Les Danses invisibles sont une série de performances artistiques et de manifestations urbaines conçues et réalisées par le chorégraphe français Mourad Beleksir entre 1997 et 2001. Le projet se déroule principalement à Paris (mais aussi parfois à Longwy, Roubaix, Kyoto ou Osaka) et a pour particularité d'être réalisé de manière clandestine et nocturne, dans des lieux liés à des événements historiques ou sociaux oubliés.

Mourad Beleksir, qui a dansé avec des chorégraphes comme Carolyn Carlson et Odile Duboc, ou encore Vivienne_Newport, a conçu les « Danses invisibles » comme une forme de résistance artistique et politique. Bien que Mourad Beleksir refuse toute étiquette, le projet se positionne comme un «hymne aux situations» dans la lignée des idées situationnistes de Guy Debord, qui prônait la réappropriation du temps et de l'espace urbain contre l'aliénation de la société du spectacle.

L'objectif de Beleksir est de redonner un sens à des lieux et des moments « morts », une « occupation» de la nuit abandonnée à la marge, généralement entre minuit et 5 h du matin, en y inscrivant une mémoire corporelle. Les performances sont délibérément peu médiatisées et s'adressent à un public involontaire: les rares passants, les employés de nettoyage, les noctambules. Beleksir vise ainsi « l'impopularité » pour éviter que son art ne devienne un simple divertissement. Il refuse tout soutien financier et matériel.

Style et esthétique Le style des Danses invisibles se caractérise par une délicatesse et une sophistication,  un article de Ballet International BALLETT INTERNATIONAL, décrit la danse de Mourad Beleksir comme une «vibration de l'air qui s'évanouit» rapidement, créant un contraste saisissant avec l'environnement urbain brut. Les performances ne se limitent pas à la danse pure, mais intègrent de manière pluridisciplinaire la poésie, la musique (notamment avec la collaboration de Pascale Degli-Esposti) et la déclamation de textes.Les participants utilisent des mouvements circulaires et réalisent des apparitions soudaines qui visent à interpeller sans jamais s'imposer au spectateur fortuit. Cette approche minimale et respectueuse du hasard urbain constitue l'une des spécificités esthétiques du projet.

Bien que Mourad Beleksir refuse toute médiatisation, le projet a attiré l'attention de quelques journalistes, notamment Le Monde et Libération, qui ont salué la démarche audacieuse de Mourad Beleksir et son engagement politique. La revue Ballettanz International a qualifié Beleksir de « situationniste de la nuit » en 2001, soulignant la dimension éphémère et subversive de son travail artistique. Cette reconnaissance critique témoigne de l'impact de ces performances sur le paysage de la danse contemporaine française.

Héritage et influence Les Danses invisibles constituent une expérimentation unique dans le champ de la performance urbaine et de la danse contemporaine. Elles questionnent les rapports entre art, politique et espace public, tout en proposant une alternative aux circuits institutionnels traditionnels de diffusion artistique.

Le projet de Beleksir s'inscrit dans une démarche de résistance culturelle qui interroge les conditions de création et de réception de l'art dans la société contemporaine.

Historique Les actions de Mourad Beleksir n’étant pas toujours répertoriées, il est difficile d’en fournir une liste exhaustive, ainsi que des détails précis. Voici quelques-unes des interventions connues: Ménilmontant (1997, 2000): référence à l'incendie volontaire provoqué par la police et les pompiers d'un quartier populaire en , pour en chasser les réfugiés, un événement que Beleksir relie à sa propre histoire familiale.

Place du Théâtre national de Chaillot (2001): commémoration de l'expulsion d'Armand Gatti en 1967. Rue Saint-Maur (1997/1998): Fait d’Hiver (la mort d’un jeune garçon Barbès (1999/2001): hommage à Saliha, la première ballerine marocaine retrouvée assassinée en 1981 dans une maison de passe. Place de l'Opéra (1997, 1999, 2001): critique du chorégraphe Rudolf von Laban, qui a collaboré avec le régime nazi en Allemagne et dont les théories sur la productivité du mouvement ont été utilisées dans l'industrie. Longwy 1998: le suicide d’une des premières femmes sidérurgistes lors des luttes en 1978. Osaka : 2001: War Odori, à l’occasion de la venue au Japon de Gil Won-ok, femme de réconfort (esclave sexuelle coréenne des soldats japonais durant la Deuxième Guerre).

Références

Catégorie:Performance (art) Catégorie:Danse en France