vignette|Entrée de l'ENA, renommée Institut national du service public en 2021, avenue de l'Observatoire à Paris L'histoire de l’École nationale d'administration et de l'Institut national du service public retrace l'évolution de l'École nationale d'administration (ENA), de sa création en jusqu'à sa transformation en l'Institut national du service public.

Genèse de l'École nationale d'administration (1848-1944)

L’École d'administration (1848-1849)

gauche|vignette|136x136px|Maurice Thorez, figure du Parti communiste français et signataire des décrets fondateurs de l'ENA. Avant 1945, l'État n'assure pas une formation unique pour les fonctionnaires responsables de sa haute administration. Si le système du concours s'est généralisé au cours du , chaque corps ou ministère organise son propre concours, sans considération pour l'homogénéité de la haute fonction publique. Certains risques de corporatisme ou de népotisme en résultaient..

En 1848, la Deuxième République est l'occasion de rénover le recrutement dans la haute fonction publique. Le ministre de l'Instruction publique Hippolyte Carnot, a l'idée de créer une École d'administration, chargée de la formation des administrateurs gouvernementaux. Un décret de création, le décret du , est pris. L'école s'installe dans l'ancien bâtiment du collège du Plessis. Elle est fermée en , quelques mois après son inauguration, lorsque Carnot quitte son poste de ministre... Des tentatives de recréation d'une école d'administration ont lieu sous la Troisième République, notamment les projets de Carnot et Jules Ferry.

Propositions du Front populaire (1936-1938) En 1936, le Front populaire arrive au pouvoir et cherche à réformer la haute fonction publique. Le ministre de l'éducation nationale Jean Zay propose de créer une unique école de sélection et de formation des hauts fonctionnaires. Il dépose ainsi, le , un projet de loi à la Chambre des députés, afin de créer une école nationale d'administration. Dans les mois qui suivent, une commission composée de hauts fonctionnaires et d'universitaires (dont Michel Debré, alors auditeur au Conseil d'État) prépare le projet de création, approuvé en par la commission de l'Enseignement et des Beaux-Arts de la Chambre.

Le projet est discuté par les parlementaires entre et . Une double structure aurait été créée : une École d'administration préparant aux emplois de chefs de cabinet de préfet, de juge administratif, et de rédacteur dans les administrations centrales d'une part ; et un Centre des hautes études administratifs préparant à l'accès aux grands corps et au corps diplomatique. Ce projet fait l'objet d'un refus de la part du monde universitaire, qui craint la concurrence de l'ENA avec les facultés de droit, et la haute administration, qui préfère que chaque service puisse disposer de ses règles de recrutement propres. Le Sénat enterre le texte.

En 1938, Michel Debré publie dans les Chroniques Dalloz un article au sujet de la possibilité d'une école nationale d'administration.

L’École des cadres d'Uriage (1940-1942)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un projet à l'apparence similaire mais aux objectifs opposés émerge. L'École des cadres d'Uriage, créée par le régime de Vichy en 1940, a pour objectif l'instauration d'une nouvelle aristocratie fondée sur le sens du service de l'État. S'éloignant de l'idéologie vichyste, elle sera finalement dissoute par Pierre Laval en .

Création de l'ENA et première année (1945-1946)

Du projet gaulliste à l'ordonnance du 9 octobre 1945 Le Conseil national de la Résistance décide pendant la guerre d'un programme, dont l'un des volets a trait à la démocratisation de l'accès aux études et à la haute fonction publique. Dès la Libération, Charles de Gaulle demande à Michel Debré de travailler sur un projet visant à briser le népotisme et la cooptation dans la haute fonction publique, et qui permette par là même de donner une formation unifiée aux hauts fonctionnaires. Debré et Emmanuel Monick travaillent ensembleJacquier-Bruère (pseudonyme de Michel Debré et Emmanuel Monick), Refaire la France : l'effort d'une génération, Paris, 1945. pour créer l'ENA, les Instituts d'études politiques et le Centre de hautes études administrativesOrdonnance du 9 octobre 1945 — ENA.. De Gaulle écrit plus tard dans ses mémoires que .

Debré souhaite créer l'école avant que les anciens grands concours administratifs ne reprennent. Il cherche donc à faire aboutir la création avant la session de 1946. L’École nationale d'administration (ENA) est créée par l'ordonnance du 9 octobre 1945 relative à la formation, au recrutement et au statut de certaines catégories de fonctionnaires. par le Gouvernement provisoire de la République française, alors présidé par de Gaulle. Est créé par là même le corps unifié des administrateurs civils, qui vise à mettre fin à une fragmentation trop gauche|vignette|L'ancien site arboré de la rue des Saints-Pères, tout comme celui de la rue de l'Université, est aujourd'hui occupé par l'IEP de Paris. importante des corps de hauts fonctionnaires. Cette double décision, qui devait profondément bouleverser la structure même de l'administration publique française, avait été préparée par la Mission provisoire de réforme de l'administration, placée auprès du chef du gouvernement et dirigée par Maurice Thorez, vice-président du Conseil et secrétaire général du Parti communiste français. Le choix de l'ordonnance aurait relevé, selon Ezra Suleiman, , l'ordonnance était plus facile à prendre qu'une loi à être votée. L'école est, dès sa création, ouverte aux femmes.

Mise en place de l'école (novembre 1945) Du au , date du premier conseil d'administration de l'ENA, Michel Debré agit comme directeur provisoire de l'ENA. Lors du conseil d'administration fondatif, Debré fait élire Henri Bourdeau de Fontenay, résistant, comme son premier directeur, et Pierre Racine comme directeur des stages. Tout doit alors être décidé, comme le contenu du cursus et l'organisation des stages. Il est décidé que les élèves de l'établissement seraient des fonctionnaires-stagiaires, admis comme fonctionnaires et percevant une rémunération.

