Le Massacre de l'École technique officielle de Kigali, est un massacre perpétré le et , lors du génocide des Tutsi dans le district de Kicukiro à Kigali, au Rwanda.
Début , lors du génocide des Tutsi au Rwanda, plus de , majoritairement des Tutsis, ainsi que des Hutus modérés, se réfugient dans l'École technique officielle (ETO) de Kigali dans l’espoir d’être protégées par un bataillon belge de Casques bleus de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR).
Les et , après le retrait des Casques bleus belges, les réfugiés sont abandonnés à leur sort. Les milices extrémistes hutues, soutenues par des éléments des autorités rwandaises, attaquent alors l’ETO et massacrent la quasi-totalité des personnes présentes, faisant plus de victimes en deux jours.
vignette|Etudiants du Centre de Formation Technique de Kicukiro - Anciennement Ecole technique officielle - Là où les Casques bleus belges ont abandonné les Tutsi à leur sort - District de Kicukiro - Kigali - Rwanda Cet événement est le sujet du film Shooting Dogs (également appelé Beyond the Gates) de Michael Caton-Jones.
Contexte Le , des familles terrorisées arrivent en petits groupes à l'École Technique Officielle (ETO) de Kicukiro, espérant la protection des Casques bleus de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). Les réfugiés sont majoritairement des Tutsis, mais des Hutus modérés viennent aussi trouver refuge dans l'école, dont Boniface Ngulinzira, chef de la délégation du gouvernement rwandais qui a négocié les accords de Paix d’Arusha. Des réfugiés arrivent blessés, comme une fillette de six ans avec une blessure à la machette à la tête et un garçon avec une plaie béante à l'épaule causée par une balle. Les milices hutues, armées de machettes et de grenades, encerclent l'école, brandissant leurs armes et chantant des slogans du Hutu Power. Le lieutenant Luc Lemaire, commandant des para-commandos belges, accueille les réfugiés malgré le manque de ressources et les explosions proches. Il se trouve obligé d'arrêter de soigner les blessés, afin de conserver le minimum nécessaire des médicaments pour le personnel de l'ONU. Les familles s'installent dans les salles de classe, puis sur le terrain de jeu lorsque les salles deviennent surpeuplées.
Déroulement Le , Lemaire reçoit l'ordre de préparer ses hommes à quitter le Rwanda, laissant les réfugiés sans protection. Les réfugiés sont informés par Lemaire de la reprise de la guerre civile et de la décision de retrait des troupes belge. Lemaire leur conseille de fuir de nuit. Les réfugiés, paniqués, supplient d’être évacués vers le quartier général onusien.
Le , des unités militaires françaises sont déployées à Kigali dans le cadre de l’opération Amaryllis. Leur mission officielle consiste à évacuer les ressortissants français ainsi que certaines personnalités rwandaises jugées prioritaires. Le , des soldats français d'Amaryllis arrivent à l'ETO, et procèdent à une sélection des personnes à évacuer. Cette sélection ciblée, qui privilégie trois ressortissants français et plusieurs Italiens, suscite l’indignation du lieutenant Luc Lemaire, qui exige l’évacuation de l’ensemble des Européens présents. Environ 150 personnes sont finalement évacués.
Le , les soldats belges, évacuent précipitamment le site à , laissant les réfugiés sans défense face aux miliciens Interahamwe et les gendarmes rwandais. À la suite du retrait des Casques bleus belges, les milices Interahamwe et les Forces armées rwandaises (FAR) investissent immédiatement l’enceinte de l’ETO. Les réfugiés présents sur les lieux sont d’abord encerclés par les forces rwandaises. Plusieurs d’entre eux sont tués sur place, tandis que les survivants sont contraints, sous la menace des armes, de quitter les lieux. Les autorités rwandaises dirigent alors ces réfugiés vers la localité de Nyanza, en prétendant les mener vers une zone sécurisée.
