Le château de Magny Guiscard, dit aussi château de Magny, ou bien château de Guiscard, est un château en partie disparu, situé sur l'actuelle commune de Guiscard, dans l'Oise, en France, au nord ouest de Compiègne. Il en reste des vestiges, principalement les communs de l'ancien château. Il comptait comme l'un des grands jardins de l'Oise à la fin du .
Histoire
Époque ancienne On connaît mal l'histoire de Magny, l'ancien nom de Guiscard, au début du Moyen Âge (496/987). Des traces sont mises au jour à Beines et Magny est évoqué en 988, lorsque son église est donnée au Chapitre de Noyon ce qui signifie que le seigneur de Magny est vassal de l'évêque-comte de Noyon..
Antérieurement au , l'actuel bourg de Guiscard portait le nom de Magny (Magniacum dans les actes rédigés en latin). Le premier possesseur du fief de Magny connu fut Simon de Magny (1142-1188) qui avait accompagné le roi Louis VII à la seconde croisade. La famille de Magny y est encore possessionnée au XIIIe siècle, puis la famille de Hangest au XVe siècle, pendant la Guerre de Cent ans, alors que le château est dévasté par les Anglais et les bourguignons.
En 1482, Jean de Hangest, seigneur de Magny et Genlis, sert à l'évêque de Noyon un dénombrement de son fief de Magny, comprenant un château réédifié par lui, clos de fossés, avec une basse-cour et un jardin, également clos de fossés.
En 1499, Hélène de Hangest, dame de Magny, épouse Arthus Gouffier, grand-maître de France, bailli du Vermandois, gouverneur du Dauphiné. Arthus Gouffier fait commencer, dans le Poitou, la construction du château d'Oiron, poursuivie par sa veuve. Leur fils, Claude Gouffier, duc de Roannais, vend en 1561 la seigneurie et le château de Magny à Louis d'Ongnies, qui est nommé la même année surintendant des finances du Roi Charles IX et chevalier de l'ordre du Roi. Magny reste dans sa descendance durant plus d'un siècle.
Aux XVIe et s : des d'Ongnies aux d'Ailly et d'Albert d'Ailly thumb|Claire Charlotte Eugénie d'Ailly (1606-1681), duchesse de Chaulnes L’époque moderne (1492-1789) est une période de contrastes pour Guiscard et sa région. Le village et ses alentours sont d’abord très durement éprouvés par les différents conflits dont la Picardie est le théâtre,: guerre avec les Espagnols au , puis Fronde au milieu du sous la direction du Grand Condé.
À Louis d'Ongnies, comte de Chaulnes, mort en 1567 après avoir fait reconstruire le château de Chaulnes, succède à Magny son fils Charles d'Ongnies. Dans les années 1570, Charles d'Ongnies fait reconstruire le château de Magny et aménager le parc, en créant son réseau hydraulique. Mort en 1594, Charles d'Ongnies a pour successeur à Magny, son fils Louis (II) d'Ongies, gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye, mort sans postérité en 1604. Les domaines de Magny et Chaulnes passent à sa sœur Louise d'Ongnies († Magny ), épouse de Philibert Emmanuel d'Ailly, baron de Picquigny, vidame d'Amiens, puis à leur fille, Claire Charlotte Eugénie d'Ailly. Née au château de Chaulnes le , cette dernière fut dépositaire du domaine de Magny durant quarante ans, jusqu'à sa mort, au château de Magny, le . Elle avait épousé le Honoré d'Albert, maréchal de France, premier duc de Chaulnes. Devenue veuve en 1649, Claire Charlotte Eugénie d'Ailly laisse les châteaux de Chaulnes et de Picquigny à son fils, pour vivre principalement au château de Magny (aujourd'hui Guiscard). Elle fait restaurer l'église de Magny à partir de 1650 et restaurer en 1654 le château, où elle reçoit Louis XIV en 1654, 1655 et 1671. De 1671 à 1674, elle fait presque complètement reconstruire, en brique et pierre, le château de Magny et réaménager ses abords par l'architecte Jules Hardouin-Mansart, que son fils fit aussi travailler à Chaulnes et pour son hôtel à Paris.thumb|gauche|Charles d'Albert d'Ailly (1625-1698), par Nanteuil Son second fils (son premier fils Henri-Louis d'Albert d'Ailly est prédécédé en 1653), Charles d'Albert d'Ailly, duc de Chaulnes à la mort de son frère en 1653, né en 1625, officier français, lieutenant général des armées du Roi en 1655, chevalier des ordres du Roi en 1661, gouverneur de Bretagne et pair de France. Ce dernier meurt le , sans enfant. Il est inhumé dans la collégiale Saint Martin de Picquigny, ainsi que le sera après lui son épouse. En , il avait épousé Elisabeth Le Féron, veuve de Jacques de Stuer de Caussade, marquis de Saint Maigrin. Morte à Paris le , elle était la fille et unique héritière de Dreux Le Féron, chevalier, seigneur de Savigny, Lormoi, conseiller au Parlement de Paris, et de Barbe Servien de Montigny.
