Boubacar Gaoussou Diarra (né le à Gao et mort le à Bamako) est un magistrat et diplomate malien.
Membre de plusieurs gouvernements sous Alpha Oumar Konaré dans les années 1990, il devient ensuite ambassadeur en Tunisie (1999-2005). À l’Union africaine, il dirige le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme (CAERT/ACSRT) puis sert comme représentant spécial pour la Somalie et chef de l’AMISOM (2010-2012), avant d’être représentant spécial pour les Grands Lacs (2013-2015). De retour au pays, il est nommé en 2019 secrétaire permanent du Cadre politique de gestion de la crise pour la stabilisation du centre du Mali.
Biographie
Formation et débuts Après l’ENA de Bamako (1974, section sciences juridiques, major de promotion), il entre dans la magistrature malienne et y occupe successivement des fonctions de parquet, de siège et de direction au ministère de la Justice. En cours d’emploi, il reprend des études et obtient un DEA (1984) puis un doctorat (1989) en droit pénal à l’Université de Poitiers. Il est originaire du quartier de Boulgoundié à Gao.
En 1991, lors de la Conférence nationale (–), il intervient publiquement dans le débat sur le « projet de Constitution ». Le texte issu de ces travaux est adopté par référendum le et promulgué le .
vignette|gauche|upright=1.1|alt=Amadou Toumani Touré et Boubacar Gaoussou Diarra posant ensemble.|Amadou Toumani Touré et Boubacar Gaoussou Diarra.
Fonctions gouvernementales et à la Présidence (1994-1999) En 1994, dans le contexte de la relance institutionnelle post-transition (chute de Moussa Traoré en 1991, élection d’Alpha Oumar Konaré en 1992), il exerce comme ministre de la Justice (Garde des Sceaux). La même année, le gouvernement adopte des textes d’organisation des départements ministériels (décrets du ) qui structurent le fonctionnement des cabinets et secrétariats généraux.
Le , il est nommé ministre de l’Emploi, de la Fonction publique et du Travail au sein du gouvernement IBK. Son portefeuille intervient dans la mise en œuvre des textes d’application du Code du travail de 1992 ; il cosigne notamment le décret n°97-148/P-RM du sur les unités de formation et d’appui aux entreprises. Le , il devient secrétaire général de la Présidence de la République avec rang de ministre. En 1996–1997, alors ministre de l’Emploi et de la Fonction publique, son département siège au « Comité restreint permanent » qui supervise la Commission d’intégration et la Commission de réinsertion prévues par le Pacte national (1992), chargées d’admettre une partie des ex-combattants dans l’armée ou la fonction publique, en parallèle des programmes de réinsertion soutenus par le BIT et l’OIM.
Carrière diplomatique (1999-2009) Nommé ambassadeur du Mali en Tunisie par décret du , il achève sa mission à l’été 2005 lors d’un mouvement diplomatique ; l’abrogation de sa nomination borne une durée d’environ six années. Les liens bilatéraux sont marqués par des visites au plus haut niveau : en , le président Alpha Oumar Konaré effectue une visite officielle à Tunis ; en , le président Amadou Toumani Touré est accueilli à Tunis pour une visite officielle. La dynamique se prolonge avec la signature, en à Tunis, de plusieurs conventions de coopération tuniso-maliennes.
Union africaine: CAERT puis Somalie (2010-2012) En 2006, il prend la tête du Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme (CAERT/ACSRT) à Alger. Sous sa direction (2006–2010), le CAERT est opérationnalisé : constitution d’un réseau de points focaux nationaux et cycles de renforcement des capacités ; mise en place d’un dispositif d’alerte et d’analyse (Counter-Terrorism Early Warning System) et développement d’une base de données des incidents terroristes en Afrique, utilisée ensuite dans les rapports de situation du centre ; lancement d’une revue spécialisée (African Journal on Terrorism).
Entre 2009 et 2011, Al-Shabaab tient une large partie de Mogadiscio et des positions clés, dont le marché de Bakara. En 2011, sous sa direction, l’AMISOM met en œuvre une politique restrictive des tirs indirects (indirect fire policy) — no-fire zones et autorisations graduées — afin de réduire les dommages aux civils. À l’issue d’opérations coordonnées AMISOM–Gouvernement fédéral de transition, al-Shabaab se retire de Mogadiscio dans la nuit du 5 au ; l’Union africaine et l’ONU y voient un tournant (libération de la capitale et amélioration de la situation sécuritaire), tout en soulignant que le groupe reste actif au sud du pays. Il signe par ailleurs une tribune plaidant pour un appui accru à la mission (« We’re Winning in Somalia », Foreign Policy, ). Il est remplacé en par le diplomate tchadien Mahamat Saleh Annadif, nommé représentant spécial pour la Somalie et chef de l’AMISOM.
Envoyé spécial pour les Grands Lacs (2013-2015) À partir de 2013, il est représentant spécial de l’UA pour les Grands Lacs et chef du Bureau de l’UA à Bujumbura. Il participe aux démarches conjointes des envoyés spéciaux (UA, ONU, UE, États-Unis) et à un communiqué conjoint appelant à un processus électoral apaisé au Burundi (). En , dans le contexte des tensions liées à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, le gouvernement burundais obtient son rappel par l’UA. Une dépêche de VOA Afrique confirme ce rappel, citant un diplomate de l’UA.
Retour au Mali (2019-2021) En 2018, il est désigné par décret « point focal » du Gouvernement du Mali auprès de la Commission d’enquête internationale (prévue par l’Accord pour la paix et la réconciliation). Établie par le Secrétaire général des Nations unies le , la Commission a pour mandat d’« enquêter sur les allégations d’abus et de violations graves du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire » commis au Mali depuis 2012, y compris les violences sexuelles liées au conflit. À ce titre, Boubacar Gaoussou Diarra assure la liaison avec le secrétariat de la Commission à Bamako et le Bureau du point focal institué auprès du Premier ministre.
Par décret /PM-RM du , il est nommé secrétaire permanent du Cadre politique de gestion de la crise chargé de la stabilisation du Centre (Ségou et Mopti). En , il est promu au grade d’Officier de l’Ordre national du Mali (décret n°2019-0931/P-RM). En 2020-2021, il défend une approche de paix de proximité : dialogue avec les leaders communautaires pour dénouer les conflits locaux, tout en réaffirmant le respect de la forme républicaine de l’État. À propos de l’accord de Farabougou (cercle de Niono), il juge qu’il faut s’en réjouir sans en faire un modèle généralisable, et replace l’épisode dans la dynamique des arrangements communautaires déjà observés dans le Centre. À la même période, l’École de maintien de la paix Alioune Blondin Bèye (EMP-ABB) de Bamako lance son Master en maintien de la paix et reconstruction de l’État post-conflit () et organise la remise de diplômes des premières promotions ().
Vie privée et décès Il était marié et père de quatre enfants. Des hommages publics lui sont rendus, notamment par et par l’AMISOM qui salue « les fondations » posées pour la paix et la sécurité en Somalie.
Publications, tribunes « We’re Winning in Somalia », Foreign Policy, (tribune en tant que chef de l’AMISOM).
Notes et références
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