vignette|Représentation d'épisodes de la Passion du Christ : arrestation sur le mont des Oliviers, flagellation, port de la croix, crucifixion (fin du ).
La Passion du Christ est l’ensemble des événements qui ont précédé et accompagné la mort de Jésus-Christ. Le récit et les annonces de la Passion se trouvent dans les Évangiles synoptiques et l’Évangile selon Jean, ainsi que dans divers textes apocryphes.
Il s'agit de textes à caractère religieux qui expriment la foi de leurs rédacteurs. L'exégèse s'attache à distinguer entre leurs éléments historiques, leur signification théologique et leur intention apologétique.
Annonces de la Passion
Textes du Nouveau Testament Dans les Évangiles synoptiques, le Christ annonce sa mort et sa Résurrection à plusieurs reprises : aux disciples, après sa reconnaissance par l'apôtre Simon-Pierre comme Messie, dans la région de Césarée en Israël (Mt 16:2 ; Mc 8:31-33 ; Lc 9:22) ; aux disciples, réunis en Galilée (Mt 17:22-23 ; Mc 9:30-32 ; Lc 9:44-45) ; aux Douze Apôtres sur la route de Jérusalem (Mt 20:17 ; Mc 10:32-34 ; Lc 18:31-33) ; après la Transfiguration, à Pierre, Jacques et Jean (Mt 17:9) ; en réponse à des scribes et à des Pharisiens qui voulaient le voir faire un miracle, Jésus répond qu’il (Mt 12:39-40) ; en réponse aux Juifs demandant un signe, disant, parlant du sanctuaire qu'était son corps : « Détruisez ce sanctuaire et je le reconstruirai en trois jours » (Jean 2: 19-22). Ces annonces prédisent : que Jésus va être livré aux grands-prêtres et aux scribes, qui le condamneront à mort ; qu’il souffrira beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes ; qu’il sera livré aux païens (ce mot désigne les Romains) ; qu’il sera bafoué, flagellé, mis en croix et mourra ; qu'il ressuscitera le troisième jour.
Datation des annonces Selon l'historienne Paula Fredriksen, les détails incitent le lecteur à penser que ces annonces Paula Fredriksen, De Jésus aux Christs, éd. du Cerf, 1992, ..
Contrairement aux récits antiques de morts nobles ou héroïques, ceux des évangélistes concernant la Passion de Jésus se singularisent en incluant les femmes, dont la fidélité est manifeste, alors que les apôtres choisis par le Seigneur l'abandonnent à l'exception de Jean.
Récits de la Passion Arrestation de Jésus
Dans les Évangiles synoptiques, deux jours avant la Pâque juive (Pessah), Jésus se rend au jardin de Gethsémani, avec les apôtres Pierre, Jacques le Majeur et Jean où il veut s'isoler pour prier son Père, tandis que les autres apôtres se reposent (Mt 26:36 ; Mc 14:43 ; Lc 22:47).
L'apôtre Judas arrive alors, menant une bande armée romaine envoyée par les grands-prêtres juifs et les anciens. Judas désigne Jésus en lui donnant un baiser.
Les gardes se saisissent de Jésus et l’emmènent devant les autorités juives pour qu’il soit jugé. Un disciple de Jésus (anonyme dans trois des évangiles ; Pierre, selon Jean) sort son glaive et coupe l’oreille du serviteur du Grand Prêtre (Mt 26:51 ; Mc 14:47 ; Lc 22:50 ; Jn 18:10). Jésus guérit le serviteur (dans l'évangile selon Luc, pas dans celui selon Jean) et dit à Pierre (Mt 26:52) : .
Jésus s'adresse alors aux gardes : (Lc 22:52 ; Mt 26:55 ; Mc 14:48).
Jésus n'a peut-être pas été arrêté seul. Du moins, l'exégèse s'interroge sur le sort du groupe de disciples qui l'entouraient. Rudolf Bultmann écritThe History of Synoptic Tradition, p. 269. : Alfred Loisy remarqueLes Évangiles synoptiques, vol. 2, . : . Quoi qu'il en soit de ces inquiétudes d'exégètes, les Évangiles considérés comme les plus anciens indiquent que tous les disciples de Jésus qui refusait de se défendre l'abandonnèrent et s'enfuirent (Matthieu 26, 56 ; Marc 14, 50), même si Pierre suivit Jésus de loin (Luc 22, 54).
