Katamon ou Qatamon ( ; ; ; du grec ancien ) près du monastère est un quartier de Jérusalem appelé officiellement Gonen (, le défenseur). Il est construit près d'un monastère grec orthodoxe, censé être construit sur la maison et la tombe de Syméon.

Le quartier de Katamon est construit au début des années 1900 par des chrétiens palestiniens aisés. Les habitants fuient pendant la guerre israélo-arabe de 1948 ; ils ne sont pas autorisés à revenir par Israël. Très rapidement, des réfugiés juifs, expulsés par la Jordanie du quartier juif de la vieille ville de Jérusalem, s'installent dans les maisons arabes.

Géographie

Katamon est bordée par les quartiers de Talbiya, de la et de la au sud-est. Le quartier est desservi par les rues Rachel-Imenu et Hizkiyahu-Ha'Melech (à la limite de la colonie grecque), et à l'est par la rue Kovshey-Katamon (qui fait la limite avec Talbiya). Ces rues rejoignent les rues Emek-Refaim et HaPalmach. À l'époque du Mandat britannique, le quartier était divisé en Katamon Haut et Katamon BasKroyanker, 2002, 195.

Rues du quartier

Pendant le mandat britannique, les rues de Katamon n'étaient pas baptisées, sauf la rue "Katamon" street (actuellement les rues "Rachel-Imenu" et "Hizkiyahu-HaMelech") et la "rue Jorden" (actuellement rue "Tel-Hai"), surnommée rue "Michael Sansour", d'après un entrepreneur qui y possédait une maison. Les bâtiments n'étaient pas numérotés et portaient le nom des familles qui les avaient construits. Depuis 1948, les rues portent des noms en rapport avec la guerre de 1948, des noms de personnages bibliques ou de rabbins, et de figures du sionismeKroyanker, 2002, 177-178.

Histoire

Antiquité

Depuis la fin du , on situe la maison de Syméon, cité dans l'Évangile de Luc, à KatamonPringle, 1998, 166–167..

Période ottomane

vignette|gauche|Clocher de Saint-Syméon.

En , les armées de Sélim Ier, sultan ottoman, conquièrent Jérusalem. L'église Saint-Syméon, qui appartenaient aux Géorgiens, est abandonnée au moment de la conquête ottomane. En 1681, Cornelis de Bruijn réalise une gravure de Jérusalem où figure une tour en L à quatre étages, déjà signalée par une source du début du siècle qui les appelle la maison et la tour de Syméon le Prophète. Les grecs orthodoxes, ou orthodoxes de Jérusalem, achètent l'endroit en 1859. En 1881, ils y construisent une église et la résidence de leur patriarche, y incorporant les ruines de Saint-Syméon. Les grecs orthodoxes l'appellent "Saint-Syméon de Katamonas" et croient qu'il est construit sur la tombe de Syméon. Une inscription retrouvée dans une grotte sur le terrain est interprétée comme indiquant le tombeau de prêtres ancêtres de Syméon. En 1890, le patriarche Nicodème Ier de Jérusalem construit sa résidence d'été près du monastère, convertie dans les années 1960 en centre de soins pour personnes handicapéesKroyanker, 2002, 264..

Le quartier commence à se construire au début des années 1900. Selon le géographe israélien Gideon Biger, une urbanisation de Katamon est probablement planifiée avant la Première Guerre mondiale. L'Église orthodoxe est propriétaire des terrains à Katamon, Talbiya et Baka. À la fin du , elle est en difficultés financières, difficultés qui s'accroissent pendant la guerre. L'Église vend, peu avant 1914, certains de ses biens hors de la Vieille Ville, jugés moins saints : c'est le cas de Katamon, qui est divisé en lots à construireKroyanker, 2002, 178–179..

Les photographies aériennes prises par les Allemands pendant la guerre montrent des lots, déjà construits et délimités par des pierres, selon un plan en grilleKroyanker, 2002, 178. Malgré les prix peu élevés, la zone, totalement chrétienne, n'attire pas les acheteurs juifsYa'akov Yehushua's Talbiya: The Story of One of Jerusalem's New Neighborhoods, 25–26, cité par Kroyanker, 2002, 179.. Cinq maisons sont construites avant la guerre.

Période du mandat britannique

vignette|Architecture des templiers (secte protestante) à Katamon. vignette|Carte de Katamon et de ses environs en 1947. De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. Jérusalem est conquise à l'issue de la Bataille de Jérusalem en . La Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations qui institue la Palestine mandataire.

Dans les années 1920, 90 lots résidentiels sont programmés à Katamon et leur construction commence rapidement, le mouvement s'amplifiant après 1924. En peu de temps, une quarantaine de maisons luxueuses sont bâties pour des familles d'Arabes chrétiens. La moitié des bâtiments de Katamon sont construits entre 1927 et 1937, la vague de construction continuant jusqu'en 1948. La plupart des habitants de Katamon appartenaient à la bourgeoisie moyenne et supérieure : enseignants, hommes d'affaires, entrepreneurs, négociants, etc.Kroyanker, 2002, 181.. Parmi ces résidences, des immeubles locatifs sont construitsKroyanker, 2002, 180.Eldad Brin, « The Limits of Symbolic Capital », Israel Studies, printemps 2022, volume 27, 1.. Le quartier est alors bordé à l’est par la colonie grecque et la colonie allemande, au sud-est par la ligne Jaffa-Jérusalem des chemins de fer de Palestine (de son acronyme anglais PR) et le quartier d’El Baq'a. Le quartier est situé à la limite territoriale de la municipalité de JérusalemCf Carte..

