Bernd A. Laska, né le à Berlin et mort le à Nuremberg, est un écrivain, philosophe, traducteur et éditeur allemand.

Parcours professionnel Laska a étudié à l'Université technique de Munich et a obtenu son diplôme d'ingénieur en 1969. Après des séjours à l'étranger et diverses activités, il se lance dans l'écriture dans un domaine non technique. Il traduit des ouvrages de Wilhelm Reich de l'anglais vers l'allemand et fonde en 1975 le Wilhelm-Reich-Blätter, un magazine alternatif servant d'organe à un groupe d'étude informelAngaben nach Laskas Rowohlt-Monographie Wilhelm Reich (1981; 6. Aufl. 2008).

En 1981, Laska publie la monographie Rowohlt sur Wilhelm Reich.

Laska rédigea ensuite une monographie sur Max Stirner pour Rowohlt, qui ne fut toutefois jamais publiée, même après de longues discussions avec la maison d'édition. Laska considérait ces divergences avec le comité de lecture de Rowohlt comme symptomatiques de la réception de Stirner.

Ce conflit l'incita à s'intéresser de plus près à la réception de Stirner. Depuis le milieu des années 1980, il publie les résultats de ses recherches dans une série d'essais et dans la collection Stirner StudiesAperçu, descriptions succinctes, tables des matières des titres parus jusqu'à présent ici.

Dans les années 1980, Laska découvrit le philosophe français Julien Offray de La Mettrie (1709–1751)Après avoir lu l'ouvrage de référence Die Aufklärung (Les Lumières) de Panajotis Kondylis (de). Il donne plus de détails à ce sujet dans une sorte d'hommage à Kondylis, décédé en 1998, intitulé Panajotis Kondylis – unfreiwilliger Pate des LSR-Projekts (Panajotis Kondylis – parrain involontaire du projet LSR)..

Comme seul son ouvrage L'Homme machine était jusqu'alors disponible en traduction allemande, il publia en 1985, aux éditions LSR, une édition en quatre volumes contenant des traductions nouvelles ou inédites des écrits de La Mettrie. Parallèlement, il a conçu le projet LSR, qu'il décrit dans l'introduction du premier volume de l'édition des œuvres de La MettrieBernd A. Laska : Introduction à La Mettrie, L'homme machine, Nuremberg 1985, p. xxxiv-xxxvi.

Laska affirme que le choix et le « rapprochement » de ces trois auteurs marginaux dans l'histoire des idées n'est pas arbitraire, mais résultent d'une nouvelle perspective sur l'histoire des Lumières modernes : Cette nouvelle perspective examine ce qui relie ces trois penseurs, par ailleurs isolés, qui ont chacun œuvré vers le milieu des XVIIIe, XIXe et XXe siècles : en termes de contenu et d'impact historique. Une première tentative pour mettre au jour le « noyau commun d'idées » des trois auteurs se trouve dans trois articles monographiques : La Négation du Surmoi irrationnel chez La Mettrie / ...chez Max Stirner / ...chez Wilhelm ReichCes articles sont disponibles en ligne et seulement en allemand :

- Die Negation des irrationalen Über-Ichs bei La Mettrie (La négation du Sur-Moi irrationnel chez Lamettrie)

- Die Negation des irrationalen Über-Ichs bei Max Stirner (La négation du Sur-Moi irrationnel chez Max Stirner)

- Die Negation des irrationalen Über-Ichs bei Wilhelm Reich (La négation du Sur-Moi irrationnel chez Wilhelm Reich).

Cependant, la plupart des travaux disponibles à ce jour concernent le rejet et le refoulement de ce noyau d'idées par le courant dominant des Lumières, selon les termes de Laska : l'histoire de la ré(-pulsion et de la dé-)ceptionOutre les volumes consacrés aux études sur Stirner, voir notamment les articles La crise initiale de Nietzsche - Un nouvel éclairage de la question "Nietzsche et Stirner" (2002) et 1750 – Rousseau évince La Mettrie - D'une orientation des Lumières lourde des conséquences (2012).

