L’Occident pourri est un slogan idéologique né au en Russie lors des polémiques entre les slavophiles et les potchvenniks d'un côté et les occidentalistes de l’autre. C’est le reflet du rejet des idées et des valeurs proposées par le monde occidental. Il est activement utilisé dans la propagande soviétique puis poutinienneIntroduction à , Institut d'études slaves, coll. Bibliothèque russe de l'Institut d'études slaves, , 2016..

Naissance du concept En 1841, le premier numéro de la revue Le Moscovite puble un article de Stepan Chevyriov, « Le Point de vue d'un Russe sur l'éducation en Europe ». On y lit :

Chevyriov reprend cette idée dans plusieurs autres articles. L’un des correspondants de M. Pogodine, le rédacteur en chef du Moscovite, lui écrit en 1844 :

Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine mentionne « les ennemis de l'Occident pervers et pourri » dans l'une de ses critiques Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine, Œuvres complètes, 1970 - . - .. Ivan Tourgueniev, dans son roman Fumée, fait dire à l'occidentaliste Potouguine :

Lien avec le panslavisme

Cet antioccidentalisme russe n’est pas le seul fait de conservateur rétrogrades : l’un des plus anciennes attestations de l’expression dans un texte français, l’est sous la plume d’un libéral qui justifie ainsi le panslavisme et l’impérialisme russe :

Il s’agissait alors de justifier les violences faites aux « frères » polonais dans un conflit fratricide : « Nous nous égorgeons, nous nous massacrons, il est vrai, mais nous sommes frères, tandis que la France et l’Angleterre, voilà des amis perfidesEugène Forcade, id, ibid. » Rien n’a changé et ce même slogan sert de nos jours pour justifier les crimes de guerre commis en Ukraine (voir ci-dessous).

Quelques années plus tard, Anatole Leroy-Beaulieu note :

Dans la Russie de Poutine

Le slogan des slavophiles du milieu du , celui de « l’Occident pourri » (ou « qui pourrit »), continue d’être exploité par des intellectuels-prophètes, comme Ivan Iline ou Alexandre Douguine, ou des démagogues autoritaires, comme Vladimir Poutine, dans le sens d’un nationalisme messianiquePierre-André Taguieff, « Alexandre Douguine, l’icône du nouveau traditionalisme impérial russe », dans , 27 août 2022.. Alexandre Douguine, en particulier, a une vision diabolisante de l’Occident, comme dans ce texte publié en 2006Pierre-André Taguieff, id., ibid. :

Après Mikhaïl Gorbatchev qui appelait à une « maison commune européenne », la Russie de Poutine tourne résolument la page et dévaste maintenant un « pays frère » qui a fait le choix de l’Europe. Avant même l’invasion de l'Ukraine par la Russie, cinquante lois antidémocratiques ont été votées depuis 2012 (selon la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme). L’une des plus utilisées est celle qui catalogue comme les ONG (depuis 2012), les médias (depuis 2017), les citoyens russes (depuis 2020) qui reçoivent des dons ou des subventions de l’étranger ou ()Michel Niqueux, « L’occidentophobie russe : une longue histoire », dans , 8 août 2022..

Notes et références

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