L'Histoire des droits des femmes en Afrique du Sud concerne l'histoire de l'Afrique australe, une vaste région aux histoires locales et aux formes sociales et culturelles diverses. Cette diversité est à la fois intégrée et fragmentée par des liens historiques centrés sur l'Afrique du Sud. Depuis les années 1990, les femmes sud africaines mènent des luttes pour l'accès à leurs droits, y compris des plus basiques. De nombreuses progrès ont été enregistrés mais certaines inégalités et insécurités persistent.

Discrimination L'apartheid, appliqué en Afrique du Sud de 1948 à 1991, ainsi que les périodes précédentes (colonie du Cap, républiques boers, royaume zoulou, etc...) ont placé généralement les femmes dans une position subordonnée. Cette position fut aussi déterminée en partie par le statut racial des femmes dans la hiérarchie raciale particulière de l'Afrique du Sud. Les femmes noires, qui occupent la place la plus basse dans cette hiérarchie, sont les plus défavorisées. Les femmes indiennes et métisses ne sont que légèrement mieux loties, et les femmes blanches, en tant que membres du groupe racial le plus favorisé dans la hiérarchie raciale de l'apartheid, sont dans la position la plus avantageuse.

Histoire Rôle des femmes dans l'histoire afrikaner vignette|gauche|Gravure (1909) représentant les femmes boers rechargeant les fusils derrière les chariots en laager. thumb|La statue de la femme boer aux pieds nus, située au col Retief, commémore l'opposition irréductible des femmes Voortrekkers à l'annexion britannique de la république de Natalia. Dans l'histoire sud-africaine, les femmes ont eu un rôle non négligeable en particulier dans la communauté boer des Voortrekkers, en particulier au combat durant la Bataille de Blood River qui aboutirent à la création de la république de Natalia... En 1843, un groupe de femmes Voortrekkers pétitionne alors pour des droits politiques, marquant la première réclamation formelle du genre en Afrique du Sud. A la suite de l'annexion de Natalia par les autorités britanniques en 1842, les femmes boers sont plus enclins que la majorité des hommes à vouloir reprendre les hostilités contre les Britanniques. thumb|left|La statue de la femme voortrekker (volksmoeder) et de ses enfants au Voortrekker Monument de Pretoria Les femmes boers occupèrent ensuite dans les républiques boers indépendantes de la Zuid-afrikaansche Republiek (Transvaal) et de l'Oranje Vrystaat (État libre d'Orange) une position sociale et économique relativement privilégiée par rapport aux femmes non blanches, mais leurs droits légaux et politiques restaient limités par un cadre hérité du droit romano-néerlandais et des normes calvinistes. Elles étaient des piliers de la société agraire et nomade de la communauté boer, mais sans droits formels égaux aux hommes. Influencées par l'Église réformée hollandaise, elles étaient vues comme les gardiennes du foyer et de la moralité, avec un idéal de "volksmoeder" (mère du peuple), renforçant leur rôle symbolique mais non politique. Ainsi, les constitutions des républiques boers (le grondwet) étaient muettes sur les droits spécifiques des femmes, les considérant comme des mineures perpétuelles sous tutelle masculine. Elles pouvaient témoigner en justice, mais pas siéger comme juréesThe women's suffrage movement: The politics of gender race and class by Cheryl Walker, SAHO . thumb|Femmes boers en costume traditionnel durant les cérémonies du centenaire du Grand Trek en 1938. Durant la seconde guerre des Boers, sur près de 145 000 femmes et enfants boers internés dans 49 camps de concentration britanniques, 27 927 y moururent, victimes de conditions de vie effroyables, aggravées par des épidémies de rougeole et de typhus.