Jésus devant le Sanhédrin
vignette|Comparution de Jésus devant le Sanhédrin, collégiale Saint-Salvi d'Albi (1490). Les Évangiles synoptiques rapportent que Jésus est emmené devant le grand prêtre Caïphe, où se réunissent les scribes et les anciens. À l’issue de son interrogatoire, Jésus proclame publiquement être le Messie. Jésus aurait alors été condamné à mort pour blasphème.
Pour certains historiens, comme Marie-Françoise Baslez, ce procès juif est une impossibilité. car, d'une part, les Évangiles présentent une séance de nuit du Sanhédrin, ce qui serait irréaliste, d'autre part le Sanhédrin n'avait pas à cette époque le pouvoir d'appliquer la peine capitale. Plus précisément, une réunion formelle du Sanhédrin érigé en tribunal est incompatible avec les procédures judiciaires consignées dans la Mishna, celle-ci stipulant que les délibérations et les condamnations ne doivent avoir lieu que le jour et non la veille d'un jour de fête ou d'un sabbat. En outre, rien ne dit que la réglementation de la mishna était en vigueur à l'époque de Jésus. Tout penche pour un interrogatoire informel dans la nuit en présence d'Anne, suivi d'une condamnation formelle au matin chez le grand prêtre Caïphe, laquelle était non applicable car les autorités juives s'étaient vu retirer le bras séculier par les Romains.
Jésus devant le préfet romain vignette|Le Christ devant Pilate, Suiveur de Jérôme Bosch (vers 1520). La possibilité d'appliquer la peine de mort ayant été retirée aux juifs vers 29-30, la condamnation attendue par les autorités du Temple dont les raisons étaient d'ordre religieux, ne pouvait être prononcée que par les Romains, d'où la nécessité d'un nouveau procès et d'un motif de condamnation relevant du droit romain que seul peut présider le procurateur du lieu : Pilate. Comme le chef d'accusation de blasphème avec lequel Jésus est transféré devant Pilate par les princes des prêtres présente un danger pour l'ordre public romain, les autorités du Temple mirent en avant le grief que Jésus pervertissait le peuple, refusait le tribut de César et se faisait appeler messie et roi.
Le lendemain matin, Jésus est donc emmené et jugé devant le préfet Ponce Pilate. Selon Luc, Pilate, apprenant que Jésus était un Galiléen et donc sous la juridiction d'Hérode Antipas, roi fantoche de Galilée, l'envoya à Antipas, qui était aussi à Jérusalem. Initialement, Antipas était heureux de voir Jésus, dans l'espoir de le voir faire un miracle. Lorsque Jésus est resté silencieux face à ses questions, Antipas se moqua de lui et le renvoya à Pilate. L'envoi devant Antipas peut s'entendre comme un simple complément d'enquête et comme un rebondissement dans une situation où Pilate et le haut clergé du Temple cherchent à fuir leurs responsabilités. Pierre présentera plus tard Pilate et Hérode dans sa catéchèse (Actes 4, 27), comme entrant dans la logique d'accomplissement de la prophétie selon laquelle "les rois de la terre se sont rassemblés contre le Seigneur et son Christ" (Psaume 2, 2).
