thumb|right|”Les chutes du Niagara”, le premier daguerréotype connu produit au Canada par Hugh Lee Pattinson en 1840.
La photographie au Canada fait son apparition en 1839, soit une trentaine d’années avant la Confédération. Elle est alors le fait d’amateurs autant que de professionnels. Elle se commercialise rapidement et au se concentre surtout sur le portrait. Certains professionnels s'engagent bientôt dans des projets à teneur politique et ethnologique dans le cadre des expéditions d’exploration de l’Ouest du pays, documentant pour le compte de différents services gouvernementaux la vie des Premières Nations.
Au la photographie est adoptée comme nouveau moyen de communication par diverses institutions surtout gouvernementales. Les chemins de fer comme le Canadian Pacific Railways l’utilisent dans le cadre de leurs campagnes publicitaires. Le National Film Board du gouvernement fédéral se dote d’une direction de la photographie produisant des images destinées à usage national aussi bien qu’international. Mais si sa vocation initiale est de donner une image positive du pays, s’y ajoute dans les années 1960 une dimension « documentaire » dont l’orientation reflète souvent les centres d’intérêts des photographes participants.
Des années 1960 à 1980 le gouvernement fédéral par le biais du Musée des beaux-arts du Canada (alors la Galerie nationale), des Archives nationales, et du Conseil des Arts encourage son développement. À partir des années 1970, se crée un intérêt pour la photographie « artistique » et s’ouvrent des galeries commerciales vouées exclusivement à la photographie. En 1985, est fondé le Musée canadien de la photographie dont l’existence sera brève pendant que diverses universités commencent à offrir des programmes d’études de premier et deuxième cycles en photographie.
Avec le tournant du siècle et l’avènement de la photographie numérique, non seulement la photographie devient-elle un instrument à la portée de tous, mais encore les photographes professionnels se spécialisent dans un nombre de plus en plus varié de domaines : photojournalisme, photographie documentaire, portrait, photographie artistique, etc. Leurs images illustreront souvent les causes qui leur sont à cœur : féminisme, identité de genre, horreur de la guerre, lutte contre le colonialisme, Premières Nations, immigration et bien d’autres.
thumb|left|Le premier dessin photogénique produit au Canada en juin 1839 par William Henry Talbot.
En , un hebdomadaire d’Halifax (Nouvelle-Écosse), le Colonial Pearl, rapporta qu’un de ses lecteurs avait réussi à produire un « dessin photogénique » (probablement des fougères ou des plantes) sans l’aide de caméra, en plaçant ces objets sur du papier « salé » ou sensible à la lumière. Selon l’expert Ralph Greenhill il s’agit de la première « photographie » produite au Canada. En 1841, l’inventeur, botaniste et artiste amateur britannique William Henry Fox Talbot donna à ce procédé le nom de « calotype ».
Le Canada fut parmi les premiers pays à s’engager sur la voie tracée par le Français Louis Daguerre qui, en 1839, inventa le « daguerréotype ». Fin 1840 s’ouvraient à Montréal et Québec des « chambres photographiques » appartenant à deux voyageurs de commerce en provenance des États-Unis, Halsey et Sadd. Ceux-ci vendaient leurs épreuves dans un « luxueux étui de marocain » au prix de 5 $. Il existe encore quelques spécimens de cette production. À la même époque la première femme photographe au Canada fut probablement une autre citoyenne américaine épouse de John Fletcher de Newburyport qui vint s’installer brièvement à Montréal en 1841. Selon sa publicité, elle pouvait exécuter des daguerréotypes .
Si certains photographes des États-Unis vinrent s’établir au Canada, l’inverse fut aussi vrai. C’est le cas de Napoléon Sarony (1821 – 1896), né à Québec en 1821, qui partit pour New York vers 1833 où il travailla d’abord pour une compagnie de lithographie. C’est en 1858 qu’il se prit de passion pour la photographie et après un bref séjour en Angleterre, revint se fixer à New York où il acquit une grande réputation, notamment comme portraitiste des grandes vedettes de théâtre de la fin du .
thumb|right|Petite annonce de Halsey et Sadd pour leurs services de daguerréotype, Québec, 9 octobre 1940.
Le premier studio de photographie permanente devait être ouvert à Halifax en par William Valentine et était situé dans sa maison privée de Marchington’s Lane. L’année suivante, Valentine et son associé, Thomas Coffin Doane de la Nouvelle-Écosse s’établirent brièvement à l’auberge du Golden Lion de Saint-Jean (Terre-Neuve) . Doane devait plus tard voir son travail reconnu dans sa ville d’adoption, Montréal. Au Québec, le premier à utiliser le processus du daguerréotype devait être Pierre-Gustave Joly, originaire de Suisse. En 1839 il avait voyagé en Grèce et en Égypte d'où il avait rapporté des images qui comptent parmi les premiers utilisant ce procédé. Les originaux furent perdus, mais des copies furent publiées sous forme de gravures et ont survécu. À la même époque, Eli J. Palmer, commença à produire des daguerréotypes artistiques à Toronto. Le premier brevet concernant la photographie fut émis en 1854 en faveur de L.A. Lemire et portait sur un procédé pour polir les plaques de daguerréotypes. Si l’on excepte les chutes du Niagara, les paysages canadiens n’ont guère inspiré les photographes de l’époque. Au contraire, le portrait constitua la base commerciale de la photographie du . Dès les années 1850, la plupart des photographes avaient abandonné le processus du daguerréotype en faveur de l’ambrotype, dérivé du processus de Collodion .
thumb|left|”The Bounce, Montreal Snowshoe Club” (production du studio Notman de Montréal, 1886).