Par ailleurs, le concours d'entrée ne doit pas être un concours faisant appel à des connaissances techniques, comme en économie ou en droit public, mais à une culture générale et humaniste importante, conformément à l'idée gaullienne selon laquelle la culture générale est la , et afin de garantir que des élèves issus de formations différentes puissent avoir la possibilité d'être admis. De plus, le concours d'entrée devait être académique, et la formation professionnelle se faire durant la scolarité. La formation des élèves comporte d'emblée un stage en préfecture, imposé par Debré et inspiré de la pratique de Robert Delavignette au sein de l'École nationale de la France d'outre-mer. Si une voie d'accès était prévue pour des personnes déjà fonctionnaires, la scolarité et le classement de sortie unique devaient ensuite (Debré) de la promotion et rendre les élèves indistinguables, afin qu'ils aient des parcours similaires. Le classement doit, lui, permettre d'éviter le retour de la cooptation, du népotisme ou du favoritisme ; ainsi, selon Debré, .

La situation budgétaire française étant particulièrement difficile, le projet de création d'ENA fait l'objet de discussions avec la direction du Budget. Debré obtient de François-Didier Gregh le déblocage des fonds nécessaires. Le budget de l'ENA pour 1946 est de 19 856 700 francs.

L’École s'établit d'abord dans les murs de l'hôtel de La Meilleraye, au 56 rue des Saints-Pères, à Paris. Le bâtiment, exproprié en 1945 au bénéfice de la Fondation nationale des sciences politiques, est toutefois jugé trop petit par le directeur historique de l'école, qui recherche aussitôt un autre site. Sur le conseil de Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, il revendique avec succès la Grande Écurie du Château de Versailles, alors affectée au ministère des Armées. Un décret du affecte le site au ministère de la Fonction publique, qui l'attribue à l'ENA ; trois projets successifs d'aménagement sont demandés à plusieurs architectes, dont André Lurçat, Albert MorizeArchitecte parisien : . et Louis Madeline. Mais les crédits manquent, l'Armée rechigne à quitter les lieux, et Bourdeau de Fontenay doit renoncer à son projet versaillais en 1954..

Après la démission du Général de Gaulle de la présidence du Conseil le , Maurice Thorez réussit à mener à bien la réforme administrative et l'élaboration du statut de la fonction publique, en se préoccupant d'assurer d'abord la survie de l'ENA créée avant son entrée au Conseil. Michel Debré, maître des requêtes au Conseil d'État et commissaire de la République à Angers, anime cette mission de création de l'école. Il assure provisoirement la direction de l'école.

L'École est toutefois initialement rejetée par les Grand corps de l'État, qui perçoivent négativement le fait que l'ENA leur ôte la possibilité de recruter librement leurs membres, préparés à Sciences Po. Ce rejet a pour conséquence des pressions de la part des ministères devant verser une subvention pour charge de service public à l'ENA, qui la réduisent autant que possible. Le Conseil d'État organise son ultime concours autonome en parallèle du premier concours de l'École ; Max Querrien, admis aux deux en même temps, démissionne par conséquent de l'ENA.

Premières promotions et promotions spéciales (1946-1948)

Les trois promotions spéciales (1946-1947, 1947-1948, 1948-1949) Charles de Gaulle signe le un arrêté ouvrant le premier concours de l'ENA, qui est un concours dit . Seuls les résistants, déportés, blessés de guerre et individus soumis au STO peuvent candidater. Les candidats doivent expliciter leur adéquation avec un de ces critères et reçoivent une . Trois promotions bénéficient de ce régime : France Combattante ( - ) ; Croix de Lorraine ( - ) ; Jean Moulin ( - ). L'association des anciens élèves de l'ENA (AENA, devenue Servir) est créée en 1947, au sortir de la promotion France Combattante.

Le premier concours a lieu les 12 et . Les candidats au concours spécial bénéficient d'un régime d'épreuves allégé, constitué d'une épreuve de dissertation de culture générale et d'une épreuve de culture économique et sociale. Parmi les candidats, 86 sont retenus pour la première promotion. Leur scolarité est raccourcie à un an, ce qui en fait la scolarité la plus courte de l'histoire de l'établissement. Les élèves sont inscrits dans une section parmi quatre (Administration générale ; économique et financière ; sociale ; Affaires extérieures). L'objectif est de s'assurer que les élèves n'arrivent pas déjà spécialisés à l'ENA, car l'établissement a vocation à recruter des généralistes, mais qu'ils se spécialisent en cours de scolarité. Les élèves ont cours le matin et suivent un stage en administration centrale l'après-midi ; ils sont dispensés du stage préfectoral.

En , la promotion Croix de Lorraine intègre l'école, avec une scolarité également allégée, en parallèle de la promotion normale Nations Unies. En 1948, la promotion Jean Moulin clôt le cycle des trois promotions spéciales avec une ultime promotion, d'une taille très restreinte. Elle est la première à suivre un stage préfectoral, qui est issu du stage de formation des auditeurs du Conseil d’État créé par Napoléon Bonaparte. La part de la note de stages dans le nombre de points déterminant le classement de sortie est alors de 25 %.

Les premiers enseignants de l'école sont Raymond Aron, Alfred Sauvy, René Dumont, Louis Armand, ou encore Pierre Laroque.

Jean-François Kesler remarque que ; cela viendrait de ce que .

Les deux premières promotions normales (1946-1948, 1947-1949) Entre les trois premières promotions sont intercalées deux promotions , accueillant des étudiants (concours externe) comme des fonctionnaires (concours interne). La promotion Union Française suit sa scolarité de à , et la promotion Nations Unies de à .