La promotion 1946-1947 de l’École nationale d’administration, dite promotion France Combattante, est la première promotion d’élèves de l’École nationale d'administration, créée en 1945. Elle porte le nom d'une idée et non d'une personne, contrairement à la plupart des promotions suivantes.
La promotion France Combattante est remarquée pour son caractère pionnier ainsi que pour le nombre élevé d’élèves ayant par la suite accédé à des postes à très haute responsabilité, parmi lesquels les ministres Alain Peyrefitte et Jacques Duhamel, ainsi que le président du Conseil constitutionnel Yves Guéna. Son concours d'entrée est organisé par Michel Debré.
Histoire de la promotion
Concours L'ordonnance du 9 octobre 1945 ayant créé l'ENA, un arrêté est pris dès le lendemain, , afin d'organiser son concours. Michel Debré, nommé directeur par intérim de l'ENA par Charles de Gaulle, supervise l'organisation du concours. Les épreuves ont lieu sur deux jours, le 12 et le , de la même année. Les étudiants ont ainsi eu un temps très court de préparation au concours. Dix centres d'examens sont ouverts en France métropolitaine.
Le concours donnant accès à cette promotion était un concours , ouvert seulement à des personnes pouvant indiquer des faits de résistance durant la Seconde Guerre mondiale, ou ayant été envoyés en camps. Michel Debré a compilé lui-même les dossiers, arrêtant la liste des candidats, et une commission accorde à chaque candidat une comptant dans l'établissement de la liste d'admission, dotée d'un coefficient de 3. Simon Nora, admis à l'issue du concours, a ainsi déclaré : . Deux autres promotions spéciales (Croix de Lorraine, de 1947-1948, et Jean Moulin, 1948-1949) sont organisées les années suivantes.
Le concours étant spécial, le régime d'épreuves est allégé afin d'accommoder les résistants et déportés, qui n'avaient pu suivre leurs études normalement. Deux grandes épreuves écrites sont organisées : une épreuve de question d'actualité (3h, coefficient 3), où les candidats doivent choisir trois questions parmi trois groupes de questions ; et une épreuve de composition (6h, coefficient 5), exigeant des candidats qu'ils . L'épreuve de langue vivante étrangère et l'épreuve de sport, obligatoires à l'avenir, sont optionnelles.
Le président du concours est Pierre Brin, procureur général près la Cour des comptes. Les admissibles sont invités à se présenter à une épreuve orale technique de 15 minutes portant sur une discipline de spécialité choisie par le candidat (Droit public et administratif ; Économie sociale et droit du travail ; Économie politique ; Histoire diplomatique). Le dernier oral a lieu en .
Le concours se tient en même temps que les ultimes concours autonomes des Grand corps de l'État. Certains candidats se présentent au concours de l'Ecole en parallèle du concours autonome, ou à l'issue d'un échec à ce dernier, à l'image de Jacques Leprette et Jean-Pierre Lescuyer. Max Querrien ayant été admis à l'ultime concours autonome de recrutement au Conseil d'État deux mois après avoir été admis à l'ENA, décide de démissionner de cette dernière. Ainsi, sur les 95 admis au sein de la promotion, 9 démissionnent ou refusent le bénéfice du concours.
Parmi toutes les demandes d'admission à concourir, 1 005 candidats sont admis à se présenter. Parmi eux, 307 sont issus de la province. Très peu de candidats (13) ont moins de 21 ans ; la plupart ont entre 21 et 26 ans (611). Parmi les admis, les plus âgés sont nés dans les années 1910, et les plus jeunes à la fin des années 1920. Aucune femme ne réussit le concours.
Déroulement de la scolarité La liste des admise ayant été publiée en , la scolarité commence le . Il s'agit d'une scolarité écourtée, courant de à , avec des vacances. La durée de la scolarité tranche par conséquent avec celle des promotions suivantes, qui iront jusqu'à trois ans avant de se stabiliser autour de 24 mois pour l'Institut national du service public. Le choix de nom de promotion se fait de manière consensuelle.
Les élèves sont répartis en sections, en vertu de vœux exprimés lors du concours et de leur classement : administration générale ; administration économique et financière ; administration sociale ; affaires extérieures. Les cours propres à chaque section conduisent à un fractionnement de la promotion, dont les membres se rencontrent peu en dehors des cours communs.