Laska explique que son projet LSR a pour objectif de lever la « paralysie » des Lumières modernes depuis le milieu du XXe siècle, en mettant en lumière les multiples « mauvais choix » et les « victoires à la Pyrrhus » au cours des Lumières modernes, de mettre fin à leur « paralysie » depuis le milieu du XXe siècle ; qu'il souhaite opposer à l'interprétation défaitiste de Horkheimer et Adorno (Dialectique de la Raison) une interprétation potentiellement tournée vers l'avenir.

Le projet LSR Le projet LSR est un projet d'histoire des idées lancé par Laska en 1985Le croquis que Laska a présenté en 1985 dans son introduction au livre de La Mettrie L'homme machine (p. xxxiv-xxxvi) peut être considéré comme le « document fondateur »..

Les lettres L, S et R désignent La Mettrie, Stirner et Reich. À la même époque, la maison d'édition LSR fut fondée, qui publia d'abord une édition allemande en quatre volumes des œuvres de La Mettrie (en grande partie des premières traductions), puis un recueil des écrits mineurs de Stirner (Parerga, Kritiken, Repliken [En français : Parerga, Critiques, Répliques (NdT)]), et enfin une série d'ouvrages intitulée Stirner-Studien (trois volumes de Laska à ce jour).

Depuis 1975, Laska avait principalement publié des ouvrages sur Wilhelm Reich. Avec les Wilhelm-Reich-Blätter qu'il éditait, il souhaitait contrer trois tendances contemporaines : l'oubli de Reich par la gauche ; l'appropriation du Reich tardif – le chercheur en orgone – par le mouvement ésotérique en plein essor ; et la commercialisation de la technique thérapeutique de Reichwilhelm-reich-blätter.

Laska s'efforce de dégager et de souligner une signification plus générale de Reich, que l'on pourrait qualifier de « philosophique »Wilhelm Reich n'a jusqu'à présent été que rarement reconnu comme philosophe, mais Paul Edwards (en) lui a rendu un hommage explicite dans un long article de l'Encyclopedia of Philosophy (1967 ff., rev. 2006) (en) ou dans la "Biographische Enzyklopädie deutschsprachiger Philosophen" (2001)..

Pour ce faire, il s'efforce tout d'abord de prouver que Reich était certes un disciple de Freud, mais surtout l'antipode (éclairé) de ce dernier grand penseur des Lumières.

Malgré l'immense influence de la psychanalyse sur l'histoire des idées, ni Freud ni Reich ne se considéraient comme des philosophes. Non seulement pour cette raison, mais aussi pour des raisons inhérentes au sujet, Laska qualifia son projet LSR de « paraphilosophique »Ce terme est expliqué comme suit dans l'introduction : « Le mot paraphilosophie est un terme peu utilisé jusqu'ici -- à raison, car jusqu'ici on n'a jamais réussi à développer des pensées, à partir d'une impulsion philosophique originaire, qui ne soit pas à réordonner dans le domaine habituel de la philosophie; ils se tiennent pour ainsi dire en dehors, à côté de la philosophie traditionnelle. [...] (Il s'agirait cependant d'une erreur de compréhension de reprendre le concept de la paraphilosophie du projet LSR en tant qu'analogue des "parasciences" [sciences parallèles] récentes ou de la parapsychologie un peu plus ancienne). ».

Le projet LSR s'est développé à la suite des discussions théoriques des années 1968 sur la fusion des grandes théories éclairées de Karl Marx et de Sigmund Freud dans ce qu'on appelle le freudomarxisme. Cette unification a été initiée dans les années 1920 principalement par Wilhelm Reich (1897-1957). En 1968, elle a été modifiée et relancée principalement par Herbert Marcuse. Dans les années 1970, l'intérêt général pour la théorie marxiste freudienne a diminué. Au lieu de cela, la « nouvelle lecture » de Freud par Jacques Lacan et la « nouvelle lecture » de Marx par Louis Althusser ont gagné en influence. La perspective novatrice de Michel Foucault a rapidement suscité un vif intérêt. Ces nouvelles théories avaient en commun d'avoir tacitement rompu avec la tradition freudo-marxiste. Ceci et d'autres développements de la philosophie politique après 1945 – postmodernisme ; La « nouvelle confusion » d’Habermas, etc. – ont conduit Laska à supposer que ce processus complexe et chaotique avait enseveli, voire « refoulé », le grand élan éclairant du freudo-marxisme originel.