Pas plus que dans les anciennes républiques boers, dans la colonie du Cap ou dans celle du Natal, la Loi sur l'Afrique du Sud de 1909 n'accorde le droit de vote aux femmes au sein de la toute nouvelle union de l'Afrique du Sud. C'est en 1930, sous l'impulsion notamment d'organisations comme la Women's Enfranchisement Association of the Union sous la direction de Barbara Steel, que les femmes blanches (seulement) de plus de 21 ans obtiennent ce droit de haute lutte du gouvernement Hertzog, sans les restrictions alors encore appliquées aux hommes blancs, alors que la franchise électorale du Cap n'accorde ce droit, et restrictivement, aux hommes de couleurs. L'année suivante, en 1931, les femmes blanches obtiennent le droit de se présenter aux élections nationales et provinciales. Mabel Catherine Malherbe devient la première femme afrikaner élue maire de Pretoria. Elle sera aussi l'une des premières femmes afrikaners élues au parlement sud-africain en 1934, sous les couleurs du parti national. En 1950, 5 % des parlementaires sont alors des femmes. Dans d'autres domaines, des femmes blanches jouent un rôle pionnier comme l'écrivaine Mabel Jansen, première femme membre de l'Académie sud-africaine pour la langue, la littérature et les arts et co-fondatrice de la Fédération des organisations culturelles afrikaans, ou plus tard la sociologue Erika Theron, auteur du rapport Theron sur les droits des populations coloureds. Enfin, la première femme ministre à intégrer un gouvernement sud-africain est Rina Venter en 1989. thumb|Manifestantes du Black Sash Du point de vue professionnel, l'urbanisation et la Seconde Guerre mondiale ouvrent aux femmes blanches des opportunités dans les usines et les bureaux, mais avec des salaires inférieurs aux hommes. Dans le domaine éducatif, les femmes blanches accèdent au professions juridiques dans les années 1920, à la médecine dans les années 1930. Des syndicats de femmes blanches ou multiraciales comme les Garment Workers' UnionGarment Workers Union (GWU) sur SAHO émergent mais se concentrent sur les conditions de travail et non sur l'égalité entre les hommes et les femmesCheryl Walker, Women and gender in southern Africa to 1945, Londres, 1990.

Durant l'apartheid, plusieurs femmes s'organisent dans des mouvements politiques. Les plus militantes et les plus opposées au gouvernement du parti national et à l'apartheid se regroupent au sein du Black Sash (1955).

Jusqu'aux années 1980, le divorce est limité au cas d'abandon et d'adultère et les femmes mariées ne peuvent ouvrir de compte bancaire ou contracter des prêts sans consentement du mari. En 1984, le Matrimonial Property Act adoptée par la chambre de l'assemblée du parlement tricaméral établit l'égalité entre les hommes et les femmes dans la gestion des biens matrimoniauxMatrimonial Property Act 88 of 1984.

Luttes des femmes de couleurs En 1930, une dépression mondiale frappe l'Afrique du Sud occasionnant la montée en flèche du chômage et l'extension de la pauvreté. Les questions de subsistance liées aux loyers, le coût de la vie, la discrimination au travail, les laissez-passer et les contrôles imposés aux quelques centimes gagnés dans le secteur informel motivent les femmes à résister. Les principaux mouvements par lesquels les femmes noires ou de couleurs expriment leur conscience politique croissante dans les années 1930 sont le Congrès National Africain (ANC), le Parti Communiste sud africain (SACP) et le mouvement syndical. thumb|Charlotte Maxeke L'une des premières manifestations menées par des femmes de couleurs a lieu en 1930, lorsque Charlotte Maxeke mène une manifestation contre les laissez-passer. Des femmes brûlent des laissez-passer devant les bureaux municipaux de la province de l'État libre d'Orange. Ces laissez-passer visent à renforcer la ségrégation et à dicter aux Noirs où ils peuvent se trouver à un moment précis.

Le rôle de ces mouvements dans la résistance des femmes, ténu à la fin des années 1920 et dans les années 1930, commence à s'intensifier dans les années 1940.

