Arsène Joseph CriéEt non Antoine, Arsène, Pierre, Marie., né le à Laval (Mayenne) et mort le à Paris, est un journaliste et homme politique français. Journaliste anarchiste, il rejoint le mouvement boulangiste en 1888. Il a été considéré par les journaux de son époque comme l'un des chefs des socialistes révolutionnaires avec Émile Gautier, Pierre Kropotkine et Élisée ReclusYannick Lemarié, Arsène Crié (1853-1895), Journaliste, anarchiste et boulangiste. L'Harmattan, 2022..
Biographie Origine La famille Crié est originaire de Mayenne, établie dès le . Arsène Crié naît en 1853 à Laval. Il est le fils d’un marchand de toile. Étudiant à Rennes depuis 1872, il abandonne rapidement ses études de médecine. Pierre François Crié (1789-1851), teinturier avait six frères et sœurs, parmi lesquels se trouvait Pierre Crié, le père de Pauline Crié, épouse de Daniel Œhlert, et le père d'Arsène Crié.
Formation Ancien élève du Lycée de Laval, Arsène Crié suit le parcours de son oncle Pierre Crié, en étant étudiant en médecine à Rennes (Ille-et-Vilaine) à partir de 1872. C'est à cette époque qu'il devint probablement ami avec Émile Gautier. Pour y suivre des études de médecine à Rennes, il loue une chambre chez François LeclouxUn ancien sergent instructeur pendant la campagne de 1870 et le siège de Paris, devenu commerçant et propriétaire à Rennes. Arsène Crié se lie d’amitié avec la famille Lecloux, et son père, en difficulté financière, demande à Lecloux de signer des billets à ordre pour l’aider<ref name="bonc">Le Bon citoyen. (Paris), 30 juin 1895</ref>Après la mort du père de Crié, François Lecloux se retrouve responsable d’une dette de , qu’il rembourse après avoir été condamné par le tribunal de commerce de Rennes. Cependant, les banquiers créanciers et les juges de Laval tentent de contester cette dette, ce qui plonge Lecloux dans une série de procédures judiciaires et de harcèlement. A Rennes, Arsène Crié fréquente de 1872 à 1873, les cercles radicaux de RennesL'Univers, (Paris), 9 octobre 1886., notamment au café de M. DenotDont le propriétaire est devenu plus tard celui du café Soufflot, Boulevard Saint-Michel à Paris., où se réunissent de jeunes militants républicains. Ces lieux sont des centres de discussion et d’organisation pour la jeunesse radicale de l’époque. On y trouve des figures comme Émile Gautier, Marie-François Goron(1847-1933). Il devient chef de la sûreté de Paris en 1887. Il participe par exemple en 1871 aux manifestations pour faire partir les zouaves pontificaux d'Athanase de Charette de La Contrie installés à Rennes, puis à Laval., Paul Gorand, Armand Faisnel, Édouard Trouëssart fils, et d’autres jeunes gens qui deviendront plus tard des personnalités politiques ou judiciaires (comme Lemardelay, sous-préfet de la Manche, ou Alfred Dominique, juge).
Le , Arsène Crié publie un article suite à une pétition menée par les étudiants radicaux de Rennes dans le journal Le CorsaireLe Corsaire : journal quotidien / directeur G. Richardet (Paris), 1 juillet 1872.Militants anarchistes : CRIÉ Arsène [CRIÉ Antoine, Arsène, Pierre, Marie “J. ROUX” “H. LAURENT”]. Article mis en ligne le 4 mars 2018, dernière modification le 7 août 2025, afin de promouvoir l'instruction gratuite, obligatoire et laïque
Radicalisme En 1873, Arsène Crié vient s’installer à Paris pour effectuer son externat aux Hôpitaux de Paris et milite aux côtés d'Émile Gautier, qui poursuit alors son droit. Au Quartier latin, il est un des fondateurs du Comité révolutionnaire des écolesLe Gaulois (XVIe année, 3e série, no 98)..