Un dessin aquarellé, daté de la campagne du prince de Conti en 1684, trois ans après la mort de la duchesse de Chaulnes, représente le château de Magny Guiscard, tel que reconstruit par Jules Hardouin Mansart, du côté de l'entrée. avec son pavillon central et ses ailes en retour.
Deux gravures exécutées à la même époque, l'une montrant le château du côté de l'entrée, l'autre du côté des parterres de broderies, donnent aussi un aperçu du domaine, en présentant un majestueux aspect, parfaitement symétrique et rigoureusement ordonné, dans le style du grand siècle.
Ces gravures montrent aussi, sur le côté, le grand corps de dépendances qui subsiste aujourd'hui.
Résidant principalement à Chaulnes et en Bretagne, province dont il est le gouverneur, Charles d'Albert d'Ailly, 3e duc de Chaulnes, conserve le château de Magny après la mort de sa mère, en 1681, mais n'y habite pas. En 1691, il y reçoit plusieurs fois Louis XIV. Après la mort de sa veuve, le , le domaine de Magny est mis en vente.
Au : le marquisat de Guiscard
De 1699 à 1720 : Louis de Guiscard thumb|Plan Trudaine du château de Magny Guiscard, avec ses jardins réguliers, Louis de Guiscard (1651-1720), (Guiscard ou wiscard signifie " rusé " ou " avisé "), gentilhomme originaire du Quercy, achète, le , moyennant l'importante somme de Egale à celle du château de Meudon vendu en 1695 par la veuve Louvois au roi... C'est dire la beauté du domaine et son importance le domaine de Magny.
Comte de Neuvy-sur-Loire et de La Bourlie, Marquis de Magny-Guiscard, Seigneur de Fourdrinoy, Chevalier de Saint-Louis en 1694, puis du Saint-Esprit (), Louis de Guiscard (1651-1720) fut successivement capitaine, brigadier d’infanterie (1689), inspecteur général de l’infanterie, gouverneur de Sedan (1692), lieutenant-général des armées du Roi, ambassadeur en Suède () ce que commémore probablement son portrait par Rigaud.
Louis XIV érige la seigneurie de Magny avec les paroisses de Chauny, Béthancourt, en marquisat de Guiscard en 1703https://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/47c8dbb739b6f0de116aa7ff883d2cc8607bdc22, avec faculté de substitution graduelle et perpétuelle à l'infini dans la postérité de sa fille unique.
Ainsi la localité reçoit le nom de Guiscard dans les actes publics, mais il faudra attendre près d’un siècle pour que cela soit généralement adopté.
thumb|Restitution du plan du château de Magny Guiscard, avec le remaniement des deux ailes
Louis de Guiscard fit faire des embellissements au château existant et aménager autour un jardin régulier : « Le nouveau propriétaire fit des dépenses considérables pour embellir le château et élever de nouvelles constructions. Une foule d'ouvriers se mit à l'œuvre, les abords furent dégagés, les vieilles maisons disparurent ; la Verse qui passait dans la basse-cour fut détournée, la route royale fut réparée et au fronton des bâtiments se voyaient les armoiries de Guiscard. ". L'état du domaine à la mort de Louis de Guiscard, en 1720, devait être semblable à celui que l'on découvre sur l'Atlas Trudaine, dressé au milieu du , une trentaine d'années plus tard : un grand parc régulier, aménagé en fonction de la topographie ; les beaux parterres de broderies du ont fait place à deux parterres différents, dans le genre de ceux du château de Sceaux au temps du duc du Maine, au début du .
Les noces du marquis de Villequier avec de Guiscard sont célébrées par le Mercure Galant d', avec un "Epithalame sur le Mariage de Mr le Marquis de Villequier, avec de Guiscard"Mercure Galant, août 1708 [tome 9], ..
