Germaine Coupet dite Existence, ( en limousin), est une artiste française autodidacte, née le à Saint-Léonard-de-Noblat et morte le à Paris. Conteuse, écrivaine et peintre, elle a laissé deux longues nouvelles, Village et Didi, et des peintures naïves. Son œuvre, plus proche du témoignage que de la fiction, fait renaître ses souvenirs d’enfance, au cœur de villages et hameaux limousins où elle a grandi. Biographie

Une enfance limousine Germaine Coupet, fille aînée de Catherine Périer, journalière, et de Joseph Coupet, tantôt tailleur de pierres, tantôt ouvrier agricole, voit le jour dans un quartier populaire de Saint-Léonard de Noblat où ses parentsJoseph Coupet et Catherine Périer, nés respectivement le 9 avril 1862 et le 17 juin 1867, se sont mariés le dix août 1889 à Bujaleuf (archives de l’état civil de Saint-Léonard-de-Noblat et de Bujaleuf (Haute-Vienne)., espérant échapper à la pauvreté, ont élu domicile quelque temps avant sa naissance. Le chômage sévissant, la famille Coupet est contrainte de regagner le hameau de VillemonteixEn 1896, lors d’un recensement à Villemonteix, la famille Coupet est composée de Joseph, Catherine, leurs deux filles, Germaine, quatre ans, Céline, deux ans, ainsi qu'Henri Saint-Amand, 9 ans, fils de Catherine Périer et de son premier mari. . Joseph Coupet, qui peine à trouver du travail, est très souvent absent du foyer, retenu sur des chantiers lointains. Catherine Coupet est celle sur qui tout repose. Sans elle, écrira Existence, nous serions morts de faimLe baptême protestant,  Village, Nouvelles paysannes &  Souvenirs d’enfance, éditions Plein Chant, p.31.. Germaine, sa sœur Céline et ses deux frères, Martial et Paul, grandissent dans des hameaux perdus que la civilisation moderne semble avoir ignorés. Survivent des croyances venues d’un autre temps, des superstitions ancrées dans les mentalités. On vivait dans le merveilleux avec naturelExistence, les plaisirs de l’hiver, Didi, citée dans Dite Existence, une amie de Jules et Jim, Plein Chant, p. 101.. Les autochtones, souvent illettrés, s'expriment en occitanLe dialecte de l’occitan parlé dans le Limousin est le limousin (Lemosin en occitan).. La parole est reine et les récits des vieux à la veillée perpétuent une très ancienne tradition orale.

La mère de Germaine se plaît à raconter d’interminables histoires qui fluctuent selon son inspiration et son humeurExistence, Village, in Germaine Coupet et Céline Coupet, Nouvelles paysannes & souvenirs d'enfance, Bassac, Plein Chant p. 30 : Pour les voisines […] elle (Catherine, dite la Roudeau dans cette nouvelle) ressassait sans cesse des histoires de la ville, les enjolivait d’apports de son cru afin de les rendre plus séduisantes, en inventait même de toutes pièces sans s’en rendre compte.. Auprès de cette inventive, Germaine est à bonne école. Son imagination se nourrit des fables de sa mère, des récits, rumeurs et légendes paysannes. De tout ce qui se dit et se passe au village, la jeune fille fait son miel. Observatrice et sensible aux mots, elle se plaît à inventer des histoires pour ses camarades.

En 1904, à l’âge de douze ans, Germaine accompagne sa mère et sa tante, chez un parent fortuné, M. Lenoir, qui possède un domaine viticole à La Chapelle-Montmoreau en Dordogne. Ce premier voyage éveille en elle un goût très vif pour le reportage. Elle observe tout avec une grande assiduité, notant péripéties et détails, afin, plus tard, de pouvoir donner vie et couleurs au récit qu’elle en fera à son retourExistence, Village, in Germaine Coupet et Céline Coupet, Nouvelles paysannes & souvenirs d'enfance, Bassac, Plein Chant, p. 80 et p.81..