Dans la seconde partie du , William Notman devint le plus renommé des portraitistes canadiens. Établi à Montréal à la fin des années 1850, il reçut le titre de « photographe de la Reine » au cours de la visite d’Edward, prince de Galles, en 1860. Après la Confédération, il ouvrit de nouveaux studios à Ottawa et Toronto (1868), Halifax (1869) et Saint-Jean (1872) avant de faire de même aux États-Unis. Durant la décennie 1870, il produisit annuellement quelque 14 000 négatifs. Les Studios Notman sont célèbres pour leurs photomontages élaborés, tel le « Skating Carnaval » (carnaval de patinage) en 1869 composé d’un assemblage de quelque 300 photos, ainsi que par les scènes autochtones créées dans son studio de Montréal ..
Des photographes canadiens comme Frederick Dally, Edward Dosseter et Richard Maynard furent engagés par des institutions gouvernementales dont le ministère des Affaires indiennes pour produire des portraits ethnographiques des peuples autochtones du Canada. Largement distribuées, ces photos, telles celles d’Hannah Meynard intitulées Gems of British Columbia (Joyaux de la Colombie-Britannique), servirent de publicité pour inciter d’éventuels colons à venir s’installer dans l’Ouest.
La première revue consacrée à la photographie vit le jour en 1858 dans la ville de Québec et était intitulée The Photographic Portfolio : A Monthly Review of Canadian Scenes and Scenery. Elle devait être publiée jusqu’en 1860 par Samuel McLaughlin (1824-1914).
thumb|right|Letitia, une métis Cree des Plaines (1858) par Humphrey Lloyd Hime.
Une expédition d’exploration chez les Assiniboine de Saskatchewan sous la conduite de Henry Youle Hind en 1857-1858 engagea Humphrey Lloyd Hime comme photographe; il s’agissait d’une première dans les annales d’une expédition coloniale. Hime était alors photographe à l’emploi de la société torontoise Armstrong, Beere & Hime; il devait abandonner la photographie pour la finance vers 1860. Par la suite, d’autres expéditions de découvertes territoriales ou ethnographiques devaient faire de même comme la Jesup North Pacific Expedition qui produisirent un impressionnant volume de clichés. C’est ainsi que les premières photos des prairies canadiennes furent le fait de voyages de prospection ou d’exploration officielle. Nombre de photographes durant cette période documentèrent la vie dans les comptoirs de traite pour le compte de la Hudson’s Bay Company.
La plaque sèche à la gélatine, d’utilisation plus aisée que celui de la plaque humide fit son apparition dans les années 1880. Si elle fut résolument ignorée par les professionnels sauf lors de l’expédition Arctique britannique, elle fut en revanche adoptée avec enthousiasme par les amateurs.
Vers la fin des années 1800, avec l’arrivée de l’impression en demi-teinte ou similigraphie (en anglais « half-tone »), la publicité adopta la photographie dans ses campagnes. Il en fut de même des médias imprimés. Le Canadian Illustrated News, publia pour la première fois le des clichés utilisant cette technique. Ce développement technologique coïncidait avec le mouvement visant à faire des Prairies canadiennes le « grenier de l’Empire britannique »; à partir de ce moment les images encourageant l’installation dans l’Ouest canadien se mirent à proliférer. La Canadian Pacific Railways (CPR) multiplia les affiches dans ses bureaux à l’étranger pour encourager l’immigration au Canada. Le CPR de même que son concurrent la Canadian National Railways (CNR), laquelle s’était également dotée d’une collection de photographies, en fournirent des exemplaires gratuits aux auteurs d’articles sur le Canada. À Ottawa le gouvernement fédéral engagea nombre de photographes et de studios y compris William Notman, Alexander Henderson et O.B. Buell pour ses campagnes de promotion afin d’encourager la colonisation de l’Ouest. Photographes professionnels et amateurs documentèrent la région, se concentrant souvent sur les techniques agricoles.
En 1888 fut fondé un premier club de photographie, le Toronto Amateur Photographic Association.
thumb|right|Enfants du quartier Ward par William James (1908)
Au début du commencèrent à se faire entendre des critiques concernant l’absence de « spécificité canadienne » dans la photographie au pays. Au Canada, Harold Mortimer-Lamb se plaignait qu’on négligeait l’environnement naturel, alors qu’en Grande-Bretagne un critique faisait remarquer qu’on ne trouvait guère de caractère proprement canadien dans la production du pays.
Vers le tournant du siècle l’évolution des procédés d’impression permit tant aux amateurs qu’aux professionnels canadiens d’imprimer eux-mêmes leurs cartes postales photographiques. En 1913, environ 60 millions de cartes postales furent ainsi envoyées à travers le pays.
À la même époque, à Toronto, des journaux et périodiques publièrent de nombreuses photos du quartier Ward, ancien quartier du centre-ville qui, durant plusieurs décennies, après avoir regroupé la communauté juive de la ville accueillit diverses vagues d’immigrants. De nombreux clichés en demi-teinte furent publiées dans The Toronto World et The Globe, plusieurs d’entre elles prises par William James illustrèrent les articles destinés à choquer, divertir ou attirer leurs lecteurs en décrivant la vie des résidents du quartier.
Devenus composante essentielle de ses campagnes publicitaires des années 1920 et 1930, le CPR prit à son service des photographes comme John Vanderpant, décrit par le spécialiste Jill Delaney comme « le plus important des photographes pictorialistes, pour illustrer l’Ouest canadien, et plus spécifiquement les montagnes Rocheuses. Le but de la campagne était de lier le Canada en tant que nation à son environnement naturel, et les . Depuis au moins 1885 et la fameuse photo immortalisant la pose du dernier rivet du chemin de fer à Craigellachie, la photographie était devenue son principal outil pour promouvoir ses opérations. Cette célèbre image que l’on doit au photographe Alexander Ross de Calgary devait être largement distribuée par la suite .