En 1874, il se trouve à Paris, où il s'engage dans les rangs des radicaux. Il organise des réunions privées en vue des Élections législatives françaises de 1876 où il soutient la candidature d'Émile Acollas dans le 6e arrondissement de Paris contre Aristide Denfert-RochereauCe dernier est élu () par sur et 21 266 inscrits, contre à Léon Colin de Verdière, et 1 834 à Émile Acollas.Alexandre Zévaès, Le socialisme en France depuis 1871, 1908.. Il fait de même lors des Élections sénatoriales françaises de 1876, où il soutient la candidature de Charles Loiseau-PinsonGazette nationale ou le Moniteur universel, 23 octobre 1882.
En 1876, il collabore avec les journaux Les Droits de l’hommeLa Vie littéraire, 18 octobre 1877. (Ce journal est le support du courant guesdiste), sous le pseudonyme de Ch. Crillon, et Le Bien public.
Ami personnel d'Édouard TrouëssartLa Vie littéraire, 31 août 1876 (fils)Mermeix, La France socialiste, notes d'histoire contemporaine, 1886.Édouard Trouëssart se suicide en 1876 dans un désespoir d'amour. Il était grièvement blessé suite à la Bataille du Mans. Habitant Paris, publiciste, participant au groupe du Quartier Latin, il est l'auteur de plusieurs brochures. Ami personnel d'Arsène Crié, il faisait partie de la Commission du Congrès International des travailleurs, il prononce un discours lors de la mort de ce dernier en . En , il faisait partie du comité radical permanent des 5e et 6e arrondissement de Paris. Le jeune homme revient brièvement à Laval. Il travaille ensuite en tant que représentant pour sa mère, qui gère un commerce à LavalIl ne s'agit pas d'un commerce de couteaux. Il part de s'exiler à Bruxelles pour fuir les créanciers de sa mère.
L'arrivée à Bruxelles En , il s'installe à BruxellesDans la rue de Ruysbroeck., il est représentant en vinMaison Bayeux, rue du Chêne., puis enseignant comme professeurProfesseur-surveillant en français, histoire et géographie. libre le français à l' Institut LéopoldRue Belliard. durant un an à la fin 1880. Il propose ensuite des cours particuliers en ville.
C'est à Bruxelles qu'il commence à fréquenter les milieux ouvriers et qu'il se tourne vers l'anarchisme. Arsène Crié participe le au Comité central des Cercles réunis (d'Emmanuel Chauvière), dont il devient l'un des principaux membres actifs. Il collabore au journal belge socialiste Les Droits du peuple sous le pseudonyme d’ Henri Laurent. Il fréquente L’Égalité, le cercle des proscrits français en Belgique, et pourrait être membre des Solidaires. Il rédige un chapitre Pourquoi je suis anarchiste dans la série de Emmanuel Chauvière, Je suis un autoritaire..
Le militant anarchiste en Belgique Arsène Crié est très actif à Bruxelles, dans le Borinage et à Charleroi en 1880-1881. La tactique affichée d'Arsène Crié est de s'opposer aux « évolutionnistes » à travers la parole et un journal dont la diffusion continue d'augmenter par rapport à celui de Louis Bertrand. Arsène Crié prend part à la préparation de la première manifestation du en faveur du Suffrage universel en Belgique, tout en mentionnant à plusieurs reprises le recours à la force de la Police belge. La manifestation est un succès, mais des échauffourées éclatent à la fin. Arsène Crié y prend part et s'engage ensuite à dénoncer les brutalités policières.
Arsène Crié est présenté comme « l'âme des Cercles Réunis » et qualifié de « mauvais génie » de ce groupeLouis Bertrand, Souvenirs d'un meneur socialiste, vol. 2, Bruxelles, 1927.. Arsène Crié joue un rôle essentiel dans l'organisation et la radicalisation du mouvement révolutionnaire belge, plaidant en faveur de l'acquisition d'armes et dénonçant vigoureusement les « mouchards » (informateurs de police). Lors de la commémoration de l'anniversaire de la Commune de Paris en 1880, il appelle publiquement à la violence contre ces derniers, exprimant le souhait de « pouvoir tuer au moins un mouchard » avant sa mort, ce qui lui attire des applaudissements.
