le passage des Thermopyles tandis que la forte marine athénienne se déploie dans le détroit de l'Artémision. Les Grecs, largement inférieurs en nombre, tiennent les Thermopyles durant six jours avant d'être débordés par le flanc. Même si la plus grande partie de l'armée grecque s'est retirée, l'arrière-garde composée de Spartiates et de Thespiens est encerclée et anéantie.. Lors des affrontements à proximité de l'Artémision qui ont lieu au même moment, la flotte grecque résiste . mais elle se replie après l'annonce de la défaite des Thermopyles qui rend sans intérêt le contrôle du détroit ..

Après la bataille des Thermopyles, l’armée perse progresse et pille les cités de Béotie qui ne se sont pas rendues : Platées et Thespies, avant d'investir Athènes qui a été évacuée. Pendant ce temps, l'armée alliée se prépare à défendre l'Isthme de Corinthe .. Xerxès veut obtenir une victoire totale afin d'achever la conquête de la Grèce avant la fin de l'année ; les alliés, eux aussi, cherchent à obtenir une victoire décisive sur la flotte perse pour garantir la sécurité du Péloponnèse.. La bataille de Salamine se termine par une grande victoire grecque et constitue le tournant du conflit..

thumb|upright=2|Mouvements des armées perses et grecques en 480-479 av. J.-C.

À la suite de la défaite de son armée à Salamine, Xerxès se retire en Asie avec le gros de son armée. Selon Hérodote, il craint que les navires grecs n'atteignent l'Hellespont et n'incendient les ponts flottants, piégeant son armée en Europe .. Il laisse ainsi à Mardonios et à ses meilleurs hommes le soin d'achever la conquête de la Grèce l'année suivante. Mardonios évacue l'Attique et passe l'hiver en Thessalie, tandis que les Athéniens réoccupent leur ville détruite. Au cours de l'hiver, les relations entre les alliés se tendent. En particulier, les Athéniens, qui ne sont pas protégés par l'isthme mais qui fournissent le gros de la flotte qui le défend, vivent mal cette situation et demandent aux alliés d'avancer vers le nord l'année suivante. Les alliés refusent et la flotte athénienne ne rejoint pas les autres marines au printemps. Celles-ci, maintenant commandées par le roi spartiate, , quittent furtivement Délos tandis que le reste de la flotte perse s'échappe de Samos, les deux camps cherchant à éviter une confrontation. De même, sachant qu'une attaque de l'isthme est inutile, Mardonios reste en Thessalie et les alliés refusent d'envoyer une armée à l'extérieur du Péloponnèse.

Pour sortir de l'impasse, Mardonios essaye de se rallier les Athéniens et leur flotte par l'intermédiaire d'Alexandre de Macédoine en offrant la paix, l'autonomie et des gains territoriaux.. Les Athéniens s'assurent qu'une délégation spartiate est également sur place pour entendre l'offre et la refusent :

Sur ce refus, les Perses marchent vers le sud. Athènes est une nouvelle fois évacuée et abandonnée aux Perses. Mardonios renouvelle son offre de paix aux Athéniens réfugiés sur l'île de Salamine. Athènes, ainsi que Mégare et Platées, envoient des émissaires à Sparte pour demander son assistance en menaçant d'accepter les termes perses si la ville refuse .. Selon Hérodote, les Spartiates qui célèbrent le festival de Hyacinthe retardent la prise de décision jusqu'à ce qu'un invité, Chileos de Tégée, fasse remarquer le danger que ferait courir à toute la Grèce une reddition des Athéniens .. Lorsque les émissaires athéniens notifient un ultimatum aux Spartiates le jour suivant, ils sont surpris d'apprendre qu'une armée est déjà en route pour affronter les Perses ..

Prélude Lorsque Mardonios apprend l'avancée des Spartiates, il achève de raser Athènes ., puis se replie vers Thèbes en espérant attirer les Grecs sur un territoire favorable à la cavalerie perse. Mardonios construit un camp fortifié sur la rive nord de l'Asopos en Béotie et y attend ses adversaires ..

Les Athéniens ont envoyé menés par Aristide, ainsi que 600 exilés platéens pour renforcer les alliés. L'armée avance ensuite en Béotie à travers les cols du mont Cithéron et arrive près de Platées en surplomb de la position perse sur l'Asopos. Sous la conduite du général Pausanias, les Grecs prennent position en face des lignes perses mais restent sur un terrain plus élevé.. Sachant qu'il ne pourrait pas attaquer les positions grecques, Mardonios pense soit à créer des divisions chez les Grecs, soit à les attirer dans la plaine. Plutarque rapporte qu'une conspiration a été découverte parmi les Athéniens les plus influents qui planifiaient de trahir la cause alliée. Même si ce fait n'est pas universellement accepté, il peut indiquer les manœuvres de Mardonios pour diviser les Grecs. gauche|vignette|Mouvements initiaux de la bataille de Platées. La ligne grecque avance vers la crête sur l'Asopos. Mardonios lance également des attaques éclairs sur les lignes grecques, probablement pour piéger les Grecs qui se seraient lancés à leur poursuite. Bien qu'ayant connu un certain succès ., cette tactique se retourne contre les Perses lorsque le commandant de la cavalerie Masistius est tué, entraînant un arrêt de ce type d'opérations ..