vignette|Emplacement géographique des fosses communes ou lieux d'enfouissement de la guerre civile espagnole pour lesquelles on dispose d'information.
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. Source: Ministère de Justice. Les victimes de la guerre d'Espagne se comptent autant parmi les morts sur les fronts que parmi les morts dans les deux arrières pendant la guerre civile espagnole. Le nombre total de victimes se situerait entre un maximum de à estimé par l'historien Enrique Moradiellos en 2016 et un minimum de , estimé par Gabriel Jackson en 1965. En ce qui concerne les morts sur le front il y a une quasi-unanimité parmi les historiens pour les situer entre et , excepté pour Gabriel Jackson qui les réduit à . Les plus grandes divergences apparaissent dans l'estimation des morts à cause des maladies et des privations causées par la guerre, qui oscillent entre les à de Moradiellos et les de Hugh Thomas estimés en 1961.
Des études basées sur les évolutions démographiques chiffrent à la surmortalité des années de la Guerre Civile et de l'immédiate après-guerre, et à la chute de la natalité. L'historien Enrique Moradiellos situe le chiffre de "non nés" à cause de la guerre entre et . «Un chiffre impressionnant qui dépassait les victimes mortes au combat ou de la répression, et qui allait laisser son empreinte dans la pyramide des âges espagnole pendant des années». Si l'on ajoute à ce chiffre le nombre de morts et le nombre d'exilés permanents, entre et , on peut considérer la guerre civile espagnole comme «le phénomène le plus négatif» de l'histoire démographique contemporaine de l'Espagne, d'après Moradiellos.
En ce qui concerne les victimes de la répression, elles sont estimées à plus de . Parmi celles-ci, on compte environ assassinées dans l'arrière-garde de la zone républicaine, et plus de dans l'arrière-garde de la zone franquiste, auxquelles il faut ajouter environ au cours de la répression franquiste qui a suivi la Guerre Civile. Ces estimations, en 2009, étaient encore sujettes à révision. Alors que les victimes produites par le parti républicain avaient été bien identifiées, les victimes produites par les franquistes, ayant été ignorées pendant le franquisme, sont plus difficiles à quantifier et identifier aujourd'hui. «Les recherches réalisées jusqu'à maintenant démontrent qu'un pourcentage élevé de "disparus" ne figure sur aucun registre».
En 2012, les historiens Francisco Espinosa et José Luis Ledesma ont publié un tableau synthétique du nombre de victimes de la répression à partir des études provinciales et régionales menées par près de quarante chercheurs, faisant état d'un total de de la répression franquiste et de la répression républicaine. Espinosa et Ledesma signalaient qu'il y avait 16 provinces (Albacete, Ávila, Burgos, Cadix, Ciudad Real, Cuenca, Guadalajara, Las Palmas, León, Madrid, Murcie, Palencia, Salamanque, Tenerife, Valladolid et Zamora) où l'étude de la répression franquiste était encore incomplète, raison pour laquelle le nombre de victimes causées par le parti insurrectionnel pourrait augmenter à l'avenir.
Victimes sur le front et à l'arrière vignette|Les Menhirs pour la Paix, ensemble de sculptures de l'artiste Manolo Paz situées sur le Campo da Rata, haut lieu de la guerre d'Espagne, dans la ville de La Corogne, en Galice. vignette|gauche|Le mémorial du Fossar de la Pedrera et le mausolée du président Lluís Companys, à Montjuïc, de Beth Galí. Le régime franquiste a utilisé à profusion la phrase «un million de morts» pour se référer au nombre total de victimes de la guerre civile. D'après l'historien américain Gabriel Jackson, le régime prétendait avec ce chiffre «impressionner le peuple par le coût élevé de la guerre». Une étude démographique réalisée par un médecin de Santander, Jesús Villar Salinas, et publiée en 1942 sous le titre Répercussions démographiques de la dernière guerre civile espagnole réduisait ce chiffre à , mais le «million de morts» est resté. Le chiffre a été popularisé avec la publication en 1961 du roman Un million de morts de José María Gironella, deuxième livraison de sa trilogie réussie sur la guerre civile espagnole qu'il avait commencée en 1953 avec Les cyprès croient en Dieu. Pourtant, Gironella lui-même avertissait dans le prologue que le nombre de morts devait être un peu supérieur à mais qu'il avait maintenu le million de morts pour symboliser la dévastation qu'avait produit la guerre.
L'un des premiers à remettre en question le « million de morts » comme étant exagéré fut l'historien britannique Hugh Thomas dans son livre La Guerre Civile Espagnole de 1961, qui a été interdit par la censure franquiste. Dans la deuxième édition, publiée en 1976, il a estimé que le «nombre de morts par toutes les causes, en prenant en compte les morts par malnutrition dans la République, et les fusillés après la guerre, a dû être environ ». Il a ajouté à ce chiffre les qui ne sont pas revenus, en concluant que «l'on peut dire que l'Espagne a perdu environ lors de la guerre civile, parmi lesquelles se trouvait la crème de la nouvelle génération».
En ce qui concerne le nombre de morts sur le front, Hugh Thomas estimait qu'il se situait autour de ( dans le parti franquiste et dans le parti républicain ; soit 10 % des combattants). À ceux-ci il faudrait ajouter les des bombardements, ce qui amènerait les morts lors des opérations militaires à . Quant aux civils morts de faim ou de malnutrition, il les évaluait à . Enfin, en ce qui concerne les victimes de la répression à l'arrière, Thomas reprenait en 1976, sans le citer, les chiffres du général franquiste Ramón Salas Larrazábal : causées par le camp républicain et par le camp nationaliste.
