Eilaboun ( Ailabun, ) est un village arabe chrétien d'Israël.
Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, l'armée israélienne massacre 14 personnes à Eilaboun, dont la population fuit au Liban, puis est autorisée à revenir en 1949. C'est l'un des rares villages arabes qui a pu bénéficier de leur droit au retourMorris, 110..
Il est situé dans la vallée de Beit Netofa, dans le nord d'Israël, à environ 15 kilomètres au sud–ouest de Safed, dans le nord de la Galilée. En 2023, il avait 5834 habitants, dont 70,5% de chrétiens et 29,5% de musulmans. Le statut de conseil local lui a été accordé par le gouvernement israélien en 1973Eilabun (Israel) Dov Gutterman, FOTW.
Étymologie
Selon l'enquête du Palestine Exploration Fund, le nom d'Eilaboun vient de l'arabe signifiant « sol dur, rocailleux »Palmer, 1881, 121.. Selon certains universitaires, Eilaboun est construit sur le site d'"Ailabu" (), dont le nom peut avoir une parenté avec Ein LevonHaReuveni, 1999, 739..
Histoire Découvertes archéologiques
Des céramiques ont été découvertes à Eilaboun, attestant d'une occupation pendant de longues périodes age du Bronze, Deuxième Age du fer, Perses, Haut-Empire romain, des Croisades jusqu'à la période byzantineFeig, 2011, 'Elabbon, Final report. Des sarcophages taillés dans la pierre ont aussi été découverts à l'ouest du villageConder, Kitchener, 1881, SWP I, 381..
Eilaboun est mentionnée comme étant l'une des 24 cités associées a écrit l'un des 24 au Temple de Jérusalem, le clan sacerdotal résidant à Eilaboun étant les Haqoṣ. On retrouve le nom d'Eilaboun sur une inscription sur pierre des premiers siècles de notre ère et découverte au Yémen. L'orientaliste , qui l'a découverte en 1970, l'attribue à une synagogue transformée en mosquéeUrbach (1973), pp. 304–327; Degen (1973), 302–303..
Le village s'appelait Elbo à l'époque romaine.
En 2013, des fouilles ont été menées à Eilaboun et Gilad Cinamon par l'Autorité des antiquités d'Israël (AAI) : elles ont mis au jour des vestiges de l'époque mamelouke et ottomane, dont de la poterie de GazaGosker, 2013, 'ElabbonCinamon, 2013, 'Elabbon .Autorité des antiquités d'Israël, Excavators and Excavations Permit for Year 2013, Survey Permit # A-6783..
Empire ottoman
En 1517, le village est annexé par l'Empire ottoman avec le reste de la Palestine. En 1596, il apparaît dans un registre fiscal comme relevant de la nahié de Tabariyya et du sandjak de Safed, peuplé de 13 foyers musulmans. Les villageois payaient un impôt à taux unique de 25% sur l'ensemble de leurs productions agricoles, dont le blé, l'orge, les oliviers, le coton, les chèvres et les produits des ruches, ainsi que sur les revenus occasionnels et une taxe sur un pressoir à olives et jus de raisin, pour un total de 4500 akçeHütteroth, Abdulfattah, 1977, 189.Note that Rhode, 1979, 6 writes that the register that Hütteroth and Abdulfattah studied was not from 1595/6, but from 1548/9..
vignette|Source d'Eilaboun. Selon une tradition locale citée par Emanuel Hareuveni, des habitants du village voisin de Deir Hanna, arabes chrétiens, se sont installés à Eilaboun au .
En 1838, Aleibun est noté comme village chrétien du district d'Esh Shagur, situé entre Safad, Acca et TibériadeRobinson, Smith, 1841, vol. 3, 2nd appendix, 133..
En 1875, Victor Guérin estime sa population à une centaine d'habitants, tous de confession orthodoxe, doté d'une humble chapelle. Il signale une source excellenteGuérin, 1880, 359-360...
En 1881, l'enquête du Palestine Exploration Fund décrit les maisons du village comme bien construites et en pierres, avec toujours une centaine d'habitants described it as "a stone village, tous chrétiens. Le village, construit sur la crête, est entouré de broussailles, les terres cultivées sont dans la valléeConder, Kitchener, 1881, SWP I, 364..
Une liste de population de 1887 recense 210 habitants à Ailbun, tous catholiquesSchumacher, 1888, 174..
Période du mandat britannique vignette|Eilaboun en 1957. En 1917-1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'Eilaboun est conquise à la fin de 1918 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Au recensement de 1922 conduit par les autorités britanniques, Eilaboun a une population de 319 habitants, tous chrétiensBarron, 1923, Table XI, Sub-district of Tiberias, 39., qui sont 404 recensement de 1931, dont 32 musulmans et 372 chrétiens, dans 85 maisonsMills, 1932, 82..
Dans les statistiques de Village de 1945, la population est estimée à 530 chrétiens et 20 musulmansGovernment of Palestine, Village Statistics 1945, 12.. À ce moment, la propriété des terres se répartit entre dounams (1119 hectares) de terres appartenant à des Arabes et 3522 dounams de terres publiquesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Quoted in Hadawi, 1970, p. 72. Sur ce, 1209 dounams étaient classés comme vergers et terres irrigables, 2187 dounams étaient consacrés aux céréalesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Quoted in Hadawi, 1970, 122.
Massacre et nettoyage ethnique lors de la guerre de 1948-1949 vignette|Ruine sur le site du village des Arab al-Mawassi.
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Eilaboun est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Pendant la première guerre israélo-arabe, l'armée de libération arabe (ALA) défend Eilaboun. Les FDI tentent, dans le cadre de l'opération Cast Thy Bread, d'empoisonner les puits du village avec des germes de la typhoïdeBenny Morris, Benjamin Z. Kedar, « 'Cast thy bread’: Israeli biological warfare during the 1948 War », Middle Eastern Studies, volume 59, 2023, 5..