Les élèves ne bénéficient pas d'un stage de terrain long. Ils suivent les cours à l'ENA le matin, et travaillent l'après-midi comme stagiaires dans les administrations où ils ont été affectées.
Alain Peyrefitte suit sa scolarité à l'ENA en parallèle de sa scolarité à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Simon Nora crée la première antenne de la CGT à l'ENA.
Cours dispensés Les fonctionnaires-stagiaires suivent des cours généraux en commun, ainsi que des conférences sporadiques animées par des invités, et enfin des cours de spécialités en fonction de leur section, en plus des stages. Le directeur, Henri Bourdeau de Fontenay, recrute lui-même les enseignants. Les cours magistraux dispensés sont les suivants :
Raymond Aron : . Jean Dresch : . Alfred Sauvy : . Wilfrid Baumgartner : . Pierre Laroque : . Robert Marjolin : . Jean Ullmo : . Charles Chaumont : . M. Henry : . M. Julien : .
Parmi les (enseignant de conférences de méthodes), figurent notamment :
En section Administration générale : Jules Basdevant ; Jean Cahen-Salvador ; Maurice Rolland. En section Économique et financière : Jean Fourastié ; Pierre-Paul Schweitzer. En section Sociale : Alain Barrère. En section Affaires étrangères : Jacques de Bourbon Busset ; Étienne Burin des Roziers.
Michel Debré donne par ailleurs lui même un cours de morale de la fonction publique.
Classement Les épreuves de classement de sortie sont organisées dans un climat de défiance envers l'administration, car la liste des postes proposés par ces dernières, révélée peu avant le début des épreuves, montre que les Grands corps ont proposé très peu de postes. La promotion plaide devant le vice-président du Conseil d’État, Pierre-Henri Teitgen. N'obtenant pas gain de cause, la promotion organise une conférence de presse à l'hôtel Lutétia. Cela tend les relations avec le gouvernement, qui retire le droit de grève aux élèves de l'ENA, mais mène à une augmentation du nombre de postes proposés par les grands corps.
Une autre tension a lieu lorsqu'un élève est accusé par des camarades d'avoir triché lors d'une des épreuves orales de classement. Ce dernier voit la porte de l'Inspection générale des finances se refermer sur lui, l'accusation de triche ayant été ébruitée. Il s'engage devant le directeur à ne pas introduire de recours contentieux, et obtient un poste au Conseil d’État.
Philippe Raichlen se classe major. Alain Peyrefitte se classe 3e.
Jean-François Kesler souligne le fait que la première promotion de l'ENA n'a pas été sensible à la hiérarchie symbolique ordonnant le prestige et la désirabilité des postes en sortie d’École dans les promotions suivantes. Ainsi, .
Postérité Marie-Laure Delorme qualifie la promotion France Combattante de du fait de son caractère pionnier et du parcours de ses membres avant d'intégrer l'école. Gilles Le Béguec montre que la première promotion de l’École se caractérise par une présence marquée dans les cabinets ministériels, car sur les .
Liste des élèves La liste qui suit est établie par corps de sortie comme présenté dans l'arrêté du . Le rang figurant entre parenthèses à côté de certains noms correspond à celui au sein du classement de sortie, lorsqu’il est connu.
Conseil d'État (5 postes)
Cour des comptes (3 postes)
Inspection générale des finances (6 postes)
Corps des administrateurs civils (61 postes), dont ministère de l'Intérieur :
dont ministère de la Guerre :
dont ministère de la Marine :
dont ministère de l'Éducation nationale :
dont ministère des Finances :
dont ministère de l’Économie nationale :
dont ministère de l'Agriculture :
dont ministère de la Production industrielle :
dont ministère du Travail et de la Sécurité sociale :
dont ministère de la Santé publique et de la population :
dont ministère des Affaires étrangères :
Contrôleur civil du Maroc et de Tunisie (6 postes) :
Voir aussi
Liste d'élèves de l'École nationale d'administration Promotion 1949-1951 de l'École nationale d'administration (Europe) Promotion 1957-1959 de l'École nationale d'administration (Vauban) Promotion 1978-1980 de l'École nationale d'administration (Voltaire) Promotion 2002-2004 de l'École nationale d'administration (Léopold Sédar Senghor)
Notes et références
Catégorie:École nationale d'administration (France)