Le « refoulement » est donc un concept central dans les études menées jusqu'à présent dans le cadre du projet LSR, qui portent principalement sur l'histoire de la réception. Il s'agit tout d'abord de prouver qu'il y a bien eu refoulement, puis d'explorer l'idée qui a été refoulée. Les études sur Wilhelm Reich ont ensuite été suivies par d'autres sur Max Stirner (1806-1856), et enfin sur Julien Offray de La Mettrie (1709-1751) et leurs environnements respectifs. Le nom du projet LSR a été formé à partir des initiales des noms des protagonistes (classés par ordre chronologique).

Le projet LSR vise à montrer qu'à chaque apogée des Lumières modernes, un penseur radicalement matérialiste et athée est apparu, dont les idées ont été « refoulées » et pour ainsi dire passées sous silence par ses contemporains – paradoxalement, en particulier par les penseurs des Lumières. De plus, il vise à montrer qu'après l'omniprésence des idées des Lumières et la réévaluation de leur histoire intellectuelle, cette condamnation tacite a été à nouveau ignorée, ce qui constitue un « refoulement secondaire ». La pertinence de ces processus dans l'histoire des idées sera démontrée par le fait que, malgré des contextes sociaux et philosophiques très différents, un modèle de réception très similaire dans sa structure fondamentale peut être mis en évidence dans ces trois cas, séparés par près d'un siècle, à savoir celui de l'« histoire de la ré-pulsion et de la dé-ception ».

Le projet LSR, qui a jusqu'à présent été largement mené en dehors du milieu universitaire et a été accueilli principalement par le biais d'œuvres individuelles plutôt que dans son ensemble, ne vise pas à réhabiliter les trois auteurs marginaux de l'histoire de la philosophie que sont La Mettrie, Stirner et Reich. Les études de cas consacrées à ces penseurs qualifiés de « parias de l'esprit »C'est le nom d'une série de livres annoncée en 1985 par les éditions LSR [„Parias des Geistes“]. et une histoire de la philosophie des Lumières lue à contre-courant sont destinées, selon la conception même du projet, à donner une impulsion « pour la réanimation des Lumières paralysées »Cf. par exemple Bernd A. Laska : Sigmund Freud contre Wilhelm Reich (de) (extrait de Bernd A. Laska : Wilhelm Reich. Reinbek 1981, 6e édition 2008). Les critiques des publications LSR ont été tantôt positives Dirk van den Boom dans : eigentümlich frei. Marché pour le libéralisme, l'anarchisme et le capitalisme. Année 1, n° 3, 3e trimestre 1998, p. 98-99., tantôt négatifsWolfgang Schuller dans : Frankfurter Allgemeine Zeitung, 4 juillet 1997.

Le site web du projet LSR n'ayant pas connu d'évolutions majeures depuis 2016, Christian Fernandes a pris en charge son administration en . La même année, il publia, à partir des archives personnelles que Laska avait déposées de son vivant, la correspondance de ce dernier avec le philosophe Hermann Schmitz, ainsi qu’une nouvelle édition de la biographie inachevée de Stirner par LaskaChristian Fernandes (éd.): Bernd A. Laska, Hermann Schmitz: Der Briefwechsel [Correspondance] (1993–2016). Königshausen & Neumann, 2024.Christian Fernandes (éd.): Bernd A. Laska: Max Stirner – Leben, Werk, Wirkung. Königshausen & Neumann, 2024.

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