En 1906, Germaine perd son père Joseph. Sa mère se trouve dans une situation très précaire et la famille se disperse : Les deux aînées, Germaine et Céline, âgées de quatorze et onze ans, doivent gagner leur pain et quitter leur mère. Germaine se rend à la LouéeMartine Tandeau de Marsac, Nouvelles paysannes & souvenirs d'enfance, Bassac, Plein Chant, p. 326 : Elles [Germaine et Céline Coupet] ont connu la "louée" qui permet à ceux qui cherchent du travail et un maître de se retrouver au champ de foire, une fleur à la boutonnière pour indiquer leurs intentions., et trouve un emploi de bergère dans une ferme éloignée de Saint-Léonard-de-Noblat.

Premiers pas à Paris À l’âge de 17 ans, en 1910, elle quitte son village et gagne la capitale où l’attend une parente qui tient un restaurant dans le neuvième arrondissement. Fille de cuisine, elle passe ses journées à l’office. L’ennui la ronge, ses pensées la ramènent sans cesse à sa famille, à son pays. Son Limousin natal devient paradis perdu et occupe toutes ses penséesExistence, Didi, Nouvelles paysannes & souvenirs d'enfance, Bassac, Plein Chant, p. 171.. Elle quitte son emploi et se retrouve à la rue, ne sachant rien de Paris, sans travail, sans ami.

La suite inespérée, c'est ce jeudi , où elle fait la connaissance d'Henri-Pierre Roché et Franz Hessel, amis inséparables. L’un et l’autre ont raconté dans leurs écrits cette rencontre mémorable qui eut lieu sous une demi-lune, près du passage des Panoramas. Pierre Roché, diariste assidu, notera le soir-même, dans son carnet : Henri-Pierre Roché, Carnet 1911, HRHRC, Austin.. La conversation s’engage. Les deux amis sont tout de suite séduits par cette jeune fille singulière qui s’exprime de façon charmante. Ils finissent cette première et joyeuse soirée à Montmartre. Ils s’amusent, ils discutent, ils chantent. Existence raconte sa vie, sans pathos, ils sont émus…Franz Hessel racontera douze ans plus tard le début de leur amitié, et leur déception lorsqu’elle leur apprend qu’elle gagne sa vie en se prostituantFranz Hessel, Vorschule des journalismus ein pariser tagebuch (un journal de bord parisien), Saga Egmont, 2017. . Au Lapin Agile, au moment de présenter à Frédéric Gérard, dit Frédé, leur nouvelle amie, ils s’aperçoivent qu’ils ignorent son nom. L’un d’eux s’écrie : « C’est la Môme Existence ! » Le lendemain, Pierre Roché et Hessel se concertent et décident et de la sauver de cette vie misérable qu’elle n’a pas choisie. Ils vont l'aider, l'entourer, l’éloigner des grands boulevards, la loger. Grâce à Pierre Roché, collectionneur et courtier d'art, qui la présente à Marie Laurencin, elle devient modèle de peintre. Marie Laurencin recommande à son tour Existence à ses amis artistes : Lettre non datée de Marie Laurencin au peintre Luc-Albert Moreau. Musée des lettres et manuscrits, Paris.

Interlude limousin Existence est appréciée par les peintres et acquiert une certaine notoriété à Montparnasse. Elle est emplie de reconnaissance envers ceux qu’elle nomme ses pères, Pierre et Franz, auxquels elle envoie des lettres racontant les épisodes mémorables de son enfanceHenri-Pierre Roché, Carnet 1911, HRHRC, Austin : lettre remarquable d'Existence contenant son récit de sa grande aventure (sa mère – à retrouver – couchée avec son oncle) – et son premier voyage vers PARIS en chemin de fer – et sa reconnaissance envers « ses pères » joliment dite.. Mais rien ne se passe comme prévu. Existence est jeune, instable, exaltée, elle n’en fait qu’à sa guise... Elle quitte la chambre qu’avaient mise à sa disposition Roché et Hessel et multiplie les aventures. Rêvant de tirer un trait sur son passé, de mener une vie sage et laborieuse, elle revient  dans son village limousin et épouse, en , à Saint-Léonard-de-Noblat, Antoine BayleAntoine Bayle, né le 20 octobre 1885 et tué à l'ennemi le 14 septembre 1914., simple tisserand. Son mariage, décidé sur un coup de tête, est un échec et elle se met à regretter amèrement sa vie parisienne. Pierre Roché vient la chercher en : il l’aide à quitter subrepticement le foyer conjugal et à regagner Montparnasse. En novembre de la même année, sa sœur Céline arrive à Paris et, comme sa sœur, devient modèle. Leur vie à toutes les deux est joyeuse et tout autant précaire.