Commence alors une marche forcée, qualifiée par certains témoignages et rapports de « marche de la mort », en direction d’une ancienne décharge située à Nyanza, à environ quatre kilomètres de l’ETO. Durant ce trajet, les réfugiés subissent des violences physiques, des insultes et des exécutions sommaires. À leur arrivée sur le site, les miliciens utilisent des grenades, des armes automatiques et des machettes pour massacrer les réfugiés. Les survivants sont ensuite achevés à l’arme blanche.
Dans la matinée du , les assaillants reviennent sur les lieux pour éliminer les blessés restants et piller les corps des victimes. Leur action est finalement interrompue par l’intervention de soldats du Front patriotique rwandais (FPR), encore présents dans la capitale. Seuls 80 survivants, échappent au massacre en se dissimulant parmi les cadavres.
Rôle et responsabilité des casques bleus belges Le retrait des Casques bleus belges de l’École technique officielle (ETO) le résulte avant tout de décisions politiques et militaires prises par la Belgique et l’ONU. L’assassinat de dix para-commandos belges le , chargés de protéger la Première ministre rwandaise Agathe Uwilingiyimana, provoque un choc politique en Belgique. Dès le , le gouvernement belge décide unilatéralement de rapatrier ses troupes, invoquant la sécurité de ses soldats et la nécessité d’éviter de nouvelles pertes. Cette décision est prise indépendamment des ordres de l’ONU, bien que la Belgique tente initialement de justifier le retrait par des contraintes onusiennes.
Le , l’ordre d’évacuer l’ETO émane directement de la hiérarchie belge. Le colonel Luc Marchal, numéro 2 de la MINUAR, et le colonel Joseph Dewez, commandant du contingent belge à Kigali, transmettent l’instruction au lieutenant Luc Lemaire, qui commande les Casques bleus sur place. Les officiers belges sur le terrain auraient souhaité maintenir une présence protectrice, mais doivent obéir aux directives de Bruxelles. Les archives judiciaires et les rapports parlementaires belges soulignent que la décision était déjà arrêtée par l’état-major belge avant le , en réaction à l’assassinat des dix soldats et à la volonté politique de ne pas engager davantage de ressources dans un contexte perçu comme ingérable.
Parallèlement, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte le la résolution 912, réduisant drastiquement les effectifs de la MINUAR de . Cette décision affaiblit la capacité d’action de la mission onusienne et légitime le désengagement des contingents nationaux, y compris celui de la Belgique. Cependant, l’ordre spécifique de quitter l’ETO le relève d’une décision belge, comme l’ont confirmé les tribunaux belges dans plusieurs arrêts.
Enfin, la priorité accordée à l’évacuation des expatriés — une opération menée conjointement avec la France (opération Amaryllis) — a précipité le départ des Casques bleus, laissant les de l’ETO sans protection. Les survivants et les familles des victimes ont par la suite engagé des poursuites contre l’État belge, accusé de « non-assistance à personnes en danger ». Les juges belges ont reconnu que les officiers et le gouvernement « ne pouvaient ignorer le sort qui attendait les réfugiés » après leur départ, mais ont finalement blanchi l’État belge en 2018, estimant que la décision du relevait d’un commandement onusien — une interprétation contestée par les plaignants et des historiens.
À leur retour en Belgique après les événements de l’École Technique Officielle en , certains soldats belges expriment publiquement leur désarroi et leur colère face à l’abandon des réfugiés. Sur le tarmac de l’aéroport, l’un d’eux, en signe de protestation, déchire son béret bleu des Nations unies avec son couteau de combat devant les caméras de télévision.
Voir aussi
Articles connexes
Opération Silver Back Opération Amaryllis Boniface Ngulinzira Philippe Hategekimana Mémorial du génocide de Nyanza-Kicukiro Jardin de la mémoire de Nyanza
Bibliographie
Notes et références
Notes
Références
Catégorie:Génocide des Tutsis au Rwanda