Pilate cherchant momentanément à éviter une exécution à Jésus qu'il juge innocent propose à la foule de libérer un prisonnier, car les Romains accordaient parfois des amnisties générales à l'occasion de fêtes locales, coutume attestée alors, en particulier par Tite-Live, dans plusieurs autres cultures de la Méditerranée et du Proche-Orient. Pilate proposa de libérer soit Jésus, soit Barabbas. Certains manuscrits l'appellent Jésus Barabbas, ce qui semble avoir été son nom complet. Barabbas est un patronyme dérivé de bar-Abba signifiant fils du Père. Par son nom de Barabbas, dont l'Évangile précise qu'il était un brigand, entre en concurrence avec Jésus-Christ le juste sans péché, Fils du Père. Il apparaît donc comme le double inversé de Jésus. La foule demande à grands cris la condamnation de Jésus et la libération de Barabbas, ce qu'elle obtient dans les deux cas. À l'instant crucial où Pilate va trancher en faveur de la libération de Barabbas et la condamnation subséquente de Jésus, Pilate se lave les mains selon Matthieu (27, 24), le seul à le préciser. Par cette mise en scène, Pilate veut placer la responsabilité de la mort de Jésus sur ceux qui la réclamaient. Sous la menace de la lex majestate, Pilate préfère sacrifier un innocent que risquer un trouble qui le ferait accuser à Rome de négligence.
Matthieu est aussi le seul Évangéliste à parler de l'épouse de Pilate qui intervint auprès de lui en faveur de Jésus en se réclamant d'un songe qu'elle avait eu pendant la nuit (Matthieu 27, 19). Même si certains exégètes considèrent cette intervention comme un enrichissement narratif, il n'en reste pas moins que l'intervention d'une femme connue des historiens (Claudia Procula) tranche dans le contexte du procès exclusivement masculin. Bien plus, alors que la plupart des hommes sont, tout au long de la Passion, du côté de l'humanité pécheresse par peur ou par haine, presque toutes les femmes à l'exception des servantes sont fidèles d'une manière ou d'une autre à Jésus dans ses épreuves.
Pilate, gouverneur romain de Jérusalem et de la Judée, y disposait d'un pouvoir discrétionnaire absolu. Il ne pouvait pas se conduire de façon trop arbitraire sans s'aliéner l'aristocratie locale qui était son principal relais auprès de ses administrés, et il semble avoir obtenu durant ses dix années de gouvernement, un maximum de résultats avec un minimum de moyens (une cohorte de légionnaires pour la Judée). Jean semble faire de Pilate quelqu'un préoccupé de vérité qui tente de relâcher Jésus, avant de se laisser vaincre par lâcheté sous la pression populaire. Finalement, les quatre Évangiles sont unanimes à préciser que Pilate condamne Jésus à la crucifixion.
Flagellation et couronne d'épines
Une fois condamné à mort par Pilate, il est d’abord flagellé, c’est-à-dire lié à une colonne où il est frappé avec un fouet aux lanières lestées d’os ou de métal (Brown et al., 628) ou d'un long clou.
Cette flagellation est attestée par Marc, Matthieu et Jean. Son absence chez Luc s'explique peut-être par l'horreur extrême de ce supplice romain. En effet, la flagellation était le plus atroce châtiment corporel qui suscitait l'horreur (Cicéron, Horace) ; le nombre de coups de fouet n'était pas limité par le règlement, en sorte que même des victimes non condamnées à mort pouvaient parfois en mourir ou demeurer handicapées à vie. Paradoxalement, cette violence inouïe pouvait abréger la peine des condamnés à la croix, l'hémorragie provoquée par la flagellation limitant la durée de survie et partant les tortures de la crucifixion.
Les Évangiles canoniques, à l’exception de l’Évangile selon Luc, rapportent que Jésus est emmené au prétoire (Prætorium), supposé être soit le palais du roi de Galilée Hérode Antipas, soit le Fort Antonia (Brown et al., 628). Matthieu et Marc relatent tous deux qu’une compagnie entière de soldats, qui étaient probablement pour la plupart des recrues de Palestine ou de Syrie (Brown et al., 628), punit Jésus. Jean n'indique pas combien de soldats étaient présents. Ils le revêtent d’une tunique pourpre, et lui placent une couronne d'épines sur la tête, et l’acclament comme roi des Juifs. Ils feignent de lui rendre hommage, en lui cognant la tête avec un bâton qui, d’après l’Évangile selon Matthieu, avait été fait pour le soutenir. Les Évangiles essaient de montrer que les soldats accomplissent involontairement les desseins de Dieu (Miller, 50).