En 1965, quatre ans après la première édition du livre de Thomas, Gabriel Jackson publiait La République espagnole et la guerre civile, interdit également par la censure franquiste. Dans ce livre, il remettait en question à nouveau le «million de morts». Il situait le nombre de morts à environ , mais il incluait dans ce chiffre les « prisonniers “rouges” morts par exécution ou de maladies de 1939 à 1943 », ce qui donnerait, pendant la guerre, le chiffre de . Pour Jackson le nombre de morts sur les fronts se serait élevé à environ , la moitié de l'estimation de Thomas, alors que les morts de maladies ou malnutrition pour Jackson seraient le double de celles estimées par Thomas, environ . Le point sur lequel les deux historiens s'accordaient était le nombre de victimes des bombardements, environ . Mais là où la divergence était la plus grande, c'était dans la quantification des morts par la répression à l'arrière : causés par les nationalistes (contre selon Thomas) et par les républicains (contre selon Thomas).
En 2014 Carlos Gil Andrés a publié un petit livre de synthèse sur la guerre civile espagnole qui reprenait les recherches des années précédentes. Dans ce livre le «million de morts» n'était plus mentionné et Gil Andrés estimait le nombre total de victimes à , auxquelles il faudrait ajouter plus de qui ne sont jamais revenus ― des chiffres proches de ceux fournis par Hugh Thomas ―. En ce qui concerne les soldats morts au front, il avertissait qu'on ne connaissait pas leur nombre avec certitude et que certains historiens les évaluaient à environ tandis que d'autres ramenaient ce chiffre à : du parti républicain et du parti nationaliste, considérant avec Thomas qu'il y aurait eu plus de morts du côté républicain que du côté nationaliste. En ce qui concerne les victimes des bombardements, il les situait autour de ( était le chiffre donné par Thomas et Jackson), mais en différenciant celles causées par l'un ou l'autre camp : dans la zone républicaine et un peu plus de dans la zone insurgée. En ce qui concerne les morts de faim, de maladies et de privations de tout type associées à la guerre, il donnait un chiffre entre et . Enfin, pour quantifier les victimes de la répression il reprenait les chiffres des dernières recherches, qui avaient revu les estimations de Salas Larrazábal reprises par Thomas sans les remettre en question. Les victimes de la répression par le camp nationaliste avaient été presque le triple de celles de la répression républicaine : contre .
Deux ans plus tard, Enrique Moradiellos publiait une autre petite synthèse sur la guerre civile espagnole. Celle-ci, en revanche, faisait référence au «million de morts» et au livre de Gironella. Un chiffre que Moradiellos qualifiait de «mythique», dépassé par les études ultérieures qui l'avaient considérablement diminué. Pour cet historien, le nombre total de victimes directes se serait élevé à environ , auquel il faudrait ajouter entre et des maladies, de la faim et des privations provoquées par la guerre ― un chiffre très supérieur aux à estimés par Gil Andrés, et aux chiffres de Thomas et Jackson, à savoir entre et ―. Ainsi le nombre total de victimes se situerait entre un minimum de et un maximum de , des chiffres très supérieurs à ceux estimés par Gil Andrés (), Jackson () ou Thomas (). En ce qui concerne le nombre de victimes des actions de guerre, ce qui comprenait les morts sur le front et les morts par les bombardements, il le situait entre et , point sur lequel il rejoignait Gil Andrés ― et Thomas ―, ainsi que dans son estimation d'un nombre supérieur de morts dans le parti républicain que dans le parti insurgé (les trois cinquièmes du côté républicain et deux cinquièmes du côté nationaliste). En ce qui concerne les victimes de la répression il diminuait le chiffre des morts causés par le parti nationaliste à et maintenait les du parti républicain.
En somme, selon les chiffres apportés par ces quatre historiens, le nombre total de victimes de la guerre civile espagnole se situerait entre un maximum de estimé par Enrique Moradiellos et un minimum de , estimé par Gabriel Jackson. En ce qui concerne les morts sur le front il y a presque unanimité pour les situer entre et , sauf pour Gabriel Jackon qui les réduit à . Les plus grandes divergences apparaissent dans le nombre de morts à cause des maladies et des privations causées par la guerre, qui oscillent entre les de Moradiellos et les de Hugh Thomas. Là où tous s'accordent, c'est sur le nombre de victimes de la répression, selon les dernières recherches : entre et causées par le parti nationaliste et causées par le parti républicain. Il y a aussi accord pour situer le nombre d'exilés qui ne sont pas revenus entre et . Victimes de la répression à l'arrière Dès les premiers jours, dans les deux zones, s'est déclenchée une répression qui s'est concrétisée par des exécutions sommaires et de nombreux paseos ("promenades"), euphémisme qu'ont utilisé ceux qui enlevaient de leurs maisons, sous couvert de la nuit le plus souvent, ceux qu'ils considéraient comme ennemis et les emmenaient pour les fusiller, généralement au bord des fossés. Cette situation de terreur s'est concentrée sur les premiers mois du conflit et répondait à un objectif commun, l'élimination physique de l'adversaire.
La détérioration de la justice a été commune dans les deux zones. Aussi bien les tribunaux militaires que les Tribunaux Populaires étaient composés pour la plupart par des personnes étrangères à la magistrature. Dans le camp nationaliste, un seul membre sur cinq des tribunaux militaires devait être juriste, les jugements duraient quelques minutes et parfois les accusés étaient jugés en groupe. Ceux qui ne s'étaient pas ralliés à l'insurrection et étaient restés loyaux à la République étaient jugés pour rébellion militaire. Dans la zone républicaine, les Tribunaux Populaires, créés le , étaient formés par trois fonctionnaires judiciaires et un jury de quatorze membres appartenant à différentes organisations du Front Populaire. À ces tribunaux populaires, plus tard, viendraient s'ajouter les tribunaux d'urgence qui restreignaient encore plus les garanties du procès.