Le quartier prend un caractère aisé, bourgeois, aux allures européennes/cosmopolites avec des maisons conservant des éléments importants de culture levantineMorris, 2004, 123.Kroyanker, 2002, 180.. La plupart des propriétaires sont des Arabes chrétiens de l'Église orthodoxe, dont la communauté est dirigée par Issa Michael al-Toubbeh ; d'autres sont catholiques romains, certains d'entre eux d'origine italienne, d'autres encore relèvent de l'Église évangélique arménienne (protestants). Le caractère cosmopolite du quartier vient aussi des mariages entre ces communautés chrétiennesKroyanker, 2002, 183.. Les appartements étaient loués par des Arabes, ou par des fonctionnaires et officiers britanniques préférant vivre dans un quartier chrétien.

Les enfants allaient dans des écoles privées, chères et donnant un enseignement de qualité, en anglais, italien, allemand ou en français.

Les orthodoxes vivaient de manière séculière, tout en pratiquant leur culte chaque dimanche et pour les évènements familiaux. Ils fréquentaient l'église Saint-Syméon, l'église du monastère de la Croix ou dans des églises du quartier chrétien de la Vieille Ville. Les catholiques fréquentaient la chapelle Sainte-Thérèse ou des églises de la Vieille Ville. Les protestants fréquentaient la cathédrale Saint-Georges.

260px|vignette|Répartition des populations à Jérusalem en 1947. La plupart des Britanniques travaillant dans les services publics étaient membres du YMCA. Plusieurs consulats étaient installés dans le quartier, dont ceux du Liban, d'Égypte, de Syrie, d’Irak, d’Italie (qui est resté au même endroit depuis), de Belgique, de Pologne et de Tchécoslovaquie (ce dernier à la villa Cherkessi). Trois petits hôtels et une pension existaient à Katamon ; il y avait aussi un club sportif britanniqueKroyanker, 2002, p.182 utilisé ensuite par le Hapoël Jérusalem FC pendant quelques années. À la fin du mandat britannique, l‘hôtel Sémiramis est construit dans le quartier (voir section suivante).

Chute de Katamon pendant la guerre de 1948

vignette|Combattants du Palmach pendant les combats à Katamon. thumb|Abd al-Kader al-Husseini, chef des volontaires arabes à Jérusalem. En 1948, Katamon était un quartier arabe entre deux quartiers juifs et le seul quartier arabe dans une succession de quartiers juifs. Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Qatamon fait partie de la zone internationale autour de Jérusalem, n’appartenant ni à l’État arabe, ni à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

Dès le , des évacuations d'Arabes sont signalées, les Britanniques apportant leur assistance à partir de janvier. La poignée d'habitants juifs du quartier sont parmi les premiers à quitter le quartier. Selon l'historien israélien Benny Morris, ils sont partis par peur ou à cause des intimidations des Arabes. Les Arabes, eux, quittent le quartier sous la pression des attaques juives (tirs isolés, attentats, combats et finalement assaut de la brigade Harel). Le cas de Katamon illustre l’écart entre les déclarations nationalistes des élites arabes et leur incapacité à prendre les armes et faire les sacrifices nécessaires au moment opportun, et l’écart entre cette classe d’Arabes chrétiens urbanisés et leurs défenseurs, ruraux musulmansItamar Radai, « Qatamon, 1948: The Fall of a Neighborhood », Jerusalem Quaterly, 46, 12..

Fin 1947, des tirs venus des quartiers juifs visent Katamon. Des barrages coupent parfois les routes. Avec la menace de guerre intercommunautaire grandissante et cette détérioration de la situation, une milice locale est organisée par les habitants qui pouvaient se procurer des armes. Cette milice est peu unie ; seuls vingt hommes la composent, ils disposent de quatre fusils, trois pistolets, et la majorité ne savent pas se servir d’une arme à feu. Des échanges de coups de feu sont fréquents avec les Juifs des quartiers voisinsI. Radai, , 7.. La milice organise une collecte pour acheter des armes, érige des barricades aux entrées du quartier ; des ingénieurs font le tour des maisons pour indiquer aux habitants les points faibles de chacune à leurs habitants. Des médecins et des femmes se portent volontaires pour organiser un service de santé. Mais dès qu’un des gardes est touché par un tir de nuit, les efforts de défense sont abandonnés. Un ravitaillement collectif est organisé pour faire face aux difficultés d’approvisionnement mi-janvierRadai, , 8.. Dans la nuit du 5 au , la milice sioniste Haganah commet l'attentat à la bombe contre l'hôtel Sémiramis, situé à Katamon, tuant 24 à 26 personnes (18 selon un autre bilan), dont le consul d’Espagne, action qui n’a jamais été condamnée par David Ben GourionIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique, 2024. , 95.. Bien que la Haganah affirme commettre cet attentat en représailles, elle le fait sur la base de renseignements erronés indiquant que l’hôtel abritait le siège de la milice d’autodéfense du quartier. L’explosion illumine la nuit pendant plusieurs minutes, secoue les maisons voisines, réveille leurs habitants. Certains s’enfuient dès le lendemain. L'attentat provoque une nouvelle vague de fuitesGelber 2004, 141., dont les femmes, les enfants et les vieillards. La plupart se réfugient dans le sud du quartier autour du consulat irakien défendu par la Légion arabe de Transjordanie. Quelques membres de la classe moyenne se réfugient à BethléemGelber, 2004, 244..