Dans les années 1940, sur le plan politique, le gouvernement et l'opposition noire ont des avis divergents. En 1943, les femmes sud africaines commencent à faire pression pour la création d'une ligue féminine au sein de l'ANC afin qu'elles puissent, elles aussi, participer à la lutte contre l'oppression. Auparavant, les femmes ne sont pas admises comme membres à part entière de l'ANC, mais lors d'une conférence de l'ANC en 1943, il est décidé que cela doit changer. Parallèlement, la Ligue des femmes de l'ANC (ANCWL) est créée, sous-section de l'ANC, avec Madie Hall-Xuma comme première présidente. Toutes les femmes membres de l'ANC deviennent ainsi membres de l'ANCWL. Dès sa création, il est clairement indiqué que la lutte nationale pour la liberté, et non les droits des femmes, est son objectif principal. L'ANC n'est pas disposée à intégrer l'ANCWL à un mouvement féministe général non racial; elle doit être une organisation exclusivement ANC.

Au sein des syndicats, des ouvrières de toutes origines et des militantes comme Frances Baard, Lilian Ngoyi et Bertha Mashaba commencent à se faire entendre.

Dans les années 1950, Hilda Bernstein présente un projet de Charte des femmes. En parfaite adéquation avec le mouvement de libération nationale représenté par l'Alliance du Congrès, cette Charte appelle à l'émancipation des hommes et des femmes de toutes origines; à l'égalité des chances en matière d'emploi; à l'égalité de rémunération pour un travail égal; à l'égalité des droits en matière de propriété, de mariage et d'enfants; et à l'abrogation de toutes les lois et coutumes qui refusent cette égalité aux femmes. Elle exige également un congé de maternité rémunéré, des services de garde d'enfants pour les mères qui travaillent et une éducation gratuite et obligatoire pour tous les enfants sud-africains. Ces revendications sont ensuite intégrées à la Charte de la liberté adoptée par le Congrès du peuple réuni à Kliptown près de Johannesburg, les 25 et .

En , la Fédération des femmes noires est créée en réponse au besoin exprimé par les femmes d'Afrique du Sud de former un front uni. Lors de la conférence marquant le lancement de l'organisation, les femmes adoptent une constitution et décident de s'attaquer aux questions liées à l'éducation, au logement, au travail, au développement rural et aux détentions. La première présidente de la fédération est Fatima Meer. Les autres membres du comité exécutif sont entre autres Sally Motlana, Deborah Mabelitsa, F. Skhosana, Winnie Mandela, Ann Tomlinson, Merina Nyembezi, Vuyi Moloto, Jeannie Noel et Virginia Gcabashe.

Mouvements et actions des femmes

Fédération des femmes sud-africaines vignette|Membres de la Fédération des femmes sud-africaines en 1955. La Fédération des femmes sud-africaines (FEDSAW ou FSAW) est créée le au Trades Hall de Johannesburg. Il s'agit de la première tentative de création d'une organisation féminine nationale à large assise. Cent quarante-six déléguées, représentant 230 000 femmes de toute l'Afrique du Sud, assistent à la conférence fondatrice et affirment leur soutien aux objectifs ambitieux de l'Alliance du Congrès. Les objectifs spécifiques de la FSAW sont : rassembler les femmes d'Afrique du Sud afin de garantir la pleine égalité des chances pour toutes, sans distinction de race, de couleur ou de croyance, ainsi que de remédier à leurs handicaps sociaux, juridiques et économiques.

Marche des femmes de 1956 vignette|Amphithéâtre des Union Buildings où se rassemblèrent les manifestantes. Le , un important groupe de femmes lance une campagne pour mettre fin aux lois sur les laissez-passer appliquées par le gouvernement Strijdom. La campagne débute lorsque près 20 000 femmes défilent jusqu'aux Union Buildings de Pretoria pour protester contre certains amendements proposés à la loi sur les laissez-passer ou à la loi sur les zones urbaines de 1950.