Le , deux soldats israéliens sont tués à l'avant-poste 213, sur une colline proche. Décapités, leurs têtes auraient été promenées en procession par les miliciens de l'ALA et les habitants du village (cette histoire de soldats décapités apparaît aussi dans le massacre de Khirbat al-Wa'ra al-Sawda', le , où ce sont aussi des Arab al-Mawassi qui sont massacrés). Les rapports du renseignement israélien indiquent qu'une tête a été retrouvée à Eilaboun, l'autre à MagharMorris, 479, 499 (note 107).. En septembre toujours, l’armée israélienne lance un raid contre le village : après les combats, elle parvient à pénétrer dans le village, vide d’habitants, massacre un troupeau et se retireIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). , 225..
Avant de se retirer de Palestine, l’armée libanaise laisse un canon pour défendre EilabounI. Pappé, , 229..
Après une bataille qui a lieu hors du village, le bataillon de la brigade Golani des forces de défense d'Israël s'empare du village le . Six soldats israéliens sont blessés et quatre véhicules blindés détruitsMorris, 475.. Après la reddition, négociée par quatre prêtres, les villageois se réfugient dans les églises. Un ouvrier est la première victime du massacre, tué au pistolet ; deux autres personnes sont blesséesSaleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 119-120.. Le commandant israélien sélectionne 13 ou 14 jeunes Arabes de la tribu bédouine des 'Arab al-Mawassi et les exécute, semble-t-il afin de provoquer la fuite du reste de la tribu<ref>Motti Golani, Adel Manna, [https://books.google.com/books?id=Bmu_BAAAQBAJ&pg=PA130 Two Sides of the Coin: Independence and Nakba 1948], Institute for Historical Justice and Reconciliation, 2011 119.</ref> (14 à 16 corps tués par arme à feu ont été retrouvés dans l‘église). Six autres hommes sont utilisés comme boucliers humains pour traverser un champ de mines. D’autres hommes sont abattus par groupes de deux ou trois pour simuler des pertes au combat, à l’intention des observateurs de l’ONU qui parcouraient la région. Selon un autre récit rapporté par Benny Morris, un habitant est tué par les FDI et un autre blessé lors du rassemblement de la population sur la place. Le commandant israélien sélectionne alors 12 hommes et ordonne la déportation de 800 habitants à . Les douze hommes sont exécutés, et un autre homme, âgé, est tué par un tir venu d'un véhicule blindé lors du trajet vers Maghar. 42 jeunes hommes sont enfermés dans un des camps de détention israéliens, et les habitants expulsés au Liban (la moitié selon Ilan PappéI. Pappé, , 232.). Toujours selon Morris, les victimes de ces exécutions sommaires étaient chrétiens maronites. Le village est ensuite mis à sacMorris, 2004, 479-480.. Certains villageois se sont réfugiés soit dans des villages proches, soit dans des ravins ou des grottesMorris, 2004, 480.Benvenisti, 2000, 153-154.. 52 habitants, principalement des enfants et des vieillards, sont laissés sur place.
Un rapport des observateurs des Nations unies précise le lieu du massacre et celui de la fosse où les victimes sont enterréesPalumbo, 164, citant le rapport des Nations unies intitulé "Atrocities September–November." [Atrocités septembre-novembre]. Page 165, il y a un croquis du village dessiné ar le capitaine Zeuty indiquant où les victimes ont été tuées et où elles sont inhumées..
Période israélienne
Les prêtres du village se plaignent amèrement de cette expulsion et exigent leur retour. Une enquête des Nations unies et la pression du Vatican favorisent l'avancée des négociations. À l'été 1949, les exilés d'Eilaboun sont autorisés à revenir, aux termes d'un accord entre Maxime V Hakim, archéparque d'Acre, et le chef de la section des affaires arabes du ministère des Affaires étrangères israélien.
Le village reste sous loi martiale jusqu'en 1966.
En 1983, un monument est élevé près du cimetière chrétien en mémoire des victimes. Un autre monument est élevé en 1998 en mémoire du massacre. Il est très vite vandaliséSorek, 102-104..
Le 25 avril 2008, six personnes sont blessées, dont deux gravement, dans une rixe entre Druzes et chrétiens, près d'Eilaboun : elle éclate entre des Druzes marchant vers le , le beau-père de Moïse, qui se sont battus avec des pierres et des armes à feu, et des chrétiens. Cet affrontement entre minorités en Israël commence en 2004 à Shefa Amr. Les anciens de la communauté druze interviennent pour ramener le calme et une réconciliation officielle entre communautés a lieu en 2009.
Eilaboun dans les mémoires The Sons of Eilaboun () est un documentaire de 2007 d'Hisham Zreiq, qui raconte le massacre et l'expulsion d'Eilaboun.
Le massacre est le sujet d’une des chansons d’Abdel Halim Hafez.
Un monument est élevé en 2000 en mémoire des 28 habitants .
Personnalité liée à Eilaboun
Hana Sweid, député à la Knesset
Voir aussi
Bibliographie complémentaire Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). ; Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. E. S. Srour, Eilaboun: History and Memory, 1997 (utilise les journaux d’un des prêtres pour relater le massacre) E. Srouji, « The Fall of a Galilean Village during the 1948 Palestine War: An Eye- witness Account », Journal of Palestine Studies, 33 (2004), 74 et suivantes.
Articles connexes
Localités arabes en Israël Arabes israéliens Chrétiens de Terre sainte
Liens externes
Welcome To Eilabun Survey of Western Palestine, Map 6: IAA, Wikimedia commons
Notes et références
Bibliographie