L'insurrection islamiste au Maghreb se déroule en Afrique du Nord, faisant suite à la fin de la guerre civile algérienne en 2002. Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) s'est allié à Al-Qaïda pour devenir finalement Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Les gouvernements algérien et d'autres pays du Maghreb, engagés dans la lutte contre les militants, coopèrent avec les États-Unis et le Royaume-Uni depuis 2007, date du lancement de l'opération Enduring Freedom – Trans Sahara.
Alors que le Printemps arabe de 2011 affecte le soutien à l’insurrection, il offre également des opportunités militaires aux djihadistes. En 2012, AQMI et ses alliés islamistes s'emparent de la moitié nord du Mali. Ils contrôlent ce territoire pendant près d'un an, avant d’être chassés des zones urbaines lors d'une intervention étrangère menée par la France, qui est ensuite suivie de l'opération Barkhane à l'échelle du Sahel. En Libye, l'État islamique parvient à contrôler un territoire limité pendant la deuxième guerre civile libyenne, au milieu d'allégations de collaboration locale avec son rival, l'AQMI.
Contexte Avec le déclin du Groupe islamique armé (GIA) en Algérie, le GSPC reste le groupe rebelle le plus actif, avec environ 300 combattants en 2003Profile: Algeria's Salafist group , BBC News, Wednesday 14 May 2003. Il poursuit une campagne d’assassinats ciblant les forces de police et de l'armée dans sa zone d'opération, tout en parvenant à s’étendre vers le Sahara. Sa branche sud, dirigée par Amari Saifi (surnommé « Abderrezak el-Para », le « parachutiste »), enlève plusieurs touristes allemands en 2003, avant d'être contraint de fuir vers des zones peu peuplées du Mali, puis du Niger et du Tchad, où il est finalement capturé.
Certains estiment qu'el-Para travaille en réalité pour le gouvernement algérien. À la fin de l’année 2003, le fondateur du groupe est supplanté par Nabil Sahraoui, encore plus radical, qui déclare ouvertement son soutien à Al-Qaïda, renforçant ainsi les liens entre les gouvernements américain et algérien. Il est apparemment tué peu de temps après, et est remplacé en 2004 par Abou Moussab Abdel WadoudNew chief for Algeria's Islamists, Arezki Himeur, BBC News, Tuesday, 7 September 2004..
Le GSPC déclare son intention de s'en prendre à des cibles algériennes, françaises et américaines. Il est désigné comme organisation terroriste étrangère par le Département d'État américain, et classé de manière similaire comme organisation terroriste par l'Union européenne.
Aperçu
Insurrection en Algérie Le conflit avec le GSPC continue de provoquer un nombre important de victimes en Algérie, avec plus de 1 100 personnes tuées lors d’affrontements avec les rebelles islamistes en 2002. En 2003, un total de 1 162 personnes sont tuées dans des affrontements en Algérie, suivi de 429 morts en 2004, 488 en 2005, et 323 en 2006. Début 2006, le chef de la police nationale algérienne affirme que le terrorisme est presque éradiqué dans le pays, mais des attaques importantes se poursuivent, et l'année 2007 marque finalement un pic d'attentats-suicides et d’attaques terroristes en Algérie.
Élargissement du conflit Afin d'améliorer le recrutement et le financement, le GSPC s'aligne avec al-Qaïda, et le , le chef d'al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, annonce une union entre les deux groupes. Le GSPC se rebaptise Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en , ce qui marque les aspirations élargies du groupe.
Le groupe vise désormais à renverser tous les gouvernements nord-africains jugés apostats, y compris ceux de l'Algérie, de la Libye, du Mali, de la Mauritanie, du Maroc et de la Tunisie. Les opérations sont réorganisées en deux « secteurs » plus larges : l'Algérie du Nord et la Tunisie sont rattachées à un « émirat central », tandis que le nord du Mali, le Niger, la Mauritanie et la Libye forment un « émirat saharien » dirigé par Djamel Okacha. La direction stratégique d'AQMI reste basée dans la région montagneuse de la Kabylie, à l'est de la capitale algérienne Alger, et est dirigée par un conseil consultatif (Choura) composé de 14 membres.