Louis de Guiscard meurt à Guiscard et y est inhumé, dans un caveau aménagé sous le chœur de l'église, le . Nul doute que son château de Magny Guiscard a reflété au mieux sa remarquable réussite.
De 1720 à 1723 : Louis-Marie, duc d'Aumont (gendre de Louis de Guiscard) et son épouse Catherine Son fils, Louis Auguste de Guiscard étant mort avant lui, la terre passa à son gendre Louis-Marie, 4e duc d'Aumont (1691-1723), marié en 1708 avec Catherine de Guiscard (1687-1723), fille de Louis de Guiscard. Catherine meurt en 1723, juste avant son époux, mort la même année qu'elle. A la mort de Catherine, un inventaire après décèsAN MC/ET/CXIII/301, Inventaire après décès du 26 juillet 1723, de Catherine de Guiscard, femme séparée de biens de Louis Marie d'Aumont, duc d'Aumont, dressé en leur hôtel rue Neuve-Sainte-Anne, et autres demeures, à la requête du duc d'Aumont, en qualité de tuteur de leurs deux fils mineurs. est dressé le et jours suivants, notamment au château de Guiscardhttps://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/7b7d92612fea94298e4229bc27e2bca2bb783c36. On trouve alors comme décor intérieur au château des tapisseries, telles "Les Batailles d'Alexandre, haute lisse, à grand personnages, six pièces, 8 aunes sur 3... 540 l.", sans doute d'après les peintures de Charles Le Brun sur la vie d'Alexandre le Grand, ainsi que "Les Sybilles, haute lisse, Angleterre, cinq pièces, 12 aunes et demie sur 2 et deux morceaux de 3 aunes... 300 l.", provenant probablement de la manufacture de Mortlake, la plus importante d'Angleterre au ., réputée pour la qualité de ses réalisations.
De 1723 à 1782 : Louis-Marie Augustin d'Aumont (1709-1782), petit-fils de Louis de Guiscard
Le 4e duc d'Aumont (1691-1723) étant mort peu après son épouse, leur fils, Louis Marie Augustin d'Aumont, 5e duc d'Aumont (1709-1782), âgé de 14 ans, petit-fils de Louis de Guiscard, devient le possesseur du domaine de Guiscard. Le plan Trudaine, dressé à cette époque, en donne une vision assez précise et rigoureusement fidèle : ce plan figure des bassins et des jets d'eau remarquables, dont l'alimentation avait nécessité d'importants travaux d'adduction d'eau. La disponibilité en eau fut également utile un demi-siècle plus tard, lorsque le 5e duc d'Aumont fit appel à Morel pour aménager son parc à l'anglaise..
Louis Marie Augustin d'Aumont, 5e duc d'Aumont, épouse le Victoire Félicité de Durfort Duras (1706-1753), fille de Jean-Baptiste de Durfort, duc de Duras, maréchal de France, et de Angélique Victoire de Bournonville. Elle était veuve en premières noces, sans enfant, de Jacques de Fitz-James, deuxième duc de Fitz-James.
Ils auront plusieurs enfants, savoir : Louis d'Aumont ( - ) ; Jeanne Louise Constance d'Aumont (Paris, - Versailles, ), mariée avec Gabriel Louis François de Neufville, duc de Villeroy, pair de France, lieutenant général des armées du Roi, gouverneur de Lyon, chevalier des ordres du Roi (1731-1794), sans postérité ; Louis Marie Guy d'Aumont, duc d'Aumont, pair de France ( - château de Magny Guiscard, ), marié en 1747 avec Louise Jeanne de Durfort de Duras, duchesse de Mazarin, sa cousine (1735-1781). Dont postérité : leur fille Louise d'Aumont (1759-1826) épouse en 1777 Honoré IV, prince de Monaco, dont postérité ; Louis Alexandre Céleste d'Aumont, duc de Villequier, duc d'Aumont, (Paris, - château de Villequier-Aumont, ), marié en 1759 avec Félicité Louise Le Tellier de Courtanvaux (1736-1768), dont postérité.
Fin du : les jardins dits à l'anglaise par Morel pour le duc d'Aumont
Le parc est célèbre pour avoir été aménagé à l'anglaise par Morel pour le 5e duc d'Aumont vers 1775, ce dont fut témoin le maréchal-duc de Croy, lors d'une étape qu'il fit à Guiscard en .