Les années fertiles En 1919, Existence rencontre Maurice Taquoy, peintre et illustrateur, qui devient son second mariLe 30 mars 1926, mariage d'Existence et de Maurice Taquoy à la mairie du septième arrondissement de Paris.. H.P. Roché, Existence, manuscrit inédit, HRHRC, Austin..alt=Photo en noir et blanc d'une fête costumée. On distingue 9 personnes, parmi lesquelles un homme embrassant une femme, un foulard sur la tête.|vignette|Guy Arnoux embrasse Germaine Coupet lors d'une fête dans l'atelier du peintre Harry Lachman, en 1914.|146x146px En 1922, dans l’atelier d’artiste où ils vivent tous deux, rue Paul Courier, dans le arrondissement, Pierre Roché vient leur rendre visite. Il témoigne de leur bonheurLe désir d’écrire d’Existence, Nouvelles paysannes et souvenirs d’enfance, page 15, Éditions Plein Chant, 2006. :

thumb|La mort du cochon, Existence, huile sur toile, exposée à la Galerie Cambacérès en 1949

Existence écrivaine Existence rédige ses mémoires qui prennent la forme de deux longues nouvelles publiées aux Œuvres Libres : Didi en 1931 et Village en 1939. Didi retrace l’enfance d’Existence à Villemonteix, à Champnétery, à Puy-les-Vignes, à travers certains épisodes marquants, comme ce premier voyage en Dordogne, la mort de son père, et son départ à Paris. La singularité d’Existence est de laisser la parole à Didi, sa petite héroïne éponyme ; c’est elle qui raconte, qui s’étonne, qui découvre. Village, le second recueil, redonne vie aux mœurs villageoises au début du siècle, et à ses paysans. Il fait également de nouveau la part belle à la petite Didi.

Existence peintre À côté de l'écriture, Existence peint, puisant toujours son inspiration dans sa jeunesse limousine. En témoigne, en 1931, André Warnod, dans Comœdia : André Warnod, les nouveaux valent-ils les aînés ? Cœmedia, 24 avril 1931.. Cette même année, le Herald Tribune, à propos du Salon des humoristes, lui dédie quelques lignes enthousiastes :

Elle représente les jours de fête (Les Conscrits, La fête à Saint-Léonard), les banquets (La noce dans la grange), les coutumes (Le feu de la Saint-Jean) et certains événements qui animent ou bousculent la vie tranquille des villageois au village (Les gitanes sur la route, La danseuse romanichelle, Le cirque ambulant). Elle peint également des scènes plus intimes où, par exemple, elle représente sa mère en promenade en compagnie de son plus jeune fils (La Maé), ou, sur un autre tableau veillant son mari qui vient de mourir.

thumb|La Mâé, huile sur toile, exposée à la Galerie Cambacérès en 1949.

Existence se consacre à sa peinture dans le secret de son atelier, sans chercher à faire connaître son œuvre ; ses peintures ne sont révélées au public qu’en , grâce à la galerie Cambacérès à Paris qui organise alors une exposition intitulée Un peintre populaire, Existence ex-bergère "Les cartons verts", bibliothèque de l'INHA.. Le carton d'invitation est préfacé par Pierre Gueguen. Cette exposition reçoit des échos élogieux dans la presse, dont celui de Georges TurpinGeorges Turpin, Un nouveau peintre naïf, Existence, ex bergère, La Revue littéraire et artistique, juillet 1949. :

Une autre exposition, La Bergère Existence, Folklore de France, a lieu l’année suivante à la galerie Barreiro-Stiebel.

Existence disparait le , suivie de près par Maurice Taquoy qui, désespéré, se suicide le lendemain.

Postérité Un an après sa disparition, un journaliste, Pierre Mérindol, lui rend un dernier hommagePierre Mérindol, Il était une bergère, Franc-tireur, 16 mai 1953., avant que le silence ne se fasse sur sa mémoire. Au début du siècle, personne ou presque n’a jamais entendu parler d’Existence et sa véritable identité est oubliée. Pour une poignée de personnes, ce n’est qu’une évocation lointaine, le nom d’une artiste énigmatique, oubliée, citée par Jean Vertex ou Michel Ragon, et dont on ignore tout, jusqu'à son nom de naissance.