Alors que la campagne antiterroriste algérienne réussit largement à repousser AQMI hors du pays, le groupe établit de nouvelles bases dans des pays du Sahel comme le Niger, la Mauritanie, le Tchad et le Mali. Les attaques contre des installations gouvernementales et militaires sont souvent sous-estimées par les médias occidentaux. En 2007, les États-Unis et le Royaume-Uni lancent l'opération Enduring Freedom – Trans Sahara en soutien aux gouvernements de la région.
Les enlèvements fréquents d'étrangers en 2008 entraînent l’annulation du Rallye Dakar, qui est définitivement déplacé en Amérique du Sud.
Mauritanie Dans la première attaque majeure considérée comme une conséquence directe du conflit algérien, la base militaire mauritanienne de Lemgheity est attaquée par le GSPC en , tuant 17 soldats (et neuf djihadistes) et en blessant 17 autres. Cette attaque contribue en partie à un coup d'État en octobre 2005 mené par Mohamed Ould Abdel Aziz, qui fait de la lutte contre les djihadistes un axe majeur de son pouvoir. Les attaques se poursuivent en Mauritanie jusqu'à ce que le pays réussisse largement à les déjouer à partir de 2011, à la suite d'un important renforcement militaire et à des ouvertures politiques envers les islamistes. Cependant, AQMI demeure actif dans les régions frontalières orientales avec le Mali, disposant de réseaux actifs de soutien logistique et d’information. Le manque de ressources militaires, souvent lié à des troubles internes et à une faible densité de population dans un pays très vaste, pousse la Mauritanie à s’appuyer sur le soutien de la France, du Maroc et de l'Algérie pour lutter contre AQMI.
Tunisie En puis en , les forces de sécurité tunisiennes un groupe lié au GSPC qui a établi des camps d'entraînement dans des zones montagneuses proches de la capitale Tunis, tuant plus d’une douzaine de personnes. Selon Le Parisien, au moins 60 personnes sont tuées lors de ces affrontements. Ces affrontements représentent l'activité terroriste la plus grave en Tunisie depuis l'attentat contre la synagogue de la Ghriba en 2002.
Depuis 2012, AQMI, ainsi qu'Ansar al-Charia et la , actives dans la région montagneuse de Djebel Chambi près de Kasserine, à la frontière algéro-tunisienne, sont ciblées par l'armée tunisienne lors de la bataille de Chaambi. En 2014, des combattants de la Brigade Ouqba , tuant quatorze soldats et en blessant vingt-cinq, dans ce qui constitue le combat militaire le plus meurtrier en Tunisie depuis son indépendance en 1956. Depuis 2015, la Tunisie est également visée par une campagne d'insurrection de l'EI. En , plus de 50 combattants sont tués lorsque des combattants de l'EI tentent de prendre Ben Guerdane, près de la frontière tuniso-libyenne.
Guerre civile libyenne Depuis la guerre civile libyenne de 2011, le sud-ouest de la Libye offre des sanctuaires à AQMI, qui y envoie des cellules pour s'y établir. Le , des membres d'Ansar al-Charia et d'AQMI sont responsables d'attaques coordonnées contre deux installations gouvernementales américaines à Benghazi, et Ansar al-Charia est ensuite impliqué dans des . Tirant profit de défections au sein d'AQMI, l'organisation rivale de l'État islamique (EI) parvient ensuite à contrôler un territoire limité dans le nord, lors de la reprise du conflit à partir de 2014. Après un soutien officiel initial d'AQMI, des allégations persistent concernant des collaborations locales entre les deux groupes pourtant rivaux. Après avoir été chassé de Derna, le dernier bastion de l'EI à Syrte est capturé fin 2016. Parallèlement, des islamistes affiliés à Al-Qaïda, dirigés par Ansar al-Sharia, continuent d'exercer leur contrôle dans d’autres régions.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Insurrection de Boko Haram Insurrection djihadiste au Mozambique Guerre du Sahel insurrection du Sinaï
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