Paradoxalement;, c'est lui, qui sans le vouloir, a recommandé aux révolutionnaires parisiens Égide Spilleux, dit Serreaux, dit Genlis, de nationalité belge ; qui aurait en réalité été un informateur de la Préfecture de PoliceIl a ensuite dirigé le journal La Révolution sociale avec des fonds policiers à laquelle collabore Arsène Crié.. Le , il accuse Égide Spilleux d’être un mouchard. Il assiste aux congrès libertaires, de Bruxelles le , de Verviers, le , et de Cuesmes, le . Toute cette agitation est une illusion qui ne survivra pas au départ des deux Français Chauvière et Crié, qui seront expulsés de Belgique. L'expulsion de Belgique Il exhibe un drapeau rouge dans les rues de Cuesmes le , puis le à Mons d’avoir fait le tour de la place, tambour en tête avec une vingtaine d’ouvriers porteurs de Drapeau rouge, en hommage à la Commune de Paris. Son expulsion est souvent attribuée à tort à son geste à Cuesmes. Ses prises de position radicales et ses attaques contre les autorités et les indicateurs en font une cible privilégiée de la répression policière. Malgré plusieurs tentatives d’expulsion dès 1880, les autorités belges tardent à agir. Un dossier est transmis au Ministre de la Justice en , mais sans suite immédiate. Un arrêté d’expulsion est finalement préparé en juin, et . Le ministre de la Justice, Jules Bara, justifie cette mesure en par le rôle prépondérant d'Arsène Crié dans l’organisation du parti révolutionnaire, son influence, son talent oratoire et en raison de plusieurs articles. Arsène Crié reçoit l’arrêté d’expulsion le et quitte le pays le .
L’action d’Arsène Crié contribue à affaiblir les tendances réformistes en Hainaut et à renforcer les courants isolationnistes et anarchistes, notamment à Verviers. Les archives belgesArchives générales du Royaume, Fonds Police des étrangers, n° 336-596Archives de la ville de Bruxelles, Police, n° 519 montrent que les autorités cherchaient surtout à neutraliser son influence au sein du mouvement révolutionnaireLe Parti ouvrier belge (POB), fondé en 1885, émergera dans un contexte marqué par ces divisions..
Journalisme Il revint à Paris, où il exerça en tant qu'employé de bureau. Ensuite, il devint rédacteur au Petit Parisien, puis à L’Estafette grâce à Émile Gautier. Avec ce dernier, il rejoint le Cercle d’études sociales du Panthéon, orienté vers l'anarchisme, et des cercles blanquistes et internationalistes. Il ne tarde pas à faire la connaissance d'Elisée Reclus, qui lui confie la correspondance parisienne du Révolté, journal anarchiste génevois.
Dans ce cadre, il participe au congrès intitulé « socialiste révolutionnaire indépendant » à Paris, qui se déroula du 25 au , où il fut rapporteur sur la question du salariatIl demeurait alors 63, Rue Monsieur-le-Prince.. Ce Congrès indépendant est organisé au 103, Boulevard de Ménilmontant. En , il participe au Congrès international de Paris, organisé Rue Oberkampf par Libre-pensée, puis, en , il fut délégué au congrès ouvrier socialiste. Il collabore également au journal Le Révolté. Il contribue à Le Droit social, publié à Lyon.
Milieux insurrectionnel Arsène Crié est également proche des milieux insurrectionnels. Il est arrêté et jugé à plusieurs reprises pour des manifestations ayant dégénéré en émeutes, comme celles de Montceau-les-Mines en 1882.
Arsène Crié est l’un des membres les plus actifs du parti anarchiste en France. Secrétaire de rédactionIl est à La Bataille avant son arrestation. à la Bataille et au Citoyen, il est arrêté le matin du à ParisL’Intransigeant, 24 octobre 1882., dans le cadre d’une vague d’arrestations visant dix-sept anarchistes à Paris, Lyon et Saint-ÉtienneLe Bien public : Union bourguignonne, (Dijon), 24 octobre 1882.. Ces arrestations sont liées aux événements révolutionnaires de Montceau-les-Mines, où des troubles sociaux et des affrontements entre ouvriers et forces de l’ordre ont lieu.